‹ Précis élémentaire d'histoire naturelleChapitre 18 sur 89 · V PAIT · texte numérisé non relu

V PAIT

le long de leurs bords, à mesure que les gkcesinférieii* res ou latérales se fondent ; ce qui produit les grands amas de sables et de débris appelés moraines, • Les eaux qui circulent dans Vintérieur de l'écorce terrestre , à travers les fentes et les fissures qui diyiseùt les couâkes ou les séparent l'une de l'autre, se cbargent son^ yent de nouvelles substances minérales qu'elles dissolvent ; elles les entridnent pour en former ailleurs des dépôts , soit de stalactites dans les cavités souterraines , soit de tuf ou d'incrustations à la surface du sol.

Dans certains parages (les c6tes de la Méditerranée , les c6tes d'Angleterre , etc.) , la mer dépose sur son fond des débris organiques , qui , réunis par agglutina* tion y forment de nouveaux bancs coquilUers. S'il était possible d'étudier toutes les circonstances qui caractérisent ces formations sons-marines , de reconnaître parmi ces dépôts ceux qui résultent de courans plus ou moins rapides , et ceux qui proviennent de précipitations paisibles , ceux qui appartiennent à des rivages et à des piaffes voisines de Tembouchure des rivières, et ceux qui se forment en pleine mer , il est extrêmement probable qu'on en retrouverait parmi eux qui présenteraient tous les caractères de ces sedimens plus anciens, que les géologues ont distingués par les noms de formations marines (littorales ou pélagiques) , de formations fluviomarines, etc. Peut-être aussi, par le concours des cau^ ses actuelles , se forme-t-il encore sous la mer, ou dans des bassins limités et voisins des côtes , de ces altev^nances de couches, dont les unes contiennent des débris d'êtres marins , les autres des débris d'êtres continentaux, analogues à celles que Ton observe dans quelques parties du sol de sédiment. L'expérience prouve, en effet , que les fleuves , à l'époque de leurs crues d'eau, portent à de grandes distances dans la mer des débris d'animaux qui ont vécu sur les continens ; et que les eaux de la mer , soulevées accidentellement de leur bassin , font quelquefois des irruptions momentanées sur des surfaces habituellement recouvertes par des eaux douces. Dans la mer du sud , où les polypes coralligènes se prof>agent avec une grande force, les produits pierreux de

ces animalcules forment en s'entrelaçaiit des rocliers qui s'élèvent à fleur d'eau et deviennent des e'cueik dangereux pour les navigateurs.

Le i^gne végétal a aussi sa part dans les formations qui tendent à accroître l'écorce solide de notre globe; d#6 forêts ont été abattues et enfouies , des amas considéraUes de bois ont été submergés^ et leurs dépôts recouverts par des couches d'une autre nature. Les plantes herbacées et marécageuses ^ par l'accumulation de leurs débris plus ou moins altérés , donnent naissance à des couches de tourbes , oui couvrent quelquefois de grands espaces dans les bas-ionds des vallées et des plaines , et dans les gorges et bassins des montagnes. Enfin les plantes terrestres , par le mélange de leurs détritus avec la partie superficielle et meuble du sol qu'elles recouvrent^ produisent une couche de terreau dont l'épaisseur augmente avec les années.

Tels sont les agens extérieurs qui contribuent plus ou moins efficacement aux modifications de la surface du globe. On voit que toutes ces causes réunies, quand même on supposerait qu'elles eussent été autrefois plus actives, ne pourraient avoir produit les révolutions qui ont eu pour résultat les dislocations et redressemens des couches, et la formation des faites de montagnes. Bien loin qu'elles puissent donner naissance aux grandes inégalw tes de la surface terrestre , leur action liée à celle de la pesanteur tend sans cesse à niveler ou a aplanir cette surface , en transportant les débris des hauteurs dans le fond des vallées , et en exhaussant le sol des plaines. . Nous avons vu que l'observation avait fait connaître les effets produits par la plupart de ces causes dans un temps donné, par exemple pendant un siècle. Or, en comparant ces effets séculaires avec l'effet total que chaque cause a produit depuis qu'elle a pommencé d'agir, on a cherché à calculer à peu près l'époque où ce commencement d'action a eu lieu, c'est-à-dire celle de la dernière grande révolution , qui a laissé aux contincns la forme générale que nous leur connaisons. Les calculs ds ce genre que l'on a faits sur la marche des attcrissemens, sur celles des dunes , des moraines , etc. , ont mené tous à la même conclusion, savoir que cette révolution n'est pas

très-ancienne , et qu'elle ne peut guère remonter au-delà d'un petit nombre de milliers d'anne'es. Ainsi l'histoire de la nature s'accorde avec l'histoire de l'homme , pour démontrer le peu d'ancienneté du monde sous sa forme actuelle ^.

