CHAPITRE V
Application de l’Alphabet phonétique aux noms propres hiéroglyphiques des dieux égyptiens. — Lectures qui en résultent. — Signes fgurati/s. — Signes symboliques .
Les images des dieux et des déesses, qui couvrent les monumens égyptiens de tous les ordres , sont accompagnées de légendes hiéroglyphiques, présentant sans cesse , à leur commencement, trois ou quatre caractères semblables (i), que l’on peut assimiler à la formule copte "TE BE , ou tm Tl H , ceci est r as-
pect , la manière d’être , la présence ou la ressemblance . Après cette formule se trouve toujours la préposition k de , exprimée soit par la ligne horiiontale ou brisée , soit par la coiffure ornée du lituus , leur homophone perpétue! ; et la préposition est immédiatement suivie par le nom propre du dieu ou de la déesse.
Ce nom propre est constamment le même et on le retrouve toujours à côté des mêmes figures d’êtres divins, distinguées par des attributs semblables. Les noms propres des divinités sont tracés en ligne courante , comme les noms de simples particuliers, et sont terminés, non pas, comme ces derniers, par le caractère figuratif homme , mais par le signe d’espèce , dieu ou déesse , caractères dont le sens ne saurait être don-
(i) Voyez planche VI , n.° 8.
leux ni contesté, après la plus légère comparaison du texte grec de Rosette avec son texte hiéroglyphique et démotique.
Ainsi donc, par la présence seule et de la formule initiale qui précède ces noms divins, et du signe d espèce dieu qui les termine, j’eus un moyen certain de recueillir tous les groupes de caractères exprimant les noms des différentes divinités égyptiennes , sans craindre d’omettre un seul des signes qui les composent véritablement, et en même temps sans courir le risque d’en admettre quelqu’un qui n’en fît point réellement partie. J’obtins alors , par l’étude attentive de tous les monumens égyptiens qu’il m’a été possible d’examiner, une série très-étendue de noms propres hiéroglyphiques de divinités égyptiennes, et les manuscrits sur papyrus m’ont donné les formes hiératiques de ces mêmes noms.
Cette recherche m’a fourni d’importantes notions sur le matériel du culte égyptien ; elle m’a conduit à déterminer le rang hiérarchique de chacun des personnages divins figurés sur les monumens de l’Egypte ; enfin je me suis convaincu du peu de succès avec lequel on a jusqu’ici appliqué aux représentations des dieux, sculptées sur les temples ou peintes sur les caisses des momies, les noms de divinités égyptiennes que nous ont transmis les auteurs grecs et latins. Les résultats généraux de cette étude seront en partie consignés dans le recueil que je publie sous le titre de Panthéon égyptien.
La détermination des noms propres hiéroglyphiques de divinités, présente un grand intérêt, même par rapport à la matière que nous traitons spécialement dans Je présent ouvrage. La lecture de quelques-uns de ces noms devait être en effet d’un très-grand poids dans la discussion actuelle. Il me parut donc important d’essayer si , dans le très-grand nombre de noms divins que j’ai rassemblés, noms appliqués sans cesse à des personnages distingués par des attributs propres , il ne s’en trouvait point dont la lecture, par le moyen de l’alphabet hiéroglyphique , produisît des noms semblables à ceux que les Grecs et les Latins nous ont transmis comme noms égyptiens de divinités égyptiennes . On va juger jusqu’à quel point cette application a eu du succès.
Le témoignage formel de l’antiquité classique ne permet point de douter que le dieu représenté sur les monumens égyptiens avec une tête d’e'pervier surmontée d’un disque rouge , ne soit bien certainement
i’HÀ io ç égyptien , le soleil , dont le nom propre en
langue égyptienne fut RE , RA ou RI , d’après la traduction de plusieurs noms propres égyptiens de rois de Thèbes , donnée par Ératosthène. Le nom du dieu soleil, RI ou RE , se lit d’ailleurs en lettres grecques sur ces pierres gravées qu’on désigne habituellement par le titre de pierres gnostiques ou basilidiennes.
