‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · En colonnes perpendiculaires, se succédant de gauche · texte numérisé non relu

En colonnes perpendiculaires, se succédant de gauche

a droite ; la tête des animaux est tournée vers la gauche ( i ) ;

3.0 En lignes horizontales , les signes allant de droite à gauche ; la tête des animaux regarde la droite ;

4-° En lignes horizontales , les signes allant de gauche à droite ; la tête des animaux regarde alors la gauche.

25. La première et la seconde de ces dispositions sont les plus habituelles dans les manuscrits hiéroglyphiques; les autres sont usitées dans les bas-reliefs et les peintures, lorsque les légendes se rapportent à des personnages ou à des objets regardant vers la gauche.

2 6. Ainsi une ligne d’hiéroglyphes, composée de caractères représentatifs, figure une sorte de procession régulière , toutes les images d’êtres animés paraissant suivre la marche du signe initial; et c’est probablement pour indiquer cette direction que presque toutes les figures d’hommes, de quadrupèdes, de reptiles, d’insectes et d’oiseaux ont été dessinées de profil, ce qui d’ailleurs était bien plus commode et plus expéditif.

Ici se terminent les observations relatives au matériel des inscriptions hiéroglyphiques. Nous devons ajouter que cette disposition régulière des signes distingue déjà, d’une manière tranchée, un livre égyptien , de ce qu’on a voulu appeler un livre mexicain : l’un

(1) II existe au cabinet du Roi un très-beau manuscrit hiéroglyphique qui fait exception à cette règle : les colonnes de caractères se succèdent d e gauche à droite; mais les signes sont rangés de droite à gauche; les têtes des animaux regardent aussi la droite. C’est le seul exemple que je connaisse d’une disposition semblable.

est un véritable / ivre ; l’autre ne sera jamais qu’un tableau ou une série de tableaux,

§. V. De l’expression des Signes et de leurs différentes espèces.

27. Il existe nécessairement parmi les caractères qui forment ces textes pittoresques, et pour ainsi dire animés par des images fidèles des productions principales de la nature et de l’art, différens modes d’expression , qui tous, mais par un chemin plus ou moins direct, concourent à un même but, la représentation des idées.

il est facile, en effet, de comprendre que toutes ces images si diverses ne peuvent être prises au propre , surtout celles qui , dans leur composition , violent les règles immuables de la nature (1). D’un autre côté, on conçoit difficilement l’existence d’une écriture formée de signes représentatifs des choses, qui, dédaignant toujours l’expression propre des signes qu’elle emploie , procéderait seulement par des tropes, des symboles et des méthodes énigmatiques, à la représentation des idées et de leurs objets même les plus matériels. On ne comprendrait point davantage qu’un peuple arrivé à un assez haut degré de développement moral, eût sanctionné et perpétué l’usage d’une écriture absolument indépendante de sa langue parlée.

28. Le nombre immense d’inscriptions conçues en ces caractères, images d’objets physiques, et qui couvrent

(1) Supra , 4, pages 304 et 305.

les monumens publics et privés des Égyptiens de tous les âges, prouve d’abord l’emploi général de l’écriture hiéroglyphique dans toute la vallée du Nil; fait soupçonner que cette écriture ne fut point jadis aussi difficile à apprendre que nous pouvons le croire, et sur-tout que ce système ne fut jamais réservé, comme on voudrait parfois le soutenir encore, à une petite fraction, à une classe privilégiée de la nation égyptienne. Clément d’Alexandrie ne nous dit-il point en effet que, même de son temps, ceux qui parmi les Egyptiens recevaient de l’instruction , apprenaient les trois genres d’écritures égyptiennes, l'épistolo graphique , l’hiératique et I’hiéro- GLYPHIQUE (i)?

2ç>. Nous devons croire, en conséquence, que le système hiéroglyphique reposait, en très-grande partie, sur des principes fort simples; qu’il ne se priva point de l’emploi de caractères figuratifs des objets, pour exprimer ces objets mêmes, et c’est en effet la première méthode qui s’offre à l’esprit de l’homme pour perpétuer le souvenir des choses; qu’il recourut forcément à des caractères tropiques , mais qu’il parvint bientôt à se lier intimement avec la langue parlée, en s’accroissant d’un troisième ordre de signes d’une nature fort différente de celle des deux autres.

Ces diverses propositions seront développées et prouvées dans les paragraphes suivans.