II. Agens intérieurs. Ce sont les agens dont le siëg« ou le foyer d'activité est situé au-dessous de l'ëcorce m^ nerale , dans cette partie du globe que nous avons appelée la masse interne. Leur action sur cette écorce s'exerce de bas en haut , et paraît consister en des pressions de matières fluides y qui ébranlent les couches solides , et parviennent quelquefois à les soulever en masses ou bien à les percer pour faire éruption au dehors, l^'exi* stence et la nature de ces agens ne peuvent nous être connues que par ceux de leurs effets qui se manifestent à la surface du globe; ils ne sont point comme les agens extérieurs dont nous avons parlé , continuellement aux prises avec l'écorce minérale; leur action ne se montre que par intervalles , et tout nous indique que dans des temps reculés , avant l'ordre de choses actuel , elle s'est développée à différentes reprises avec une effrayante énergie. C'est à ces forces souterraines qu'il faut attribuer la plus grande part dans les révolutions successives que le globe a éprouvées ; seules elles ont produit les dislocations et redressemens des couches anciennes , et ont donné naissance à cette multitude de roches vitreuses ou cristallines, dont la matière est venue dans un état de fluidité plus ou moins grande se déverser sur les roches sédinientaires , ou s'intercaler entre elles. Les principaux effets par lesquels elles manifestent leur existence sont les treniblemens de terre , les soulèvemens et affaissemens du sol, les éruptions volcaniques , etc.

1**. Tremblemens de terre. C'est ainsi que Ton nomme ces secousses subites et plus ou moins violentes , ces mouvemens d'oscjllations plus ou moins rapides que les «gens intérieurs impriment à l'écorce flexible du globe, et qui tantôt se font ressentir uniquement dans un cercle limké , par exemple autour d'un volcan , qui est le

' Voyez le Discours sut les révolution» île la surface tlu globe, pai IVI. le baron Cuvicr, troisième édition i8a5.

centre de Fébranlement, tantôt se propagent dans des directions linéaires à d'immenses distances avec une incroyable célérité. 11 7 a quelquefois dans une mêm« contrée sujette aux tremblemens de terre plusieurs cercles ou lignes d'ébranlement qui se coupent, et restent les mêmes pendant un grand nombre de siècles , en sorte qu'un même point de la surface terrestre peut recetoîr périodiquement les chocs de deux côtés difTéreus. Les secousses s'annoncent ordinairement par des bruits souterrains , que l'on a comparés au fracas de plusieurs clmrs roulant sur le pavé \ elles se succèdent avec plus où moins de rapidité et plus ou moins de force. Il en est qui ne durent que quelques secondes, et d'autres qui se prolongent pendant plusieurs minutes. Tantôt elles consistent en un mouvement d'élévation et d'abaissement , une sorte de balancement pareil à celui que l'on éprouve sur mer; tantôt en un choc vertical; tantôt, enfin, en un mouvement transversal d'ondulation, ou bien en une sorte de tournoiement du sol sur lui-même. Les secousses ressenties sur les continens se transmettent k la mer , et se communiquent même d'une manière sensible aux vaisseaux qui voguent à sa surface. Lorsqu'elles sont très-fortes, elles causent souvent de grands ravages, elles détruisent les hommes et les animaux , renversent les édifices de fond en comble , produisent dans le sol ébranlé une multitude de fentes et de crevasses , et quelquefois le bouleversent au point de le rendre méconnaissable. Parmi les tremblemens de terre les plus célèbres par les désastres qu'ils ont occasionés, nous citerons ce* lui qui dévasta entièrement la Galabre en 1 783 ; celui qui détruisit Lisbonne en 1755, et le tremblement de terre qui renversa la capitale du Pérou en 1746. Ceux des contrées littorales soulèvent souvent les flots de la mer d'une manière effrayante , et il en résulte de violentes inondations. C'est dans le voisinap;e des volcans que les tremblemens de terre ont lieu le plus fréquemment ; ils accompasnen t presque toujours les éruptions volcaniques; ou bien ils sont accompagnés eux-mêmes de phénomènes chimiques et lumineux , de dégagement de gnz et de fumée; quelquefois enfin un nouveau volcan se fait

jour au milieu des secousses qui ébranlent et déchirent le sol des contrées voisines. On voit que les effets des tremblemens de terre ne sont pas toujours purement mécaniques , et qu'il y a une relation évidente entre eux et les volcans , ces deux sortes de phénomènes n'étant trèsprobablement que des manifestations différentes d'une seule et même cause.