Le plus simple des noms hiéroglyphiques de cette divinité est formé du disque peint en rouge dans les inscriptions, et accompagné de la petite ligne perpen-
diculaire (i). Nous sommes ici les maîtres de considérer ce nom, ou comme figuratif, puisqu’il offre l’image même du soleil , pn Rê en langue égyptienne, ou comme phonétique , puisque , d’après cette méthode , l’image du soleil , en langue copte pn (Ré , Ri), ou pE (Ré), représenterait le p , et la ligne perpendiculaire serait ici, comme par-tout ailleurs, la voyelle E, \ ou H ; ce cjui donnerait indifféremment pE (Ré), qui est la forme copte baschmourique , ou pn , forme memphitique et thébaine que les Coptes prononçaient habituellement RI. Mais je préfère , au lieu de décider cette question , passer à l’analyse d’un second nom propre hiéroglyphique du dieu RE, qui, seul, tient fort souvent la place du premier, et qui l’accompagne même presque toujours comme une forme explicative. Ce nouveau groupe est composé (2) de la bouche et du bras étendu . Il est impossible de ne point lire encore ici le mot pK (Rê) qui est le copte pur, lettre pour lettre, puisque, dans les noms propres grecs et romains , la bouche est la consonne R , et le bras étendu la voyellç K ou s.
Les Grecs nous ont appris que les Egyptiens nommaient AfAfxccv ou À/^ouv le dieu principal de Thèbes, que ces mêmes Grecs assimilèrent à leur le Jupiter des Latins. Le nom hiéroglyphique du dieu auquel sont dédiés les plus grands rnonumens de cette antique
(0 Tableau général, Noms des Dieux, n.° 46. (2) Ibid. Noms phonétiques des Dieux , na 47.
capitale , et qui tient le premier rang dans tous les bas~ reiiefs où sont figurées un certain nombre de divinités égyptiennes , ce nom hiéroglyphique du dieu dont l’image est la plus fréquente à Thèbes, est formé (i) d’une feuille ou plume , d’un parallélogramme presque toujours crénelé t et de la ligne Irisée ou de la ligne horizontale. Si nous appliquons à chacun de ces caractères les valeurs phonétiques qui leur appartiennent dans tous les noms propres, la feuille sera la voyelle A, comme dans AvroxfcLicûf y le parallélogramme M, comme dans Domitien , et la ligne brisée ou horizontale N, comme par-tout. Nous obtenons ici i>*ss\y la charpente même du nom qu’on retrouve d’ailleurs dans certains
noms propres coptes. Mais ce qui doit achever notre conviction sur la réalité de cette lecture , c’est la circonstance que ce même nom propre hiéroglyphique «SKwî est également celui d’un personnage qui occupe souvent aussi le premier rang sur les monumens de Thèbes, personnage caractérisé par sa tête de helier ; et l’antiquité entière nous apprend en effet qu’Amoun , le principal dieu de Thèbes, était représenté par les Égyptiens avec une tête de helier.
Les peintures et les bas-reliefs égyptiens nous olfrent une seconde divinité à tête de belier, maïs distinguée de la première, soit par un grand serpent urœus dressé entre ses cornes , soit par des coiffures très-compliquées çt toutes particulières , dans lesquelles on remarque
(i) Tableau général, Noms phonétiques des Dieux , n.° 39*
le disque solaire et un ou plusieurs uraus * Ce dieu porte d'abord, comme les précédens, le nom d’3V.*MT,
( Amoun , Amen ou Amon ) ; quelquefois le nom d’3K.wipH Amon Rê ou Amon Ra (i); mais plus ordinairement un troisième nom dont l’orthographe varie , et sur lequel il importe de fixer notre attention. Ce nouveau nom du dieu Amon s’écrit de quatre manières différentes (2):
i.° Par un vase et un belier, signes qui, étant pris phonétiquement, produisent