(i) Stromates , livre V, chap. 4-

S. VI. Des Caractères figuratifs.

30. On doit entendre par caractères figuratifs, des signes qui, parleurs formes matérielles, sont une image des objets mêmes dont ils doivent exprimer i’idée dans un système d’écriture.

3 1. Des caractères de cette nature existèrent incontestablement dans l’écriture sacrée des Égyptiens.

Nous avons vu d’abord que tous les noms propres de simples particuliers , écrits en hiéroglyphes , sont terminés par un caractère représentant un homme (1), si ces noms sont masculins, et par le caractère représentant une femme (2), si 'ces noms propres sont féminins.

32. Toutefois on pourrait considérer ces deux signes, non comme des caractères véritablement figuratifs, mais comme de simples marques àè espèce ou de genre.

Et en effet, tous les noms propres égyptiens étant significatifs par eux-mêmes, il devenait indispensable de distinguer d’une manière particulière les groupes de signes qui les exprimaient, pour qu’on vît bien qu’ils étaient l’expression d’un nom propre, et non celle d’un verbe, d’un participe, d’un adjectif, d’un nom commun , ou même d’une courte proposition. Ainsi , par exemple, si le groupe numéroté 164 bis dans notre Tableau général, était dénué de son signe final, le caractère homme, ce ne serait plus un nom propre, Amonmai , mais une simple qualification

(1) Tableau général, n.os 153, 154» &c. &c.

(2) Ibidem, n.os 158, 159, 162, 163, 169, j 76 , 1 78 , &c. &c.

, che'ri d’Ammon, que prennent habituellement les souverains de l’Égypte parmi leurs titres dans leurs légendes.

33. Mais il est impossible de méconnaître de véritables caractères figuratifs dans les signes du texte hiéroglyphique de Rosette qui expriment les mots du texte grec veto-;, chapelle, encuv, image, ^oolvov , statue , T£>tvov, enfant, cLcnac,^ aspic, et stèle; ces divers objets sont représentés très-fidèlement dans le courant du texte (1).

34. Il est nécessaire d’indiquer ici plusieurs autres exemples de l’emploi de caractères figuratifs.

i.° Dans la dédicace du temple de Ouady-Essëbouâ en Nubie, par Ramsès le Grand, dédicace dessinée par M. Huyot, et dont on publiera bientôt le texte et la traduction, il est question de l’édifice et des sphinx qui le précèdent; et cette dédicace est reproduite sur le socle même des sphinx, qui y sont indiqués figurativement par leur image parfaitement détaillée ( Tableau général, n.° 301 ).

2.0 L’inscription qui décore l’appui des colosses oriental et occidental de Louqsor, présente parmi ses signes l’image même de ces colosses (Tableau général, n.° 299), dont l’énorme proportion est exprimée par un groupe de deux caractères, qui signifie grand , placé sous l’image de la statue.

3.0 Dans les bas-reliefs du palais de Médinétabou , qui représentent une victoire de Ramsès-Meiamoun sur des peuples étrangers, on amène une foule de pri-

(1) Tableau général , n.05 293 , 297, 298 , 247, 333 bis et 3 16.

sonniers; plus loin, en présence du roi, un Égyptien compte les mains coupées aux ennemis, un second en écrit le nombre, et un troisième le proclame. La légende tracée au-dessus de la tête de ces personnages offre le caractère figuratif main , suivi de signes numériques exprimant que le nombre des mains coupées aux vaincus était de trois mille (pi. XIX, n.° i); et immédiatement au-dessus, dans la même légende, est le signe figuratif homme, suivi du signe numérique mille , qui se rapporte évidemment au nombre des hommes prisonniers (pi. XIX, n.° 2).

4-° On remarque souvent, dans les peintures des manuscrits égyptiens, différentes barques ou vaisseaux sur lesquels sont placés, soit divers emblèmes des dieux, soit les images des dieux eux-mêmes; les légendes qui les surmontent ou qui suivent ces barques contiennent ordinairement le caractère figuratif vaisseau, accompagné de la préposition k, de (la ligne horizontale), et du nom propre du dieu auquel elles sont consacrées, comme, par exemple, le vaisseau de Phrê[ 1), le vaisseau d'Osiris (2), le vaisseau de Benno (3).

( Voyez pl. XIX, n.oS 3 , 4 et 5 ).

5.9 II existe au Musée royal une inscription hiéroglyphique du temps des Lagides, et relative à une victoire remportée dans des courses de chevaux et de quadriges, lesquels sont exprimés figurativement dans

(1) Manuscrit hiéroglyphique du comte de Mountnorris.