2®. Soulèç'emens et affaissemens de terrains. Les agens immédiats qui produisent les tremblemens de terre paraissent être des fluides élastiques , ou des matières en fusion soulevées , dont la pression, est souvent assez forte pour vaincre la résistance que leur oppose la croûte minérale. Il peut arriver alors ou que cette croûte cède en quelques points à Teifort de ces matières et leur hvre passage à travers des ouvertures ou crevasses , ce qui est le phénomène connu sous le nom ai éruptions volca^ niques ; ou bien il se peut que le terrain , présentant une résistance plus égale dans toules ses parties j soit soulevé en masse , sans que cet exhaussement du sol soit toujours accompagné de la sortie des matières fluides. Nous citerons plusieurs exemples de pareils soulèveinens qui ont eu lieu depuis des époques peu éloignées. Dans rintendance de Valladolid , au ftlexiijue , en 1769, une plaine de trois à quatre mille carrés se souleva subitement en forme de vessie : rélévation du sol au-dessus de son niveau primitif a été de cinq cents pieds vers le centre de l'espace soulevé. Ce phénomène avait été précédé de tremblemens de terre j et il fut suivi de l'apparition d'un nouveau volcan, le volcan de Jorullo. Pendant le tremblement de terre arrivé dans la Canipanie en i538, il s'éleva au milieu des champs phlégréens , tout près de la Solfatare de Pouzzole, une montagne foiunée de scories et de cendres volcaniques , à laquelle on donna le nom de Monle-Nuoi^o , et qui a environ \^o mètres de hauteur. Les écrivains de Tantiquité ' parlent

* Ovide û décrit ainsi le soulèvement d'une petite montagne qni eut lieu dans une plaine aux environs de Trézène en ]Morce :

Esl prope Pittheam tumulus Trœzena, sine uUis Ârduus arborihus , quondam planissima canipi

souvent d*iles que Ton a. vu s'élever tout -à -coup du sein des mers de la Gi*èce« De pareilles formatioi^ se sont renouvelées depuis , et à diverses époques dans ces paitiges. En 1707, après quelques secousses de tretu* blement de terre, on vit paraître près de Santorin une île nouvelle, dont la sortie ne fut accompagnée d'aucun phénomène volcanique, et ne peut être attribuée, par conséquent, qu'au soulèvement subit du fond de la mer. Le même phénomène s'est oiiert plusieurs fois aux Açores : en 1721 eut lieu l'apparition d'une nouvelle ile près deTercère, et en i8ii , l'île de Sabrina s'est élevée aux environs de celle de Saiut-Michel. En juillet i83i, un ilôt volcanique , qui a disparu depuis, et auquel on a donné le nom ^tle Julia , a surgi dnns la Méditerranée, entre l'île de la Pantellerie et Sciacca, à la suite de tremblemens de terre qui s'étaient fait ressentir pendant plusieurs jours sur la côte occidentale de Sicile. En 1822, lors du tremblement de terre qui détruisit plusieurs villes au Cbili, on reconnut que la côte s'était élevée d'une manière sensible sur une étendue de plus de trente lieues. On connaît des terrains dont le niveau paraît avoir monté et baissé à plusieurs reprises ; tel est entre autres le sol du temple de Sérapis , près de Pou»zole , dans la campagne de Naples. Le pavé de ce temple, bâti à quelques toises de la côte ;. se trouvait trèsprobablement élevé au-dessus des eaux de la mer , à l'époque de sa construction 1 maintenant il est à son niveau, et il est certain qu'il a été beaucoup au-dessous, et qu« le sol du temple a été envahi par la mer, qui même y a séjourné assez long-temps, puisqu'on trouve sur les colonnes , à six ou sept pieds au-dessus du sol^ des incrus-

Area , nunc tumulus : nam (res horrenda relatu) Vis fera vcntoiuni, cœcis inclusa cavurnis , Kxspirare aliqua cupicns , luclalaque frustra Liheriorc frui cœlo , cùm carccre rima T^ulla foret toto , nec pcrvia (lalihus osset , Kxtentam tumescit humum : ccu apirilus oris Tendcre vesicam solct , aut dircpta hicorui Terga capro. Tumor îUo loci permansit ; et alti Collis habet specicm , longoque ioduruit œvo

tations produites par les eaux , et des trous que des animaux marins ont creusés ,' et dans lesquels ils ont laissé leurs coquilles. Des observations modernes semblent aussi prouver que le niveau de certaines contrées, celui de la Suède et de la Norwège , par exemple , s'élève lentement et graduellement , et par de& causes sans cesse agissantes.

Ces soulèvemens produits par les forces souterraines, et dont quelques-uns se sont opérés de nos jours , paraissent avoir été beaucoup plus considérables avant la période de tranquillité dans laquelle nous vivons, et Ton est conduit à les regarder comme la principale cause des grandes révolutions du globe , et de la lormation des montagnes. Les forces inconnues dont ces accidens de la surface terrestre sont les effets visibles , ont agi tantôt suivant un points tantôt suivant une même direction parallèle à un grand cercle du globe. Dans le premier cas, elles ont dû produire à la surface du sol des inégalités , en relief et en creux (crêtes et vallées) ^ disposées en ravonnant autour du centre de rupture , comme le sont celles des cônes et cratères de soulèvement ; et dans le second cas , des faîtes allongés en forme de dos d'âne , et découpés par des fractures transversales , ou le plus souvent des séries de rides et de sillons parallèles s'étendant à de grandes distances avec une constance de direction remarquable. Les vallées situées entre les divers chaînons dont se compose un système de montagnes ont donc été formées en même temps que celles- ci , et par l'effet des mêmes causes intérieures. Tandis qu'il se produisait des soulèvemens en difFérens points delà croûte (lu globe , des affaissemens considérables avaient lieu dans d'autres parties ; les portions de cette croûte fracturée ont été soumises à des mouvemens de bascule qui relevaient une de leurs extrémités en abaissant l'autre. C'est ainsi qii'on se rend compte de Vexistence des grands lacs au pied des Alpes, en les attribuant à des affaissemen-, du sol qui ont coïncidé avec les soulèvemens de cette masse de montagnes ; la grande dépression du nord de l'Asie (pag. 99) s'explique aussi d'une manière trèsnaturelle , lorsqu'on la rattache aux soulèvemens des

