‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 37 sur 59 · gSS p CS O^CXpE--W-M ( n,° 3po), LE CHÉRI · texte numérisé non relu

gSS p CS O^CXpE--W-M ( n,° 3po), LE CHÉRI

d’Horus ... enfant d’Osiris : ici ie nom d’Osiris est figuratif , et celui d’Horus est symbolique;

figurativement

II.0 Co'if-JW.M ( 11.° 3pi ), LE CHÉRI DE SoU OU Seou ( l’Hercule égyptien ) : ie nom du dieu est figuratif;

I2.° UEÎÏO'TTE-JULisS (n.° 392), LE CHERI DES DIEUX : l’idée dieux est exprimée symboliquement.

Le texte hiéroglyphique de l’inscription de Rosette, en conservant le titre de , Ptah-mai (chéri

de Phtha ) , nous a appris que le qualificatif jul&s ( n.oS 3 4p , 350 et 351), placé après un nom propre, comme affixe, prenait, dans ce composé, une acception passive, et devait se traduire par 'chéri , aime', amatus , Y\yL7mp,t))oç>. On vient de citer un grand nombre d’exemples de ce groupe employé dans cette acception. Le texte démotique du même monument, qui supplée à ce qui nous manque du texte hiéroglyphique, nous indique, à son tour, que ce même qualificatif ou adjectif verbal prend un sens actif, et signifie aimant , chérissant , lorsque, dans un mot composé, il est placé en première ligne. La langue copte ne paraît point avoir conservé l’emploi de cette racine dans un sens passif, mais elle en faisait toujours un grand usage dans le sens actif. Voici des exemples de l’emploi du groupe hiéroglyphique , aimant, chérissant, dans quelques titres honorifiques :

i.° (n.° 376) , chérissant Phtha, l’ami de

Phtha : ce groupe, qui est la contre-partie du n.° 3 32, ILt^-ju-z-s , chéri de Phtha, se lit dans une inscription funéraire des hypogées de Siout;

2.0 Uw-w ( n.° 393 ), chérissant Ammon , l’ami d’Ammon : c’est la contre-partie du n.° 35 6;

3.0 U&s-ttEttO'*rTE ( n.° 3p4 ), chérissant les dieux, l’ami des dieux : c’est la contre-partie du n.° 35)2.

Le titre de Ramesès, Ov HÀ/oç 7 est à-peuprès ie même que celui de Ov H (pcufjoç ( que Phtha a éprouvé , a distingué J, donné à Ptolémée ÉpipKane par ie texte grec du décret de Rosette. Malheureusement nous avons à regretter ia partie du texte hiéroglyphique correspondant à cette formule; mais les légendes royales de ce même Ptolémée Epiphane, dessinées par M. Huyot à Philæ, à Karnac et à Dendéra suppléeront aisément à cette perte.

Le premier des deux cartouches (1) qui les forment contient toujours ie groupe gravé planche X, n.° 6, qui est, sans aucun doute, ie même que ie groupe n.° 7 (même planche), lequel, dans ia partie hiéroglyphique de la pierre de Rosette, répond incontestablement aux mots du texte grec, Gsoç E7a(pcLnç, dieu Epi phane. Dans le n.° 6 , on observe seulement que le caractère en forme de hache est retourné et symétriquement répété sur les deux côtés du titre Epiphanc. Ce dernier groupe est celui que nous avons déjà fait remarquer sur les cippes d’Horus , où. il signifie manifesté, mis en lumière ; et c’est dans ce sens qu’il faut prendre aussi ie mot grec Evnfpcu/vç lui-même , du texte grec de Rosette.

Ce texte grec ne mentionne presque jamais le roi régnant, sans ajouter à son nom nroÀe/xcuoç, les qualifications d'ouavoCioç, , yyyZTm/xevoç, tm> rov <h6<t, vivant

(1) Tableau général, n.° 132 a et b.

toujours, chéri de Phtha; le cartouche que contient le texte hiéroglyphique de Rosette, renferme les mêmes titres, et ce cartouche est, signe pour signe, le même que le second cartouche de la légende d’Épiphane ( n.° 132 b), dessiné à Philæ par M. Huyot. II est donc évident que le cartouche du monument de Rosette et les cartouches gravés au Tableau général , 11.0 132 a et b, se rapportent à un seul et même prince, à Ptolémée Épiphane, le cinquième des La^ gides.

