CHAPITRE VI
Application de i’Alphabet phonétique aux noms propres hiéroglyphiques des dieux égyptiens. — Lectures qui en résultent. — Signes figuratifs. — Signes symboliques.
Les images des dieux et des déesses , qui couvrent ies monumens égyptiens de tous les ordres, sont accompagnées de légendes hiéroglyphiques, présentant sans cesse , à leur commencement , trois ou quatre caractères semblables (i), que l’on peut assimiler à la formule copte rTE tte , ou nrz-s wï , ceci est Y aspect, la manière d’être , la présence ou la ressemblance. Après cette formule se trouve toujours la préposition N de , exprimée soit par la ligne horiiontale ou brisée , soit par la coiffure ornée du liiuus , leur homophone perpétuel ; et la préposition est immédiatement suivie par le nom propre du dieu ou de la déesse.
Ce nom propre est constamment le même , et on le retrouve toujours à côté des mêmes figures d’êtres divins, distinguées par des attribus semblables. Les noms propres des divinités sont tracés en ligne courante, comme les noms de simples particuliers, et sont terminés, non pas, comme ces derniers, par le caractère figuratif homme , mais par le signe d’espèce , dieu
(i) Voyez planche X, n.° 8.
ou déesse , caractères dont le sens ne saurait être douteux ni contesté , après ia plus légère comparaison du texte grec de Rosette avec son texte hiéroglyphique et démotique.
Ainsi donc, par 1a présence seule et de la formule initiale qui précède ces noms divins, et du signe d’espèce dieu qui les termine, j’eus un moyen certain de recueillir tous les groupes de caractères exprimant les noms des différentes divinités égyptiennes , sans craindre d’omettre un seul des signes qui les composent véritablement, et en même temps sans courir le risque d’en admettre quelqu’un' qui n’en fît point réellement partie. J’obtins alors, par l’étude attentive de tous les monumens égyptiens qu’il m’a été possible d’examiner, une série très-étendue de noms propres hiéroglyphiques de divinités égyptiennes, et les manuscrits sur papyrus m’ont donné les formes hiératiques de ces mêmes noms.
Cette recherche m’a fourni d’importantes notions sur le matériel du culte égyptien; elle m’a conduit à déterminer le rang hiérarchique de chacun des personnages divins figurés sur les monumens de l’Égypte; enfin je me suis convaincu du peu de succès avec lequel on a jusqu’ici appliqué aux représentations des dieux, sculptées sur les temples ou peintes sur les caisses des momies, les noms de divinités égyptiennes que nous ont transmis les auteurs grecs et latins. Les résultats généraux de cette étude seront en partie consignés dans le recueil que je publie sous le titre de Panthéon égyptien.
ILa détermination des noms propres hiéroglyphiques de divinités présente un grand intérêt, même par rap-
port à la matière que nous traitons spécialement dans le présent ouvrage. La lecture de quelques-uns de ces noms devait être, en effet, d’un très-grand poids dans la discussion actuelle. Il me parut donc important d’essayer si, dans le très-grand nombre de noms divins que j’ai rassemblés, noms appliqués sans cesse à des personnages distingués par des attributs propres, il ne s’en trouvait point dont la lecture, par le moyen de l’alphabet hiéroglyphique , produisît des noms semblables à ceux que les Grecs et les Latins nous ont transmis comme noms égyptiens de divinités égyptiennes. On va juger jusqu’à quel point cette application a eu du succès.
Le témoignage formel de l’antiquité classique ne permet point de douter que le dieu représenté sur les monumens égyptiens avec une tête d’épervier surmontée d’un disque rouge, ne soit bien certainement l’H Moç, égyptien , le soleil, dont le nom propre en langue égyptienne fut RE , RA ou RI , d’après la traduction de plusieurs noms propres égyptiens de rois de Thèbes, donnée par Ératosthène. Le nom du dieu soleil, RI ou RE, se lit d’ailleurs en lettres grecques sur ces pierres gravées qu’on désigne habituellement par le titre de pierres gnostiques ou basilidiennes.
