Par un vase f une caille et la chouette , ou son
homophone le caractère anguleux , ce qui produit ttoxm.
Les valeurs phonétiques des signes qui composent ce nom propre et ses variations, étant incontestablement établies par la lecture des noms propres grecs et romains, il reste à voir si ces noms se rapprochent de quelques-uns de ceux que les écrivains grecs nous ont transmis comme noms égyptiens de divinités égyptiennes.
Si nous prononçons le & du nom comme un Y, c’est-à-dire à la manière des Coptes, nous retrouvons dans NÉV ou NÉF le dieu ïin(p , qui, suivant Plutarque, était le principal dieu de la Thébaïde;
(1) Tableau général , Noms phonétiques des Ditux , n.°
(2) Ibid. n,os 4 f ? 41 2 ? 43 et 44’
Dans ttotÊ (NOUV) , le dieu KNOT<D-/$ de Strabon , qui est bien certainement le meme que le Kwi(p de Plutarque et d’Eusèbe.
Si , au contraire, nous prononçons no**fiàla manière ordinaire (NOUB) , nous retrouvons, i.° le dieu XNOTB hç de l’inscription des cataractes , lequel dieu est identifié avec Ammon dans cette même inscription f si savamment expliquée par M. Letronne, et qui porte textuellement AMMONI O KAI XNOTBEI, c’est-à-dire, à Ammon qui est aussi Chnoubis ; 2.0 TA MM ON CHNUBIS de l’inscription latine découverte dans les carrières de Syène par l’infatigable Belzoni ; 3 . ° le dieu XNOTB -/$ des pierres basilidiennes.
Enfin dans la variante du nom hiéroglyphique rtoxu. (Noum), on retrouve aussi le XNOTM-iç des pierres basilidiennes, qui portent en effet indifféremment Xvovtptç, Xvou£/$ et XvovjAiç, et qui nous montrent ces divers noms appliqués à un seul et même être divin , représenté sous la forme d’un serpent.
Tous ces détails que l’antiquité grecque nous a transmis sur la manière dont les Égyptiens figuraient Ammon-Knèph, Ammon- Chnouphis ou Ammon- Ch noum is, s’appliquent parfaitement , en effet, aux images du dieu dont les noms hiéroglyphiques se lisent Sk-wt,
, noyé et noyu.
Eusèbe nous apprend que les Egyptiens représentaient le créateur du monde ( le Démiurge ) quils appelaient Knèph , sous une forme humaine , les chairs hl eues , portant une ceinture , , et un sceptre , et ayant sur la
tête une coiffure royale ornée de plumes (i) : et sur tous les monumens égyptiens, Je dieu qui porte alternative» ment et le nom d’^A^u et celui de ou detïOT&, se montre aussi sous une forme humaine ; il a les chairs peintes en bleu\ il porte une large ceinture et un sceptre , et sa coiffure est surmontée de deux énormes plumes de diverses couleurs.
Le même auteur nous dit ailleurs (2) que Kneph était figuré emblématiquement par les Égyptiens sous la forme d’un serpent; et, comme je l’ai déjà dit, les pierres basiiidiennes ont attaché les nomsXvou<p/s,Xvou- /3 et Xvovjluç à l’image d’un serpent. De plus nous retrouvons sur les monumens d’ancien style égyptien , le dieu nommé indifféremment Mtît, no et nox**, ayant sur sa tête un grand serpent uraus ; plus souvent encore il est précédé ou suivi d’un énorme serpent y lequel recouvre souvent le dieu lui-même sous ses vastes replis. Eusèbe nous apprend encore que les Égyptiens, qui surnommaient le dieu Knèph Ayt OoédifAQ))) [k bon génie], le représentèrent par un serpent \ et il est très-digne de remarque, en effet, que le surnom de NEOAFAGOAAEVLQN , nouvel agathodaimôn , donné à l’empereur Néron sur ses médailles frappées en Égypte, se trouve joint à l’image d’un énorme serpent, barbu et ayant la tête ornée dune
(1) Préparation évangélique , liv. III, chap. XI , pag. 1 15 , édition de Paris, 1628.
