XL
(7) Professor. XXI , 3,5.
Mais , en grec comme en latin , l’usage effaça le pius souvent ces distinctions, et les deux mots furent indifféremment employés l’un pour l’autre, comme parfaitement synonymes. Ainsi , Poiybe : ro ruv stoixeiAn 'srAvôoç ê£vç AoupuCdvovlcùç SïeAzTv e/ç 7tiv% puépv Kjclci Trévre rPAMMATA • A ro retevTouov ( sc. fiéçyç) êv] 2TOIXEIO. (i), où crïo/p^gjoy est précisément l’équivalent de u; comme Sozomène dit, <rv A-
Aoyri TUV TPAMMATtlN, ZHÿLrloV 2TOIXEION (2);
Lucien,. . . . fxr/pov <Tê7v ttcuvIcl YiSimerz tou stoixeia,. ouvtcu puot k$cA£Î tou cuSlwQévlüu tpammata (3) ; Diogène de Laërte , Tç+yonc, Si A éy^jouf ro y^c/np,ouy stoixeion, 0 tz tou o-%iXefov, xsq ro ovofMU, oïov ouAtyou (4).
Tant de passages attestent l’usage du mot cfjoiXeîau dans le langage technique et grammatical, qu’il serait impossible de les citer : à ëhaque instant les deux mots sont employés l’un pour l’autre, par exemple : vnç} Jïè rrf$ rSv tpammatiin zvpzo-ea<; , tHn 2T01- XEinN (5) zùpZTvv oufooi tz XS*-) ’fE tyoçyc, KouS^puov Ç>auo-i (6); tous deux sont également le mot technique et propre pour dire les lettres de l alphabet (7).
(1) Polyb. x, 45, 7.
(2) Hist. eccl. VI, 35, ibiqup Yales.
(3) Jud. voc. §. 10, I, p. 95.
(4) Vil, 56, ibique Menag.
(5) Cf. Bekker. Anecdot. græca , p. 773 , 774, 25, sq. ; 778, 781, 26.
(6) Comme dans l’épigramme de Christodore : KctS'/uoç çoi^lav Acu/clo!ç rsrçfiniç tJïity tottok. ( Analecta , II, p. 472 3 4 5 6 7* — Anth. Pal. I, 5 1 8 )•
(7) Ibid. p. 777 - 796, passim.
Je laisse maintenant à penser ce que peuvent signifier , dans le passage de Clément d’Alexandrie relatif à l’écriture égyptienne, les mots xvçj.oÂ.oym éi a ra>v . . , (Zloi^etGûV. Dans la bouche d’un Grec et pour des Grecs, cela ne signifiait rien autre chose que par les lettres alphabétiques : si ce n’est pas là ce qu’a dit l’auteur , il n’a voulu rien dire. Abandonnez , pour un moment, le sens déterminé par l’usage, pour prendre le sens vague d’ élément , et vous ne pourrez plus savoir ce dont il s’agit: car de quel élément est-il question ? Sans un complément avec le mot (fioiyfiov , la phrase présente un non-sens évident.