Nous trouvons à la fin du cartouche b ( n.° 132), le titre déjà bien connu et qui se lit Ptahmai (i),

chéri de Phtha : c’est bien I ’v\yL7rrip,tvo$ vi ro tov OÔct du texte grec de Rosette ; mais , vers le milieu du cartouche a de la légende hiéroglyphique du même prince, nous voyons un, second titre gravé dans le Tableau général, sous le n.° 398; titre qui contient également le nom de Phtha , mais combiné avec des signes qui n’ont rien de commun avec le groupe jû-M, mai, aimé, ni avec ses abréviations (2); et ce nouveau titre d’Épiphane, dans lequel le nom du dieu Phtha se montre encore, ne peut être que l’expression hiéroglyphique du titre grec Ov 0 HÇicucrloç èébM/u,oLfyv , l’approuvé par Phtha (ou Vulcain), celui que Phtha a choisi ou a préféré, que l’inscription de Rosette donne aussi à ce même Épiphane (3).

(1) Tableau général, n.° 353,

(2) Ibid. n.os 349, 349 æ, 350, 351.

(3) Texte grec , ligne 3,

II est vrai que nous ne connaissons pas encore la valeur phonétique des deux premiers signes qui, dans ce groupe (Tableau général, n.° 398 ), suivent le nom du dieu Phtha : mais il n’est pas douteux que le groupe formé de trois caractères (Tableau général, n.° 397) ne soit phonétique, puisque le dernier d’entre eux , la ligne brisée ( fît hiéroglyphique ), disparaît dans certaines variantes de ce même groupe , pour faire place à son homophone habituel , la coiffure ornée du lituus (1), qui est aussi un it dans les noms propres.

Quelle qu’ait été la prononciation de ce groupe, sa valeur peut être regardée comme certaine. II signifiait approuvé, choisi ou préféré. C’était un qualificatif, et je l’ai retrouvé dans les textes hiéroglyphiques, combiné avec les noms propres de différentes divinités, soit^zguratifs , soit phonétiques , soit symboliques ; circonstance qui prouve, à elle seule, que ce groupe exprime un simple adjectif, et qu’il n’est pas le nom propre du dieu ou du fleuve Nil, comme on a pu le croire (2).

J’ai encore réuni dans le Tableau général toutes les combinaisons diverses de ce groupe avec des noms divins , ce qui forme les titres suivans , que portèrent des Pharaons, des Lagides et des empereurs romains :

L’approuvé d’Amon ou d’Amoun.. . Tab. gén. n.os 401 et 400.

L’approuvé de Chnouphis n.° ^02.

L’approuvé d’ Amon-rê n.os 404 et 4o4 bis.

(1) Tableau général , n.° 397 b.

('2) Encyclop. britannique , supp. IV, pag. 58, et pi. LXXIV, n.° 19.

PIXÏ

L’approuvé de Phtha n.° 398.

L’approuvé de Phré (ou du Soleil) n.° 399.

L’approuvé d’Horus n.° 403.

Le monument bilingue de Rosette, qui nous a déjà fourni tant de précieux documens, nous fait connaître encore un titre royal sur le sens précis duquel on n'a formé jusqu’ici que des conjectures plus ou moins probables. Il est compris dans le protocole du décret qui donne au roi Ptolémée Épiphane la qualification de seigneur des périodes de trente années, comme He'phaistos le grand; c’est du moins ainsi qu’on a traduit les mots du texte grec K vqjlov npcôoC7 rep 0

H<pcu<r% <; 0 pce-paç.

On a considéré le mot T^ct>wvrecÉTr£^^v comme exprimant des périodes astronomiques , dont la durée fut de trente ans; mais on n’a pu jusqu’ici trouver ni le but ni les élémens de ces périodes : le sens réel de ce mot reste donc encore fort douteux par cette impuissance même d’assigner un motif quelconque à l’institution d’une période semblable.

Quoi qu’il en soit, je suis très-porté à croire qu’un titre hiéroglyphique donné à l’empereur Domitien , sur l’obélisque Pamphile (1), à Ptolémée Évergète 11, sur l’obélisque de Philæ (2), et que j’ai reconnu dans les légendes royales de plusieurs Pharaons (3), peut ré-

(1) Obélisque Pamphile, face septentrionale.

