DES LETTRES DE CHANGE, ETC. RJ
banqueroute, les tribunaux l’attendent.... où est le recours des citoyens contre un gouvernement banqueroutier? Le négociant n’oblige personne à recevoir des billets : l’autorité nous force d’accepter les siens. Les lettres de change, les effets à ordre sont des moyens fort commodes, parce qu’ils épargnent les risques et les frais qui accompagnent les transports d’argent : mais le papier-monnaie qu’on veut donner pour de l’argent, et qui est un danger lui-même, qui se déciderait à le défendre aujourd’hui?
a Concluons avec M. Destutt de Tracy, que le papier-monnaie est la plus coupable et la plus funeste de toutes les banqueroutes frauduleuses; que l’altération des monnaies métalliques vient ensuite; et que quand un gouvernement est assez malheureux pour ne pouvoir plus remplir ses engagements, il n’a rien de mieux à faire que de déclarer franchement sa faillite, et composer loyalement avec ses créanciers, comme un négociant imprudent, mais honnête. Le mal est beaucoup moindre; la réputation reste et lacontiance renaît bientôt; trois avantages inappréciables. Partout où il y a candeur et probité, il y a du remède au malheur : c’est un de ces points nombreux par lesquels l’économie politique et la morale se rejoignent. »
SECTION M
Des lettres de change, des banques d’escompte, etc
Les limites imposées à cet ouvrage ne me permettant pas de parler de la matière des monnaies, de leur fabrication, de leur forme, de leur valeur actuelle comparée à celle qu’elles avaient jadis, je me suis borné à exposer leur mode d’action dans les opérations commerciales, et les dangers résultant de leur altération. Sans entrer dans les détails relatifs au système de Law, aux assignats de la Convention, aux mandats du Directoire, j’ai essayé de démontrer d’une manière prc-
g4 production des richesses.
cise les inconvénients attachés à l’émission d’un papier-monnaie, quoique sous le rapport politique plusieurs nations, les États-Unis d’Amérique, par exemple, aient eu à se louer d avoir recouru à ce moyen*. Mon but, en traçant le peu de lignes qui vont suivre, est de présenter le tableau des effets produits dans les transactions commerciales par l’usage de
lettres de change, et par la création des banques.
Une lettre de change est une promesse écrite de payer une somme dans un temps et dans un lieu désignés. La confiance attachée à cette promesse, fondée sur la solvabilité présumée du souscripteur, lui donne une valeur a peu près égale à la somme quelle représente. Cette valeur une fois reconnue, les effets de commerce circulent comme de la monnaie, et même ils l’emportent sur elle, parce qu’ils sont plus facilement transportables. 11 est des circonstances qui donnent un prix réel à cette supériorité. Au moment où j’écris, la place de Londres manquant de numéraire, plusieurs capitalistes français y ont envoyé de l’or, qui, payé en lettres de change sur Paris, acquiert une valeur de soixante centimes par livre sterling; c’est-à-dire que la livre sterling ayant une valeur intrinsèque de vingt-cinq francs vingt centimes, le banquier parisien reçoit en échange un efl'et de vingt -cinq francs quatre-vingts centimes, moins les frais de tianspoit du numéraire, qui sont peu de chose. Le même phénomène se reproduit sur les places de Naples, d’Amsterdam, de Hambourg, avec avantage ou désavantage pour chacune d’elles, selon 'le plus ou le moins de payements qu’elles peuvent
avoir à faire l’une sur 1 autre.
Ces variations fréquentes se nomment le cours du change.
On dit qu’on a le change en sa faveur, (juand on paye un peu moins d’or ou d’argent chez soi qu’on n’en recevra dans
• Ceux qui -voudraient approfondir l’histoire des monnaies, pourront consulter avec fruit l’ouvrage de Dupré de Saint-Maur, celui de Leblanc, et le chapitre xxidu Traité d’ Économie politique de M. Say, qui forme un véritable résumé de tout ce qui a été écrit de plus intéréssant sur cette matière.
des lettres de change à terme, moyennant un certain droit, qu^on peut regarder comme équivalent à Tintérêt de la somme énoncée au billet, pour le temps qui reste à courir jusqu'au jour de l’échéance. Ce prélèvement porte le nom d’escompte. Toutes ces banques vont bien tant que les gouvernements ne se mêlent pas de leurs affaires, et ne les entraînent pas dans les hasards de leurs opérations politiques ou ünancières. Il est à désirer qu'elles se multiplient, de manière à offrir au commerce des conditions plus faciles pour l'escompte des lettres de change, et à augmenter ainsi la somme des capitaux disponibles. Les billets de confiance émis par ces banques, faisant fonction de numéraire, permettent d’en consacrer une partie à des opérations lucratives : bien entendu que l’émission sera sagement limitée, de telle sorte qu'en cas d'alarme, les caisses puissent toujours suffire au remboursement. On en doit conclure que les banques d'escompte ont intérêt à ce que les effets dont elles sont nanties ne soient pas à trop longue échéance, afin qu'elles puissent faire face à tous leurs engagement. Malheureusement, il est arrivé plusieurs fois que les billets de confiance ont chassé le numéraire, et qu'un moment de crise l'ayant subitement rendu indispensable, la disproportion est devenue énorme au point d'occasionner des bouleversements. L'Angleterre souffre beaucoup en ce moment d’une crise semblable.
Au reste, les banques ne sont autre chose que d'ingénieux moyens d'éviter les transports d'argent, de faciliter les payements d’un pays à l'autre, et d'accroître la partie disponible des espèces métalliques, c'est-à-dire d'une branche avantageuse de capitaux. Leur théorie est extrêmement simple, et l'on comprend sans peine leur application à l’économie politique. On s'aperçoit également que leur origine est moderne, et que si dès le principe, elles n'ont pas opéré tout le bien qu'on était en droit d'en attendre, c'est l’impéritie, l’avidité, ou la violence des gouvernements qu'il en faut accuser.
Ces considérations complètent l'exposé rapide que j'avais à faire de la production des richesses. On a vu comment le