LE ROI
f AMÉNOPHIS ) FILS DE ( THOUTHMOSIS j
il devrait inconstestablement arriver , puisque nous connaissons au moins soixante -dix ou quatre-vingts légendes royales à deux cartouches, que ie premier cartouche d'une légende se trouvât le second dans une autre, comme par exemple dans celle-ci:
LE ROI f HORUS j FILS d' f AMÉNOPHIS )
Le Canon chronologique de Mancthon nous fait connaître en effet un assez grand nombre de familles qui , de père en fils , ont occupé le trône d'Egypte , pour que ce déplacement de cartouches eût lieu d'une légende à d'autres : or, cela n'arrive y^wj/'j, et nous devrions déjà conclure de ce fait, que, dans les deux cartouches de la légende hiéroglyphique des rois , il n'est jamais question du nom de leur père.
D'un autre côté, le groupe n.** 4^5 » placé entre deux cartouches, ne saurait signifier simplement fils, comme le voudrait le savant anglais, puisque ce même groupe, ou ses équivalens, précèdent toujours immédiatement les cartouches renfermant les noms propres hiéroglyphiques des empereurs Tibère , Caius , Néron, Domitien: et l'on demanderait en vain quels sont les fils de Tibère, de Caius, de Néron et de Domitien, qui ont gouverné l'Egypte et l'empire romain. Le titre dt fils du Soleil convient au contraire à ces différens princes, parce que ce titre fut commun à tous les souverains de l'Egypte. On a vu, en effet, que tel est le sens du groupe n.° 4^5 î l'analyse que nous avons faite de ce même groupe, et la valeur bien établie de chacun des signes qui le composent , ne permettent plus de douter qu'il ne signifie rigoureusement fils du Soleil.
En étudiant avec quelque attention les inscriptions hiéroglyphiques dans lesquelles se trouvent les noms
propres, soit des rois grecs d'Egypte, soit des empereurs romains, noms dont j'ai donné la lecture dans ma Lettre à M. Dader, on s'aperçoit bientôt que chacune de ces inscriptions contient toujours deux cartouches accolés ou placés à une petite distance l'un de l'autre.
Le premier est précédé du groupe (n.®270^/j), qui, dans le iQxie hiéroglyphique de Rosette, répond constamment au mot BASIAETS du texte grec. Les deux premiers signes de ce groupe, la plante c et le segment de sphère T, sont en effet les deux premiers signes du groupe (n.° 270), ctk (souten) , rex,director, qui, dans les textes hiéroglyphiques, exprime très-fréquemment la même idée roi, et dont la forme hiératique çst trèsreconnaissable dans le groupe correspondant du texte démotique de Rosette. Le troisième signe du groupe n." 2yo his est une abeille unie au segment de sphère, T, signe ordinaire du genre féminin en langue égyptienne; langue dans laquelle le mot ^.qhEÊisdt , abeille, mouche à miel , est en effet du genre féminin. Si nous tenons compte du témoignage formel d'Horapollon , l'abeille exprimait, en écriture hiéroglyphique, Actov 'zs-^c, ficLcriMcL TTiSmiov, un peuple obéissant à son roi{i); nous pouvons donc considérer les quatre signes qui composent le groupe n.° 270 bis, comme une formule consacrée , signifiant le directeur ou le roi du peuple obéissant , et comme formée d'une abréviation
(i) Hiérogl.l I, s. àz.
du groupe phonétîcjiu çnw (n." 270), roî , et d'un ca-* ractère purement symbolique , ï abeille, insecte industrieux auquel une vie laborieuse et dirigée par un instinct admirable , donne une apparence de civilisation qui dut en effet le faire considérer comme l'emblème le plus frappant d'un peuple soumis à un ordre social fixe et à un pouvoir régulier. De plus, ce titre est quelquefois remplacé ou suivi, sur le premier cartouche, par celui de maître du monde , seigneur du monde (i).
Le second cartouche de toute légende royale ou impériale est précédé, s'il est horizontal, et surmonté, s'il est perpendiculaire, soit du groupe oje pK, fils du Soleil , soit de son synonyme, le groupe pK es, enfant, du Soleil, né du Soleil ( n.°^ 4^ 5 ' 4o^i 4 i 3 ^t 4 1 4 ) î ^^ c'est toujours dans le second cartouche des légendes que j'ai trouvé les noms propres des Lagides et des empereurs. 11 nous reste donc à savoir ce que peut renfermer le premier cartouche des légendes royales, celui que précèdent les titres roi du peuple obéissant et seigneur du monde.