énormes masses de terrains auî la dominent , le Caucase d'une part 9 de l'autre les plateaux et montagnes de la Perse et de l'Asie intérieure*.

3*. Éruptions wdcanùfues. L'action desagens intérieurs ne se manifeste pas seulement par les (remblemens de terre et le sonlèrement de portions déjà consolidées de la croûte du globe, mais encore par les ouvertures ou les fentes qu'aie fieiît naître dans les différentes parties de cette croûte , ouvertures qui établissent une conimucation permanente de la surface avec Tintérieur du globe, et d'on il sort presque continuellement des gaz, et de temps en temps des jets de substances embrasées , ou des torreus de matières fondues. On donne le nom de volcans à ces bouches ignivomcs, presque téujours placées au sommet de montagnes isolées, coniques, et creusées dans leur partie supérieure d'une cavité en jforme de coupe, qu'on nomme cratère (fig. a , pl.6) . On connaît pins dedeux cent cinquan te 'po/canj brûlans, ou quisont actuellement en activité : ils sont situés dans des îles ou sur les continens, le long des côtes, et généralement dans le voisinage de la mer. Cependant , si la circonstance du voisinage de la mer est très-ordinaire, on connaît des volcans placés dans l'intérieur des continens à trois ou quatre cents lieues de distance de toutes les mers. Tels sont les Tolcans de l'intérieur de l'Asie (le mont Aral-Toubé, dans le lac Ala-Koul ; les volcans du Pé-Chan et de Tourfan sur les pentes des montagnes Célestes). La proximité des mers n*cst sans doute un cas fréquent pour les volcans actifs , que parce que les agens souterrains trouvent généralement une résistance moins forte sur les pentes continentales qui plongent vers les bassins océa<* niques. Les volcans sont rarement isolés : ils se sont produits le plus souvent par groupes , tantôt autour d'un volcan central (les îles Lipari , les Canaries , les Açores) , tantôt en série ou sur une même ligne, comme autant de cheminées qui seraient placées sur une grande fente.

* Noas avons cité des exemples de sonlèvemens qni ont en liea <ie nos jonrs : nous anrions pn mentionner égalemrnt q-iolques af" laissemens très-récens (dan» le Delta de l'Indas,en 1819; aux tnriroiM de Ratlsbonne en i83o , etc.)

Les Yokans alignés Telativement à leur positkm se divt^ ient en deux espèces : les uns s'élèvent le long d'une côle ou du fond de la mer comme des Ues isofées ^ et alors une chaîne de montagnes composées de roches cristallines court près d'eux dans une direction parallèle y ils semblent en marquer le pied^ les autres sont placés sur la crête de la chaîne de montagnesy et en forment les sommités. l'Archipel de la Grèce , les Ues de la Sonde, les Moluques et les Philippines ^ le» îles Kurilles et Aleutiennes , les Antilles , la chaîne des Andes nous offrent des exemples remarquables de volcans en série. Indépendamment des volcans extérieurs, il existe aussi des (folccms sous^marins , dont le nombre est peutêtre encore plus considérable que celui des volcans terrestres. Enfin, outre les volcans en activité , l'intérieur de nos continens renferme encore un grand nombre de iH}lcans éteints ; on en compte plus a une centaine en France , dans l'Auvergne , te Yivarais et les Gévennes. Les volcans dits en activité ne vomissent.pas continuel" lement de la flamme ou des matières fondues ; la plupart restent , pour ainsi dire , dans l'inaction pendant un tempsconsidérable , après lequel se manifeste tout-à-coup une de ces crises passagères appelées éruptions. Les signes précurseurs des éruptions sont des tremblemens déterre, des bruits souterrains , rémission d'une grande quantité de vapeur ou de fumée épaisse , qui s'élève sous la forme d'une immense colonne , dont le sommet s'arrondit en se dilatant. Bientôt cette colonne est traversée par des jets de matières pulvérulentes et de pierres embrasées qui s'élancent en divergeant, comme des gerbes d'artince , et retombent autour de la bouche du volcan sous forme d'une pluie de cendre et d'une grêle de scories ou de pierres. Enfin il s'élève du fond du cratère une matière incandescente et visqueuse , appelée lai^e , semblable à un métal en fusion ; elle remplit d'abord toute cette énorme coupe , puis déborde , coule sur les flancs du cône en traînées longues et étroites , et se répand sur le sol voisin avec plus ou moins de vitesse , entraînant ou enveloppant tout ce qui se trouve sur son passage. Quelquefois la lave en s'élevant occasione par sa pression des ruptures ou des fentes longitudinales dans les flanc»

de la montagne , et elle jaillit \^r cette nouvelle issue connue un torrent impétueux. Après l'éruption i ces fentes se bouchent par la consolidation de la lave , et deviennent de grands filons eu forme de murs , auxqnek on donne le nom de djkes. L'émission des laves est ordinairement suivie d'une nouvelle projection de matières pulvérulentes.

