‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherche sur les éléments premiers de cette écriture sacréeChapitre 44 sur 79 · UN · texte numérisé non relu

UN

NOTE RÉPONDANT À LA PaGE jp.

Nous insérons ici une lettre que iM. Letronne nous a écrite; les aperçus nouveaux qu'elle renferme complètent la traduction et le commentaire du texte des Stromates, que ce docte académicien a bien voulu faire sur notre demande.

Monsieur,

Lorsque vous m'avez consulté sur le sens du passage de Clément d'Alexandrie, j'étais au moment de partir pour un voyage, et je n'eus pas le temps d'approfondir plusieurs des circonstances de ce texre si remarquable, ni de joindre au commentaire que je vous en ai donné des observations sur d'autres textes qui me paraissent relatifs à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques, que vous nous avez fait si bien connaître. Je vais suppléer à ce que le temps ne m'a pas permis de faire alors.

Tout le monde s'était accordé à voir trois genres principaux d'écriture égyptienne dans le passage de Clément d'Alexandrie : mais la division qu'il donne des diverses espèces d'écriture hiéroglyphique, n'avait pas été nettement aperçue et distinguée ; on peut facilement , je crois, concilier le témoignage de ce savant Père de l'Église, avec celui des autres écrivains anciens.

Au lieu de fro/j genres d'écriture égyptienne, Hérodote et Diodore n'en comptent que deux: l'un qu'ils appellent lettres vulgaires (i); l'autre qu'ils nomment caractères sacrés ( /ïgjt ). lis sont tous deux entièrement d'accord avec l'inscription de Rosette, où l'on ne peut soupçonner aucune erreur à cet égard, puisqu'elle a été rédigée sous les yeux des prêtres égyptiens eux-mêmes : ce monument célèbre ne fait mention que de deux genres de caractères, les uns dits iy^eÀoinationaux (par opposition à i^YiviKo.) , identiques avec les Sh/MTtKo, ou SiijbUôJM ^a,u.uATa d'Hérodote et de Diodore; les autres appelés /'«est, sacrés.

Toute la différence qui se trouve entre ces trois témoignages et

(i) Herod. Il, 3^. — Diod. Sic. III, 3, SM/M-niui ou SM/buoiM ( yçâ/ufji.a.'m ). ♦ Ce

( 4oi )

celui de Clément d'Alexandrie, consiste en ce que ce dernier fait mention de i'cciiiure hiératique , dont les autres ne parlent pas. iMais la cause en est facile à découvrir : c'est qu'ils ont dii la comprendre parmi \ts caractères sacrés ,^tt({nQ Clément d'Alexandrie a dû au contraire la distinguer des caractères hiéroglyphiques ; voici pourquoi.

Tout le monde convient que ï épistolographique de Clément d'Alexandrie est la même chose que le démotique d'Hérodote et de Diodore, et que le national de l'inscription de Rosette.

Quant à Y hiératique , il est certain que c'était une espèce de caractères sacrés , puisque, selon Clément d'Alexandrie, c'était celle dont les hiéro"rammaîes (ou greffiers sacrés) se servaient. Cette donnée importante est confirmée entièrement par vos recherches sur les papyrus égyptiens ; vous avez reconnu parfaitement ceux qui sont écrits dans ces caractères sacrés hiératiques, lesquels ne sont autre chose que des hiéroglyphes cursifs, ou abrégés, espèce de tacJiygraphie hiéroglyphique. Vous l'avez appelée avec raison écriture sacerdotale , comme éxant employée par les prêtres dans les manuscrits, tandis que Vécriture hiéroglyphique était proprement Vécrunte monumentale, ainsi que l'exprime le mot kç^yAvtptxxt , littéralement, caractères sacrés SCULPTÉS. On pourrait donc appeler l'autre , écriture hiérographique, ou écriture sacrée ECRITE. Cetie distinction explique et concilie tout ; car remarquez bien qu'Hérodote et Diodore ne se servent pas du mot tipgyxvçiicet, ils emploient l'expression iîcpt , sacrés; or, cette expression contient nécessairement tous les genres d'écriture sacrée et Vhiératiqiie comme les autres; au contraire. Clément d'Alexandrie parle de \'hiéroolyphique ( iiç^yhvçim ) , expression moins générique , et qui ne doit pas comprendre l'hiératique ^ genre d'écriture qui n'était pas employé sur des monumens sculptés ( ytyxvfx/buivct ). Clément d'Alexandiie diffère donc des autres seulement en ceci, qu'ils n'ont employé que des expressions génériques , tandis qu'il est entré dans le détail des espèces; et, jusqu'ici, on voit qu'il s'est exprimé avec une propriété bien remarquable. Par la même raison on conçoit pourquoi , dans le monument de Rosette, les caractères sacrés sont désignés par l'expression de ii^ et non kç^yKv(ptyjai, qui semblerait avoir été l'expression propre pour désigner le genre de caractères qui ont été gravés sur cette pierre. La distinction ici était inutile : car, comme {'hiératique ne servaitpoint pour les monumens sculptés, il était clair que, puisqu'il s'agissait de graver des caractères sacrés sur la stèle, ces caractères sacrés ne pouvaient être c^\i hiéroglyphiques ; etconséquemment l'expression jg/nm^yf /ïg^t' était, en ce cas, tout aussi précise qu'aurait pu l'être l'expression spécifique lî^yxvpKa.