(2) Idem.

(3) Manuscrit hiéroglyphique du cabinet du Roi.

mzr

plusieurs coionnes de ce beau texte (Tableau général, n.os 330 et 33 i ).

6.° Parmi les bas-reiiefs d’une portion de frise donnée par Ficoroni et dans la Collection de gravures de monumens égyptiens récemment publiée en Angleterre par les soins de M. le docteur Young sous ce simple titre Hieroglyphics (1), est un fragment de basalte noir, représentant Un des Pharaons qui ont porté le nom de Nectanèbe , faisant l’offrande aux dieux de l’Égypte de divers objets qu’il tient dans ses mains, et parmi lesquels on remarque un collier; ce collier et autres objets sont figurés de nouveau dans une courte légende écrite devant le roi, et qui consiste dans le verbe donner (le bras étendu soutenant le niveau), t ou^, et dans l’image exacte de l’objet donné (planche XIX, n.os 6 et 7 ).

7.0 Dans les inscriptions des obélisques, j ai trouvé presque toujours ces monolithes figurativement exprimés (Tableau générai, n.° 300 ); et ces images parlantes sont précédées du même groupe planche XIX, 11.0 8 ) qui , dans l’inscription de Rosette , exprime le mot dlno-ctf, être place', être érige', du texte grec.

8.° Enfin, j’ai reconnu dans les bas-reliefs, les stèles et les manuscrits hiéroglyphiques, un grand, nombre de signes qui sont incontestablement figuratifs des objets dont ils étaient destinés à rappeler l’idée , telle que celle de soleil, lune, étoile, vase, balance, lit de repos , botte d’ognons , pain , sistre , poisson, oie , tortue, bœuf, vache, veau, cuisse de bœuf, antilope, arc, flèche, patère,

(1) Planche IX.

autel, encensoir, vase de fleurs , porte d’enceinte , chapehemonolithe , &c. (i).

3 5 . Les hiéroglyphes figuratifs cités jusqu’ici , offrent, tous, les contours bien exacts et souvent même les couleurs vraies des objets qu’ils expriment; mais ii est une autre sorte de caractères qui sont également \ figuratifs sans offrir une image aussi précise des objets, et tels sont, par exemple, ceux qui servaient à rendre les idées, habitation, maison, demeure ou édifice; ce n’est ni le profil ni l’élévation de ces objets, mais le plan même ou bien la coupe de l’enceinte d’une maison ou d’un édifice (voyez Tab. gén. n.oi 280, 281 et 282.)

3 <5. D’autres caractères, plus éloignés encore de la nature réelle , peuvent cependant être compris au nombre des caractères figuratifs, parce qu’ils ont les formes que les Egyptiens, d’après leurs idées particulières , attribuaient à certains objets : tels sont d’abord le caractère ciel , tïe, ou firmament, "rz^po (Tableau général, n.° 234)» qui est représenté comme un véritable plafond de temple (2) , tantôt couvert d’étoiles, tantôt peint seulement de couleur bleue; et en second lieu,

(1) Voye^ Tableau général, n.os 245, 24^> 247j z9z à 303, 316, 3 '9 à 337-

(2) Telle était l’idée populaire en Egypte à l’égard du firmament,

comme on est autorisé à le croire par le passage de l’homélie d’un S. Père copte , qui disait à ses auditeurs : £pç TTTE H HECATE pE«-U*Z> KK Z>îï E^pZT £EU *±Z> ITTE ÏTKZ^ HEFE

h^tJLlE'ÀCirr E’TKH ÏTKS , (Zoëga ,mss. copt.Mus. Bor-

giani. ) « Le ciel ou le firmament n’est point placé sur les lieux de la

terre, comme un toit sur une maison. »

les caractères qui rappellent à eux seuls l’idée des dieux Ammon, Phtha, Smé, Netphé, Osiris , Isis et Hercule (i). Ces caractères ne sont, en effet, que de véritables représentations de ces divinités, telles que la masse des Égyptiens les adorait dans les temples, et se figurait qu’elles existaient dans les régions célestes : aussi ces caractères-images à tête humaine portent-ils les attributs et souvent les couleurs des personnages dont ils expriment l’idée.

37. On pourrait donc diviser les caractères figuratifs qui faisaient partie du système hiéroglyphique, en trois classes distinctes, d’après leur degré d’exactitude et de réalité dans l’imitation des objets qu’ils expriment :

1 ,° Les caractères figuratifs propres (33);

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