‹ Précis du système hiéroglyphique des anciens egyptiens, ou, Recherches sur les élémens premiers de cette écriture sacrée, sur leurs diverses combinaisons, et sur les rapports de ce système avec les autres méthodes graphiques égyptiennesChapitre 7 sur 41 · CHAPITRE IIP · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIP

Aperçus nouveaux sur les Signes hiéroglyphiques*

phonétiques *

Une étude , même très-superficielle , des inscriptions hiéroglyphiques de tous les âges , fait remarquer parmi les caractères qui les composent et dans celles de leurs parties qui ne contiennent aucun nom propre , un très-grand nombre de ces signes auxquels nous avpns reconnu une valeur phonétique. II s’agit de s’assurer si ces mêmes signes, phonétiques dans les noms propres, eurent une valeur idéographique dans le courant des textes ; ou bien si , dans ces mêmes textes, ils conservaient encore leur valeur phonétique. Cette question une fois décidée par les faits , les études hiéroglyphiques reposeront sur une base solide , et l’on pourra se former enfin une idée juste de cet antique système d’écriture.

S’il résulte de cet examen que les signes phonétiques prenaient une valeur idéographique par-tout ailleurs que dans les noms propres étrangers, l’écriture hiéroglyphique des Egyptiens se rapprocherait, sous beaucoup de rapports, de l’écriture chinoise.

S’il est prouvé, au contraire, que ces signes conservent par-tout leur valeur phonétique , cette écriture se présentera à nous sous un aspect entièrement neuf, et nous aurions fait un pas immense vers son déchifi

frement, par la seule découverte de la valeur réelle d’un très-grand nombre de signes phonétiques composant l’alphabet déjà publié.

Il importe d’autant plus , en effet, de déterminer la véritable nature de ces signes , auxquels j’ai déjà reconnu une valeur phonétique lorsqu’ils sont employés dans la transcription des noms propres de souverains et de personnages grecs ou romains, que ces mêmes signes sont précisément ceux qui, dans toutes les inscriptions hiéroglyphiques, se présentent sans cesse, se reproduisent à chaque instant, au point de former les deux tiers au moins des inscriptions hiéroglyphiques de toutes les époques.

Ce fait est bien facile à vérifier, mon alphabet phonétique à la main. Nous savons aussi que ces mêmes signes expriment des sons dans les noms propres, sans qu’alors rien indique aucun changement dans leur nature; ce sont -là déjà deux préjugés favorables à cette proposition fondamentale , que je vais essayer de démontrer : « Les signes reconnus pour phonétiques » dans les noms propres , conservent cette valeur phoné- » tique dans tous les textes hiéroglyphiques ou Us se ren- » contrent. «

J’ai été conduit d’abord à cette idée par une opération toute matérielle , mais dont le résultat semble emporter avec lui une conviction complète.

En étudiant les noms propres hiéroglyphiques de souverains grecs ou romains , j’observai que , pour l’ordinaire , le même nom était écrit avec plusieurs

signes différèns , soit sur un même édifice ou sur un même obélisque, soit sur des édifices ou des obélisques divers. Je recueillis ces signes, et j’eus bientôt la satisfaction de retrouver la valeur de tous ces nouveaux caractères, confirmée par d autres noms propres hiéroglyphiques dans lesquels ils exprimaient la même voyelle ou la même consonne que dans les premiers: il fallut donc reconnaître que les Egyptiens employaient, à leur choix, un certain nombre de caractères différèns pour rendre la même voyelle ou la même consonne, et j’ai appelé homophones les signes destinés à exprimer un seul et même son.

Je résolus ensuite de comparer avec soin deux textes hiéroglyphiques renfermant les mêmes matières , et d’observer, en les notant, les différences de signes qui pouvaient exister de l’un à l’autre. Mon choix tomba sur des manuscrits funéraires dont les peintures et les légendes se ressemblaient sans aucun doute (i) : je trouvai ces textes parfaitement conformes dans leur ensemble, et ne différant, quant aux détails, que sur deux points seulement , i.°dans les noms propres des défunts pour les momies desquels ils furent transcrits , et dans les noms de leur père et de leur mère ; 2,° par l’emploi assez fréquent de quelques caractères différèns de forme, dans les groupes d’ailleurs tout- à-fait sera-