(2) Idem, deuxième face, première division.

(3) Voyez, entre autres, les légendes de Y Obélisque Flaminien et de Y Obélisque oriental de Louqsor.

pondre au titre seigneur des Triacontaétérides , comme Héphaistos (Phtha), que nous lisons dans le texte grec de la pierre de Rosette.

La formule hiéroglyphique dont il est ici question, est gravée, avec toutes ses variations, sur notre planche XIII. e, mise en regard de cette page. Celle qui porte le n.° i est extraite des faces méridionale et occidentale de l’obélisque Flaminien ; elle répond aux mots égyptiens ttne& k NE'Tt.ucnrTC îwe îtcnrTE (i), seigneur des panégyries, comme son père le dieu Phtha. Len.° 2, tiré de l’obélisque oriental de Louqsor» porte 6 (2) kîtE'TCttcnrTC k^E ,

seigneur des grandes panégyries ( ou grand seigneur des panégyries), comme Phtha; le n.° 3 est un des titres de Ptolémée Evergète II, sur l’obélisque de Philæ, et se prononce TtUHÊ. knETtnO^fTC k^E T^EqTtnr^ ko*)TTE , seigneur des panégyries, comme son pere Phtha; enfin, le n.° 4, titre de Domitien sur l’obélisque Pamphile, n’est qu’une abréviation , presque en totalité symbolique, des légendes précitées, et répond aux mots îtHL-kTtttcnrrc- TrTfc^ ucnt^tE-^E , seigneur de la panégyrie, comme le dieu Phtha.

J’avoue qu’on ne saisit point d’abord l’analogie qui peut exister entre l’idée exprimée par le mot Tg/ctxov- Tcte'nie^v et l’hiéroglyphe symbolique ( Tabl. gén.

(1) Les idées seigneur, panégyrie et dieu, sont exprimées symboliquement; tout le reste est phonétique.

(2) L’idée seigneur est ici exprimée figurativement par un homme tenant un sceptre. Le redoublement du caractère panégyrie forme le pluriel.

n.° 317), qui, dans les légendes précitées des rois, signifie bien certainement patiégyrie , assemblée ou réunion générale, comme dans sept passages divers du texte hiéroglyphique de l’inscription de Rosette (1), où il correspond aux mots 'ürcwvyopyo-iv , vrcwyyj&v , du texte grec (2). Les passages correspondans du texte démotique portent un groupe de quatre ou de trois signes, qui paraît se lire sans difficulté, tttott ou toxt , mot qui se rapporte aux racines ^uncnrr, çcnrtm, 'TtucnrT, congre gare, in unum colligere; et le copte avait meme conservé les mots nvettiOE^, Ttxçuicnrrc, congregatio , synagoga , qui, dans les temps antiques , purent servir de prononciation à l’hiéroglyphe précité ( Tab. gén. n.° 317).

La partie du texte hiéroglyphique de Rosette, répondant aux mots du texte grec Ku çj.ov TCjL&MvlcLeTy&téb/v xjcQscTttf 0 Hftcucrloç, n’existe plus; peut-être y eussions-nous retrouvé des signes semblables à ceux que je traduis par seigneur des panégyries , comme Phtha, et je persiste à le croire, quoique le texte démotique encore subsistant porte, à l’endroit correspondant, le groupe trente années suivi d’un troisième mot dont la lecture n’est point encore bien fixée.

D’après ces rapprochemens, ne pourrait-on pas croire, en effet, que, par le mot T&cuccvToLerri&éti]/, il faut entendre des assemblées solennelles qui avaient lieu tou^ les trente ans! Ne seraient-ce point là ces grandes pa~

( 1 ) Lignes 7 , 8 , 10, 11 et 1 2.

(2) Ibid. 40, 42, 49-

NÉGYRIES citées dans ie texte hiéroglyphique de Rosette, iigne 8.e (i); dans le démotique, ligne 25.% et dans 1e grec, ligne 42-e; assemblées religieuses pendant lesquelles on accomplissait de nombreuses cérémonies sacrées, et l’on exposait aux regards du peuple les images des dieux et celles des rois amis des dieux!