Cela établi , il reste à voir ce que le mot 'ûrpcéruv devant céioiypeicùv peut ajouter à l’idée. Au premier coup-d’œil, je crus qu’il s’agissait des premières lettres de chaque mot. Cette idée était favorisée par les exemples déjà cités dans la lettre à M. Dacier , où sont rassemblés beaucoup de signes phonétiques exprimant des idées dont le nom, dans la langue parlée, commence par la lettre que ce signe représente : mais le plus léger examen me fit abandonner cette idée comme toutrà-fait inadmissible et chercher une autre explication. En effet, si telle eût été l’intention de Clément d’Alexandrie, il était absolument indispensable qu’il joignît un complément à Sia, tmv 'ürpürw fioiyyloùv, comme, par exemple, c hoc rSv èajcælov ovo/zctîoç, ou iwccrlriç Aéezeccç, 'orpcorcov cfloiygêloùv, ou toute autre chose de ce genre. A moins de supposer que l’auteur n’avait aucun sentiment de sa propre langue , ni l’ombre du sens commun , il est impossible de donner une signi-
fïcation aussi déterminée à l'expression crloi-^yîct, qui , dans un sujet pareil, prise ainsi absolument, signifie en général les lettres de l’alphabet , ou ne signifie rien du tout. C’est cependant à ce sens , tout-à-fait inadmissible , que se sont arrêtés et le critique de i’Edinburgh Review (i), qui entend les premiers élémens ou les ele'mens initiaux des mots , et M. de GoulianofF, qui traduit aussi les élémens initiaux ( des noms des objets ), sans s’apercevoir, ni l’un ni l’autre, que, du moment que le mot élément n’est pas pris dans un sens clair et déterminé , une pareille expression en grec , en latin , en français , dans toutes les langues sans doute , ne peut avoir de sens, à moins qu’on ne dise de quels élémens initiaux il est question. C’est pourtant là-dessus que M. de GoulianofF paraît s 'être fondé , pour gratifier les Égyptiens d’un système absurde d’écriture , que M. de Klaproth appelle hiéroglyphes acrologiques (2) ,
(1) Pag. 104.
(2) Ce nom est on ne peut plus mal imaginé. Pour qu’il fut susceptible du sens qu’on lui prête, par analogie avec acrostiche , il faudrait au moins que a oy>ç signifiât un mot , un nom , comme çj yoç signifie un vers : mais en grec le sens grammatical de mot ou nom est rendu par ovo/ja, hifyç, pYijMtL, tandis que a oyç ne signifie que proposition , phrase , discours , &c. On trouve bien l’adjectif ctKpoMyc , épithète de l’ abeille ( Epinicus ap. Athen. x , 431 2> C ) , et le verbe dryoKo-yav ( Philipp. Epigr. 80; in Anal, il , 234- — Anth. Paint, il, 32), mais simplement comme termes poétiques, composés de KoyLu> , et emportant l’idée de cueillir la fleur ou de couper la sommité d’un objet. Quant aux mots àyLfoxoy>ç , oLKpo\oyia., dyfoKoyvioç , ayant pour radical hôyç ou a tyco , s’ils avaient existé en grec , ils auraient signifié quelque chose d’analogue à pointe ou sommité de discours ; discours sommaire , superficiel , ou pointu ; ou bien encore discours sur des pointes , &c. ; mais rien de pareil à l’idée qu’on attache aux mots hiéroglyphes acrologiques.
et d après iequei le même signe peut représenter également bien tous les objets dont le nom commence par la même lettre, comme chien , chat, cheval, cabane, & c. Je ne sais quel sort est destiné à cette nouvelle découverte; mais il me paraît clair, en tout cas, qu’on doit renoncer à en trouver le moindre vestige dans le passage de Clément d’Alexandrie.
Cette interprétation des premières lettres de.s mots, étant inadmissible, il n’en reste qu’une plausible; c’est que le mot 'arpcorct, conformément à son sens propre, indique une espèce de lettres ou de sons primitifs , par rapport à d’autres secondaires : or, ceci ne peut s’entendre que de deux manières.