(î) Tels que le grand manuscrit hiéroglyphique gravé dans ia Description de V Egypte ; le manuscrit du comte de Mountnorris ; le manuscrit hiéroglyphique acquis de M. Cailiiaud par le cabinet du Roi , &c. &c.

blables; et comme j’avais reconnu que, dans récriture hiéroglyphique, chaque idée est pour l’ordinaire exprimée par un groupe de plusieurs caractères et rarement par un seul signe, cette circonstance donnait un certain intérêt à ia formation du tableau des hiéroglyphes qui se permutent indifféremment, et que la fréquence de cette permutation prouve avoir eu absolument une même valeur. J’ai fait, dans ce but, la collation de plusieurs textes hiéroglyphiques semblables dans leur contenu , et, ce qui est bien digne de remarque ? cette collation a produit un tableau qui nest qu'une véritable copie , et pour ainsi dire un double de mon alphabet phonétique , formé sur les noms propres grecs et romains ; c’est-à-dire que les signes qui, dans les textes hiéroglyphiques , se permutent sans cesse et indifféremment, sont ceux mêmes que la lecture des noms propres grecs et romains nous a déjà fait connaître comme homophones , et se permutant aussi dans ces noms, parce qu’ils expriment une même consonne ou une voyelle semblable.

Ainsi donc, dans le courant des textes hiéroglyphiques considérés jusqu’ici comme purement idéographiques, nous retrouvons les mêmes permutations de caractères que dans les noms propres hiéroglyphiques grecs et romains, lesquels appartiennent sans aucun doute à un système phonétique .

En second lieu , la comparaison de deux manuscrits égyptiens funéraires, l’un en écriture hiératique , l’autre en écriture hiéroglyphique , m’a toujours donné

Jes résultats analogues à ceux de la comparaison précédente : c’est-à-dire que le texte hiératique présente fort souvent , non pas précisément le signe hiératique abréviation propre du caractère hiéroglyphique correspondant, mais un signe hiératique véritable abréviation & ww hiéroglyphe homophone. Ainsi, par exemple , si le texte hiéroglyphique portait le segment de sphère , qui est un T dans les noms phonétiques , le texte hiératique présentait quelquefois , à l’endroit correspondant , non pas le caractère hiératique de ce segment de sphère , mais le signe hiératique de la main ouverte , qui , dans les noms propres phonétiques , est aussi un T et i 'homophone habituel du segment dit sphère .

Il y a plus, la comparaison attentive de deux manuscrits funéraires hiératiques m’a conduit encore à de semblables résultats : au lieu du signe hiératique des deux feuilles que présente le premier texte, le second porte , par exemple, le signe hiératique des deux lignes inclinées ; et les deux lignes inclinées , ainsi que les deux feuilles, expriment également la voyelle I dans les noms propres phonétiques ; si le second texte porte le signe hi ératique du lituus , le premier nous montre le signe hiératique de la caille , et la caille et le lituus sont homophones dans les noms propres, où ils expriment tous deux la voyelle O ou la voyelle OU ; le premier texte présente le signe hiératique des deux sceptres affrontés, là où le second offrira le signe hiératique d’un hiéroglyphe de forme recourbée, ou bien son homophone ordinaire dans les

noms propres phonétiques, où ils représentent également la consonne S. Je me borne à ce petit nombre de citations : la planche placée en regard de cette page contient d'autres exemples de ces diverses permutations fort communes dans les textes hiératiques ; elles seront toutes notées et recueillies avec soin dans notre travail sur l’écriture hiératique , travail qui sera incessamment publié. Les exemples que je donne ici suffisent pour la discussion présente.

Si l’on observe donc , dans tous les textes hiéroglyphiques et hiératiques , là où il ne saurait être nullement question de noms propres, des permutations continuelles de signes, les mêmes que dans les noms hiéroglyphiques de personnages grecs et romains , il est bien difficile, ce me semble, de ne point conclure de ce fait curieux , que les caractères qui s’échangent ainsi indifféremment et dans les noms propres et dans le courant des textes , ont nécessairement dans ces textes la même valeur et une même nature que dans les noms propres, c’est-à-dire que ces hiérogyphes sont phonétiques dans l’un comme dans l’autre cas. Il résulte aussi de cette collation de textes , bien facile à vérifier, que toutes les inscriptions hiéroglyphiques , que l’on croit entièrement formées, à l’exception des seuls noms propres et des mots étrangers, de caractères purement idéographiques, contiennent au contraire une très-grande quantité de signes purement phonétiques , exprimant les sons et les articulations des mots de la langue égyptienne.