v^n comprendra mieux l'accord de tous ces textes, et en nicme temps la raison des ditî'érenccs qu'ils présentent , au moyen d.: cet autre tableau qui complète celui de la page 3;;c;

ÉCRHURE

ÉGVPTIENNE,

divisée

par Hérodote,

Diodore ,

rinscription

de Rosette,

en deux genres

de caractères;

savoir, les. . .

'A. Vulg:iiresf éMfM-nitai et A^'/ij |,ar Hérodote et Diode dits. . . / i-^yj^ct, dans l'inscription de Rosette.

/ iTnçdKoy^ccpiKct par Clément d'Alexandrie.

B. Sacres

divisés

par

Clément

' d'Alexandrie

en ... ,

/ (7. Hiératiques ou écriture saccrdut..le , qu'on peut appeler hiérogiaphique.

fa'. Cyriologiques, formes des premières lettres de l'alphaiet.

L Hiérogly- J t „ r- ■ i ■

phiques,/ '^ • Cyriologiques

composés ^'.Symboliques P""^ imitation.

des.

comprenant\ , , t-

I ' U' . i ropiques.

\c''. Enigmatiqucs.

Je crois que ce tableau comprend et explique toutes les différences que présentent les textes anciens. Il en est un cependant qui n'y saurait trouver place, c'est celui de l'auteur de la Vie de Pythagore , attribuée à Porphyre. Selon cet auteur, les caractères égyptiens sont de trois espèces, épistologrûphigues ^ hïéroglypJiiqiies cl symboliques (i). Cette division annonce évidemment que l'auteur n'a rien su de ce qu'il voulait dire; et c'est fort inutilement que plusieurs critiques habiles ont pris la peine de lui prêter une apparence de raison, à l'aide de corrections fort arbitraires. A quoi bon tant d'efforts i Un auteur n'estil pas jugé, quand il fait de l'écriture symbolique une classe séparée de l'hiéroglyphique! Il serait facile de montrer que ce passage n'est qu'un extrait maladroitement fait du texte de Clément d'Alexandrie, par un compilateur qui n'en comprenait pas l'ensemble : c'est une preuve, entre bien d'autres, que le Malchus, auteur de cette Vie de Pythagore , n'a rien de commun avec le fameux Porphyre , et ne saurait avoir, à beaucoup près, l'autorité que de savans hommes lui attribuent.

Dans ce tableau analytique, l'espèce «Jue^oM•y^m J)ac. twv ft^ç^Tuv çoi-

^icùv {B, l? , a ) est traduite par cyriolopqiie , formée par les premières

Ç/K/âi', x^ iiQoyi.v^iKÎùV k. (niju,CoMicù)v' mv jujîv yu)ivohoy>u/Ai'ycà>v kclto, /u.î/jLi\(nv , Twv éi oCV\i)y>^v/Myù)V Kcnca, -nvcu; aiviyff.ovç, ( Vit. Fytliag. S. 12. )

ce*

lettres de l'alphabet. Dans la iraduciior! donnée ci-dessus (page 3-9)» on lit simplement les lettres de l'alphabet. Cette différence, qui ne porte point sur le sens général de la définition , tient à ce que ie mot tarç^Tt-it me paraît maintenant susceptible d'un autre sens que celui que je lui avais donné sur un premier aperçu.

II me paraît de plus en plus certain que les mots )we^oMylm S'ia. Tuv fBÇ^twv çvt^tuv ne peuvent désigner que les hiéroglyphiques phonériques ; car toutes les parties de cette définition s'y appliquent parfaitement.

D'abord, le mot KveAohoyncn , comme je l'ai dit ( p. 330), indique que ce genre d'écriture exprimait les objets d'une manière propre, non Tiiétapliorique , ni figurée. C'est là le caractère que présentent les ^/Vroglyphes phonétiques comparés aux autres hiéroglyphes.