i.° Comme c’est un Grec qui parle à des Grecs, il a pu se servir d’une idée qui leur était familière , celle de la formation de leur propre alphabet, qui, selon la tradition générale de la Grèce , ne fut d’abord composé que des caractères de seize sons : et cela est conforme à la nature de ces sons plus élémentaires , plus simples que les huit autres , et conséquemment qui ont dû être exprimés les premiers par des caractères. Aussi Plutarque les appelle-t-il tcl 7e npxiTA <?otvtxeiou (i). Cette hypothèse est celle à laquelle je m’étais arrêté ; on a trouvé généralement cette explication peu naturelle : il a paru singulier que Clément
(i) 'E/JjUtt JY fJULKlçoL, 7Z0V CLpiÿ/MüV « 'K'Jfà.Ç àvcLKeiTO] ’ mMol JY £ TET fdSt fXYiVOÇ içzLjUiVOU ytVlSsy TbV SiOV Içoçj) VJt ’ TO JY JY IIPOTA, Y) QoiVIteia. Si à, KcîSucv àvojuctcôivm, n'ifdyj; J htço.ç javo/lUv» Kj tuv ctùdiç ètpiv-
ptdtvTu v JY, Il ctxapjuySMç te 'TBpôitQpç tet Ictçy, , yç/i Xijuo>viS)iç ctùStç ccMa. Ttacana &9t3wu. Plut. Symp. IX, 3, t. VIII , p. 945, Reiske. J’observe
d’Alexandrie allât chercher son exemple dans l’histoire obscure de l’alphabet grec , pour expliquer la nature de celui des Égyptiens. Et cette objection , à la bien examiner , me semble maintenant assez forte.
2.0 Reste l’autre interprétation, qui rentre dans fa première, sans avoir aucun de ses inconvéniens ; car elle consiste à dire que le mot 'orfcera se rapporte, non à l’alphabet primitif, tel qu’était l’alphabet phénicien , mais aux sons primitifs , en général, c’est-à-dire, aux plus élémentaires et aux plus simples de tous. On ne peut douter que, chez tous les peuples qui ont possédé des signes de sons , le nombre de ces signes a d’abord été borné aux sons principaux , et que successivement d’autres signes ont été ajoutés à mesure qu’on a éprouvé le besoin de décomposer les premiers sons pour avoir des nuances. Par exemple , il est dans la nature des choses qu’on n’ait eu d’abord qu’un seul signe pour B, V, net O; pour T, K et X ; pour A, T et 0; pour A et Pi et que, les consonnes jouant le principal rôle, les signes des voyelles fussent moins déterminés; ce que prouve en effet l’alphabet des langues sémitiques. Ainsi, quand Clément parle des premières lettres , des signes des premières articulations , cette expression pouvait se rapporter naturellement à l’alphabet dans sa simplicité primitive.
que le mot <$>oivlx.eia. n’est point ici un adjectif ; c’est un nom appellatif. Ce mot est souvent employé substantivement pour désigner les lettres de l’alphabet , comme dans une inscription de Téos , où nous lisons ÿoivimïct annota, pour jç oL/u/xcna ou wiyfia, sur quoi l’on peut voir la note érudite de Chishull ( Antiq. asiat, pag. toi ).
Voilà où conduit l’analyse intrinsèque du texte de l’auteur grec.
Maintenant , il est remarquable que l’alphabet phonétique de M. Champollion rentre d’une manière trèssatisfaisante dans cette interprétation : en effet, si nous retranchons toutes les lettres qui, dans cet alphabet, viennent se ranger sous le même signe hiéroglyphique, nous trouverons qu’il n’exprime que le son des articulations suivantes :
ir-
des aspirations, H, X, SCH.
du son combiné , D - J.
et des voyelles ,
Cet alphabet phonétique se présente donc à nous sous l’aspect d’un alphabet primitif réduit aux sons élémentaires , plus les signes des aspirations inhérentes à la langue égyptienne , et qui ont dû être inventés de bonne heure.
Cette coïncidence entre la composition de cet alphabet phonétique et le passage de Clément d’Alexandrie, expliqué en lui-même et sans égard à aucun système quelconque, me paraît bien frappante. Si, à présent, nous pensons au rôle important que cet alphabet joue dans l’écriture phonétique, il nous paraîtra bien difficile ou plutôt impossible que Clément d’Alexandrie n’en
ait point parlé ; et comme , dans tout son passage sur les hiéroglyphes, il n’y a que les expressions r «hct rSv 'srpcàrco\i efloiyyim qui puissent s’y rapporter, la coïncidence observée prend un grand caractère de certitude, et laisse dans l’esprit une conviction à-peu-près complète que le sens de ce fameux passage est enfin trouvé.