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Je ne vois qu’une seule objection à faire contre cette conséquence : ce serait de supposer que » dans ces textes égyptiens, les caractères, étant idéographiques , ne se permutent ainsi que parce qu’ils expriment la même idée .

Mais on se demanderait alors dans quel but les Egyptiens auraient inventé et employé simultanément cinq, six, huit, dix ou quinze caractères divers pour exprimer précisément la même idée : car il faut que ces signes expriment exactement La même idée, puisque, employés comme phonétiques à la transcription des noms propres étrangers , ces mêmes signes expriment précisément aussi la même voyelle ou la même consonne.

Chez les Chinois , nous voyons , il est vrai , un nom propre ou un mot étranger transcrit parle moyen d’une foule de caractères differens et en réalité idéographiques , lesquels n’apportent néanmoins que leur prononciation seule dans la transcription du nom étranger. Mais cela s’explique bien naturellement ; un seul et même monosyllabe sert très-souvent de prononciation à une foule de caractères chinois , qui expriment cependant des idées bien distinctes. I! était donc indifférent k la Chine d’employer tel caractère idéographique ou tel autre, puisque leur prononciation est absolument la même , quoique leur sens n’ait souvent aucune analogie. Pouvait-il en êtïe de même en Égypte? La constitution intime de la langue parlée s’y opposait invinciblement : chaque monosyllabe égyptien n’exprime

qu’une idée ; chaque idée distincte est , dans cette langue, représentée par un mot distinct.

Or, en supposant même, ce qui n’est point, que chaque caractère hiéroglyphique égyptien fût le signe d 'une idée , et qu’on eût attaché invariablement à ce signe la prononciation ou le mot qui, dans la langue égyptienne parlée, exprimait cette même idée , on expliquerait ainsi assez bien pourquoi un grand nombre de ces signes, employés phonétiquement dans la transcription des moins propres étrangers , se permutent et s’échangent sans cesse : mais il serait toujours impossible de comprendre pourquoi , dans le courant des textes , hors des noms propres étrangers , là où ces mêmes caractères seraient employés avec leur valeur idéographique , un certain nombre de ces signes se permuteraient encore et se mettraient indifféremment les uns à la place des autres , puisque alors ils exprimeraient des idées essentiellement diverses.

Four comprendre ce fait bien remarquable de la permutation continuelle des mêmes signes, et dans les textes regardés comme entièrement idéographiques , et dans les noms propres grecs et romains , nous sommes donc en quelque sorte conduits forcément à croire que , dans le corps des textes , ces signes ont une valeur phonétique comme dans les noms propres , puisque, employés dans ces textes, rien n’indique d’ailleurs en eux un changement de nature.

Mais , avant de prouver la certitude de cette conclusion inattendue, par des applications de l’alphabet

phonétique à des groupes hiéroglyphiques pris dans les textes courans , il est nécessaire de fixer définitivement nos idées sur ia nature de l'alphabet phonétique lui-même; alphabet qui résulte de la lecture des noms propres grecs et romains , et dont tous les caractères se montrent si fréquemment dans les textes.

J’ai déjà énoncé mon opinion contre la nature syllabique de cet alphabet ; et aux considérations déjà exposées je vais ajouter des faits qui, ce me semble, établiront invinciblement que l’écriture phonétique égyptienne consistait en un simple alphabet » semblable à celui des Hébreux , des Syriens , des Phéniciens et des Arabes , abstraction faite du nombre des signes.

Cette écriture ne fut point en effet syllabique , puisque un seul de ses caractères répondrait, dans les noms propres grecs et romains, à plusieurs syllabes différentes, et qu’ainsi la main serait TO dans ocuTO- 2 (fcLÏcùf y TI dans TlCe&toç, TO à la fin d’AvroxpctTClp, et cependant un simple T dans T ^ycictvoç;

Le carré serait HA dans Vespasien , ITI ou <DI et no dans le nom hiéroglyphique de Philippe , <É>iÀ/7r- 7ro£, et un simple II dans Ptolémée.