En second lieu, de quelle manière les exprimaient-ils! Au moyen de signes que Clément appelle ç^ty^eta: or, ce terme est le mot propre en grec pour désigner les caractères alphabétiques. Ainsi la traduction littérale de vjueAoMyiKM Sioi -mv çti^^cùv serait, servant à exprimer au propre les objets par les caractères alphabétiques : cette analyse est rigoureuse. Vient ensuite une circonstance particulière : Clément d'Alexandrie ne dit pas seulement c^ tok çti-^eiav , ce qui suffirait pour désigner en général les lettres de l'alphabet; il dit t^gt tok /sr^Wv çrii^eim, littélalement, par les PREMIÈRES lettres alphabétiques ; c'est une expression remarquable qui me semble pouvoir être écîaircie, au moyen d'un passage des Syuiposiaques de Plutarque, où cet auteur fait dire à Hermias, un de ses interlocuteurs : « Entre tous les nombres , celui w que l'on consacre principalement à Hermès est la tétrade: beaucoup ^:> d'auteurs racontent, en effet, qu'il est né le quatrième jour d'un mois 3:> commençant; la tétrade multipliée quatre lois donne les premières ■» lettres , appelées phéniciennes , à cause de Cadmus : de celles qui ont 5> été découvertes ensuite, Palamède en ajouta d'abord quatre, et Simounide, plus tard , quatre autres (1). »

. II résulte clairement de ce passage, que to rzs^TO, çni^éïct désigne les XVI lettres (quatre fois quatre) apportées par Cadmus, pour les distinguer des huit autres qui furent inventées [î^ivpiSivnt) ^\us tard , et

(l) Eo;Ufi cti JLULM9X' TbJV OL^l^jUaV J? TUfàç OJfclKC-iTnJI ' •nt7^0l Si ^ TïTfottA

//^.•'!vcV /W/-UVOU j4i'a'c5îq liv dm Içv^va ' là M c/V; IIPIÎTA , i^ ^oiviKetoL Sid Kccd.Mt ovoucLtôîvTa., nifâiuç yi nTfixç •)'tVO/uiJtVYi vnx.oîcyji' ^ tok ctv^ç i<pivpt^VTWv oi y HcLKayÀSyiç Tt 'Oty^iQ^ç n-tlûifjK , ro-i ^i/uw/iJy.Ç avâiç aMoc -nm-UTa ■STeJot^nJtt. Plut. Symp. IX, 3, tom, VÎII , pag. 9-1^ , ReLhe. J'observe

ajoutées ( /©eyçî^ï/UtVa) à l'alphabet primitif. Ces premières lettres sont, d'après Pltne, A, B, F, A , E,I, K, A, M, N, O, n, P, 2, T,r : les secondes sont,©, E, <I>, X; les troisièmes, Z,U,'ir, D.. Remarquons que ces XVI caractères ont dû en effet être inventés avant les autres , parce qu'ils représentent les XVI sons élémentaires on simples que peut former la bouche humaine, soit par intonation, soit par articulation. Les autres caractères , en sus de ceux-là, dans les alphabets des ditîèrens peuples, expriment, soit des nuances de ces sons principaux, soit la réunion de plusieurs articulations en une seule ; de manière que chacun d'eux peut être plus ou moins exactement c'écomposé dans les sons primitifs qu'il contient. Ainsi , le fait que l'alphabet phénicien et grec n'"a d'abord contenu que ces XVI caractères , n'est pas seulement établi sur des indications historiques précises, il est de plus conforme à la nature, et l'on peut croire que tous les alphabets ont été primitivement formés de ce nombre de caractères, exprimant les sons de l'alphabet phénico-grec.

Il est facile de voir maintenant ce que Clément d'Alexandrie a dû entendre par les premières lettres de l'alphabet : il a voulu dire que, dans ce genre d'hiéroglyphes (B,/», a'), on exprimait les objets au moyen des caractères /iieVofi/K/?^/^^/^.? représentant les sons de Valphabtt primitif.

Si je jette maintenant les yeux sur le tableau des hiéroglyphes phonétiques, qui accompagne votre lettre à M. Dacier, j'y trouve des signes correspondant à XIX caractères grecs; le Z, le 0, le -^ ^ le X, n'y existent pas; mais peut-être trouverez-vous cette dernière lettre plus tard. 11 y a, dans les autres, de doubles emplois. Par exemple, les signes qui correspondent au E sont formés de la réunion des signes du K et du 2, ce qui signifie que S n'existe pas plus dans l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques que dans l'alphabet grec primitif.

