‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens égyptiens, ou, Recherches sur les élemens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennes (volume 2)Chapitre 51 sur 59 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

« Ceux qui , parmi les Égyp- » tiens (3) , reçoivent de l’instrùc- «tion, apprennent avant tout le » genre de lettres égyptiennes » qu’on appelle épistolo graphique ,- » en second lieu, Y hiératique, dont

(1) Ma traduction et mon analyse du passage , qui ont paru dans la première édition du Précis , ont attiré quelque attention de la part des savans. M. Silvestre de Sacy leur a donné son approbation ( Journal des savans, mars 1 825 , p. 1 51 , 152). Le rédacteur d’un savant article sur les hiéroglyphes , dans YEdinburgh Review de décembre 1826, n’a guère fait que traduire ma traduction , et reproduire ma classification des écritures égyptiennes ; seulement il a combattu mon interprétation du passage relatif aux hiéroglyphes phonétiques ; et, la regardant comme tout-à-fait inadmissible, il en a proposé une autre, que je combattrai à mon tour. Au reste, ce critique se rétracte dans un article subséquent ( march 1827, p. 532), et revient à mon interprétation, qui, à la bien considérer, dit-il, ne me parait plus tre s-improbable.

M. de Goulianoff ( sous le faux nom Ausonioli ), dans ses Questions archéographiques , a soumis le passage du savant Père de l’Église à un nouvel examen. Quelques-unes de ses observations de détail sont exactes, et j’en ai profité; d’autres ne m’ont pas sçmblé telles : le point principal sur lequel nous différons, concerne aussi l’expression relative aux hiéroglyphes phonétiques, dont il donne à-peu-près la même traduction littérale que le rédacteur de Y Edinburgh Review, quoiqu’il l’interprète tout autrement. Leurs objections ne m’ont point paru solides, et je les discuterai avec soin, en donnant une attention plus suivie au passage controversé.

M. Weiske, dans les Rudimenta hieroglyphices de M. Seyffarth, a discuté de nouveau la phrase iwv nsfoom v çznyttccv ; il pense, comme moi, sur le sens de çoiygiav , et un peu différemment sur celui de mpàntv. Ses objections sont résolues , je pense , par la modification que j’ai faite à ma première hypothèse.

(2) Stromat. V, 657, Potter.

(3) La version latine , )am vero qui docentur ab Ægyptiis, est inexacte;

m ÎEPATIKHN , « fêtorw oi ii£ÿy>a.fjLuali7ç • virwniv <h 75hiflaiew tw IEPOrATOIKHN, hç

M jUÆt» ê3~77 cflci TOK IT^fîTON STOIXEinN KTPIOAOriKH ; « A 2TMBOAIKH. Th? A 2TMBO- AIKH2 a [Av KTPIOAOrEÏTAI KATA MIMH2IN, » <T’ «57755 TPOniKfîS y>citpt7zu, à effe «>'77xpvç ( i ) KAT A TIN AS

AÎNIIMOTS. HA/or jüvv •yaApj.

fbovXÔfMVDl WJHhOV TTOIWOI } (rtXïlVtiV

A <rjÿ[AtL /umvouAç j KATA TO KTPIOAOrOTMENON ELAOS • TPOniKHS A j'ÿ/r’ oimô-nt'm

7tt^ï7îç fM'TU.wSîVTlç (2), 7»

?> se servent les hiérogrammates ; et » enfin Y hiéroglyphique.

« L’hiéroglyphique [ est de deux » genres] : l’un , cyriologique , ern- » ploie les premières lettres alpha- » bétiques ; l’autre est symbolique.

» La [méthode] symbolique »[se subdivise en plusieurs espè- «ces] : l’une représente les objets « au propre par imitation; l’autre » les exprime d’une manière tro- » pique (figurée); la troisième se « sert entièrement d’allégories ex- » primées par certaines énigmes.