Les matières gazeuses qui se dégagent des volcaus sont composées principalement de vapeur d'eau, d'acide sulfureux, d'aciae hydrosulfurique, d'acide liydroclilorique, d'acide carbonique, etquelquefois d'azote. Lcsdnections pulvérulentes se composent déportions de la substance même des laves ^ entraînées à l'état de mollesse par les gaz qui sortent du fond du cratère avec une vitesse extraordi*aire. Ces matières se divisent encore et se figent dans l'atmosphère, etsuivautledegréde division autpel elles parviennent et l'aspect qu'elles présentent, elles reçoivent les noms de scories^ de sables et de cendres volcaniques» Ces dernières , qui n'ont rien de commun que le nom et l'apparence avec le résidu de la combustion des matières vé- ||[étales9 sont quelquefois d'mie si grande finesse qu'elles pénètrent partout, dans les lieux où elles retombent , et peuvent être transportées par les vents à d< s distances (le plus de cent lieues. Les pluies de cendres et de sables volcaniques produisent souvent sur le sol des couches fort épaisses , qui , tassées et remaniées par l'eau , forment des tufs {volcaniques. Les laves qui , h la sortie du volcan, sont ordinairement très-fluides^ acquièrent bientôt de la viscosité , et leur marclie se ralentit. Parvenues sur des terrains plats, elles emploient quelquefois plusieurs jonrs pour s'avancer de quelques pas. Cependant le refroidissement n'est rapide qu'à la superficie des courans de lave : leur intérieur peut conserver sa chaleur et sa fluidité pendant des années entières. On en cite qui fumaient et coulaient encore plus de huit ans après leur sortie ilu cratère. Les laves en état de fusion et d'inc^indescence bouillonnent et dégagent des vapeurs qui les rendent plus poreuses et boursouilées ver» leur partie supérieure ^ en sorte que chaque coulée est recouverte d'une couche de véritables scories. On a vu quelquefois sortir d'une montagne volcan i-^

q/Ek^i pétulant Térapliony des torrens d'eaa txnteiise; Mais c'est uç phénomène assez rare « a?ec leauel on a confondu les inondations causées soit par la tonte des neiges sur la cime des volcans , soit par les eaux «pie lancent à l'état gazeux les Tolcans eux-mêmes , et qui , se refroidbsant rapidement dans ratmospkère, retombent presque subitement sur le sol.

Les principaux volcans en activité sont , en Europe i l'Etna > le Vésuve et le StromboU, les volcans d'Islande ; en Afrique , ceux des îles Canaries et de l'Ile Bourbon ; en Asie y ceux du Kamtschatka ; en Amérique , ceux du Mexique et de la Cordillère des Andes.

Les canaux de communication qui existent actuellement entre l'intérieur du globe et sa surface sont gêné» ralement situés dans l'axe d'un cane plus on moins ré-

Salier> et viennent s'ouvrir constamment dans le fond 'une cavité en forme d'entonnoir , dont les bords sont composés en partie par les scories et les matières iuco^ hérentes re jetées par le volcan. On domie le nom de cratère df éruption à cette cavité , et celui de cône d'érup^-' tion à la montagne coniquequi la renferme. Il existe, dans les contrées volcaniques , des cirques ou de grandes cavités circulaires en forme d'entonnoir, à parois abruptes à l'intérieur, à pentes douces extérieurement, composées de couches qui se relèvent de tous côtés vers le sommet de Taxe central : ce sont ces cavités qu'un géologue célèbre (M. de Buch ) a])pelle des cratères desoidèf^e-menty parce qu'elles n'ont point été formées par voie d'éruption , mais par voie de soulèvement. Les cratères d'éruption s'établissentfréquemmentau centre de semblables cavités. Suivant le géologue que nous venons de citer , les îles soulevées , les cratères de soulèvement doivent être considérés comme autant de tentatives delà na* ture pour l'établissement d'un cône d'éruption , comme des volcans imparfaits ou dans l'enfance. En continuant leurs efforts, les agens souterrains parviennent souvent à se faire jour, et l on voit se former un cône d'éruption au milieu d'un cratère de soulèvement : le volcan existe alors , et se montre dans l'âge de la force pendant un un temps plus ou moins considérable , après lequel il cesse d'agir par le cratère placé t\ son sommet^ et ne

donne plus si^ie de vie que par quelques houclies latérales, par quelques |>etus cônes (roruptiou qui se lui^ menl de loin à ioîd vers son pied. Le volenu est aloi^ parvena à one extrême vieillesse , et les Imuclies Ut<^ nies elles-mêmes finissent |Kir s éteindre de même que la bouche centrale.