Au reste , ce passage de Clément d’Alexandrie n’est pas le seul où Ton trouve la mention expresse de cet alphabet; on peut encore citer ce texte de Plutarque : « Hermias dit qu’Hermès est l’inventeur des lettres en » Égypte ; aussi , pour représenter la première lettre [ de » leur alphabet], les Égyptiens figurent un ibis (i), cet » oiseau appartenant à Hermès. » On ne peut exprimer plus clairement la nature d’un hiéroglyphe phonétique , savoir, un son représenté par l’image d’un objet; et il est digne d’attention que , dans l’alphabet dressé indépendamment de ce passage , la lettre A est en effet exprimée par un oiseau, épervier, canard ou ibis. C’est un point trop important pour que je ne le fasse pas remarquer ici.
On ne peut voir autre chose qu’une expression propre à l’écriture hiéroglyphique phonétique dans le passage de Manéthon conservé par Josèphe : « Hycsos signifie rois » pasteurs; car hyc veut dire roi , dans la langue sacrée (2) ,
(1) A 10 nÿuj tuv yçaipAfACLTW A iyi'Aio) ‘ZDfUTov ’tSiv yçy.(foum , ùç 'JLpjwii 'nrQpwKoutmi. Sympos. IX, 3 , pag, 945.
(2) Dans l’écriture sacrée , l’idée roi est en effet symboliquement rendue par Yuræus ou aspic ; et l’image de ce reptile, employée dans les groupes phonétiques , y exprime l’articulation K : cette lettre , placée devant une seconde consonne, comme dans le mot KUJÜUC,
» et sos , pasteur, dans la langue vulgaire (i).» Il est évident , d’après ce passage , que la langue sacrée ne se composait pas seulement d’ images , mais quelle comprenait aussi des signes représentant des articulations , tels que ceux des hiéroglyphes phonétiques. On apprend aussi par-là que certains mots égyptiens composés étaient hybrides , c’est-à-dire, formés de deux mots tirés, l’un de la langue vulgaire, l’autre de l’expression phonétique.
C’est encore à l’écriture des hiéroglyphes phonétiques que se rapporte, je pense, cet autre passage d’Horapoilon : « [Dans les hiéroglyphes], un épervier » veut dire ame , et cela d’après la signification de cet » oiseau ; car chez les Égyptiens on l’appelle Ba'iéth : » or, ce mot, décomposé, signifie ame et cœur; car » ame se dit bai en égyptien , et cœur se dit et h. Les » Égyptiens considérant le cœur comme l’enveloppe » de lame , il s’ensuit que ce mot composé signifie » ame renfermée dans le cœur (2). » Ainsi , un épervier se lisait Bdiéth ; et , en prononçant ce mot, on avait
se prononçait IiiSCHOS , suivant l’usage copte. Le mot crj&IG schôs, que Manéthon écrit en grec Sa?, existe encore dans les livres coptes ou livres écrits en langue vulgaire égyptienne , et y signifie en effet pasteur. — J. F. C.
(1) To ycéj> TK hgÿiv yhauraw üaoixta <m/uuu'm’ if Si 202 im-
fjuviv tst Kÿi mijuSviÇ xaia, mv xeivw SioImx. itv. Maneth. ap. Joseph, contr. Appioti. pag. 44s*
(a) ’Eti y (mv dit ° dçgfy latrairwf , qm. me, i su ovo/uamç îp/mvéuç'
Yjct,\ê\rTa\ yùp mj) ’ A iyuiflioiç ô , fia Ïh'3> ' tdvtd Si if cvo/aa StaipiStv
mpalvet xç/u KctyStay. içt yctp 79 jutv fiai , fyf , 98 Si tî^>, KOfSia • « Si KcLçSia hclt’ hiyjé\fovç meJCoAcç , coçt m/juilvetv m'y avvStcnv m ovo-
pxaitç , •vjyp^V iyx.oifSlav. Hieroglyph. I, 7.
l’expression du mot ame , selon la doctrine des Égyptiens sur le siège qu’occupait le principe de l’intelligence. Si l’auteur de l’ouvrage attribué à Horapollon n’a pas fait ici quelque erreur, on doit retrouver parmi les hiéroglyphes phonétiques des expressions analogues à celle qu’il nous a conservée (i).