« Ainsi , d’après ce mode , les «Egyptiens veulent -ils écrire le » soleil, ils font un cercle; la lune , » ils tracent la figure d’un croissant.

» Dans la méthode tropique, chan- » géant et détournant le sens des » objets par voie d’analogie , ils les « expriment , soit en modifiant leur «image, soit en lui faisant subir

il faut apud Ægyplios : mais elle offre bien d’autres inexactitudes ; elle est en général un peu plus obscure que le texte.

(1) ‘'AvTtKfvç pourrait indiquer opposition et signifier au contraire , tout aussi bien que cwmifv , puisque la distinction établie par les anciens grammairiens entre ces deux formes , est réellement nulle a. On objecte, avec quelque raison, que les deux genres , \e tropique et Yénigmatique , ne sont pas assez opposés pour autoriser un tel sens. /J’ai donc préféré de prendre le sens de JVo'aou , 7nv/%\soç, que les grammairiens donnent à ’éu-nKfoç b, ou celui de formellement , directement c.

(2) La synonymie de ces deux mots est difficile, et le sens est obscur ; mais on devine qu’il s’agit de transposition , comme serait telle partie d’un objet transportée sur un autre , et de changement de forme; idées qui doivent être expliquées par les mots suivans ,

et jut'Ju.iryu/uxLTlÇovTiç , qui me paraissent s’entendre l’un d’une modification de forme, l’autre d’un changement total ou de transformation. M. de Goulianoff voit ici trois opérations : i.° pm’myrnç rçfi /utTU.n3îrnç , 2.0 , 3.0 jüLima-^i/uetTt(ovTiç. Je ne puis être de son avis;

a Lobeck. ad Phrynicli. pag. 444b Ap. Bekker. Anecd. grœc. I, 4°^ , }o. c Demosth. pag. 381,1 242 , 22 et 23.

<T’ i^a^KctTlcvTlÇ, 7 à <Tè 7ro>^a.^aç (MTcie-X! pâli Çov7*( %tçct.Tlov<nv. T oiiç p>vv tuv (hct<n\iuv Imlvovç ôeoAojpu- [ mois pvBoiç •mçct-SiSbvTZç , hvct- 'y&iipovin Sià, 7wv ANArAYÆiÏN.

Tk Ss KATA TOT2 AiNUMOTS tçItw ù'Sbuç J\7y[tœ. \<rru ni Si • tu. [tkv jàg twv afàuv aSJçpv, Sià, 7 yv mpilav Ttjv \o%tiv otyiuv <mpM<nv amiiftjjÇov j ttjv Se HX/ot» tu 7cu t&vSàpov.

» divers genres de transformations.

33 C’est ainsi qu’ils emploient les 33 anaglyphes , quand ils veulent 33 transmettre les louanges des rois 33 sous forme de mythes religieux.

33 Voici un exemple de la troisième 33 espèce [ d’écriture hiéroglyphi- 33 que ] qui emploie des allusions 33 énigmatiques : les Egyptiens figu- »rent les autres astres (1) par des nserpens, à cause de l’obliquité de 33 leur course ; mais le soleil est fi- 33 guré par un scarabée. 33

Dans ce passage important, dont i’anafyse n’avait pas été faite avec exactitude, il est clair que Clément d’Alexandrie admet trois genres d’écriture égyptienne: €7acr%Aory ixp , k&hxp , kçyyAvÇnw.

Sur les deux premiers genres il ne donne aucun détail ; il ne s’occupe que du dernier, savoir, Y hiéroglyphique.

l’absence de régime devant les deux premiers montre bien que les deux seconds, devant lesquels sont les régimes to Si, ne font qu’expliquer leur signification. Dans le sens qu’il adopte, je doute que la phrase soit grecque : telle qu’elle est, elle revient à to caç^y/uMTO. jutmymç xçà px.m.'rtSivTiç , ra Si . . to Si jutmy.