Toat porte à croire que les a^^ens volcaniques t^taienl plus puissaus et plus actifs autrefois qu*ils ne le sont nuîoiira*hm; mais pour bien se représenter tous les c)langt^ mens qu'ils ont ou produire à la surface du globe, il ne batpasrestreincirerid<fe de leur action aux effets des volcans à cratère, et aux e'ruptions de laves acc(un|>j)gnees de scories. En effet , il existe encore des niontngnes volcaniques qui n*ont point de cratères, et d où les lave» !^échappentpardes crevasses la têrnles> sous fonnedebandesétroites ou de nappes plus ou moins larges. IVautrea sont creuses dans leur intérieur, et Taclion volcanique qui s'y exeiTe ne se manifeste au dehors que par IVmnlement des terrains d'alentour , le bouleversement ^ la ruptui*e de leurs couches. Knfin , les cournns dt h^es ne sortent pas toujours du sommet ou des flancs d'une montagne volcanique : on a vu de longues fentes S€ former dans une plaine, et la lave jaillir tout le long ïleces crevasses, en se répandant sur le sol environnant, ^ïis forme de couche ou de nappe «l'une grande <iten- "8e ; quelquefois aussi les matières soulevées auxî^elles ces fentes livrent passage sortent çj\ et li\ en plus ptnde abondance, de manière à former une suite de 'suites dispose'es sur une même ligne. Les phénomènes u éruption produits parles ngens voleani(|ues ont donc varié beaucoup dans leur mode d'ap])ari(k>n i\ In surfuee du globe, ils n'ont pas moins varie par la i^aturc do» matières qu'ils ont soulevées ou rejelées. En oifet , ces matières, au moment de leur sortie ^ se sont trouvées tantôt à l'état fluide , et tantôt plus ou moins ramollies^ ou même complètement solides \ et ])ar un refroidissement plus ou moins rapide , elles ont donné des roches tantôt cristallines ou compactes , comme les trachytes' et les basaltes, tantôt poreuses et scoriacées, comme Il plupart des laves modernes. On voit que les éruption» volcaniques; envisagées d'une manière générale y 8«

f attachent aux phénomènes de soulèvement dont noud avons précédemment parle.

Quand les volcans sont depuis long-temps en repos , ou qu'ils s'éteignent , leur sol encore fumant dégage des vapeurs de soufre qui se déposent à la surface des anciennes laves ; de semblables terrains se nomment des solfatares ou soufrières naturelles : telle est celle des environs de Pouzzole, dans le royaume de Naples.

On a quelquefois comparé aux phénomènes volcaniques des phénomènes qui ont avec eux une certaine analogie, et qui dépendent peut-être des mêmes causes, mais d'une manière moins immédiate. Ce sont ceux que produisent les dégagemens de gaz et de vapeurs, que l'on observe en quelques endroits , particulièrement en Italie , et qui entraînent et rejettent souvent avec force des matières terreuses , délayées par l'eau. Ces déjections ont lieu à différens intervalles , comme par une sorte d'explosion , et il se fait , autour des ouvertures qui les vomissent , de petits cônes terreux provenant de la consolidation de la vase. Ces cônes , dont la hauteur n'est que de quelques pieds , sont terminés par un cratère rempli de boue liquide, d'où s'échappent pat* momens de grosses bulles de gaz. Les terrains où s'observent ces phénomènes ne présentent aucun des caractères des terrains volcaniques, ce sont presque toujours des terrains argilo-sablonneux , dont le fonds est humide et fangeux , ce qui a fait croire à quelques géologues que ces dégagemens de gnz étaient dus à des actions chimiques qui s'opéraient à peu de profondeur au sein de certaines couches minérales. Ou a donné à ces phénomènes les noms de volcans d*air , volcans à!eau ci de houe. Mais parce que l'eau et la boue que rejettent ces prétendus volcans est ordinairement salée, ils sont connus particulièrement sous le nom de sahes. Dans d'autres parties de l'Italie, on trouve des amas plus ou moins considérables d'une eau bourbeuse , d'où s'exhalent avec impétuosité des gaz et des vapeurs d'eau bouillante : ces amas d'eau, que produisent les vapeurs même en se condensant, sont appelés lagonis , d'après le nom que leur donnent les Italiens. De simples dégamens de gaz peuvent avoir lieu sans tire accompagnés

des phénomèues qui caractérisent les salses et les lago*

nîs. On connaît de pareilles sources gazeuses dans une

multitude de lieux. Ces jets de gaz, de quelque manière — »ii *ji i. f 1 . i;ptibles

'\e en appelle aes fontaines ardentes.