Ainsi donc Clément d’Alexandrie , selon l’interprétation approfondie de M. Letronne , développe l’ensemble et les détails de tout le système graphique des Égyptiens, sous le même point de vue que les monumens, mes seuls guides, ont dû me l’offrir; et l’analyse qu’il présente , en particulier, des élémens de l’écriture hiéroglyphique , est entièrement conforme à celle qui est résultée de mes recherches. J’ai reconnu , comme ce savant Père,
i.° Trois différentes espèces d’écritures chez les Égyptiens (2) , savoir :
A. L’écriture vulgaire , que j’ai appelée démotique d’après Hérodote , et que Clément a nommée épistolographique;
B. L’écriture sacerdotale, que je désigne également sous le nom d’écriture hiératique ;
(1) Nous trouvons encore, en effet, dans les livres coptes , les mots
TT*>£S (bahi), vie, ame, et ^H'T (hêt) ou (hêth), cœur ;
et dans les textes hiéroglyphiques , Y ame est symboliquement exprimée par un épervier à tête humaine : cette tête barbue ou non barbue indique simplement le sexe. Nous devons dire aussi que l’idée ame est souvent rendue dans l’écriture sacrée par un groupe formé d’une cassolette ou encensoir , d’un épervier ou d’un autre oiseau, et d’une petite ligne perpendiculaire, signes qui, étant pris phonétiquement, donneraient également le mot bai. — J. F. C.
(2) Supra, chapitre I.
( 4oo )
C. L’écriture hiéroglyphique , qui est i écriture égyptienne monumentale.
2.0 Que l’écriture hiéroglyphique procédait de plusieurs manières différentes dans l’expression des idées.
3.0 Quelle procédait premièrement, au propre de toute écriture, en exprimant les objets par la peinture de leurs noms, au moyen de caractères phonétiques (1) ou de caractères signes de sons et de prononciations. Cette méthode hiéroglyphique est appelée par Clément d’Alexandrie, KJUçj.o\oyxr\ S)a,ru>v 'arpccruv crjoiyylccv, c’està-dire, s'exprimant au propre par le moyen des lettres primitives. J’ai cité un très-grand nombre d’exemples de l’emploi de ces caractères alphabétiques (2).
4.0 Quelle procéda, en second lieu, par la représentation même des objets , au moyen de caractères purement jiguratifs ; c’est là , sans aucun doute , la méthode hiéroglyphique nommée KoçjLoAoyxéi yjéld fjdfxvcriv (3).
5.0 Qu’elle employa des caractères symboliques ou exprimant indirectement les objets par synecdoche , par métonymie, ou par des métaphores plus ou moins faciles à saisir (4). Clément d’Alexandrie a désigné cette troisième méthode hiéroglyphique par la qualification de symbolique tropique.
(1) Supra , chapitres III, IV, V, &c.
(2) Tableau général, du n.° i à 66; du n.° 109 à 195, &c.
(3) Supra , §. VI. Exemples de caractères de cet ordre au Tableau général, n.os 245, 246, 247, 292 à 303, &c.
(4) Supra, $. VII. Exemples de cette sorte de caractères, n.os 2^1 , 238 a, 308 a, 308 b , 308 c , &c.