Même observation à faire sur les caractères qui répondent à Ï'H; ils sont les mêmes que ceux de Vicia ; le signe du ^ est le même que celui du n; enfin le signe de Vn. est le même que celui de l'O. Il n'y a donc, au fond, que XVI caractères de l'alphabet grec qui trouvent une évaluation correspondante dans les hiéroglyphes phonétiques dont vous avez formé le tableau; or, il est très-remarquable que ces XVI

que le mot ^oiViKHa n'est point ici un acijecd! ; c'est un nom appeliatif. C« mot est souvent employé substantivement pour désigner les lettres de i'aiphabet, comme 'dans une inscription de ftvs , où nous lisons ^oinxÀ'ta. ÔKKO-lei ^ .pour ■y^dfj.fjM.'m. ou çT5/^«7a &>tx. ; sur riuù l'on peut voir la not;; érudite de Chi^huii [ Antiq.diuxt. pag. 'oi^.

caractères sont précisément ceux de l'alphabet primitif grec, savoir, A,B,r,A,E,I,K,A,M,N,0,n,P,2,T,T, exprimant, comme nous l'avons vu, les intonations et articulations simples ; cette coïncidence prouve que les ts^ç^nt çoi)(êioL de Clément d'Alexandrie sont bien les premières lettres ou lettres primitives de l'alphabet ; et peutêtre cette observation ne sera pas inutile à l'histoire, si obscure encore, des caractères alphabétiques. Je la livre à votre examen , et ne me permettrai qu'une seule réflexion.

D'après vos recherches , il paraît clairement établi que les hiéroglyphes phonétiques n'ont eu pour but que de pouvoir, en certains cas, peindre, dans un caractère sacré, les sons représentés par l'écriture alphabétique. D'où il résulte qu'on a dû nécessairement prendre autant de signes hiéroglyphiques qu'il y avait de caractères dans l'alphabet, ou, en d'autres termes, de sons que cet alphabet pouvait exprimer. L'alphabet égyptien contenait, au témoignage de Plutarque (i), vingtcinq lettres, c'est-à-dire , des caractères propres à rendre vingt-cinq sons différens. On devrait donc en trouver le même nombre parmi les hiéroglyphes phonétiques. Or, d'après le témoignage de Clément d'Alexandrie , confirmé par les monumens , l'alphabet de ces hiéroglyphes ne représente que les sons de l'alphabet primitif; ce serait une preuve, i.° que l'alphabet égyptien n'a contenu primitivement, comme ie phénicien et le grec, que ce nombre de caractères, et que les autres ont été inventés par la suite ; 2.° que l'invention des hiéroglyphes phonétiques est d'une époque antérieure à l'introduction de ces nouveaux caractères : et en effet, vous les avez trouvés sur de très-anciens monumens. On conçoit qu'une fois inventé, cet alphabet phonétique, comme tout ce qui tenait à la religion en Egypte, a été fixé sans retour, et n'a pas dû recevoir les augmentations qu'a pu prendre successivement l'alphabet vulgaire.

11 resterait à rechercher les rapports qui ont pu exister entre l'alphabet phénicien, et celui des Egyptiens. Les réflexions précédentes font soupçonner qu'ils pourraient bien êtie issus l'un de l'autre : à cet égard, je suis disposé à croire que l'honneur de l'invention appartient à l'Egypte. Du moins, la tradition égyptienne qui l'attribuait à Thoth paraît-elle avoir été assez généralement accueillie des Grecs (2). C'est un point qui mériterait une discussion approfondie, que le défaut du temps et d'instruction m'empêche d'entreprendre.

[^) De Iside et Osiridc, '§. ^6 , p. 374, inic.

[z) Platon, r/iikl: $. 23. — P/uvdr. pag, 340, éd. Heind. — Diod. Sic, I, 16. — Ciem. Alex. Strom. l, ly — Euseb. Prap, et/. I, 9,&c.

II me suffit d'avoir appelé votre attention sur une circonstance bien remarquable dans le texte de Clément d'Alexandrie, et qui met hors de doute, non-seulement qu'il a fait mention des hiéroglyphes , yhonétiques , mais même que le peu qu'il en a dit est conforme à ce que vos recherches vous ont fait découvrir.

Au reste, ce passage de Clément d'Alexandrie n'est pas le seul où l'on trouve la mention expresse de cet alphabet; on peut encore citer ce texte de Plutarque :« Hermias dit qu'Hermès est l'inventeur des 3J lettres en Egypte : aussi ^ -pour représenter la première lett'e [de leur ï3 alphabet], les Egyptiens figurent un ibis {2) , cet oiseau appartenant à «Hermès. >i On ne peut exprimer plus clairement la nature d'un hiéroglyphe phonétique , savoir, un son représenté par l'image d'un objet; et il est digne d'attention que, dans votre alphabet, dressé indépendamment de ce passage, la lettre A est en effet exprimée par un oiseau , épërvier, canard ou ibis; c'est un point trop important pour que je ne vous le fasse pas remarquer.

On ne peut voir autre chose qu'une expression propre à l'écriture hiéroglyphique phonétique dans le passage de Manéthon , conservé par Josèphe : <.i Hycsos signi'nç. rois pasteurs ; car hyc veut dire roi, dans w la langue sacrée (3) , et sos , pasteur, dans la langue vulgaire (4)' " lï est évident, d'après ce passage, que la lanoue sacrée ne se composait pas seulement d'images, mais qu'elle comprenait aussi des signes représentant des articulations, tels que ceux des hiéroglyphes phonétiques. On apprend aussi par-là que certains mots égyptiens composés étaient hybrides, c'est-à-dire, formés de deux mots tirés l'un de la langue vulgaire, l'autre de l'expression phonétique.

C'est encore à l'écriture des hiéroglyphes phonétiques que se rap-

(1) Aïo K^ 70 rcûv "^oLUuuimv AiyjTp.ioi rs^ç^Ttv iCiv yç^^wcny, uç Lpf^ii /S)ÇS<niyj>vauv. Sympos. IX , 3 , pag. 94;.

(2) Dans l'écriture sacrée, l'idée roi est en effet symboliquement rendue ^ar Vurai/s ou asjnc; et l'image de ce reptile, employée dans les groupes phonétiques, y exprime l'articulation K' cette lettre, placée devant une seconde consonne, comme dans le mot KOjCUC, se prononçait Ikschos , suivant l'usage copte. Le mot Q^WC schos , que Manéthon écrit en grec y.ccç, existe encore dans les livres coptes ou livres écrits en langue 7«/^-<7;r^ égyptienne, et y signifie en eflet pasteur. — J. F. C.

(3) "^^ ^Ap ^^'^ Kctdi' iiç$LV yhcûffazti' (lanxioL ayijuaivei' 'li Jï SCS ot/yw-MV £rt X,, ini/x.îriç ;c«,7» n^v kûiyw Sioif^iKity. Maneth. aj>. Joseph, coiur. Apion.

porte, je pense, cet autre passage d'HorapolIon : « [ Dans les hiéro- ■sjgiyphes ], un épervier veut dire ame j et cela, d'après la signification ■>■> de cet oiseau ; car chez les Égyptiens on l'appelle Bdiéih : or , ce sî mot, décomposé, signifie mne-ti cœur; car ame se dit bai en égypî3 tien, et cœur se dit éth : les Egyptiens considérant le cœur comme 3J l'enveloppe de l'ame, il s'ensuit que ce mot composé signifie ame « renfermée dans le cœur (i), " Ainsi , un épervier se lisait Bàiéth; et, en prononçant ce mot, on avait l'expression du mot ame , selon la doctrine des Egyptiens sur le siège qu'occupait le principe de l'intelligence. Si l'auteur de l'ouvrage attribué à Horapollon n'a pas fait ici quelque erreur, on doit retrouver parmi les hiéroglyphes phonétiques des e>.pressions analogues à celle qu'il nous a conservée (2). Agréez (Sec.

Letronne.

(1) 'Ett yi. fjiw kvii \|x;p^c J lîç^^ TaVfftTïtf , ©ic rHç vcu ovofÀctitç ép/M^veicLç'

■^}^v mijua.;va x, Kjxpjiûiv içt yctf tù juèv (iuï, -^^^ , li M « ^, tca-pSia' n Jï KoLpSia. kjclt^ Al'yj7!\:0vç -^yHç -Tnez-^ohoç , àçi (r/ijMtiyiiv tvï cvY'h(ny t>s\ovofAXLTdÇy ■\uy^.vi-yy(xLpé;cu/. Hieroglyph. I, 7.

(2) Nous trouvons encore, en effet, dans les livres coptes, les mots TTÎ-^S (tahi), vie, ame, et ^HT { hêt ) ou ^K^ ( héth ) , carar, et dans les textes hiéroglyphiques ['ame est symboliquement exprimée par un épen'ier à tête humaine: cette tête barbue ou non barbue indique simplement le sexe. Nous devons dire aussi que l'idée ame est souvent rendue dans l'écriture sacrée par un groupe formé d'une cassolette ou encensoir, d'un épervier ou d'un autre oiseau, et d'une pente ligne pcypendiculaire y signes qui , étant pris phonétiquement, donneraient fgalement le mot bai. — J. F. C.

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