Les monumens égyptiens, tant du premier que du second style, nous montrent en effet que les panégyries ou assemblées religieuses étaient liées à des périodes d'années, de durées différentes. Plusieurs bas-reliefs gravés dans la Description de l’Egypte offrent les représentations de diverses divinités tenant dans leurs mains un très -long sceptre recourbé, à l’extrémité supérieure duquel est suspendu le caractère hiéroglyphique panégyrie (Tableau général, n.° 317). Cette espèce de sceptre recourbé est dentelé sur toute la longueur de sa courbe extérieure ( pi. XIII, n.° 6); et ce même sceptre n’est que l’hiéroglyphe symbolique exprimant Y année (po-WiïE), pi. XIII, n.° 5, tel qu’on le trouve dans l’inscription de Rosette, deux fois (2), et dans une foule d’autres textes, mais dessiné, de forte proportion, et auquel on a suspendu le caractère panégyrie (pi. XIII, n.° 7).

Le caractère année (po**iTE), pl. XIII, n.° 5, lorsqu’il entre dans l’expression d’une date quelconque, ne porte sur sa partie convexe qu’une seule dent ou

(1) Tableau général, n.° 31 B.

(2) Texte hiéroglyphique, lignes 12 et 13.

dentelure; des signes numériques placés immédiatement après expriment alors le nombre ordinal de l’année en question; et il devient évident que, dans l’alliance symbolique du caractère anne'e avec le caractère panégyrie ( pl, XIII, n.° 9), chaque dentelure ajoutée au signe général anne'e exprime une année particulière ; et si un de ces groupes présente trente dents , 011 peut le prendre pour le signe symbolique d’une période de trente années.

II était difficile aux personnes qui ont dessiné , en Égypte , des bas-reliefs où ce groupe se rencontre, de pressentir combien il eût pu être utile de noter, avec une rigoureuse exactitude, le nombre des dentelures de ces espèces de sceptres symboliques, et nous n’osons pas espérer quelles se soient astreintes à ce soin minutieux. Cela serait aujourd’hui de quelque importance, puisqu’on observe de pareils sceptres dans la main gauche de plusieurs divinités qui, de la main droite, indiquent toujours avec une plume, un roseau, un style, ou tout autre instrument d’écriture, une des dentelures du sceptre annuaire , c’est-à-dire, une des années de la période dont ces dentelures désignaient la durée et la composition.

Ainsi, sur un des bas-reliefs de la porte du nord, à Dendéra (1), le dieu Thoth (çmcnrr) , l’Hermès égyptien, assis sur un trône, en face d’Isiç et d’Horus, tient dans sa main le sceptre annuaire , et indique avec son roseau la seizième dentelure ou année; sur un se-

(1) Descript, de l’Égypte, Antiq, vol. IV, pl. 5, n.° 2.

contl bas-relief dessiné à Philæ (i), le même dieu marque devant les mêmes divinités, et sur un pareil sceptre, la trentième dentelure; à Philæ encore (2), une déesse, assise derrière Isis allaitant Horus et adorée par l’empereur Tibère, place son roseau au-dessous de la quatorzième dentelure; enfin, un autre basrelief tiré du grand temple d’Edfou (3), offre, des deux côtés d’un grand cartouche contenant le nom propre de Ptolémée Evergète II , une figure accroupie sur le caractère seigneur (Tableau général, n.° 4l<))> tenant dans chacune de ses mains le sceptre annuaire terminé, comme tous les autres, par le caractère symbolique panégyrie , et auquel sont suspendus la croix ansée , le Kilomètre et le sceptre dit à tête de huppe , objets que nous avons déjà (4) dit se trouver constamment dans les mains du dieu Phtha. Cette partie du bas-relief d’Edfou , dans lequel nous retrouvons un personnage environné des caractères seigneur, pane'gyrie , anne'e , et des insignes de Phtha, me paraît exprimer tout simplement un des titres d’Evergète II, dont le nom royal fait partie de ce même bas-relief, celui de seigneur des panégyries (Triacontaétérides ), comme Phtha, titre que porte également ce même Evergète II sur l’obélisque de Philæ (5). Dans ce bas-relief d’Edfou, qui est un véri-

(1) Descript. de l’Égypte, Antiq. vol. I,pl. 23, n.° 1.