Ce premier cartouche ne contient jamais que des titres honorifiques , et c'est toujours le second qui renferme seul un nom propre. L'examen des doubles cartouches de plusieurs souverains de l'Egypte, grecs ou romains, doit invinciblenient prouver cette assertion.
Les deux cartouches accolés de la légende de César^ Auguste, surlesmonumens dePhiIiE(Tabl. gén. n."i4o),
(1) Tableau général, n.° 4 '7-
sont l'un et l'autre composés d'hiéroglyphes purement phonétiques : le premier, surmonté du groupe roi j, ne contient que le simple titre 3y.'*^0Kp'Ta\p (Ai/ro- XfcLTCûf), l'empereur, et le second, surmonté du groupe f/s du Soleil, renferme le mot Kzsîcz^pc (Kctio-ct^^) , CÉSAR, qui était en quelque sorte le nom propre de César-Auguste, fils adoptif de Jules.
Le premier cartouche de la légende de Tibère (Tableau général, n.° i^i)' Précédé de la formule Seigneur du monde, ne renferme encore que le titre C^**'T- KpTp (Aorox^ûLTojp), l'empereur; mais le second, surmonté du groupe pH-Cî, enfant du Soleil, contient le nom propre TBipsc K^scpc [TiÇ>eçj-oç KcLia-ctf) , TibÈre-César, suivi de l'épithète vivant toujours.
La légende hiéroglyphique de l'empereur Domilien , gravée sur la quatrième face de l'obélisque Pamphile, est ainsi conçue : « Le Seigneur de la panégyrie, comme » le dieu Plitha; roi , comme le Soleil, roi du peuple « OBÉISSANT, seigneur DES MONDES , chéri de. , , . (i); » (l'empereur), né DU Soleil, souverain des dia- >» dèmes (César Domitien-Auguste) , che'ri de Phtha » et d'Isis , vivant comme le Soleil. »
Le premier des deux cartouches (2) ne contient que le titre impérial ; aussi est-il précédé du titre roi du peuple obéissant^ et le second, surmonté du titre né du Soleil , renferme encore le nom propre.
(1) Ici sont trois signes dont la valeur nous est encore inconnue,
(2) Tabl. gén. n." 147. Les parenthèses indiquent les caxiouches-
îî en est ainsi de toutes les autres légendes impériales complètes. Voyez, à l'explication des planches, les légendes hiéroglyphiques des empereurs C'^/wj , Néron, Trajûn , Hddrien et Antofiin le Pieux (i).
Si nous analysons les inscriptions hiéroglyphiques et les légendes royales des souverains grecs de l'Egypte, ce qui nous rapproche un peu plus des Pharaons, nous verrons qu'elles se composent toujours également de deux cartouches , l'un précédé du titre roi du peuple ohéissûtit , et l'autre du groupe //j du Soleil ^ comme les cartouches pharaoniques ; nous citerons seulement en preuve les doubles cartouches d'Alexandre-le-Grand, de Philippe et de Ptolémée Épiphane.
Le premier des deux cartouches affrontés (2) de ia légende du, conquérant macédonien , précédé de la qualification roi, ne contient que des titres honorifiques , dont nous avons déjà reconnu la valeur , et il doit se traduire par les mots le cheYt d'Amon-Ré, approuvé par le Soleil, Le second cartouche , précédé des expressions ordinaires, fis du Soleil, doit seul renfermer le nom propre; il porte, en effet, lettre pour lettre, :XAKCZ>^unrpc [kMlauiJYoç) Alexandre.
On retrouve les deux mêmes cartouches d'Alexandre dans une petite portion du palais de Louqsor. M. Huyot, membre de l'Institut, qui récemment, et avec tant de fruit, a visité l'Egypte, a reconnu sur les lieux que
(i) N."» 142, 144, 148, 149 et 152.
{2) Tableau générât, n.^ 126.
(•88) cette partie du palais était beaucoup plus récente que le reste de ce superbe édifice ; dans ces mêmes inscriptions où est mentionné le roi chéri d'Atnou-rê,. approuvé par le Soleil, Alexandre, se trouvent aussi deux autres cartouches accolés (Tableau général, n.° i2y): le premier renferme encore des titres , le chéri et l'approuvé d'Amon-rê , et le second contient le nom propre nAinos ou OAinoS (OiA/ttt^^), Philippe, précédé du titre fils du Soleil. Il est certain, au reste, que les signes qui séparent les cartouches d'Alexandre et de Philippe, exprimaient le degré de parenté entre les deux princes ; mais ces signes n'ont malheureusement point été copiés; de sorte que nous ignorons s'il faut rapporter la seconde légende hiéroglyphique à Philippe, père d'Alexandre le Grand, ou à Philippe Aridée, son frère , que la politique du premier des Ptolémées reconnut pour légitime souverain de l'empire et des conquêtes d'Alexandre , pendant les sept années durant lesquelles ce Philippe survécut à Alexandre.
