Par une coiffure ou capuchon, RA^cyr ( klaft
c’est la coiffure ordinaire des personnages privés dans les bas-reiiefs égyptiens.
Le A est rendu par un lion ou une lionne dans une attitude de repos parfait. Nous trouverons ie motif du choix de cet animai pour représenter la consonne A, dans ie mot égyptien A&fxo [labo) ou X&&OX [laboi), employé dans ies textes coptes avec ia signification de lionne (i). Nous ferons observer que ie mot exprimant l’idée de lionne , en arabe ( lebouah ), et en hébreu mb ( le'bieh }, sont parfaitement semblables au mot égyptien A&fios ( laboi ) ; ajoutons même que ce mot, dont l’orthographe régulière paraît avoir été X&.qc.us ( lafôi ), n’est qu’un mot composé signifiant tres-velu , valdè hirsutus , et que. c’est dans ce sens qu’on aurait aussi quelquefois appliqué ce nom à l’ours dans ia version égyptienne des livres saints (2).
Le trait brisé , qu’on a cru représenter K eau en écriture hiéroglyphique, y exprime seulement la préposition de , en égyptien k ; c’est pour ceïa que ce signe idéographique est devenu celui du son N. Les petits vases qui représentent aussi la consonne N, ne sont autres que ces petits vases d’ albâtre qu’on trouve si fré^ quemment en Égypte, et qui servaient à contenir des | huiles parfumées He^ { neh ) ; ces vases portent dans ! les écrivains grecs le, nom d’AActêotç^s ou d’AÀccéctç^v.
La consonne grecque P est exprimée hiérogiyphiquement, i.° par l’image de ia bouche Po [ro).
(1) Kircher, Scala magna, pag. 164.
(2) Apocalypse , Xin, 2.
2° Par une fleur de grenade pjm&ît ( erman ) ou ( roman ).
Enfin la consonne T est représentée, i par l’image d’une main ttctt [tôt)’, 2° par le caractère idéographique de l’article déterminatif du genre féminin ^ [ti) ou -TE ( te'); ou par le niveau des maçons , en langue égyptienne -mips [tort) ou nrtupE ( tôré), suivant les dialectes.
Je ne doute point, Monsieur, que si nous pouvions déterminer d’une manière certaine l’objet que figurent ou expriment tous les autres hiéroglyphes phonétiques compris dans notre alphabet, il ne me fût très-facile de montrer, dans les lexiques égyptiens-coptes , les noms de ces mêmes objets commençant par la consonne ou les voyelles que leur image représente dans le système hiéroglyphique phonétique (1).
Cette méthode, suivie pour la composition de l’alphabet phonétique égyptien , fait pressentir jusqu’à quel point on pouvait multiplier, si on l’eût voulu, le nombre des hiéroglyphes phonétiques , sans nuire pour cela à la clarté de leur expression. Mais tout semble prouver que notre alphabet les renferme en très-grande partie. Nous avons en effet le droit de tirer cette conséquence, puisque cet alphabet est le résultat d’une série de noms propres phonétiques, gravés sur les monumens de l’Egypte pendant un intervalle de près de cinq siècles , et sur divers points de cette contrée.
(1) Voyez de nouveaux exemples dans le chapitre X de cet ouvrage, au § VIII , où l’on traite plus spécialement des caractères phonétiques.
Tout ce que je viens d’exposer sur l’origine, la for^ mation et les anomalies de falphabet hiéroglyphique phonétique , s’applique presque entièrement à l’alphabet démotique-phonétique, dont la seconde colonne de la planche VI contient toute la série des signes tirés de l’inscription de Rosette et du papyrus nouvellement acquis pour le cabinet du Roi, et nécessaires à la discussion présente.