(2) Ibid»
coiffure symbolique f comme le grand serpent barbu et souvent mitre qui accompagne le dieu dont le nom hiéroglyphique se lit no'sq, n& et nox**.
Enfin, les inscriptions grecques et latines précitées , et dans lesquelles est mentionné le dieu Ammon - Chnoubis , existent l’une dans file de Sehhélé voisine de Syène , et l’autre près de Syène même , c’est-à-dire à une très-petite distance de file d’ÉIéphantine. C’est à Eléphantine que Strabon place aussi le temple de K\ov(piç ; c’est encore à Eléphantine que, selon Eusèbe (i), était adoré un dieu de forme humaine et à tête de belier , de couleur bleue , la tête surmontée d'un disque, &c. : il se trouve que le temple égyptien qui existe encore dans l’île d’Eiéphantine offre en première ligne l’image d’un dieu de forme humaine , à tête de belier , de couleur bleue; et c’est précisément ce même dieu qui porte sur ce monument, comme ailleurs, les nomshiéroglyphiques n& et no (NEF, NOUY ou NOUF).
Cet ensemble de faits et de rapprochemens me paraît ne laisser que très-peu de place au doute , d’abord sur l’identité des personnages mythologiques , et de plus sur la vérité de ma lecture de ces noms hiéroglyphiques ; lecture établie d’ailleurs par des faits déjà connus, qu’il serait bien difficile de contester. On pourrait seulement objecter que les noms hiéroglyphiques noxb, n& et no'***, ne rendent point compte du X ou du K qui sont les initiales des noms Kneph , Knouphis ,
(i) Eusèb, Prépar, éyangél. liv. III, chap. xii, pag. 116,
Chtiouphis , Chnoubis et Chnoumis. Je répondrai que les Égyptiens pouvaient, dans la prononciation , aspirer certaines consonnes initiales , sans représenter pour cela ces aspirations en transcrivant ces mots, soit en hiéroglyphes , soit en tous autres caractères ; et que les Grecs ont voulu noter ces aspirations par leur K, ou plus habituellement par leur X. Cette hypothèse pourrait nous expliquer aussi pourquoi des auteurs grecs (Hérodote et Ératosthène) nous ont donné, par exemple, les mots Kçj. , Kj>n ou Xpn , comme le nom du soleil en langue égyptienne (i), et le mot XAM^ctf comme le mot égyptien qui signifiait crocodile; tandis que, dans les textes coptes , c’est-à-dire, dans les livres en langue égyptienne écrits en caractères grecs, soleil se dit simplement pn rê et non pas KpK ou ^pK, et crocodile Éimsali et non pas Xct/^af Il est évident que Faddition du K ou du X au commencement des transcriptions grecques jcvn<p,x,voi/<pi$, %vov(piçy
XP71 > kçjl y xpy i et y des noms et
mots égyptiens purs noxt*, pn et
tient à une seule et même cause.
Quoi qu’il en soit , je crois avoir établi que le dieu nommé Knèph , Chnuphis et Chnumis par les Grecs, divinité identique avec Amoun , porta dans l’écriture hiéroglyphique des noms qui se lisaient NEB ou NEV, NOUB ou NOUE, et NOUM : et je terminerai cet article par un nouveau rapprochement. Les
( i ) Eratosih. apud G, Syncell. — Herod. lib. n.
deux noms habituels du Démiurge égyptien , Aman et UE& ou ncr*&, se trouvent non-seulement en rapport dans les inscriptions de Sehhéié et des carrières de Syène , mais on les lit même contractés en un seul dans la dédicace grecque du temple égyptien de Q asr- Zaiyan , dans la grande Oasis. L 'image du dieu à tête de belier domine dans ce temple, et la dédicace porte :
AMENHBI ©EXil MEITSTm A AMÉNÈBIS DIEU TRES-GRAND.
ou plutôt A/xévïiS, en supprimant la désinence grecque, n’est évidemment que la réunion des deux noms que porte indifféremment le dieu à tête de belier , AMN et NB, transcrits en lettres grecques
avec la seule addition des voyelles médiales.