(1) Les autres astres. On se les figurait par un serpent , à cause de l’obliquité de leur course. II semblerait qu’il s’agit ici seulement des astres planétaires : car, bien que les étoiles se lèvent en Egypte obliquement à l’horizon, cette obliquité, d’où il ne résulte qu’une course, toujours dans le même sens, ne serait pas exprimée d’une manière convenable par des ondulations et les replis de la marche du serpent ; cette image, au contraire, reproduirait assez bien la marche oblique des planètes dans le zodiaque.

( 3Sl )

L’hiéroglyphique se divise en deux espèces : celle qu’il appelle xajçj.oAoynw Sia, ruv ‘arpc^rcov Aoiyeim ; l’autre o-v/aCoAiyJi. Dans ce passage , les mots xvçjLoAoy- ? toç, zvdjLoAoyiïo-QcLf, s’entendent des expressions propres pour désigner les objets, selon l’usage ordinaire qui les oppose aux termes figurés et aux périphrases : ainsi , Longin ou l’auteur quelconque du Traité du sublime : ovtcùç y 7 'rméhcLYJ.c, crvfAtpQéy ferai rv\ yjuçj.o- Aoyicc (i). De la première espèce d’hiéroglyphes (Sia, TW 'srpcérm cfloiyeim , littéralement par les premiers Siemens ), Clément d’Alexandrie ne dit rien; mais il entre dans quelques détails sur la seconde, dite symbolique , qu’il subdivise en trois espèces secondaires.

La première de ces espèces ( v xo&oAoyxj} yjcra fAifAvwiv ) est indiquée avec précision , tant par ces mots eux -mêmes, que par les deux exemples que donne l’auteur : on voit qu’elle consiste à représenter au propre (fou^jioAoyiîcrùa^) un objet, en imitant ( yjcrà, p,iju,ruriv ) sa forme. Cette forme, n’étant qu’un des attributs de l’objet , en est une sorte de symbole : c’est donc avec raison que Clément d’Alexandrie range ce genre d’expression dans la symbolique.

La seconde espèce, dite tropique ou figurée , est fort obscurément définie , et l’exemple n’est peut-être pas beaucoup plus clair que la définition : je crois cependant ma traduction exacte. Il m’a paru que le verbe 7ra,£y.SiSbvaj , dans le membre de phrase rov$ •pvv ruv )3aL(rlAeCà)l eTCTUVQVÇ ÔêOÀ02JU/X,£V0/$ itxt gy,SÏSbvleçy

(i) xxvm> i.

devait s’entendre dans ie même sens que ou yç^Ç>y\ TToi^SiSbvctJi , ctMoi [Aovri SïSùcn&Aioi (i). Je voudrais pouvoir définir ce que l’auteur entend par armglyphes, qui servaient, comme on voit, pour l’expression tropique o\\ figurée : dans la rigueur, la première espèce, comme la seconde , devait se composer- de figures auxquelles convenait également 1e nom âlanaglyphes lorsqu’elles étaient sculptées sur les monumens. Pourquoi donc Clément d’Alexandrie borne-t-ii les anaglyphes à l’écriture symbolique figurée ? II faut qu’il entende par-là une espèce particulière de figures sculptées, servant toutefois comme écriture. On peut voir à ce sujet les judicieuses observations de JVL Silvestre de Sacy (2).

Qjuant à la troisième espèce, il n’y a nulle difficulté dans ce qu’en dit l’auteur , et nous ne nous y arrêterons pas.

Le tableau synoptique suivant comprend la classification exacte des écritures égyptiennes , d’après le texte de Clément- d’Alexandrie:

HjjexohoymM Si et mv asçç, omv çb t^eicov.

!VJU VLOMyXM ' HÇLVL pifMITtV.

'TfOTrtKAÎ [ Slot mv cLva.y\v<pûv ].

aiviy/xamSnc.

On s’était à-peu-près accordé à voir trois genres

. > ' ) hpOLTlXM

kiymniw < / ,

yçct/u.{xdmv , K

{ iid9yMtpiKM

(1) Anonym. ap. Villois. in Anecd. grœc. II, p. 182.