Ces deux systèmes d’écritures phonétiques étaient aussi intimement liés entre eux que le système idéographique sacerdotal le fut avec le système idéographique populaire, qui n’en est qu’une émanation, et avec le système hiéroglyphique pur , dont il tirait son origine. Les lettres démotiques ne sont en effet , pour la plupart , comme nous l’avons annoncé , que les signes hiératiques des hiéroglyphes phonétiques eux-mêmes. II vous sera aisé, Monsieur, de reconnaître toute la vérité de cette assertion, en prenant la peine de consulter le Tableau comparatifdes signes hiératiques classés à côté du signe hiéroglyphique correspondant , Tableau que j’ai présenté à l’Académie des belles-lettres depuis plus d’une année. Il n’existe donc au fond entre les deux alphabets, l’ hiéroglyphique et le démotique , d’autre différence que la forme seule des signes, la valeur et les motifs mêmes de cette valeur demeurant les mêmes. J’ajouterai enfin que ces signes phonétiques populaires n’étant autre chose que des caractères hiératiques sans altération , il ne put forcément exister en Égypte que deux systèmes d’écritures phonétiques seulement: i.° l’écriture hiéroglyphique phonétique , employée sur les grands mo-
numens; 2.0 1’ écriture hier atico-démotique , celle des noms propres grecs du texte intermédiaire de Rosette et du papyrus démotique de la bibliothèque du Roi ( supra, pag. 44 ) > et.que nous trouverons peut-être un jour employée à transcrire le nom de quelque souverain grec ou romain dans des rouleaux de papyrus en écriture hiératique.
L’écriture phonétique fut donc en usage dans toutes les classes de la nation égyptienne , et elles l’employèrent long-temps comme un auxiliaire obligé des trois méthodes idéographiques.
Les auteurs grecs et latins ne nous ont transmis aucune notion bien claire sur l’écriture phonétique égyptienne; il est fort difficile de déduire même l’existence de ce système , en pressant la lettre de certains passages où quelque chose de pareil semblerait être fort obscurément indiqué. Nous devons donc renoncer à connaître, par la tradition historique, l’époque où les écritures phonétiques furent introduites dans le système graphique des anciens Égyptiens.
Mais les faits parlent assez d’eux-mêmes pour nous autoriser à dire, avec quelque certitude, que l’usage d’une écriture auxiliaire destinée à représenter les sons et les articulations de certains mots, précéda en Égypte la domination des Grecs et des Romains, quoiqu’il semble très-naturel d’attribuer l’introduction de l’écriture sémi-alphabétique égyptienne à l’influence de ces deux nations européennes, qui se servaient depuis longtemps d’un alphabet proprement dit.
Je fonde mon opinion à cet égard sur les deux con-
sidérations suivantes, qui vous paraîtront peut-être, Monsieur, dun assez grand poids pour décider la question.
i.° Si les Egyptiens eussent inventé leur écriture phonétique à l’imitation de 1’aiphabet des Grecs ou de l’alphabet des Romains, ils eussent naturellement établi un nombre de signes phonétiques égal aux élémens connus de l’alphabet grec ou de l’alphabet latin. Or, c’est ce qui n’est point ; et la preuve inconstestable que lecriture phonétique égyptienne fut créée dans un tout autre but que celui d’exprimer les sons des noms propres des souverains grecs ou romains, se trouve dans la transcription égyptienne de ces noms eux-mêmes , qui , pour la plupart, sont corrompus au point de devenir méconnaissables ; d’abord par la suppression ou la confusion de la plus grande partie des voyelles; en second lieu, par l’emploi constant des consonnes T pour A, K pour T, Il pour enfin par l’emploi accidentel du A pour le P , et du P pour le A.
2.0 J’ai la certitude que les mêmes signes hiérogly-^ phiques-phonétiques employés pour représenter les sons des noms propres grecs ou romains, sont employés aussi dans des textes hiéroglyphiques gravés fort antérieurement à l’arrivée des Grecs en Égypte, et qu’ils y ont déjà la même valeur représentative des sons ou des articulations, que dans les cartouches gravés sous les Grecs et sous les Romains. Le développement de ce fait précieux et décisifappartientàmon travail sur i’écriturehiérogly- . phique pure. Je ne pourrais l’établir dans cette lettre sans me jeter dans des détails prodigieusement étendus.
Je pense donc , Monsieur , que l’écriture phonétique exista en Égypte à une époque fort reculée ; qu’elle était d’abord une partie nécessaire de l’écriture idéographique, et qu’on l’employait aussi alors, comme on le fit après Cambyse , à transcrire ( grossièrement il est vrai ) dans les textes idéographiques, les noms propres des peuples, des pays, des villes, des souverains, et des individus étrangers dont il importait de rappeler le souvenir dans les textes historiques ou dans les inscriptions monumentales.