Selon le rapport d’Eusèbe, les Egyptiens croyaient qu’une de leurs plus grandes divinités, celle qui était principalement adorée à Memphis , le dieu Phtha , que les Grecs assimilèrent à leur Hcpau/icx;, était né du dieu Knèph, c’est-à-dire, d’Amon-neb, ou Ammon- Chnubis ou Cnouphis.
A côté des images d’ Amon- Cnouphis , sculptées sur divers bas-reliefs de d hèbes , d’ipsamboul, d’Edfou, d’Ombos et de Philæ , on remarque presque toujours la figure d’une seconde divinité qui est placée à côté du Démiurge égyptien, comme Suvvctoç Sreoç, c’est-àdire, comme dieu adoré dans le même temple. Ce nouveau personnage , qui fait partie de la famille d’Amon, puisqu’il est constamment à sa suite, est
coiffé d’une sorte de calotte qui se modèle sur tout fe contour de sa tète, et de laquelle s’échappe soit une corne, soit une mèche de cheveux tressée; il est surtout caractérisé, i.° par le disque solaire et le croissant de la lune, qui surmontent sa coiffure; i.° par le sceptre ordinaire des dieux, combiné avec ce qu’on appelle un Kilomètre , par une croix misée, le fléau et le crochet; 3.0 par l’habitude constante des Égyptiens, de représenter ce dieu enveloppé, depuis le cou jusque sous la plante des pieds , par un vêtement très-étroit , ne laissant de libre que le mouvement des deux mains qui tiennent le sceptre. Les figures de cette divinité, soit en bronze, soit en terre vernissée, ont d’abord été prises par les archéologues pour des représentations de prêtres , ensuite pour celles d’Harpocrate ; enfin, dans la Description de l'Egypte, ce dieu est un de ceux auxquels on donne le nom dèHorus , divinité de la troisième classe.
Mais il n’est plus douteux, pour moi du moins, que ce ne soit là la forme sous laquelle les Égyptiens représentèrent un des plus grands dieux de la première classe, Phtha, fils de Knèph, dont les images n’avaient point encore été reconnues ; et l’on partagera ma conviction à cet égard, si je montre que le nom hiéroglyphique placé sans cesse à côté de cette image, contient en effet, en signes phonétiques, le nom même de Phtha.
II est inutile de reproduire ici les passages des anciens auteurs, qui attestent qu’un des principaux
dieux de l’Egypte , assimilé par les Grecs à leur H(pdLicrTo$ , le Vulcain des Latins, porta le nom de Phîha dans la langue du pays ; l’inscription de Rosette prouve assez que ce nom s’écrivit <h©A et non pas , comme l’aurait voulu Jablonski. Une heureuse circonstance nous a d’ailleurs conservé la transcription égyptienne de ce même nom , dans un manuscrit copte thébain du Musée Borgia, et dont quelques parties ont été publiées par Zoëga dans son Catalogue (i), sous le n.° CXCIV. C’est le fragment d’une Homélie composée par S. Schénouti , et dans laquelle il s’élève fortement contre ceux des habitans de l’Égypte qui persistent dans l’idolâtrie. « Malheur, *> s’écrie ce saint personnage, à celui qui, portant la » main vers sa bouche , adore en disant : Salut ô » PrÊ (2)/ ou bien, sois victorieux, ô Pooh (3)/ » CHos *5-TTErTr^ ïTTEq6x2£ Èpttptuq EqO^CJUOpy ÈpOC Eq^UX
JUUTOC , 2£E J^ipE IIpH , K !^E IIoO^ (4).
« Que sont les crocodiles et tous les animaux aquatiques que vous adorez? Où est Kronos , nommé » aussi Petbé (5), qui a enchaîné ses parens et mu-
(1) Caîalogus Codicum copticorum qui in museo Borgiano Velitris adservantur , pag. 455*
(2) C’est le nom égyptien du Dieu-Soleil , que nous avons trouvé également écrit pH et TTpH dans les textes hiéroglyphiques.
(3) Pooh est le nom égyptien du Dieu-Lunus (la Lune ).