(2) Ibid. vol. I, pi. 22, n.° 2.

(3) Ibid. vol. I,pl. 57, n.° 1.

(4) Supra, page 149.

(5) Ibid. pag. 212, voyez pi. XIII, n.° 3.

table anaglyphe (i), pour parler le langage des anciens, ce titre est exprimé d’après une méthode particulière d’ écriture monumentale , mélange de signes phonétiques, représentatifs et symboliques, disposés d’après toutes ies convenances de la décoration architecturale, sans cesser pour cela de présenter un sens suivi.

Tous ces rapprochemens concourent donc à nous persuader que le titre de seigneur des grandes pane'gyries, comme Phtha, porté par les Pharaons, par les Lagides et par les empereurs romains , est celui-là même que le texte grec de l’inscription de Rosette a exprimé par les mots seigneur des Triaconîaéte'rides , comme Phtha ( Héphaistos ). Dans tous ies cas, si ces deux formules n’étaient point identiques, il faudrait reconnaître que le titre y.uçj.oc, TçjLoutovToLeTyçjLSwv nsLÜcL7ref o H<pa,i<rloçf serait, parmi les titres donnés à Ptolémée Epiphane dans le décret de Rosette, Je seul que nous ne retrouverions point reproduit dans les légendes hiéroglyphiques des autres souverains de toutes les époques. Cette seule exception nous paraîtrait bien extraordinaire.

II nous reste à discerner sur ies monumens égyptiens du premier comme du second et du troisième style , le groupe hiéroglyphique répondant au titre HA/ou 7tc uç, enfant du Soleil , que porte le roi Ramestès sur l’obélisque traduit par Hermapion.

Une qualification tout-à-fait semblable , celle de vioç rou HA iov, fis du Soleil, est donnée à Ptolémée Epiphane , dans l’inscription de Rosette : elle est

(i) Voyez le chapitre X de cet ouvrage.

immédiatement placée avant le nom propre Ptolémée, viov rov HAioo UroM/tAOLiov (i). Si, dans les légendes hiéroglyphiques de Ptolémée Épiphane (2) déjà citées, nous cherchons les signes qui précèdent toujours immédiatement la transcription hiéroglyphique de son nom propre Ptolémée, nous trouvons un groupe (3) formé de signes dont la valeur est déjà bien connue : l’oie c, abréviation de ci ou CE, fis (4), et le disque, signe figuratif du soleil, ce qui produit cspK, ou, en suppléant le signe de rapport, es hpK, fils du Soleil. HAiou et t uoç HAiou, sont donc de très-exactes traductions de ce groupe hiéroglyphique (Tabl. gén. n.° 405 ) qui, en effet, est toujours suivi, sans intervalle , des noms propres des Pharaons , des Lagides et des empereurs romains.

Ce titre fastueux de fis du Soleil ayant été porté par tous les anciens souverains de l’Egypte presque sans exception, j’ai dû recueillir avec soin les variations orthographiques qui l’expriment en écriture sacrée. Ces variations se réduisent à trois:

La première ( voyez notre Tableau gén. n.° 405 à) ne diffère du groupe ordinaire (n.° 4° 5 a ) , que par l’addition du signe de la voyelle H ou E (la ligne perpendiculaire) apres l’oie aj ou c;

La seconde (Tableau général, n.° 4l 2 3 43 ) est habi-

(1) Texte grec, ligne 3.- — Démotique, lignez.

(2) Tableau général, n.° 132.

(3) Ibid. n.° 40$.

(4) Ibid. n.° 251.

tuellement employée dans les légendes hiéroglyphiques des empereurs romains, et se compose, i.° du caractère figuratif symbolique du Soleil , le disque orne' de l’Urœus, qu’on trouve en effet placé au-dessus de la tête d’épervier de toutes les statues du dieu Soleil; 2.0 de l’hiéroglyphe ovoïde ou en forme de graine, qui est un S dans les noms propres grecs ou romains, et qui est aussi le premier caractère du mot es ou CE, enfant, nourrisson , déjà analysé (i) (Tableau général, n.° 2 5 y ). Ce groupe se prononçait donc pKCS ou pKCE, et signifiait, sans aucun doute, né du Soleil, enfant du Soleil .

