CONCLUSION
Nous venons de voir passer rapidement sous nos yeux les principaux événements qui ont hâté ou ralenti la marche du commerce et de 1 industrie pendant les siècles qui nous ont précédés : de grandes leçons ressortent naturellement d'une pareille suite de faits et d expériences. Le travail est reconnu désormais la véritable source des richesses; et les hommes viennent de s’apercevoir enfin que tous leurs efforts doivent avoir pour but l’amélioration de leur existence, l’accroissement de leurs lumières et de leur dignité. Le mouvement trop longtemps imprimé à l’espèce humaine pour détruire, a fait place au zèle d’une industrie vivifiante, et déjà les haines des nations ont disparu dans un sentiment de bienveillance universelle. De toute part le génie des sciences agrandit le domaine du commerce, lui ouvre des routes inconnues, ou découvre pour lui des procédés nouveaux ; le gaz éclaire nos cités, les bateaux à vapeur rapprochent les distances, les canaux fertilisent les provinces. L’Angleterre et les États-Unis, placés à la tête de ce grand système do perlectionnement, ont donné aux arts utiles une impulsion vraiment étonnante; les routes en fer ouvriront bientôt des débouchés à leurs moindres villages; et, dans la seule Angleterre, vingt cinq mille vaisseaux, montés par plus de cent soixante mille matelots, portent aux extrémités du monde les produits de son infatigable industrie. La force de ses machines équivaut au travail de trois millions d’hommes, et la population s’en trouve ainsi miraculeusement augmentée.
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La France ne suit pas avec moins d’ardeur cette heureuse tendance; mais son étendue plus considérable ne lui a pas encore permis de multiplier aussi rapidement ses communications. Toutefois, elle se glorifie d’avoir donné à l’Europe les premiers modèles des routes hydrauliques, monuments du génie de deux grands princes, Henri IV, qui fit creuser le canal de Briare, et Louis XIV, celui du Languedoc. On remarque dans l’examen des principaux produits de l’industrie française, une foule d’améliorations capables de balancer les efforts sans cesse renaissants de son éternelle rivale. Nos fabriques de soie ont acquis des développements immenses ; le dessin a embelli leurs étoffes des combinaisons les plus gracieuses; on a découvert pour elles de nouvelles couleurs. La Turquie a perdu le secret du rouge d’Andrinople ; l’Italie n’a plus le monopole des tulles et des crêpes. Tarare, qui n’était qu’un village, en 1815, occupe aujourd’hui plusieurs milliers d’ouvriers. Grâce au zèle et au patriotisme d’un de nos plus illustres fabricants, les chèvres du Thibet ont déserté leurs montagnes, et les châles de Cachemire sont devenus des marchandises françaises. La filature des laines a fait des progrès remarquables; les fabriques de draps se sont multipliées, et bientôt, sans doute, les habitants de nos campagnes jouiront, à très-bas prix, de ces étoffes salutaires également commodes dans toutes les saisons.
Le blanchiment et la teinture des toiles ne sont pas restés en arrière du mouvement qui s’est manifesté dans la fabrication des soieries et des laines : il suffit de citer, pour nous en convaincre, les grands travaux des Berthollet, des Chaptal et de tant d’heureux savants dont chaque découverte fut un bienfait pour les arts et un titre à la reconnaissance nationale. Par eux ont été renouvelés tous les procédés de l’économie agricole' et de l’industrie manufacturière; la fabrication de la soude , celle de la poterie , qu’un auteur ingénieux appelle la porcelaine des pauvres, la fonte du fer, la préparation de Tacier ont reçu des améliorations importantes; le platine est devenu malléable; les glaces, si rares
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et si mesquines en Angleterre, ont pénétré mémo dans nos villages. 11 n'est pas jusqu'aux ossements abandonnés des animaux qui ne lournissent un nouvel aliment à l'indigence et à l'industrie, de précieux réactifs. Nous ne sommes plus tributaires de l'Allemagne pour la quincaillerie; les fabriques de scies, de faux et de limes se sont entièrement acclimatées en France. La chimie a réuni tous les corps dans son domaine; armée du flambeau de l’analyse, elle a fait justice des vieilles routines, et condamné à un éternel oubli ces formules grossières ou surannées, qui avaient rendu longtemps les arts si difliciles et la médecine si ténébreuse. La mécanique, en multipliant et en perfectionnant les machines à hier le coton, assure du travail à près de six cent mille individus de tout âge et de tout sexe, dont un tiers au moins se compose d’enfants habitués de bonne heure à l’activité, et par conséquent moins exposés à tous les vices qui accompagnent le désœuvrement.
C’est ainsi que les diverses branches du commerce et de 1 industrie , en procurant de l’aisance et des occupations aux classes peu fortunées, sont devenues les plus sûrs auxiliaires de la morale. Lorsque, par un système de canalisation et de voirie publique bien entendu, tous les produits des manufactures Irançaises auront trouvé des débouchés plus nombreux et plus faciles, les forges du Jura, les mines de charbon des départements du nord et du centre acquerront une influence considérable sur la fortune publique ; Saint-Étienne deviendra le Birmingham de la France; Saint-Quentin et Valenciennes atteindront au degré de splendeur où se sont élevées les cités anglaises de Manchester et de<ilasgow.