(4) Catalog, Codicum coptic. pag. 45 6 et 457-
(5) Zoëga ne s’est point aperçu que Schénouti donnait ici le nom
égyptien du dieu que les Grecs appelaient Kronos ; ce savant a essayé
tilé son père avec une faulx? — Où est Héphaistos , nommé aussi PT AH !— E^r rcurv ue^COü^ UET^rt JtMJ-O'tfEXOO^E "THpO^ tt&X ÈTETttUJ^CXJE Kpouoc ETE IIeT&E T\E— wt Hc^MCTOC ETE FSt^ ÎTE (i).
Ce curieux fragment nous fait ainsi connaître les noms locaux de deux divinités égyptiennes; celui du dieu Pethé , que les Grecs crurent être leur Kronos , le Saturne des Romains, et celui du dieu PTAH, que ces mêmes Grecs, comme le prouvent et l’inscription de Rosette déjà citée et l’homélie même de S. Schénouti* * assimilèrent à leur Héphaistos. est la forme
thébaine du nom égyptien de cette dernière divinité; la forme memphitique fut donc , nom que les
Grecs ont aussi fidèlement transcrit qu’il leur était possible, sous celle de <£>0A.
L’orthographe du nom égyptien de Phîha étant ainsi préalablement connue, voyons si notre alphabet, appliqué au nom hiéroglyphique placé sans cesse à côté du personnage que nous croyons être ce même dieu Phîha, nous donnera des sons à-peu-près semblables.
même de lire ET&E au lieu de TTET&E; mais cette correction, fort inutile , ne présenterait d’aiüeurs aucun sens.
(i) Zoëga n’a point vu non plus que était le synonyme
égyptien du nom grec K^&ICTOG : H a cru que ce mot ITT^^
pouvait signifier pincerna, échanson ; mais le mot TTTZ>J>> , qui est
ici un nom propre , n’a jamais eu cette signification en langue égyptienne.
Ce nom divin (i) est toujours formé, i.° du carré strié ou non strié; 2.0 du segment de sphère ; 3.0 de la chaîne ou nœud suivi du caractère dieu, qui termine, comme signe d'espèce , tous les noms propres hiéroglyphiques des dieux. Le premier signe est un tt ou un , et le second ün T , dans tous les noms propres grecs et romains transcrits hiéroglyphiquement ; j'ai trouvé le troisième , la chaîne ou nœud , dans plusieurs noms propres et dans des mots où ce signe est nécessairement un Hori, (H); le nom hiéroglyphique du dieu compagnon de Cnèph , se lit donc aussi Pt ah ou Phtah; c’est lettre pour lettre le nom
copte thébain TrT£.£ et le copte memphitique abstraction faite de la voyelle médiale, qui est supprimée conformément à la marche habituelle du système d’écriture hiéroglyphique.
Ces rapprochemens et sur-tout cette lecture suffiraient pour établir à la rigueur que la divinité dont il s’agit ici est bien le dieu Phtha , fils de Cnèph ou d ' Amon-Cnouphis ; mais il reste encore une preuve décisive et de ce fait et de la réalité de ma lecture.
Parmi les titres que le décret de Rosette donne au roi Ptolémée Epiphane, se trouve celui de chéri par Phtha , bien aimé de Phtha, vtcd rov <DÔct; le groupe
du texte hiéroglyphique répondant à ce titre est parfaitement déterminé , et ce groupe (Tabl. gén, n.° 352) contient , et dans le même ordre , les mêmes signes
(r) Voyez le Tableau générai, n.° 48,
qui composent le nom du dieu que nous venons de iire ç|>rT£>.<s>. Je n’insisterai point sur l’évidence de ce fait; et quant aux trois derniers caractères de ce groupe qui expriment l’idée d 'aime ou de chéri , Yiyct'7n\fA,zvQ$ , et non pas le nom de Phtha, comme le croit M. le docteur Young, il en sera question lorsque nous donnerons plus bas la lecture des titres hiéroglyphiques des Pharaons.
L’inscription grecque déjà citée et découverte dans file de Sehhéié , entre Eléphantine et Philæ, par M. Ruppel, contient, comme on a pu le voir, une série fort importante de noms de diverses divinités grecques , accompagnés des noms propres égyptiens ou des sur-" noms égyptiens de ces mêmes divinités , écrits en lettres grecques. Immédiatement après le dieu Ammon-Chnoubis , ce monument nomme la déesse EÀTH-S ou ZATI-S, que les grecs assimilaient à leur HPA , la Junon des Romains (i). Sale ou Sali (abstraction faite du 2) qui est une terminaison grecque) fut donc le nom égyptien d’une déesse compagne du Jupiter égyptien, Ammon-Knèph ou Chnoubis.