Le vase à parfum serait NE dans NE (Nerva), NO dans T^jctNOo- , et un simple N dans Avro-

La bouche, qui serait PA dans AvroxpcLTcop, deviendrait PE dans BePE mv\ , PO dans Kcuo-olPQo- , PI ou

PIO dans T lËe&oç, et ne serait cependant qu’un simple P (rho ) dans yéP^etvMjoç et à la fin d'AvToxfduraP.

Puisque tous les caractères phonétiques seraient soumis à d’aussi fortes variations si l’on persistait à les considérer comme syllabiques , et puisque encore ils n’expriment évidemment, dans une foule de noms propres, qu’une simple consonne ou une simple voyelle , j’ai dû en conclure que les Égyptiens écrivaient à la manière des Arabes , c’est-à-dire que leur alphabet était formé de signes qui représentaient réellement des consonnes, et de quelques caractères voyelles qui, comme ïélif 1 , le waw j et le ya ^ des Arabes, n’avaient pas un son invariable, et se permutaient dans certains cas.

Un second fait démontre mieux encore que l’alphabet égyptien n’était point syllabique : j’ai observé que les noms propres étrangers sont écrits , tantôt seu-

lement avec des signes qui ne répondent jamais qu’à des consonnes, et tantôt, toujours sur les mêmes monumens , avec une addition de plusieurs signes qui répondent invariablement à des voyelles.

A Philæ , par exemple , le nom de Tibère est écrit tantôt TBP2, tantôt TBPIX et enfin TIBPIS.

Le mot IvcLurcLp ou K duorctçyç, est orthographié KXP2* KISPS, KISAPX, KAIZP, KAI2APX.

Le titre AvroxyoiTcop y ATTKPTP , ATTOKPTP *

ATTOKPTOP.

A Dendéra, le nom de Claude est écrit KATÏS, KATIOS, KAOTIS.

Sur l'obélisque Pamphile, le nom de Domitien se lit indifféremment TMITANS , TMTIANS , TMI- TIANS; à Philæ , TOMTINS , et à Dendéra, TO- MITNX.

Cette extrême variation dans l'orthographe des

noms propres étrangers , prouve que les Egyptiens n'avaient point l'usage de représenter toutes les voyelles en écrivant les mots de leur langue nationale, et que leur alphabet ne fut jamais syllabique, à moins qu'on ne veuille considérer comme tel celui des Hébreux, des Phéniciens, des Syriens, en un mot celui de la plupart des peuples anciens et modernes de l’Asie occidentale»

11 faut le dire , et c’est ici le lieu de faire ce rapprochement utile à la suite de cette discussion , l’alphabet hiéroglyphique égyptien avait, dans sa constitution même, abstraction faite de l’absence de quelques sons , du nombre et de la forme matérielle des signes , une ressemblance très-marquée avec l'alphabet hébreu.

Nous voyons, en effet, la feuille ou plume , ainsi que ses homophones, être, suivant l’occasion , un A, un I, un E, et même un O, comme u\' (aleph) des Hébreux. Aussi trouvons-nous dans la langue égyptienne, écrite en caractères coptes d’abord, un dialecte qui écrit indifféremment ou o , là où les deux autres écrivent O seulement, et B là où les deux autres écrivent nous avons dans un même dialecte &&B et o&E, sitire , ou oke , juncus , Sec, Scc.

. {éo)

Le B hiéroglyphique, la cassolette, est perpétuellement échangé , dans les noms propres et dans les textes égyptiens, avec le céraste, qui est F ou V ; avec la caille , qui est la voyelle OU, et avec le lituus, qui est aussi un ou et un F. On attribue également au 2 ( beth ) hébreu un son fort approchant du V.

Cela explique pourquoi , dans le copte thébain , nous trouvons indifféremment ou color,

2>& ou &q tnusca , caro , et habitatio ,

ou q&x , £.1 ou qx ferre , Lut ou qui coma, &on ou bien cnroxx res , Lxx'q pour qirx vernis , fiarr ou qui'T abstergere , &c. &c.