6.° Enfin , le même auteur mentionne une méthode hiéroglyphique procédant à l’expression des idées par le moyen de certaines énigmes, xscid nvat cLiviyfxovç , et nous avons compris les signes de ce genre, tout en les distinguant , sous la dénomination générale de caractères symboliques ( i ). Cette complète concordance de mes résultats avec les seuls documens un peu détaillés que l’antiquité nous ait transmis sur l’écriture hiéroglyphique égyptienne , est bien digne de remarque, et donne dès ce moment même, à ces résultats, un poids et une consistance qu’ils n’auraient dû attendre que d’une longue série d’applications,
§. X. De l'emploi et des diverses combinaisons des trois espèces
de caractères.
Après avoir reconnu , d’une manière certaine , les différentes classes de caractères , élémens premiers de l’écriture hiéroglyphique, il était urgent de chercher à saisir quelques-unes des lois qui présidaient à leurs combinaisons, et les alliances que ces signes, si opposés dans leur nature , pouvaient contracter entre eux ; il devrait résulter en effet de ces notions une connaissance générale des divers ordres d’idées que chaque classe de caractères était destinée à exprimer d’une manière plus ou moins spéciale.
95.11 n’est plus douteux, d’abord, que toute inscription hiéroglyphique, quelque peu étendue quelle
(1) Supra, §. VII, 51 , pag. 292, où sont indiqués une foule d’exemples de cette espèce de signes.
soit, présente un mélange constant des trois ordres de signes. On retrouve dans tous les textes les caractères figuratifs, les caractères symboliques et les caractères phonétiques perpétuellement entremêlés, et concourant, chacun à leur manière et selon leur essence , à l’expression des idées dont il s’agissait de perpétuer le souvenir.
£)6s On a dû remarquer en effet que, dans le système hiéroglyphique, il arrivait qu’une même idée pouvait être exprimée, sans qu’il en résultât le moindre inconvénient pour la clarté , par trois méthodes diverses et au choix de celui qui tenait le pinceau. S’il fallait, par exemple, mentionner dans un texte la divinité suprême de Thèbes , Amon , Amen ou Ammon , l’hiérogrammate était le maître de signaler l’idée de ce dieu , soit figurativement , en retraçant en petit l’image même de cet être mythique, telle qu’on la voyait dans les temples de la capitale (i); soit symboliquement , en dessinant les formes d’un obélisque (2) ou celles du belier sacré (3) , emblèmes d’Amon ; soit enfin phonétiquement , en écrivant les trois caractères de son , signes de la voix initiale et des deux articulations qui constituent le nom divin SDcmt (Amon) lui-même (4)- Des procédés semblables pouvaient être suivis , lorsqu’il était question de rappeler l’idée de la plupart des dieux et des déesses
(1) Tableau général, n.° 67.
(2) Ibid. n.° 84.
(3) Ibid. n.° 85.
(4) Ibid. n.° 39,
de l’Égypte , dont j’ai en effet retrouvé à-la-fois les noms figuratifs , symboliques et phonétiques. On a reconnu , dans l’analyse des légendes royales ou impériales hiéroglyphiques , une foule d’exemples de caractères ou signes de ces trois natures, groupés ensemble et exprimant tous une seule et même idée , quoique par une méthode différente.
97. Mais il ne faut point conclure de ce fait , qu’il fut en la puissance de l’écriture hiéroglyphique de rendre toutes les idées de trois manières différentes , au moyen de signes ou de groupes puisés successivement dans les trois classes de caractères. Cela n’arrivait que pour une série assez bornée d’idées , du nombre de celles qui se rapportent directement à la religion,, à la doctrine sur i’état futur de l’ame, ou à chaque dieu en particulier.
98. Les caractères symboliques semblent avoir été plus spécialement consacrés à la représentation des idées abstraites qui étaient du domaine de la religion et de la puissance royale : telles sont , par exemple , dans l’inscription de Rosette, les idées Dieu, immortalité, vie divine , puissance , bien , bienfait , loi ou décret , région supérieure, région inférieure , panégyrie , temple, &c. &c.