Enfin, la troisième variante (Tabl. gén. n.° 4 1 4 ) consiste dans la combinaison du nom phonétique symbolique du dieu Soleil (Tab. gén. n.° 4 6), avec le caractère figuratif enfa nt ( Tabl. gén. n.° 247 ), caractère qui est également phonétique, et représente aussi, comme on l’a déjà vu, la consonne c; et l’analyse phonétique de ce groupe , dont tous les élémens sont connus d’avance, nous donne encore pKCS ou pKCE, né du Soleil , enfant du Soleil.

Ces trois variantes expriment donc précisément la même idée que le groupe n.° 4°5» CîpH, enfant du Soleil , fis du Soleil; et ces variantes confirment de plus en plus et la lecture et la traduction de ce groupe lui-même.

Dans la théologie égyptienne , le dieu Rê ou Phrê

(1) Supra, chap. V, pag. 120.

(le soleil) était considéré comme le roi du monde visible, et de là vient que tous les souverains égyptiens établissaient entre la famille du roi du monde matériel, et celle du maître temporaire de l’Égypte, une espèce d’alliance mystique, dont le titre fils du Soleil, porté par les princes, était l’expression ordinaire; c’est pour cela que ce titre se montre sans cesse devant le nom propre de tous les Pharaons, des Lagides et des empereurs. Les noms hiéroglyphiques de Xerxès et de Darius, souverains de la Perse et maîtres de 1 Égypte, sont les seuls que nous ayons observés jusqu’ici dénués de ce titre ; et cela s’explique naturellement par la haine que les rois persans manifestèrent sans relâche contre toutes les religions, autres que celle de leurs prophètes Héomo et Sapetman-Zoroastre. Les princes Iraniens de cette époque eurent souvent à s’occuper de discordes religieuses et de schismes dont ils étaient eux-mêmes les fauteurs ou les persécuteurs : ils durent puiser dans ces luttes ensanglantées, ce fanatisme qui n’accorde aucune tolérance à nul culte étranger. Pour une raison contraire, les Grecs et les Romains, qui, en fait de religion, croyaient retrouver par-tout leurs propres divinités, adoptèrent facilement tous les titres du protocole égyptien; et il y avait sans doute dans cette détermination autant de politique, au moins, que de piété ou de tolérance.

Dans les légendes des Pharaons, le titre fils du Soleil comprend souvent quelques autres épithètes honorifiques ; il est assez ordinaire d’y trouver, devant le nom propre d’un roi, le groupe (Tabl. gén. n.° 410)

qui se lit sans difficulté cx-pn-**Esq ou .v-Hq, et qui signifie fils du Soleil qui l’aime; et c’est ià exactement le groupe qu’Hermapion a traduit par les mots HA iov 7 uuç ygtj U7ra HA/ou Ç>iAov[Aevo<; , dans une des légendes de l’obélisque de Ramestès. Le groupe -WHq ou JU-Etq (Tabl. gén. n.° 350 bis) amans eum, combiné avec le groupe Cl, fils, se rencontre très-souvent aussi sur les stèles funéraires et devant les noms propres des enfans du défunt, dans leurs légendes, qui sont précédées par les groupes cxq **Exq (n.os 4 1 1 et 4 1 2 )> son fils qui l’aime , si l’enfant est du sexe masculin , et par le groupe ^csc ou 'TCSC **ESC , sa fille qui l’aime , si l’enfant est du sexe féminin et présente des offrandes à sa mère défunte. Dans ces mêmes stèles et dans d’autres textes, l’idée aimer est exprimée par un autre groupe également phonétique, et dont toutes les variantes sont réunies dans notre Tableau général, sous les n.os 438, 439 et 44o. Ces groupes se lisent -**p, -u-pE, ce qui est le copte A*EpE, diligere , amare, et sont affectés des pronoms affixes de la troisième personne -U-EpEq, aimant lui, et JU-EpEC aimant elle.