Le nombre assez étendu de mots communs à l'égyptien et à l’hébreu, mots qui, dans les textes coptes, sont écrits par la lettre D , et dans l’hébreu par un 3 (ghimel), un 2 (caph), ou unp (koph), m’ont depuis long-temps suggéré l’idée que le 6^ copte, dont la prononciation n’est pas encore bien connue, répondait au 3 (ghimel) hébreu, ou du moins était une consonne dont le son fut très-voisin du } (ghimel) et du 2 (caph).

Deux faits peuvent l’établir, i.° Scholtz , auteur de la Grammaire égyptienne publiée par Woide , a déjà fait remarquer que, dans le dialecte thébain, on employait le 6 à la place du k pour transcrire des mots purement grecs , tels que K icr , 6xc ; Etc v&yjii, Grr5^KEI , AoJC^ctÇs/V, ^.0 (i).

-r uni .mu irai il UH' ■ niww i ■111 —-wi mm mi ■■ r n twm ■ in i ■■ ■ mm. . ■ m .uniir niT i» tow .t

(i) Grammatica Ægyptiaca utriusque dialecti , pag. 8. Oxford, 1 7 7 8 >

l.° Dans ies noms hiéroglyphiques de Cléopâtre ; d’ Alexandre et de Claude , dans les titres K cticrctpy Au- ToxfOLTGop, et dans le surnom Tèpfxoi\iiKûçy le F et le K sont très-souvent exprimés par le bassin a anneau; et il se trouve que le signe hiératique correspondant à cet hiéroglyphe , a précisément la même forme que le 6^ de l’alphabet copte.

Cette ressemblance de forme ne peut être fortuite , puisque , ayant trouvé dans les textes hiératiques les signes équivalens des hiéroglyphes qui, dans les textes et les noms propres , expriment les sons des lettres coptes aj, q, Jb , ces signes hiératiques ont précisément aussi la même forme que les lettres coptes

53 > q , Jd , Il résulte évidemment de ce fait

bien curieux , que les Egyptiens , en adoptant 1 alphabet des Grecs pour écrire leur langue, y ajoutèrent les signes mêmes de leur alphabet propre , représentant les sons oç, q , , Jb, et 6 y sons qui n’existaient point

dans l’alphabet grec; et qu’au lieu de conserver le signe hiéroglyphique de chacun de ces sons, qui, étant un objet physique, ne se fût point accordé avec l’ensemble des formes alphabétiques grecques , les Égyptiens prirent les signes hiératiques et démotiques correspondans à ces mêmes hiéroglyphes , c’est-à-dire , des caractères très-simples, purement linéaires, et tout-à-fait en harmonie avec la forme générale des lettres grecques.

Le segment de sphère et ses homophones peuvent répondre au *1 (daleth) hébreu, puisque le "T copte , dont cet hiéroglyphe est sans aucun doute f équivalent

ordinaire, fut fort habituellement prononcé D par les Coptes. De là vient que , dans les textes coptes , le A de certains mots et noms propres grecs est remplacé par le nr (dau) , et que tous les noms hiéroglyphiques grecs et latins qui renferment, soit un T, soitun A , présentent toujours le segment de sphère ou quelqu’un de ses homophones.

Le fl (hé) hébreu trouve son équivalent dans le £ (hôri) hiéroglyphique et ses homophones.

Le 1 (vau) hébreu se prononce tantôt O, tantôt OU, et souvent V ; dans les noms propres hiéroglyphiques le céraste , la caille et le lituus s’échangent perpétuellement pour exprimer les sons 0,6, OU, i’Y grec, et les consonnes F ou Y.

Le ? (zaïn) ne paraît point avoir existé dans la langue égyptienne. Les Coptes ou Égyptiens chrétiens adoptèrent la forme du £grec pour la transcription des mots grecs qu’ils introduisaient dans leurs livres.

Le H (chèt) hébreu a son équivalent dans le Jb copte, et l’on peut voir, dans notre tableau général de l’alphabet égyptien , que la forme hiératique de Y hiéroglyphe exprimant le 3b, est, à très-peu de chose près , absolument la même que celle du 3b copte.

Le D (teth) hébreu semble avoir eu pour signe correspondant un hiéroglyphe que j’ai souvent observé dans des noms propres qui, transcrits par les Grecs, présentent ordinairement un 0.

