‹ Précis élémentaire d'économie politique [microform]Chapitre 50 sur 71 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Voici un petit livre qui m’a coûté bien des recherches. C’est le résumé d’une histoire qui n’est pas faite encore, et qui manque à notre époque; mais les matériaux en sont tellement épars et parfois tellement confus, qu’il n’est pas probable qu’on les recueille de sitôt en corps d’ouvrage et qu’on en fasse présent au commerce. Cette histoire serait aussi vaste que le monde : elle devrait peindre les passions de toutes les races d’hommes et les productions de tous les climats; et pour être digne de l’écrire, il faudrait posséder une si grande variété de connaissances, que l’esprit le plus hardi en est déconcerté. Aussi n’ai-je point songé à l’entreprendre , et quoique jeune encore, je sens que cette belle lâche est réservée à nos successeurs. Nous vivons dans un moment de crise et de passage* ; de quelque côté que nous tournions nos regards, au nord ou au midi, au levant ou au couchant, les peuples sont dans cet état d’agitation qui présage un nouvel ordre de choses. La position du plus grand nombre a cessé d’être en harmonie avec leur éducation et leurs idées acquises; et leur tendance à l’émancipation n’est plus un mystère que pour ceux qui refusent d’ouvrir les yeux. Toutefois, ce grand mouvement ne sera bien compris que dans plusieurs années, lorsque la civilisation aura rallié tous les peuples traînards : alors on pourra juger de ses brillants effets , comme on reconnaît la belle disposition d’une armée sitôt qu’elle a terminé ses manœuvres. Combien de gens entraînés par un fleuve rapide ont cru

' L’auleur écrivait eu 1826.

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voir fuir le rivage, tandis qu’ils fuyaient eiix-mêrnes!

Ce n’est donc qu’avec beaucoup de réserve qu’on peut SC permettre de préjuger l’avenir; mais les leçons du passé sont certaines, et si , dans ce Précis de l’histoire du commerce, j’ai fait ressortir les plus saillantes, mon petit livre ne sera point inutile. J’ai étudié sans prévention ni engouement les écrivains nationaux et étrangers, et je n’ai cédé ni à la fougue maussade de Piaynal, ni au scepticisme trop moqueur de Voltaire, ni k la crédulité fanatique de Solis et de Mariana, dont les motifs sont loin de nous. J’ai pris dans chacun d’eux ce qui m’a paru digne de foi, le vrai seul a des couleurs qui lui sont propres, et il se prouve tout naturellement, ce me semble, comme l’existence de Dieu, par l’instinct et le consentement de tous les humains. Je crois que les moines, qui étaient de bons cultivateurs et quelquefois des hommes très-utiles dans le moyen âge, ne valent plus rien aujourd’hui, et je l’ai dit. Il m’a paru que les souverains devenaient chaque jour de plus en plus des hommes comme tous les autres, et que leur vie ne résistait pas plus que le diamant à l’analyse; je me suis contenté de le laisser entendre, parce qu’il faut toujours être discret et poli, même en disant la vérité. Mes contemporains, gens très-clairvoyants, s’imaginent que les gouvernements les plus économiques ne sont pas les plus mauvais, et que les monopoles de toute espèce, dans le bureau de la douane ou dans le cabinet des ministres, sont des impertinences que les peuples ne doivent plus supporter, quand ils ont pris la robe virile : je pense que mes contemporains ont raison, et j’avoue que je tiens beaucoup à ma robe virile. Je n’ai pas dissimulé, non plus, mon goût très-prononcé pour la tolérance universelle; et si j’ai présenté le tableau des ravages de l’inquisition espagnole, ce n’est pas, assurément, pour la rendre aimable. Pourquoi faut-il qu’on lamive chaque jour des choses si palpables if

Pourquoi des hommes de bien qui sont mes compatriotes, et dont je révère les talents, prêchent-ils encore les catégories religieuses et politiques, les prohibitions, le système colonial, la balance du commerce et la proscription des machines? Un peuple qui paye chaque année très-exactement près d’un milliard d’impôts, à la sueur de son front, n’a-t-il pas le droit de causer un peu de ses affaires ?

11 est encore beaucoup d’esprits très-distingués qui n’admettent pas que la partie laborieuse d’une nation en est la plus intéressante, et qui supposent que les puissants sont des hommes infiniment plus utiles que les cultivateurs, parce qu’il faut plus de façons pour se plaindre d’un sous-préfet que pour châtier un vigneron. C’est une erreur. Les fonctions publiques sont salariées, et si la main qui est tout le jour en activité pour en fournir le salaire se retirait ou se reposait un instant, que deviendraient les grands, les ministres, tous ces pauvres qui ne sont point honteux, et qui croient faire l’aumône à ceux qui la leur donnent? Cette considération n’ôte rien à leur mérite, et personne ne songe à le leur contester; mais il est bon qu’on puisse apprécier leur position à sa juste valeur sous le rapport économique, et quand on voit les peuples se mouvoir, avancer et s’instruire sans eux, quelquefois malgré eux, on doit nécessairement chercher en dehors de l’influence qu’ils exercent la source de ce niouvement reproducteur qui est la vie des nations : c’est le travail. Le travail est l’âme du monde : sans lui, tout périt; par lui, tout prospère. Il mène à la vertu, comme l’indolence mène au vice ; il règne en souverain chez les peuples qui ont du cœur : il est proscrit ou méprisé chez les lâches. Il a des autels en France, en Angleterre, en Amérique, et si quelques farouches Espagnols ' l’ont précipité dans

* Uu sait les proscriptious du chauoiue Saez.

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