Nous avons signalé les rapports que présentaient les volcans avec les tremblemens de terre et les soulèvemens'du sol : il est encore d'autres phénomènes qui s'y rattadient d'une manière plus ou moins immédiate, étant toujours la conséquence de l'action des gaz de l'in* teneur de la terre sur la croûte extérieure. Tel est d'abord celui des sources thermales et minérales. Ces sources sont très-fréquentes dans les pays volcaniques ; mais elles ne s'y montrent pas exclusivement. On les rencontre rarement dans les grandes plaines , mais plus ordinairement dans les parties du globe où , sans rencontrer aucune trace de volcans , on remarque de nombreuses dislocations à l'approche des masses non strati^ liées , dans les endroits on la stratification indique des failles , et dans ceux où des systèmes de montagnes se croisent. Il existe une liaison intime entre les eaux miinérales et les actions chimiques lentes qui s'opèrent continuellement dans Tintérieur du globe , ou bien les émanations souterraines qui sont comme les restes des anciens soupiraux volcaniques. L'action des volcans proprement dits paraît avoir des rapports semblables avec la formation des amasdegypse,deselgemmeetdedolomie^ que l'on rencontre dans des positions si diverses àpresque tous les étages du sol de sédiment; avec l'origme des sources de bitume ; avec les salses ou volcans de bone dont nous avons parlé précédemment ; enfin avec les dépots de métaux qui ont eu lieu à différentes époques, et qui amenés de bas en haut ont rempli les fentes des montagnes, et par des actions latérales ont pénétré les roches environnantes.

Conjectures sur la masse ititenie du g/obc.

Nous venons de résumer les principaux faits d'obser-^

( aSo )

Vation qui se rapportent à Técorce minérale. Dans cet examen rapide des difFérens agens qui ont concouru à ses modifications et accroissemens successifs , on a pu remarquer combien a été puissante Vinfluence de ceux qui ont leur siège ou foyer au-dessous de cette e'corce , aans la partie du globe que l'on nomme la masse interne. La nature de ces agens intérieurs, et par conséquent celle delà masse même où ils prennent naissance, se dérobent pour toujours à l'observation directe : on ne peut donc espc'rer d'obtenir quelques notions sur un sujet si digne de piquer la curiosité , qu'en essayant de remonter par le raisonnement des effets qui sont connus aux causes qui les produisent •, et c'est à quoi l'on parvient à l'aide de conjectures d'autant plus probables

Su'elles sont amene'es naturellement par une multitude e faits de divers ordres.

Un premier fait, donné imme'dialement par l'observation , est celui de la forme aplatie de la terre. Cette forme tend à faire supposer que le globe terrestre a été originairement fluide ; car elle est exactement celle que dans cette hypothèse elle a dû prendre en vertu de son mouvement de rotation , comme le prouvent les calculs des physiciens. Les astronomes ayant reconnu la même figure dans les autres planètes qui tournent aussi sur elles-mêmes , et la quantité' de raplatissement s'étant toujours trouvée proportionnelle à la rapidité de la rotation , on ne peut guère douter que cet aplatissement ne soit un effet du mouvement rotatoire, et qu'ainsi la teiTe et les planètes n'aient été primitivement à l'état fluide. Il est un autre fait qui confirme ce résultat, en même temps qu'il en donne l'explicalion : c'est que la terre jouit dans son intérieur d'une chaleur considérable , qui ne dépend pas de celle qu'elle reçoit du soleil, mais qui lui est propre, étant un reste de sa chaleur, originaire, dont une partie seulement s'est dissipée à travers sa surface. L'observation a démontré ( JVbtions préliminaires de physique^ V^^^ 102) qu'à mesure que l'on s'enfonce dans l'intérieur du globe , la température des couches va en augmentant d'à peu près un degré pour trente mètres de profondeur, en sorte qu'il ne {auarait pas descendre bien avant dans le sol pom*

tronver une température égale à celle de Teau bouillante; ou même à celle du fer en fusion. De plus , les calculs dtablis sur les lois de la chaleur prouvent que cette augmentation de température dans le sens de la profondeur ne peut être le résultat de l'action prolongée des rayons du soleil ; ils montrent en outre que la distribu* tion actuelle de la chaleur dans l'enveloppe terrestre est celle qui aurait lieu si le globe primitivement trèschaud s'était ensuite progressivement refroidi, jusqu'à l'état dans lequel nous le voyons maintenant. Tout porte donc à croire que la fluidité dont il a joui avant de prendre sa forme sphéroutale était due à la chaleur; qu'il a été d'abord complètement fluide ^ mais que , par 1 effet d'un refroidissement progressif, ses parties superiicielles s'étant Agées les premières , ont formé une croûte solide , dont l'épaisseur s'est accrue de dehors en dedans , et qui a été le véritable sol primordial. £h outre, on est conduit à admettre que la masse intérieure du globe jouit encore de sa fluidité primitive, et qu'une 'température capable de tenir en fusion la plupart des roches connues existe à une assez petite profondeur audessous de la croûte minérale.