Le plus simple des noms hiéroglyphiques de cette divinité est formé du disque peint en rouge dans les inscriptions, et accompagné de la petite ligne perpendiculaire (i). Nous sommes ici les maîtres de consi-
(i) Tableau général, Noms des Dieux, n.° 46-
dérer ce nom, ou comme figuratif, puisqu’il offre l’image meme du soleil, pn (Rê), en langue égyptienne, ou comme phonétique, puisque, d’après cette méthode, l’image du soleil, en langue copte pft (Ré, Ri), ou pÊ (Ré), représenterait fe p, et la ligne perpendiculaire serait ici, comme par-tout ailleurs, la voyelle e, i ou h* ce qui donnerait indifféremment pE (Ré), qui est la forme copte baschmourique , ou pft, forme memphi- | tique et thébaine que les coptes prononçaient habituellement RI. Mais je préfère, au lieu de décider ; cette question, passer à l’analyse d’un second nom propre hiéroglyphique du dieu RÊ, qui, seul, tient fort souvent la place du premier, et qui l’accompagne meme presque toujours comme une forme explicative. Ce nouveau groupe estcomposé (i) de la bouche et du bras étendu. Il est impossible de ne point lire encore ici le mot pH (Rê), qui est le copte pur, lettre pour lettre, puisque, dans les noms propres grecs et romains, la bouche est la consonne R, et le bras étendu la voyelle H ou s.
Les Grecs nous ont appris que les Égyptiens nommaient A fA.fA.uv ou Aftow le dieu principal de Thèbes, que ces mêmes Grecs assimilèrent à leur Zevs, le Jupiter des Latins. Le nom hiéroglyphique du dieu auquel sont dédiés les plus grands monumens de cette antique capitale, et qui tient le premier rang dans tous les basreliefs où sont figurées un certain nombre de divinités
(0 Tableau général , Noms phonétiques des Dieux, n.° 47.
égyptiennes, ce nom hiéroglyphique du dieu dont i’image est la plus fréquente à Thèbes , est formé (i) d’une feuille ou plume , d’un parallélogramme presque toujours crénelé , et de la ligne brisée ou de la ligne horizontale. Si nous appliquons à chacun de ces caractères les valeurs phonétiques qui leur appartiennent dans tous les noms propres, la feuille sera la voyelle A, comme dans Avroypfcàf, le parallélogramme M, comme dans Domitien , et ia ligne brisée ou horizontale N, comme par-tout. Nous obtenons ici 2JU-N, la charpente même du nom XJUtO'tfN qu’on retrouve d’ailleurs dans certains noms propres coptes. Mais ce qui doit achever notre conviction sur la réalité de cette lecture , c’est la circonstance que ce même nom propre hiéroglyphique ObM-s est également celui d’un personnage qui occupe souvent aussi le premier rang sur les monumens de Thèbes, personnage caractérisé par sa tête de belier; et F antiquité entière nous apprend en effet qu’Amoun, le principal dieu de Thèbes , était représenté par les Égyptiens avec une tête de belier.
Les peintures et les bas-reliefs égyptiens nous offrent une seconde divinité à tête de belier, mais distinguée de la première, soit par un grand serpent urceus dressé entre ses cornes , soit par des coiffures très-compliquées et toutes particulières, dans lesquelles on remarque le disque solaire et un ou plusieurs urceus. Ce dieu porte d’abord, comme les précédons, le nom d’éA.xs.ss, ( Amoun , Amen ou A mon ) ; quelquefois le nom
(i) Tableau général, Noms phonétiques des Dieux , n.° 39.
/^JW-îtpK Amoti Rê ou Amon Ra (i); mais plus ordinairement un troisième nom dont l’orthographe varie, et sur lequel il importe de, fixer notre attention. Ce nouveau nom du dieu Amon s’écrit de quatre manières différentes (2) :
i.° Par un vase et un belier, signes qui , étant pris phonétiquement, produisent
2.0 Par un vase , une caille et un belier , ce qui se lit Ncnf&;