La légende hiéroglyphique de Ptolémée Épiphane se compose, comme celle de ses prédécesseurs et successeurs , de deux cartouches apposés ( voyei Tableau général, n.° 132 ); on l'a copiée sur divers édifices de PhilcC, deThèbesetdeDendéra. Son premier cartouche qui précède toujours le titre roi , ne renferme évidemment encore que des qualifications honorifiques ; les quatre premiers signes expriment, ainsi qu'on l'a déjà dit, le titre dieu Epiphane , comme dans le texte hiéroglyphique du monument de Rosette ; au-dessous est le titre».
approuvé de Phtha , dcjà analyse , et accru seulement de deux signes , le scarabée et la bouche^ que je prononce Ter, Tor o\\ Tore, mot qui est un simple surnom du dieu Phtha (i). La partie inférieure du même cartouche est occupée par un troisième titre, que je traduis avec certitude par les mots image vivante d'Amon-rê. Le second cartouche, surmonté du titre fis du Soleil , contient le nom propre Ptolémée, Hto^julhc, Ptolémée , suivi des épithètes ordinaires, vivant toujours , chéri de Phtha.
Ainsi la légende royale de Ptolémée Epiphane , gravée en caractères hiéroglyphiques sur divers temples de l'Egypte, signifie textuellement, le roi [ dieu Epiphane, approuvé par Phtha, image vivante d'Amon-rê ) FILS DU Soleil (Ptolémée toujours vivant , chéri de Phtha) ; et c'est l'exacte traduction des titres et noms que la partie grecque du monument de Rosette donne à ce même Epiphane : Bcto-zAgu^ , ôgo^ 'EiaÇctwc, ^ ov o H(poiio-Tot;
L'analyse de ces diverses légendes royales nous conduit donc bien évidemment à reconnaître en principe que , deux cartouches étant séparés par le titre fis du Soleil {n.°^ 4^5 ^t 4o^)> le /7r^////Vr caractérisé par les groupes roi , roi du peuple obéissant, ou seigneur du monde, ne renferme que des qualifications honorifiques ou des titres particuliers au roi dont le j^ro/;^ cartouche
(i) \o)tz le Panthéon égyptien , 3.'= livraison.
conûeni seul le nom propre, qui peut y être aussi accompagné de surnoms et de nouveaux titres. J'appellerai désormais le premier cartouche ie prénom, et le second , le nom propre.
Tel fut, en effet, le protocole royal hiéroglyphique des souverains grecs et romains, et l'on sait avec quelle attention ces nouveaux maîtres de l'Egypte s'attachèrent à imiter les usages consacrés dès long-temps chez un peuple dont ils voulaient capter la bienveillance par un respect habituel de toutes ses coutumes. Ces princes durent donc adopter pour leurs légendes le protocole des anciens Pharaons. L'analyse qui suit des légendes hiéroglyphiques de ces Pharaons , analyse fondée sur les principes déduits de la discussion qui précède, prouvera àtla^fois la haute antiquité et de cet usage et de l'écriture pJionéiique en Egypte.
Dans les inscriptions hiéroglyphiques déjà citées (i), et qui décorent la plinthe des sphinx du Musée, 310US reconnaissons deux légendes royales , chacune comprenant deux cartouches. Les deux premiers, ou cartouches^prénoms (2) des deux légendes, ne doivent contenir que des titres; nous retrouvons, en effet, dans l'un, le titre déjà connu , approuvé de Cnouphîs (3), et dans l'autre, celui de kehO'^TE-ju-M , chéri des dieux (4).
(i) Tableau général, n."' 123 et \2^, çi sitprà ,^!tg. 181.
(2) Ibid. n.°* 123 a, 124 a.
(3) Jb'id. n." 402.
(4) Ib'id. n." 392.
Si nous analysons ensuite les deux cartouches (i) que précède la formule j^/j du Soleil , et qui doivent XQnïeX' mer [es noms propres, appliquant aux signes qui les composent les valeurs phonétiques déjà assurées , on obtient dans l'un (2) 8&.Kp ou 82>KÎ\, et dans l'autre (3), Hz^xqpo'^H ; plus, un signe dont le son est encore inconnu.