Les bas-reliefs égyptiens nous montrent assez souvent à la suite d’Ammon , une déesse dont les chairs sont peintes tantôt en vert, tantôt en jaune, mais dont le signe distinctif est une grande feuille qui s’élève au-dessus de sa coiffure. Sur le devant d’un autel soutenu par une statue de granit, qui fait partie
(i) 2ATEI THI KAI HPAL (Inscrip.de Sehhéié, Iig. 17), A Saîès éoa Satis ) appelée aussi Héra .
( IOO )
Je la riche collection d’antiquités de M. Durand, cette même déesse est figurée donnant la main au dieu Am mon. Le nom hiéroglyphique de cette compagne du Démiurge égyptien, est toujours formé de trois caractères, et tel qu’il est gravé dans notre Tableau général ,n.° 51. Si nous considérons ce nom comm t phonétique, et il l’est en effet, nous reconnaîtrons le premier signe pour un des homophones habituels du trait recourbé S ; le second est un T, et le troisième un H ou un I dans tous les noms propres grecs et romains. Le nom hiéroglyphique de la déesse écrit en lettres coptes Ctk sdtè ou Cti sâti , est donc incontestablement le même que le nom XATHS ou SAT1S de l’inscription de Sehhélé.
Je passe à des noms de divinités plus connues, et auxquels mon alphabet hiéroglyphique s’appliquera avec un égal succès.
Les documens transmis par les auteurs grecs et latins sur la religion égyptienne, ne permettent point de douter que le personnage à tête de schacal t que nous voyons, sur les bas-reliefs des temples et des hypogées, ou bien sur les peintures des momies, accompagner la déesse Isis, veiller sur les corps embaumés des défunts, et conduire les âmes dans ïAmenthès ou peser leurs actions dans la balance infernale, ne soit le fils d’Osiris et de Nephthé; Anubis , le gardien fidèle d’Isis, que les Grecs nous ont dit avoir été représenté avec une tête de chien, parce qu’ils 11’ont jamais bien distingué le schacal, en égyptien , soit du chien (Kucdv), soit du loup (Avtcoç).
Le nom hiéroglyphique du dieu à tête de schacal ,
est composé de trois (Tableau général, n.° 58) ou de quatre caractères ( ibid. n.° jp), suivis soit du signe ordinaire d’espèce dieu, soit de l’image même d’Anubis, un homme assis à tête de schacal.
Que ce nom soit formé de signes purement phonétiques, c’est ce dont il est impossible de douter, en observant l’échange de plusieurs caractères déjà reconnus comme homophones dans les noms propres hiéroglyphiques grecs et romains.
Le nom gravé sous le n.° 58 est composé de la feuille ou plume z>, de la ligne brisée ou de son homophone , la ligne horizontale , \\ ; et du carré tt , lettre que les coptes prononçaient B. Nous obtenons ici le mot 3Uitt Anb , la charpente entière du nom de ce même dieu écrit ANovB-iç par les Grecs.
Les variantes de ce nom, placées sous le n.° 59, offrent de plus une voyelle finale ; elles se lisent , la feuille z>, la ligne brisée , ou ses homophones habituels, la ligne horizontale et la coiffure ornée du lituus , K , le carré tt , et la caille , ou son homophone ordinaire, le lituus, 0, ai, O"*. Ces variantes donnent donc le nom complet du dieu, Skirnat que l’on prononçait Anébô, De la même manière que nous verrons les noms mêmes des autres dieux être portés par de simples particuliers, ou entrer dans la composition de leurs noms propres, nous trouvons aussi le nom du dieu Anébô porté par un habitant de l’Egypte (1),
(1) lamblique, de Mysteriis Ægyptiorum,
et ce meme nom faire partie de celui du roi égyptien Nectanébo ordinairement appelé Necîanèbe . C’est du nom égyptien Anébô ou Ane'bou que les Grecs ont fait Anubisy Avouê/ç, en transposant la voyelle finale; et l’orthographe hiéroglyphique de ce nom tout phonétique prouve à elle seule que Jablonski s’est trompé lorsqu’il a voulu confondre Anubis avec Hermès , l’inventeur des métaux, et dériver son nom égyptien de la racine no noub , or .