J’oserai dire plus : il serait possible deretrouver, dans cette ancienne écriture phonétique égyptienne , quelque imparfaite qu’elle soit en elle-même , sinon l’origine, du moins le modèle sur lequel peuvent avoir été calqués les alphabets des peuples de l’Asie occidentale, et sur-tout ceux des nations voisines de l’Égypte. Si vous remarquez en effet, Monsieur, i.° que chaque lettre des alphabets que nous appelons hébreu , chalda'ique et syriaque , porte un nom significatif, noms fort anciens puisqu’ils furent presque tous transmis par les Phéniciens aux Grecs lorsque ceux-ci en reçurent l’alphabet; i.q que la première consonne ou voyelle de ces noms est aussi, dans ces alphabets, la voyelle ou la consonne que la lettre représente , vous reconnaîtrez avec moi, dans la création de ces alphabets, une analogie parfaite avec la création de l’alphabet phonétique égyptien : et si des alphabets de ce genre sont formés primitivement, comme tout le prouve , de signes représentant des idées ou objets, il est évident que nous devons reconnaître le peuple inventeur de cette méthode graphique, dans
celui qui se servit spécialement d’une écriture idéographique; c’est dire enfin que l’Europe, qui reçut de la vieille Égypte les élémens des sciences et des arts, lui devrait encore l’inappréciable bienfait de l’écriture alphabétique.
Du reste , je n’ai voulu qu’indiquer ici sommairement cet aperçu fécond en grandes conséquences, et il ressortait naturellement de mon sujet principal , 1 ’ alphabet des hiéroglyphes phonétiques , dont je me suis proposé d’exposer à-la-fois la théorie et quelques applications. Celles-ci offrent des résultats déjà favorablement appréciés par l’illustre Académie dont les doctes travaux ont donne à l’Europe les premiers principes de la solide érudition, et ne cessent de lui en offrir les plus utiles exemples. Mes essais ajouteront peut-être quelque chose à la série des faits certains dont elle a enrichi l’histoire des vieux peuples; celle des Egyptiens , qui remplissent encore le monde de leur juste renommée, y puisera quelques lumières nouvelles; et c’est beaucoup sans doute aujourd’hui que de pouvoir faire avec assurance un premier pas dans l’étude de leurs monumens écrits, d’y recueillir quelques données précises sur leurs principales institutions auxquelles l’antiquité elle-même a fait une réputation de sagesse que rien du moins n’a encore démentie. Quant aux prodigieux monumens que l’Égypte érigea, nous pouvons enfin lire dans les cartouches qui les décorent, leur chronologie certaine depuis Cambyse, et les époques de leur fondation ou de leurs accroissemens successifs sous les dynasties diverses qui la gouvernèrent, la plupart d’entre
ces monumens portant à-Ia-fois des noms pharaoniques , des noms grecs et des noms romains, et les premiers, caractérisés par le petit nombre de leurs signes, résistant, dans quelques-unes de leurs parties, à toute tentative pour y appliquer avec succès l’ alphabet que je viens de faire connaître. Telle sera, je l’espère, l’utilité de ce travail que je suis très-fîatté, Monsieur, de produire sous vos honorables auspices ; le public lettré ne lui refusera ni son estime, ni son suffrage, puisqu’il a pu obtenir ceux du vénérable Nestor de l’érudition et des lettres françaises, qui les honora et les enrichit par tant de travaux, et qui, d’une main à-la-fois protectrice et bienveillante , se complut toujours à soutenir et à diriger dans la difficile carrière qu’il a si glorieusement parcourue, tant de jeunes émules qui ont depuis complètement justifié un si vif intérêt. Heureux d’en jouir à mon tour, je n’oserai cependant répondre que de ma profonde gratitude, et du respectueux attachement dont je vous prie, Monsieur, de me permettre de vous renouveler publiquement toutes les assurances.
Paris, le 22 septembre 1822 (1).
(1} Un extrait de cette lettre a été lu à l’Académie royale des inscriptions et belles- lettres , le 17 septembre 1822 , et Inséré dans le Journal des savans du mois d’octobre suivant.