Les deux feuilles , les deux lignes perpendiculaires ou inclinées , et les trois lignes perpendiculaires , répondent,

dans {alphabet hiéroglyphique, au * (ïod) des Hébreux» en observant cependant que ces hiéroglyphes n’ont point une valeur constante , puisqu’ils se prennent quelquefois pour A et sur-tout pour E; circonstance qui explique très-bien pourquoi la plupart des mots terminés par la voyelle i , dans les textes coptes memphitiques, finissent par la voyelle E dans les textes thébains.

Les hiéroglyphes phonétiques qui expriment constamment le K des noms propres grecs et le C des noms propres latins , répondent au D ( caph ) des Hébreux.

Le lion couché est l’équivalent hiéroglyphique du h (iamed) hébreu; mais il importe de rappeler que, dans les noms propres grecs et latins, cet hiéroglyphe représente souvent la consonne R , et qu’il existe en effet, dans la langue égyptienne, un dialecte dont le trait distinctif était de changer indifféremment les R en L. Les inscriptions sassanides, dont M. de Sacy a si heureusement découvert l’alphabet, offrent également des mots écrits avec un L au lieu de l’être avec un R , et il est fort remarquable aussi que, dans les alphabets zend et pehlvy, les consonnes R et L diffèrent à peine dans leur forme, et sur-tout que ces deux lettres persanes ressemblent beaucoup à L et à R de l’alphabet égyptien démotique.

Le fà (mem) , le J (noun) et le D (samech) de l’alphabet hébreu, ont des correspondais bien distincts dans l’écriture phonétique égyptienne; ce sont les hié-

rogîyphcs qui expriment le plus ordinairement les consonnes M, N et S, des noms propres grecs.

Le ÿ (aîn) hébreu n’eut probablement point d’équivalent dans i’aiphabet hiéroglyphique.

Le £ (phé) hébreu paraît s’être prononcé tantôt P, tantôt PH. Les Egyptiens, dans leur écriture phonétique , exprimèrent aussi ces deux consonnes par un seul et même caractère, le carré strié* Le nom de Philippe, père d’ Alexandre le Grand, que j’ai retrouvé dans les légendes hiéroglyphiques du grand sanctuaire de Karnak à Thèbes, offre un exemple remarquable de l’une et de l’autre valeur du carré strié , P ou PH (i).

Le copte peut répondre au V (tzadé) hébreu ; Y hirondelle, qui est le signe hiéroglyphique du copte, a aussi pour équivalent dans les textes hiératiques un caractère tout-à-fait semblable à la forme du

Le son du HJ (schin) hébreu est représenté dans l’alphabet hiéroglyphique par Y oie, et sur-tout par un autre caractère, une espèce de jardin, dont le signe hiératique correspondant a la forme du aj copte.

Quant au p ( koph ) hébreu , aucun hiéroglyphe phonétique ne m’a semblé précisément en tenir la place ; et le son du j"! (thau) hébreu se confond, dans l’écriture hiéroglyphique , avec celui du ^ ( daleth ) , ainsi qu’on a déjà pu le voir.

Telle est la concordance que je crois pouvoir établir

(i) Voyez ce nom au Tableau général, noms propres grecs hiéroglyphiques.

entre falphabet hiéroglyphique égyptien et f alphabet hébreu.

La planche annexée à cette page renferme d’abord les alphabets hébreu, grec, latin et copte, mis en harmonie avec l’alphabet hiéroglyphique, La colonne destinée à ce dernier, contient, i .° tous les signes que l’analyse des noms propres hiéroglyphiques, et la collation de divers textes, m’ont fait reconnaître comme homophones ; 2.0 les signes hiératiques , véritables équivalens des caractères hiéroglyphiques , et exprimant, dans les textes , les mêmes sons que ces derniers ; 3.0 les signes démotiques exprimant aussi les mêmes sons.

Enfin il est important de faire observer qu’en tenant compte des caractères qui répondent le plus habituellement, dans les noms et textes hiéroglyphiques, aux sept voyelles e, K , I , cnr , o, or, et en les ajoutant aux signes de consonnes bien déterminés, &, ^ , K , A, .*1., n, xi, p, c, T , b , , 6', et ,

nous retrouvons dans cet alphabet général les vingtcinq lettres, c’est-à-dire, des signes équivalant aux vingtcinq sons ou articulations qui, selon Plutarque, comt posaient l’alphabet égyptien.

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