(2) Journal des savons , mars 1 825 , pag. 151, 152.

principaux (i)d’écriture égyptienne dans ce fameux passage ; mais la division que l’auteur donne des diverses espèces d’écriture hiéroglyphique n’avait pas été nettement aperçue et distinguée : on peut facilement, je crois, concilier le témoignage de ce savant Père de l’Eglise avec celui des autres écrivains anciens.

Au lieu de trois genres d’écriture égyptienne, Hérodote et Diodore n’en comptent que deux .* l’un qu’ils appellent lettres vulgaires (2); l’autre qu’ils nomment caractères sacres Ils sont tous deux entièrement

d’accord avec l’inscription de Rosette, où l’on ne peut soupçonner aucune erreur à cet égard, puisqu’elle a été rédigée sous les yeux des prêtres égyptiens euxmêmes : ce monument célèbre ne fait mention que de deux genres de caractères, les uns dits èyy^cùçjLct, nationaux (par opposition à identiques avec

les ^fxonyjn ou é\\fxcùé\\ ypcLfxfx&rcL d’Hérodote et de Diodore; les autres appelés sacres.

Toute la différence qui se trouve entre ces trois témoignages et celui de Clément d’Alexandrie , consiste en ce que ce dernier fait mention de l’écriture hiératique, dont les autres ne parlent pas. Mais la cause en est facile à découvrir : c’est qu’ils ont dû la comprendre parmi les caractères sacrés , et que Clément d’Alexandrie a dû au contraire la distinguer des caractères hiéroglyphiques ; voici pourquoi.

(1) Zoëga en trouve jusqu’à cinq. De usu obeliscorum , p. 44°*

(2) Herod. II , 36. — Diod. Sic. III , 3 , dV«7 va£ ou Sm/umSm ( yçsi-^ua.m ).

Tout le monde convient que l’ épistolographique de Clément d’Alexandrie est la même chose que le démotique d’Hérodote et de Diodore , et que le national de l’inscription de Rosette.

Quant à l’ hiératique , il est certain que c’était une espèce de caractères sacrés, puisque , selon Clément d’Alexandrie , c’était celle dont les hiérogrammates ( ou greffiers sacrés ) se servaient. Cette donnée importante est confirmée entièrement par les recherches de M. Champoüion sur les papyrus égyptiens; il a reconnu parfaitement ceux qui sont écrits dans ces caractères sacrés hiératiques, lesquels ne sont autre chose que des hiéroglyphes cursifs, ou abrégés, espèce de tachygraphe hiéroglyphique. Il l’a appelée avec raison écriture sacerdotale , comme étant employée par les prêtres dans les manuscrits ; tandis que Récriture hiéroglyphique était proprement l’écriture monumentale , ainsi que l’exprime le mot kçyyAvÇnxJi,, littéralement, caractères sacrés sculptés. On pourrait donc appeler l’autre, écriture hiéro graphique , ou écriture sacrée écrite . Cette distinction explique et concilie tout ; car remarquez bien qu’Hérodote et Diodore ne se servent pas du mot kçyyXv<pixJi‘, ils emploient l’expression kçyey sacrés : or, cette expression contient nécessairement tous les genres d'écriture sacrée, et Y hiératique comme les autres. Au contraire , Clément d’Alexandrie parie de {hiéroglyphique [kçyyX vtpiw), expression moins générique, et qui ne doit pas comprendre {hiératique , genre d’écriture qui n’était pas employée sur des monumens sculptés ( yiyXv/xfjiéva. ). Clément d’Alexandrie diffère donc des

autres seulement en ceci, qu’ils n’ont employé que des expressions génériques , tandis qu’il est entré dans ie détail des espèces; et, jusqu’ici, on voit qu’il s’est exprimé avec une propriété bien remarquable. Par la même raison , on conçoit pourquoi , dans le monument de Rosette , les caractères sacrés sont désignés par l’expression kçfi et non qui semblerait avoir

