En examinant avec attention les textes hiérogly
(1) Voye^ ci-dessus, chap. VIIJ.
phiques dont nous possédons une traduction , on s’aperçoit bientôt que les caractères figuratifs ne sont point aussi nombreux qu’on pourrait le croire dans ces inscriptions , dont presque tous les signes offrent cependant des images d’objets physiques. Nous dirons, en preuve de ce fait, que, dans le texte hiéroglyphique de Rosette , qui répond au tiers environ du texte grec du monument , les seules idées chapelle , homme , enfant , statue , aspic , pschent et stèle, sont exprimées par des caractères réellement figuratifs.
Il reste donc à savoir quel fut le mode d’expression des nombreux caractères qui, dans les textes hiéroglyphiques , sont perpétuellement entremêlés aux caractères figuratifs.
§. VII. Des Caractères symboliques.
Lorsqu’on n’a reconnu que la nature purement figurative d’un certain nombre de signes dans l’écriture sacrée des Égyptiens , on est loin d’avoir une idée exacte de ce singulier système ; car les signes de cet ordre se trouvent, pour ainsi dire , perdus au milieu d’une grande quantité d’autres, dont un certain nombre montrent, par leur forme seule , qu’ils tiennent à une méthode d’expression fort différente de celle des premiers exprimant l’idée d’un objet par la forme même de cet objet.
Quel fut donc le mode d’expression des autres caractères l Les auteurs grecs nous fournissent à cet égard des notions précieuses , que l’autorité des monumens confirme dans toute leur étendue.
43. Il résuite des différentes assertions de Clément d’Alexandrie, de Diodore de Sicile, et du livre entier d’Horapoilon (1), que les Égyptiens, dans leur écriture sacrée , procédaient souvent par une méthode symbolique ou énigmatique.
Nous avons observé, en effet , dans l’analyse de diverses inscriptions hiéroglyphiques, tentée dans nos précédens chapitres , des caractères dont chacun exprimait l’idée d’un objet dont ces mêmes caractères ne représentaient cependant point la forme par eux-mêmes. Ces signes sont évidemment du nombre de ceux que les anciens ont appelés hiéroglyphiques symboliques , tropiques et énigmatiques.
44- Les caractères figuratifs suffisaient pour rappeler, même avec plus de précision que les mots de la langue la mieux faite , le souvenir des êtres purement physiques ; mais aucune idée abstraite ne pouvait être directement représentée par cette méthode.
Le procédé suivi dans l’écriture sacrée pour exprimer ceux des objets de nos idées qui ne tombent point sous les sens , fut et devait être forcément semblable à celui qu’on mit primitivement en pratique pour la création des mots, signes oraux des idées intellectuelles. Il est évident, en effet, que tout système matériel de signes ayant pour but la représentation directe des idées, ne saurait prendre d’autre route que celle qu’adopta primordialement l’esprit humain dans la forma-
(1) Clément, Stromates , liv. V, ch. 4- — Diodore, liv. X, ch. 81.
- — Horapollon, Hiéroglyphes , liv. I et II, passim.
tion des langues parlées , lesquelles , après le geste , furent pour l’homme le premier et bien long-temps le seul moyen de communication de la pensée.
45. Le principe des langues, comme celui des écritures véritablement idéographiques, est un et identique ; c’est l' imitation ; et ce principe , donné par la nature, est appliqué d’une manière plus ou moins directe, et dans les langues parlées , et dans les écritures idéographiques.
46. Les langues procédèrent d’abord directement par imitation , en attachant plutôt tel son que tel autre à l’expression d’une idée donnée ; aussi la langue de tout peuple voisin de l’état appelé sauvage , consistet-elle principalement en cette espèce de mots qu’on a nommés onomatopées , comme si leur son était imitatif des choses qu’ils signifient.
La langue parlée des Égyptiens , malgré la longue carrière de civilisation que ce peuple a parcourue avec tant de gloire, conserva toujours de nombreuses traces de cet état primitif; la plupart des noms d’animaux ne sont autre chose que l’imitation , plus ou moins exacte pour notre oreille, du cri propre à chacun d’eux: