La lecture de ce nom ne peut offrir aucun
doute en elle-même ; elle deviendrait certaine d’ailleurs s’il pouvait en exister aucun , par le fait seul que le nom de l’impératrice Sabine , épouse d’Hadrien, se trouve aussi écrit en hiéroglyphes phonétiques sur le même obélisque. La première face de ce monolithe contient en effet une série de signes hiéroglyphiques, exprimant les idées, pareillement son épouse , grande rectrice du monde. Cette série (i) est suivie de deux cartouches: le premier contient en toutes lettres le nom de l’impératrice EABHNA (2), suivi des signes idéographiques du genre féminin, comme le sont les noms des reines Bérénice et Cléopâtre , et du titre encore idéographique déesse vivante , forte ou victorieuse; le second cartouche qui suit immédiatement, renferme en écriture phonétique le titre de ( Augusta ) , orthographié
XBETH (3), et accompagné de la légende idéographique déesse toujours vivante. Vous remarquerez sans doute aussi , Monsieur, que les deux cartouches relatifs à l’impératrice étant réunis, produisent la légende Xcl&ivcl ou ’Ed&eivct crèCoiq-'Y), qui est justement la seule que portent toutes les médailles grecques de la femme d’Hadrien , frappées en Égypte.
1 2 , ° Je terminerai cette collection des noms hiéroglyphiques par celui du prince qui mérita si bien à-lafois et des lettres et de l’humapité ; je veux parler du
(1) Voyez ma planche V, n.° 77.
(2) Idem a.
(3) Planche V, n.os 77 b. et 7p.
pieux Antonin , dont le nom se lit à plusieurs reprises sur le Typhonium de Dendéra. Deux cartouches apposés produisent la légende suivante : AOTOKPTOP KSPS ANTONHNS ( l’empereur César Antonin ) , surnommé toujours vivant (i).
Mais il nous reste encore , Monsieur , à jeter un coupd’œil rapide sur la nature du système phonétique selon lequel ces noms sont écrits, à nous former une idée exacte de la nature des signes qu’il emploie, et à rechercher aussi les motifs qui purent faire choisir l’image de tel ou tel objet, pour représenter telle consonne ou voyelle plutôt que telle autre.
Quant à l’ensemble du système d’écriture phonétique égyptienne ( et nous comprenons à la-fois sous cette dénomination l’écriture phonétique populaire et l’écriture phonétique hiéroglyphique), il est incontestable que ce système ne serait point une écriture purement alphabétique , si l’on devait seulement entendre en effet par alphabétique une écriture représentant rigoureusement, et chacun dans son ordre propre, tous les sons et toutes les articulations qui forment les mots d’une langue. Nous voyons en effet l’écriture phonétique égyptienne, pour représenter le mot César, d’après le génitif grec KAIEAPOS, se contenter souvent d’assembler les signes des consonnes IC, S, P, X, sans s’inquiéter de la diphtongue ni des deux voyelles que l’orthographe grecque exige impérieusement, et nous montrer, par exemple, les noms propres AAESAN-
(i) Voyez ma planche V, n.° 78.
APOS, BEPENIKH ou plutôt BEPENIKHS, TPAIA- NOS, &c. , transcrits avec toutes leurs consonnes , il est vrai, mais perdant ïa plus grande partie de leurs voyelles : AAK2ANTPS, BPNHKS , TPHNS. On peut donc assimiler l’écriture phonétique égyptienne à celle des anciens Phéniciens, aux écritures dites hébraïque , syriaque , samaritaine , à l’arabe cufique et à l’arabe actuel; écritures que l’on pourrait, si l’on veut, nommer se'mi-alphab étique s , parce qu’elles n’offrent en quelque sorte à l’œil que le squelette seul des mots , les consonnes et les voyelles longues, laissant à la science du lecteur le soin de suppléer les voyelles brèves.
L’exposé des motifs qui déterminèrent les Égyptiens à prendre tel ou tel signe hiéroglyphique pour représenter tel ou tel son, exige un peu plus de développemens : je suis forcé d’entrer dans des détails minutieux, que je vous prie d’avance , Monsieur , de me pardonner en faveur de l’importance de cette question en elle-même, et peut-être aussi des résultats singuliers auxquels son examen peut conduire.
J’ai déjà fait pressentir que, pour rendre les sons et les articulations , et former ainsi une écriture phonétique, les Égyptiens prirent des hiéroglyphes figurant des objets physiques ou exprimant des idées dont le nom ou le mot correspondant en langue parlée commençait par la voyelle ou la consonne qu’il s’agissait de représenter. Le rapprochement que nous allons faire des signes hiéroglyphiques exprimant les consonnes , avec les mots égyptiens exprimant les objets que ces mêmes hiéroglyphes représentent, lèvera toute incertitude sur la
vérité du principe que nous venons d énoncer , des analogies aussi multipliées ne pouvant être, en aucune manière, un pur effet du hasard. La consonne B est exprimée, i .° par un hiéroglyphe figurant le petit vase contenant du feu, et qui, placé sur la main d’un bras d’homme, sculpté soit en bois soit en métal, forme la patère dans laquelle les héros représentés sur ïes basreliefs égyptiens brûlent ordinairement l’encens devant les images des dieux : le mot Bp&E ( herbe') , des livres coptes, convient très-bien à ce petit vase.
z.° Le B est rendu , sur l’obélisque Pamphile , par un quadrupède; mais la gravure de Kircher est tellement négligée , que nous ne pouvons décider si cet animal est une vache B&^cx ( hahsi ) , un chevreau B&£,a*jte [haampé) , un bouc B&pHxnr ( harêit ), un renard B&xyunp ( baschôr), le petit quadrupède nommé Bosup ( boischi ), ou enfin un schakal Bmnoj ( bônsch ).
La consonne K est rendue , i .° par un vase à anneau , espèce de bassin , et les dictionnaires égyptiens nous présentent les mots ReTvüuA ( kelôl ) , ReTvOJ^x ( kélôli ), RmKX^î {knikidji ) , et R&2M ( kadji ), qui tous expriment des vases, des bassins pour puiser l’eau;
2.0 Par une figure représentant soit un angle droit avec sa corde, soit une espèce de triangle, et le mot Roo^ ( kooh ), signifie un angle;
3.0 Par une espèce de hutte ou sorte de cabane, en égyptien R&Toi&x ( kalibi ), soit par une espèce d’ enceinte entourée de murs, Rno ( kto ), et recouverte d'une voûte ou plafond Rkite ( kêpé ) ;