été le mot propre pour désigner le genre de caractères qui ont été gravés sur cette pierre. La distinction ici était inutile : car, comme ï hiératique ne servait point pour les monumens sculptés, il était clair que , puisqu’il s’agissait de graver des caractères sacrés sur la stèle, ces caractères sacrés ne pouvaient être qu’ hiéroglyphiques ; et conséquemment l’expression générique kçfi était , en ce cas , tout aussi précise qu’aurait pu l’être l’expression spécifique îeçyyAvtpixjc.

On comprendra mieux l’accord de tous ces textes, et en même temps la raison des différences qu’ils présentent, au moyen de cet autre tableau comparatif qui complète ie précédent.

ÉCRITURE ÉGYPTIENNE , divisée

par Hérodote , Diodore , l’inscription de Rosette , en deux genres de caractères; savoir, les...

r A. Vulgaires dits. . .

B. Sacrés , divisés par

Clément

d’Alexandrie

thfwnKjüi et £vifjuùâ\) par Hérodote et Diodore. ijyé &*■<*■> dans l’inscription de Rosette. imçvXoyçy.yixcL par Clément d’Alexandrie.

a. Hiératiques ou écriture sacerdotale , qu’on peut appeler hiérographique.

1a , Cyriologiques, par le moyen des premières lettres de l’alphabet.

{ a . Cyriologiques I par imitation.

b'. Symboliques J

comprenant / b". Tropiques ou les j figurés.

V e. Énigmatiques.

Bb

Je crois que ce tableau comprend et explique toutes les différences que présentent les textes anciens. Il en est un cependant qui n’y saurait trouver place; c’est celui de l’auteur de la Vie de Pythagore, attribuée à Porphyre. Selon cet auteur , les caractères égyptiens sont de trois espèces , épistolographiques , hiéroglyphiques et symboliques (i). Cette division annonce évidemment que l’auteur n’a rien su de ce qu’il voulait dire ; et c’est fort inutilement que plusieurs critiques habiles ont pris la peine de lui prêter une apparence de raison , à l’aide de corrections fort arbitraires. A quoi bon tant d’efforts \ Un auteur n’est-il pas jugé, quand il fait de l’écriture symbolique une classe séparée de l’hiéroglyphique! Il serait facile de montrer que ce passage n’est qu’un extrait maladroitement fait du texte de Clément d’Alexandrie, par un compilateur qui n’en comprenait pas l’ensemble : on peut y voir une preuve, entre bien d’autres, que le Malchus, auteur de cette Vie de Pythagore, n’a rien de commun avec le fameux Porphyre.

§. II. Examen particulier des expressions relatives aux Hiéroglyphiques phonétiques.

Il faut maintenant revenir sur l’expression la plus controversée de tout ce passage , et l’une des plus importantes , puisque c’est la seule où l’on peut voir la mention des hiéroglyphes phonétiques.

( I ) Tçgt/üLfMiuv JV 'îZ/.sgvlç J'ioKpo&iç ( ifyîfjutSi Tîvdtc)p&i.ç),i7nçoAoye$c.<piMv,

Kj kfyyhvtpixéSv Kj uv/xCohntuv‘ tuv /uév Koivo\oypujuîvu>v ( f. twe/-o^oy>vjuévaiv ) YJ3.TÛ [MfMWiV, TWV éi CLÏMy>OÇ)V fAkVCjùV HC/LTU. TtVCtÇ CtiviyUOVÇ. ( Vît. Pythüg.%. 12.)

L’espèce B, £, et, est exprimée en grec par les mois Kvej.oA.oyiw «flot rSv 'srpdùTm (flor^dm. Ici, deux difficultés : i.° dans quel sens est pris le mot <r}oi^etavl 2.0 Quel genre de modification lui fait subir i’adjectif i vpÛTuv ? J’ai traduit : les premières ( ou primitives ) lettres alphabétiques. On a fait à cette version plusieurs objections, auxquelles je vais répondre avec un soin proportionné à l’extrême importance du passage.