D’autres Pharaons se parent, dans les inscriptions des obélisques , du titre de fils préféré' ou distingué par le dieu Soleil. Cette qualification qu’on lit, par exemple, sur les deux grands obélisques de Louqsor à Thèbes, y est exprimée en hiéroglyphes purement phonétiques, et se lit ex CWC hpn (1) sur la première face de l’o-

(1) Tableau général, n.° 408-

bélisque occidental (i), et es ca*C hpn (motte) (2) sur la seconde face de l’obélisque oriental (3). On remarquera que, dans ces deux légendes hiéroglyphiques, le trait recourbé, c, de l’une, est remplacé par son homophone ordinaire, les deux sceptres affrontés, dans l’autre. Cette permutation de signes prouverait à elle seule la nature phonétique de ces légendes, si cette nature phonétique pouvait encore être mise en doute.

Enfin, les titres fils d! Artimon , fils de Héron, ’H puyoç vi oç, de l’obélisque d’Hermapion (4), furent pris, quoique très-rarement, par plusieurs Pharaons; mais alors encore le titre fis du Soleil précède également les noms propres de ces princes dans leurs légendes royales.

Je m’abstiens de donner ici la lecture de plusieurs autres qualifications royales; celles que nous avons citées suffisent pour remplir le but qu’on s’est proposé dans ce chapitre. Je me hâte donc de passer aux conclusions qu’on peut en déduire immédiatement.

Ces divers titres royaux, dont le sens et la lecture viennent d’être fixés par le moyen de notre alphabet hiéroglyphique, sont, pour la plupart, extraits d’inscriptions gravées sur des constructions qu’on attribue généralement à l’époque antérieure à la conquête de l’Egypte par Cambyse. On peut donc déjà regarder comme

(1) Descripl. de l’Egypte, Antiq. vol. III, pi. 12.

(2) Tableau général, n.° 408.

(3) Descript. de l’Egypte, Antiq. vol. III, pi. 1 < .

(4) Tableau général, n.os 407 -et 409.

à-peu-près certain, i.° que, dans les temps antérieurs à Cambyse , les anciens Égyptiens employaient , dans leurs textes hiéroglyphiques , des caractères phonétiques , c’est-àdire , des signes qui , dans ces textes, représentaient spécialement des sons de mots appartenant à la langue égyptienne , tels que des noms propres , des noms communs , des verbes , des adjectifs , des prépositions , &c. ;

2° Que ces mots sont exprimés dans ces textes antiques par des signes semblables, et dans leur forme , et dans leur nature , à ceux qui servirent par la suite à transcrire des noms propres et des titres de souverains grecs ou romains, sur des monumens égyptiens du même genre.

Je dis que ces faits peuvent être tenus pour à-peuprès certains, parce que ce n’est encore que sur des conjectures , appuyées à la vérité par des considérations de faits très-imposantes, qu’on rapporte aux rois de race égyptienne la construction des monumens et l’érection des obélisques sur lesquels nous venons de lire des titres royaux exprimés phonétiquement.

Mais il est une voie sûre pour parvenir à démontrer définitivement l’époque reculée de ces constructions, et pour établir par conséquent sur des fondemens inébranlables l’antiquité du système hiéroglyphique phonétique en Égypte; il suffit pour cela de lire les noms propres hiéroglyphiques des rois qui sont gravés sur ces mêmes monumens, cette lecture devant nous donner d’une manière certaine l’époque à laquelle furent élevés les édifices ou les obélisques qui les portent. Si nous lisons, en effet, sur les bas-reliefs d’un temple, le nom propre d’un roi de race égyptienne, le nom

d’un prince mentionné par les auteurs grecs qui nous ont conservé les débris de l’histoire de l’Egypte et la nomenclature des anciens souverains de cette contrée, il sera bien évident que ce temple, ou du moins la portion du temple où se trouvent ces bas-reliefs, a été construite sous ce roi de race égyptienne, parce qu’un autre maître de l’Egypte, soit Persan, soit Grec, soit Romain, n’eût point souffert que l’on couvrît (i) un édifice construit sous son règne , des images et des louanges d’un vieux roi du pays, étranger à sa propre famille, et dont il pouvait même avoir usurpé le trône.

La lecture des noms propres pharaoniques sera le sujet du chapitre suivant.

(i) Cette expression est parfaitement propre. La décoration d’un temple égyptien consiste presque toujours dans une foule de bas-reliefs représentant le même roi, faisant successivement des offrandes à toutes les divinités adorées dans le temple, et aux dieux de leur famille1.

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