Dans quelles circonstances plus favorables pourrions-nous former ces vœux pour la prospérité de la patrie? Un monde nouveau se présente à nos regards, privé de toutes les jouissances intellectuelles et physiques de Ja civilisation moderne, demandant à grands cris les produits et les lumières
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de l’Europe. L'Angleterre, sans doute, ne la représentera pas toute seule; et personne, que je sache, en France, ne voudra signer une telle procuration. Nous ne pouvons donc manquer de paraître bientôt sur les marchés de l’Amérique : depuis la Californie jusqu'au cap Horn, depuis les terres Magellaniques jusqu’à la mer des Antilles, plus de trois mille lieues de côtes attendent nos vaisseaux. La reconnaissance récente de l'indépendance d’Haïti est un événement immense dans l’histoire de notre commerce. Au Chili, au Pérou, àBuénos- Ayres, au Mexique, on sait le prix de notre langue ; elle a plus de rapports que l’anglais avec l’harmonieuse élégance du dialecte espagnol ; notre littérature y est plus généralement goûtée : Fénelon fera fortune sur le sol oû Las Case a vécu. Et déjà, la librairie française a fait dans ces contrées des expéditions considérables; nos historiens, nos poètes, nos savants sont appelés à instruire ce monde encore tout jeune, (jue l’Espagne voulait attacher, comme un coupable, à sa décrépitude L
La paix devient de jour en jour une nécessité des nations industrielles , et l'on commence à s'apercevoir que les vautours seuls ont quelque chose à gagner à la guerre. Cette idée fait naître l'espoir d’un avenir plus prospère et celui d’un rapprochement de tous les hommes et de toutes les parties de la terre qu'ils habitent. Quand ils seront une fois bien pénétrés de ces principes, l'indolence et la servilité n'obtiendront que le mépris universel; on ne prêtera plus rien aux peuples paresseux, parce qu’eux seuls ont toujours fait banqueroute, etfj[ue la banqueroute est un symptôme de la mort des nations comme de la ruine des particuliers. Aussi voit-on que les populations les plus laborieuses sont les plus honorables, les mieux nourries, les mieux vêtues, les mieux gouvernées et par conséquent les plus paisibles : carie commerce et l’industrie sont amis des lumières, et c'est par elles que se
' Ces considérations, et quelques-unes de celles qui suivent, sont extraites (]'un discours prononcé par Tautciir, en juillet 1825.
soutiennent la dignité des hommes et le respect qu'on a pour leurs droits.
Combien ces vérités sont généralement senties dans Tamérique du Nord et dans la Grande-Bretagne ! Cette dernière puissance vient de s’attacher, par des traités de commerce, le Danemark, le Hanovre et les villes Anséatiques ; l’indépendance de l’Empire du Brésil a été reconnue sous sa puissante médiation. Ses traités séparés avec le Mexique, Buénos- Ayres et la Colombie, ont sanctionné le démembrement des anciennes colonies espagnoles dans l’Amérique du Sud. Elle a affranchi le port de Corfou, et peut-être elle songe à se laver de l’opprobre de la vente de Parga , en paralysant l’odieuse influence de l’escadre autrichienne sur l’extermination des Grecs. Elle suspend des ponts de fer au-dessus de l’embouchure de ses plus larges rivières, et dans Londres, c’est la Tamise qu’elle essaie de suspendre au-dessus d’une double galerie en brique, longue de quinze cents mètres, y compris les approches.
Aux États-Unis d’Amérique , l’impulsion donnée au commerce et à l’industrie n’est pas moins rapide. Un canal de cent trente lieues de long exécuté en moins de huit ans, réunit le lac Érié à la rivière d’Hudson par quatre-vingt-une écluses sur cinq cent soixante-quatre pieds de pente, et l’on songe à faire descendre par le Mississipi les eaux des lacs du Nord qui avoisinent la frontière du Canada. Des villages encore misérables en 1815, se sont transformés en cités opulentes. New-York reçoit dans son immense baie les navires de toutes les parties du monde; et le gouvernement américain envoie une escadre dans la Méditerranée, aux portes de THellespont, pour demander fièrement l’entrée de la mer Noire à ces mêmes Turcs que les 'puissances de l’Europe appellent des amis, et l’humanité, des bourreaux.
La France a conçu le juste espoir de voir son commerce s’étendre et s’améliorer encore par les heureux effets de ses institutions nouvelles. La génération actuelle est étrangère aux passions et aux préjugés de celle qui la quitte : nous n’a-
DU COMMEUCE ET UE L INDUSTRIE
VOUS pas suspendu nos armes et nos lyres aux saules qui bordent les fleuves de Bahylone, et nous ne soupirons plus après ces jours de gloire sanglante qui faisaient tomber nos aînés , et perdre à chaque année son printemps. Nous sommes fiers de leur bravoure et de leur sang prodigué pour la patrie sous des noms désormais historiques : mais c’est la paix qu’il nous faut, une paix favorable au travail, à la production, aux douces relations de la famille. Si quelque jour le salut de l’État l’ordonnait... Minerve est douce, mais sa lance est terrible.