La principale, c’est que <r7 orgelet signifie élémens , non pas -lettres alphabétiques, dont le nom, en grec, est, dit-on , ygjiqut./A,cL (i). Cette objection, de la part de personnes qui paraissent fort instruites dans la langue grecque, a lieu de me surprendre. Je sais fort bien que (floi'xjfïcL signifie élémens ; je sais encore que y&pcfxctTcL est le mot propre pour dire les lettres alphabétiques : mais cela n’empêche pas que c/Io/p/gîct, employé absolument comme il l’est ici , et à propos d’écriture , n’ait le même sens propre et technique. J’avais cru suffisant d’énoncer le fait; je vais l’établir, puisqu’on le juge nécessaire.

Le mot (rloiyeîov a le sens radical de principe constitutif des choses, et, conséquemment, est susceptible de sens très-divers, selon les mots auxquels il est joint, ou, quand il est employé d’une manière absolue, selon la nature du sujet dont il s’agit.

Ce mot, que Platon le premier (2) prit dans le sens

(1) Gouiianoff, Questions archéographiques , p. 8. — Edinburgh Review ; p. 103.

(2) Laert. 111,24.

philosophique d 'élément naturel ( la terre , l’air , le feu et i’eau) (i), se trouve dans ie Politique (2) , le Sophiste.^), et en vingt endroits du Théétète, avec son acception générique $ élément constitutif de quoi que ce soit, et, appliqué au langage, avec celle àé élément constitutif des mots, c’est-à-dire , de lettres alphabétiques, en tant quelles représentent les sons élémentaires de chaque syllabe (4) : aussi oppose-t-il sans cesse éloi^sîov à a-oéKof-A. Ex. : àc, stoixeTa (Lyvcnfoi , ro Si ruv xtaaabSn yivo^yvaxrlo-v = au\ pÀv stàaabai A053V

g ^ovcrl, TOC Si 2TOIXEIA ctAoyct ; (6) = ÇépS Si, TY)V 2TA- AABHN 7 rôreçyv Àg^S/XgV Toi oi/LMpÔregy, 2TOIXEIA yc. f A. (y). = 'arçyytyvâxrxÆiv roi stoixeia auntcrcL cuiLyw tcû /jceiïKovTi Trarg yvaxrecrQcii syaaabhn jc. 1. A. (8); et d’autres (p) passages de ce genre, où floi^eîov désigne les sons des lettres qui forment chaque syllabe : et c’est

(1) Bentley, Diss. de Phalar. p. 292, ed. Lenn. — Lennep, ad Phalar. epist. p. 1 5 1 , 15.

(2) Pag. 541 , E.

(3) Pag. 176, D.

(4) Rudolphi, qui a fait une discussion fort intéressante sur çojfïa.

(ad Ocell. Lucan. p. 4°4)> me paraît avoir raison de croire que çtnfia. a le sens d'alphabet, dans le passage de Xénophon : B ovxei mom/ma , àp^d/Mvo ; iHç afoçviç, co<r7nf ruv çviytiwv. ( Adém. II ,1, i. )V

miv çviyiiuv lui paraît signifier vom A, B , C anfangen (commencer par l’A, B, C ~) , c’^est-à-dire , commencer parle premier commencement.

(5) Plat. Theæt. p. 202, D; 203, C.

(6) ld. ib. p. 203 , A.

(7) Id. ib. p. 203 , C.

(8) ld. ib. p. 203, D.

(9) Cf. pag. 204 , A.

ainsi que Platon dit ailleurs, toltwv tpammatun stoi-

XEIA Té O'UM.CtCûtf (i).