J’ai souvent rencontré dans les textes hiéroglyphiques contenant des prières adressées aux dieux Osiris et Aroue'ris, dont les images bien déterminées sont dessinées dans la vignette de ces textes , deux groupes de caractères accompagnés des mêmes titres que les noms ordinaires des dieux.
Le premier (Tableau général, n.° 5 5 ) est formé de quatre caractères , un sceptre à tête de schacal (cmimoj), qui est la voyelle O ou bien OT du nom de N eçyvcL (Nerva) dans un cartouche de Trajan dessiné à Philæ; le trait recourbe' et la bouche , qui sont par-tout un c et un p; enfin le bras étendu , qui est un H, un E ou un 1, dans divers noms grecs et romains. Ce groupe hiéroglyphique se lit donc G'tfcpK Ousrê , ou plutôt CWcpx Ousri , qui ne diffère que par l’absence d’une seule voyelle, soit du grec OSIPI-S, soit du copte O'tfexpE , CHcsps r Ousirè , Ousirï , nom de l’époux d’ïsis.
Le second groupe (Tableau général, n.° 57) se compose de quatre ou de six caractères : i.° d’un signe
semblable à l’image hiéroglyphique d’une maison, signe qui, dans ie nom d’Hadrien sur l’obélisque Barbérini, représente, soit la voyelle A, soit l’aspiration H du nom de cet empereur; 2.0 delà bouche, P (r) ; 3.0 du Ut nus ou de la caille , 12 , cr* ; 4*° du disque du soleil , PH ( Rê , Ri); ce qui donne ^peupH , ^pcnrpH , H aroeri , Hâroueri , ou bien &pcupK Aroeri . Mais presque toujours le disque solaire reste dans le nom comme simple emblème, et il est immédiatement suivi (voy. Tableau général, n.° 57 a) de deux autres signes phonétiques, ]a bouche P , et le bras étendu Hrct, formant la syllabe PH (Rê, Ri) ; ce qui complète ainsi la transcription phonétique du nom du dieu SbiptupK, Aroeri, po'spn , xHarouêri , que les Grecs ont en effet orthographié, soit Apowçji-ç, soit AfOûyi£jL-$.
Je pourrais citer ici beaucoup d’autres noms divins écrits en hiéroglyphes purement phonétiques (1) , tels que ceux des divinités égyptiennes que les Grecs nous ont fait connaître sous les noms d’Horus, Apis, Anucis , Be'sa , Socharis , Thermouihis , même les noms de la plupart des Décatis qui sont figurés sur le zodiaque circulaire de Dendera, et dont les pieds portent sur la circonférence de cette espèce de planisphère. Mais les noms phonétiques des dieux Amen, Amon-rê , Cnèph , Cnouphis , Chnoubis , Chnoumis , Saies, Rê ,
(1) Tous ces noms seront gravés à côté de l’image de la divinité à laquelle ils appartiennent, et dessinés d’après les monumens- par M. Dubois, dans notre Panthéon égyptien, dont la première livraison a paru au mois de juillet dernier..
Anubis , Osiris et Arouéris , que nous venons de recon-
naître sur les monumens de l’Egypte, suffisent déjà pour établir que les anciens Egyptiens écrivirent avec des hiéroglyphes phonétiques les noms mêmes de leurs dieux t c’està-dire, les noms des êtres qu’il était le plus facile et même le plus convenable d’exprimer symboliquement, si leur écriture sacrée était aussi exclusivement symbolique dans ses élémens qu’on a bien voulu
le croire jusqu’ici.