Aucun nom de souverain grec ou romain ne saurait être reconnu dans ces deux noms propres; nous devons donc essayer si nous ne rencontrons point, dans les dynasties égyptiennes de Manéthon , deux noms propres de Pharaons qui aient quelque analogie avec ceux que nous lisons dans les deux cartouches : on les trouve bientôt en effet. Dans sa xxix.® dynastie , celle des MenJesiens , il place un roi dont le nom est écrit A'^ue/4 , et que Diodore de Sicile appelle Axûçj-^ ; et ce prince, circonstance bien remarquable, eut pour prédécesseur et pour successeur deux rois que Manéthon nomme Ng<^g£/T»î^ , et dont Diodore écrit le nom Ne!ppêaL , NèÇiepèai , à l'accusatif, et Necpepev^ , au nominatif.
Il est impossible de ne point reconnaître, dans le nom hiéroglyphique du roi 82.Kp (Hûkr) , le nom du roi Acor-is [Aycop-iç, A^O) p-i^), et dans HMqpo'afK, (Naifroué ou Naifroui), le nom égyptien du roi appelé Nép lier eus ou Néphe'rïtès par les Grecs.
(i) Tableau général, n.°' 123 ^^ et 1^4 ^' (>) îb'id. n." 124 b.
- .(3J Ikïd, n." 123 ^.
Trois circonstances viennent renforcer en outre ce rapprochement, et mettre cette synonymie hors de doute.
La première est la parfaite conformité de proportion, de matière et de travail des deux sphinx qui portent ies légendes des deux princes. Ces sphinx décorèrent évidemment un même édifice , et les Pharaons qui les firent exécuter, durent vivre à-peu-près vers une même époque.
D'un autre côté, les deux inscriptions ne diffèrent entre elles que par ies prénoms et les noms propres seuls.
Enfin, le style de ces deux sphinx s'éloigne déjà de l'ancien style égyptien , et se rapproche sensiblement de celui qui caractérise les sculptures exécutées en Egypte , sous la domination des Grecs.
L'époque présumable de ces monumens, déduite du style, exige donc, comme la lecture des noms hiéroglyphiques des princes qui les firent exécuter, qu'on les rapporte à la période comprise entre les rois autochthones d'Egypte et la conquête d'Alexandre, c'est-à-dire , à la période pendant laquelle les Egyptiens, conduits par quelques chefs intrépides, luttèrent contre la puissance et l'ambition delà Perse; ce qui nous ramène aux règnes de Néphéreus L^** et d'Acoris.
Ces deux princes sont en effet les seuls qui, durant cette période de troubles et de dissensions , aient pu jouir de quelques années de repos, et songer à faire exécuter quelques travaux de décoration. Néphé-
feus régna en effet six années entières , et le règne à'Acoris , son successeur, et son fils selon toute apparence, qui fut de treize ans, est le plus long de tous ceux des xxviii.* , xxix.* et xxx.^ dynasties égyptiennes , dont les membres ont occupé le trône depuis Xerxès jusqu'à Darius-Ochus, qui assura aux Perses, à la manière de Cambyse, la possession de l'Egypte, en couvrant cette malheureuse contrée de sang et de ruines.
Les noms hiéroglyphiques des Pharaons-Mendésîens," Néphéreus et Acoris, prouvent donc c^ugÏ écriture phonétique était en usage de leur temps. Voyons si avant Cambyse cette écriture était connue des Égyptiens;
L'obélisque Campensis , que l'empereur Auguste fît transporter d'Egypte à Rome , et qu'il plaça au champ de Mars pour servir de gnomon, a été reconnu par Zoëga, auquel nous devons un si important travail sur les obélisques, pour un ouvrage du premier style égyptien : Pline l'attribue, en effet, à un des anciens Pharaons, dont le nom est tellement corrompu et défiguré , ainsi que le sont tous les noms de Pharaons donnés comme érecteurs d'obélisques dans les textes manuscrits de cet auteur (i), qu'il est impossible de s'arrêter àupe leçon plutôt qu'à une autre, en supposant même prouvé, ce qui est loin de l'être , que Pline ait jamais su exactement à quels rois égyptiens il fallait attribuer les grands monolithes transportés à Rome.
(i) Plin. Histor. JVat. lib. XXXVI, cap. 8,9, 10, 11.
( ip4 )
Le pyramidion et les inscriptions perpendiculaires qui tlécorenl les trois faces de cet obélisque, portent la légende royale gravée sous le n.** 1 2 i du Tableau général»
Le premier cartouche , ou ie prénom, contient l'expression des idées Soleil bienfaisant ou gracieux; le second cartouche, précédé du titre //j ^w Soleil, renferme conséquemment le nom propre; il est entièrement phonétique et composé de signes dont le son est incontestable; il se lit sans difficulté : le carré ir , le signe recourbé C , la chouette ou nycticorax xx , l'espèce de pincette t: (i), et le bassin à anneau K, 6 ou r^, ce qui produit, abstraction faite des voyelles que les Egyptiens supprimaient souvent dans les noms propres nationaux comme dans les noms propres grecs et latins , ttc-O-tK (Psmtk), TTCJW-T(5^ou ncJU^Ti"' (Psmtg), le nom m^me -î*ct/x./x,*iri5Cû$, •^oLfxfLiriyoc, ou "^(LfLfA^i^riyù^ ^ nom que porta, par exemple, un des plus célèbres souverains de l'Egypte, celui qui encouragea le commerce, ouvrit ses ports , comme l'intérieur de son royaume , aux Grecs, et fit fleurir les beaux-arts. Le travail de l'obélisque Campensis est tout4à4fait digne de cette belle époque de la monarchie égyptienne.
Que le nom propre Psamétck ou Psamétég , qui se lit sur ret obélisque, soit celui même du Pharaon Psammitichus I.*'' dont nous venons de parler, plutôt que celui de Psammitichus II son petit-fils, c'est ce que je ne chercherai point à établir ici : je trouve,
( I ) Voy. les Variantes phonétiques des Noms divins, TabI, gén. n.° 6 1 .
en effet, Jans ma collection de IcgenJes royales hiéroglyphiques , deux rois difFcrens qui ont porté le nom de Psaméték (Psammitîchus); mais ils se distinguent aisément l'un de l'autre par un signe dînèrent dans leur prénom ( voye^ la légende d'un autre Psam» mitichus, Tableau général, n.° 122), et je me réserve d'établir ailleurs (i) que ces deux derniers cartouches se rapportent au roi Psammitîchus second, fils de Néchao fils de Psammitîchus I.^^ Il importait seulement de démontrer ici que ces deux noms propres de rois égyptiens présentent , en caractères hiéroglyphiques phonétiques, le nom propre égyptien 'i*ot^/x,/rix,-o; , qui fut celui de deux rois d'Egypte , mentionnés par les historiens grecs.
La lecture de ce nom propre pharaonique prouve donc que les hiéroglyphes phonétiques existaient dans les textes sacrés, plus de cent-vingt ans avant Cambyse, époque à laquelle Psammitîchus I." occupait le trône, bu tout au moins quatre-vingts ans avant ce conquérant perse, époque à laquelle Psammitîchus II régnait en Egypte.
On serait peut-être enclin à supposer que ce fut sous le règne de ces Psammitîchus mêmes que les Égyptiens, influencés par l'exemple des Grecs, auxquels l'entrée de l'Egypte fut alors permise et qui avaient
(i) Dans un ouvrage intitulé Chronologie des monuinens égyptiens , que je publierai incessamment, de concert avec JVl. Huyot, membre de l'Institut, qui a recueilli en Egypte une foule de précieux documens sur l'architecture et les arts de cette contrée.
( ipô )
une écriture alphabétique, s'en créèrent une à leur tour, et que i'écriture phonétique égyptienne ne remonte point au-delà de l'époque où les deux peuples furent en contact direct. Je me hâte donc de citer des noms phonétiques de Pharaons plus anciens que Psammitichus. C'est, ce me semble, la meilleure réponse que l'on puisse faire à une supposition pareille , et que rien d'ailleurs ne saurait motiver.
L'obélisque de granit encore debout au milieu des ruines d'Héliopolis, porte la légende royale gravée sous le n.° i ip. Le sens du prénom nous est encore inconnu ; mais le nom propre renfermé dans le second cartouche se lit sans aucune hésitation , O'sfcpTCU ou bien OcpT^CW; je n'ai point balancé à reconnaître dans ce nom le second roi de la xxiii.^ dynastie , que Manéthon appelle OSOP0nS ou OXOPOON , et il ne restera aucun doute sur cette synonymie , lorsque j'aurai développé quelques faits qui me semblent présenter un assez piquant intérêt.
Il existe, dans le cabinet de M. Durand, une statuette d'environ trois pouces de hauteur , faite d'une seule cornaline de très-belle couleur, et représentant un personnage accroupi. Entre ses jambes est gravée une petite inscription hiéroglyphique (pi. X, n.*^ i), qui contient un cartouche. Je la lis cyE pn Ocop^cit nT:> c . . . q ^^l , le fils du Soleil , Osortâsen , chéri de
Phtha On remarquera dans ce cartouche, de
plus que dans celyi d'Héliopolis, qui renferme le nom du même prince, ieliiuus, signe de la voyelle o, placé
Pu^^ ^9/
Pl.X
tCCù^if^