Dans la pensée de cet auteur, fjoi^éïov s'applique non-seulement au son articulé, mais encore à {a figure qui le représente, étant,, l’un, l' élément du discours parlé, l’autre , celui du discours écrit. « En apprenant les lettres » ( qm rr\ rSv y&fAfAcLTm p,d&ÿ\créi ) , dit Socrate , tu » n’as fait autre chose que t’exercer à distinguer les » élémens (dloiy^éJct') , soit à la vue, soit à l’ouie{ ev Té ty\ « o ty\ cbwvï ) (2) &c.» Aristote prend ce mot de la même manière (3) , quand, parlant des diverses parties du discours, il oppose foty^éîov à cruAAot&i, l’un étant un son simple , l’autre un son composé; et il distingue dans cfloipyéiov , i.° la voyelle ( Ç>unév)y comme et et où-, la demi - voyelle (yi^'iQoùvo v), comme p et cr ■ 3.0 la non -voyelle ( <Lç>uvov ), comme y et eh (4).

Le mot crloiy/éîov , sans rien perdre de sa signification générale d’élément constitutif, modifiée selon le sujet où il était employé, devint donc, dans l’usage, l’expression absolue, i.° des quatre élémens; 2.0 des lettres de l’alphabet qui sont les élémens du langage, rris Xéféux, toc

c/loryfïd écrit TaL élxocrlTéa-crcLçyc y^/A/A<tTet, comme

dit Diogène de Laërte (5) : en sorte que , employés tout

(1) IJ. ib. p. 202, E.

(2) Id. ib. p. 206, A.

(3) Poetic. XX, 2, 3 , ed. Herm. — Cf. Metaph. iv, 2, p. 884, B; 3 , p. 885, B; VIII, 3, p. 928, E : « «rc/MaéV cm. -mv çm^t'onv ovem y^/2 cvv9î<na>ç.

(4) Aristote, de même que Platon ( Heind. ad Theæt. p. 483 ) , divise la consonne uv/x<pa>vov en rfdfavor et aopccvov.

(5) vu, 56.

seuls , ils présentaient une signification parfaitement claire et déterminée.

La seule distinction qu’on établit dans le sens grammatical entre ce mot et son synonyme yçpc.p.fxoL, fut que celui-ci désignait la lettre écrite , et crjoi^eTov la lettre parlée. Les grammairiens grecs sont unanimes à cet égard (i); la distinction est aussi très-bien expliquée par Denys d’Halicarnasse : Atg'v °^v èlarl

Tvç ctrSpaTrivyç ■>&} êvdpêgpv (pavyç, eu pwxin h^ôfxevajj Sicdpeo-iv (2) j clç. nccAovjtxev stoixeîa x?) tpammata. Y {ppfXfAOJTcL p,h oTl yçc/LfXfXcUç Tl cri cr^fXOLlveTctj’ crloiyéicL on 7ia,crcL <pcon rnv yivecnv cao tovtccv Acl/lc- Cctvei 'srpclrrnv, xs4 m'v éiocAvcnv eîç, toJvtol (sc. crloi^éict ) 'mieïretj reAevrctlauv {3). La même distinction a été faite par les grammairiens latins entre elemetitum et littera (4), correspondais exacts de crloi^em et de yçcpp,p,cL. Ainsi, Suétone appelle la lettre D, quarta elementorum littera (5); ce qui se traduirait littéralement en grec par ro rét asé- en toùï srmypîm yçc/LfXf& st; et ce que Dion Cassius exprime simplement par ro rercLfjov cr]oiy/eîcv (6), et, de même, Ausone dit elementorum prima signa (7), où signa est pour littera.

(1) Cf. Vaicken. ad Ammon. pag. 55, 56. — Goettling. ad Theodos. Cramm. p. 308,

(2) Cf. Aristot. Metaph. IV, 3, p. 885, B.

(3) De Compos. verb. cap. 14, p. 1 5 4 a ed. Schaef.

(4) Vossius, de Ane grainm, ï, 8, p. 32. — Adde Boet. de Inter -

prêt. p. 297.

(5) In Jul. Cæsar. §. 56.

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