Il est toutefois vrai de dire, et cela importe beaucoup à la clarté de l’exposition des faits qui me res-
tent à produire, que les Egyptiens n’écrivaient point toujours phonétiquement les noms propres des dieux dans les inscriptions hiéroglyphiques. J’ai reconnu , au contraire, qu’au lieu d’écrire en signes phonétiques le nom propre d’un dieu ou d’une déesse , ils représentèrent souvent, dans le contexte de l’inscription , ce dieu ou cette déesse même, orné de ses principaux attributs; de la même manière qu’au lieu d’écrire phonétiquement les mots pttuu-E homme , ^WE femme, e^e bœuf Es-^ce vache , après un nom propre d' homme, de femme , de taureau sacré ou de vache sacrée , ils dessinaient simplement, comme on a pu le voir, les images d’un homme , d’une femme , d’un bœuf ou d’une vache .
Ces caractères hiéroglyphiques, qui ne sont que des
représentations véritables de chaque dieu, tels que
les Egyptiens les concevaient matériellement, doivent donc être considérés comme étant les noms figuratifs de ces dieux, et sont pour cela même les caractères qui
les désignaient de la manière la plus simple et la plus claire pour tous ; c’est ainsi que , dans l’inscription de Rosette, par exemple, les idées enfant, homme , pschent , aspic, chapelle , stèle , &c. <Scc. , sont exprimées beaucoup plus clairement par l’image même d’un enfant, d’un homme, de la coiffure pschent, d’une chapelle, d’un aspic et d’une stèle , que par les mots égyptiens équivalons , écrits d’après le système d’écriture alpha-
bétique le plus parfait.
Je donne à la suite des noms phonétiques des dieux, gravés dans le Tableau général, une série de ces caractères images des dieux, employés dans le courant des textes hiéroglyphiques à la place des noms mêmes de ces dieux écrits phonétiquement. On y retrouvera le dieu A mon avec sa face humaine, la tête ornée de ses deux grandes plumes ; Amon-Cnèph, Cnouphis ou Chnumis avec sa tête de belier; Plitha dans la forme précédemment décrite ; Anulis avec sa tête de schacal ; Thoth avec celle d’un ibis ; Phrê ou le soleil avec sa tête d’épervier et son disque ; Osiris avec sa mitre ordinaire ; Isis avec son disque et ses cornes ; et ainsi de tous les autres. J’ajoute encore qu’il n’est point rare de trouver, dans les textes et les inscriptions hiéroglyphiques, les noms phonétiques des dieux, accompagnés immédiatement du nom figuratif lui-même, et plus souvent aussi de l’animal sacré symbole du dieu , et dont le dieu lui-même empruntait souvent la tête. Ces faits curieux m’ont paru dignes de quelque attention.
Dé plus, je crois avoir également acquis la certitude que les noms de certains dieux étaient écrits d’une troisième manière dans les textes hiéroglyphiques , et que cette transcription avait lieu d’après une méthode purement symbolique : Os iris , par exemple, était ordinairement exprimé par un œil et un trône ; Isis par le meme trône , suivi des signes du genre 'féminin ; les noms d ’Horus et d 'Arouéris , divinités qui ne m’ont paru former qu’un seul et même personnage dans les textes hi éroglyphiques où ils sont perpétuellement confondus, sont exprimés par un épervier suivi d’une ligne perpendiculaire (i) , par un épervier coiffé du pschent , ou par un épervier armé du fouet ou fléau. Mais ces noms symboliques, gravés dans notre Tableau général du n.° 84 au n.° 108 , sont en petit nombre, la plupart des noms de divinités étant habituellement phonétiques comme ceux que nous avons précédemment analysés.
Ainsi nous sommes conduits par des faits palpables , à reconnaître que , dans le système hiéroglyphique , les Egyptiens écrivaient les noms de leurs dieux de trois manières diverses :
i.° Phonétiquement y ce qu’il importait sur-tout de prouver dans l’intérêt du but spécial de ce chapitre ;
2.0 Figurativement y par l’image même du dieu ou de la déesse qu’il s’agissait de rappeler;
(1) Tableau général n.° 95 ; ce groupe pourrait être phonétique et se lire Ar.
1 ,° Enfin symboliquement , par l'image d’un ou de plusieurs objets physiques avec lesquels le dieu était directement ou indirectement en rapport, d’après les idées propres à la nation égyptienne.