La physique et l'astronomie nous fournissent une autre notion fort importante sur la nature de la masse interne : elles nous apprennent en effet que la terre est plus dense dans son intérieur qu'à sa surface; qu'il doit même y avoir une augmentation progressive de densité dans les couches terrestres à partir des plus superflcielles , et que la densité moyenne de toutes les couches est environ cinq fois plus grande que celle de l'eau , et par conséquent à peu près double de celle de l'écoroe minérale ; car les substances pierreuses qui composent les roches ont des pesanteurs spécifiques peu inégales , et comprises entre 2 et 3. La masse interne ne peut donc pas être composée de la même manière que l'écorce minérale; mais il est probable qu'elle est formée de substances métalliques , les seules parmi les espèces connues qui l'emportent de beaucoup en densité sur les substances pierreuses. Et d'ailleurs , le peu de métaux que l'on trouve disséminés accidentellement au milieu de l'écorce minérale ^ sous forme de filons ou

d'amas , y ont ëtë visiblement apportés de bas en haut par les agens intérieurs. Ainsi nous pouvons admettre avec beaucoup de vraisemblance que la masse interne est fermée en grande partie de matières métalliques , tenues en fusion par la haute température qui règne à cette profondeur , et sans doute disposées entre elles dans Tordre de leurs densités relatives. Parmi les matières de cette nature que nous connaissons , les plus légères étant les métaux des terres et alcalis , qui en raison' de leur avidité pour Toxigène y s'oxident et perdent leur éclat aussitôt qu'ils ont le contact de l'eau ou de l'air , on voit que ces dernières substances ont dû se trouver en plus grande abondance dans les couches snperâcielles , et par leur oxidation donner naissance à la croûte minérale , qui n'est en effet composée presque entièrement que de pareilles substances oxigénées et combinées entre elles (les granités, les schistes, les porphyres, etc.). Pendant long-temps, on s^est trouvé arrêté par la difficulté de concevoir comment les roches granitiques avaient pu être produites par le refroidissement d'une grande masse en fusion ; mais cette difficulté n'existe plus aujourd'hui, qu'un savant cliimiste eit parvenu à composer de toutes pièces et à Taide du feu la plupart des espèces minérales qui entrent dans la composition de ces roches.

L'hypothèse de la fusion primitive du globe et de la fluidité encore existante de sa masse interne se confirme de plus en plus lorsqu'on la suit dans ses conséquences, qui se prêtent de la manière la plus heureuse à l'explication des faits géologiques. Ainsi, le refroidissement et la contraction que la croûte oxidée a dû éprouver progressivement , peuvent déjà servir à rendre compte d'une partie des solutions de continuité que l'on observe entre les couches ; en outre, la haute température à laquelle sont soumises les matières en fusion qui composent la masse centrale fait aisément concevoir la production et l'accumulation , au-dessous de l'enveloppe solide , des matières gazeuses dont l'existence se manifeste dans les éruptions volcaniques ; enfin la pression exercée contre cette enveloppe flexible , et inégalement résistante dans ses diverses parties , par les gaz et par

les matières liquides elles- méines , explicfue d'une manière très-plausible les phénomènes qui précèdent, accompagnent et suivent ces éruptions , tels que les tremblemens de terre , les soulèvemens de montagnes , les dislocations et redressemens de couches , la formation et le remplissage des filons , et celle de ces profondes crevasses ou de ces vastes soupiraux par lesquels les laves s'échappent avec violence pour s'épancher au ddiors.

L'hypothèse dont il s'agit explique très-bien aussi l'immense quanlité de produits volcanicpies qui ont été amenés de l'intérieur a la surface , l'identité de nature des laves rejetées sur les points les plus éloignés du globe , et la ressemblance qu'elles ofirent avec les roches des terrains qui paraissen t avoir été formés par soulèvement. Enfin elle rend raison avec la même facilité de la chaleur des sources chaudes, et de Tanalogie des substances minérales qu'elles contiennent avec celles qui s'exhalent des cratères de volcans ou des solfatares. En effet, les eaux chaudes minérales nous apportent la température des lieux profonds où elles ont séjourné : déplus elles entrai i: eut sons doute avec elles le résidu des émanations gazeuses, qui s'élèvent du sein delà ten*e comme d'un réservoir cenmiun, et dont une partie se déposant dans le trajet souterrain, soit sur les parois des fentes de la croûte minérale , soit dans les cavités ou bassins avec lesquels elles communiquent , donne naissance à ces gîtes de minerais que l'on nomme des filons ou des amas.

Les détails dans lesquels nous venons d'entrer sont suffisans pour montrer l'accord qui existe entre les différens ordres de faits astronomiques , physiques et géo* logiques , accord qui nous paraît fournir un argument irrésistible en faveur de l'origine ignée de notre planète. Nous n'ajouterons plus qu'une seule observation , c'est au*il parait résulter également de l'hypothèse précédente et des recherches des géologues , que la température à la surface de la terre était anciennement plus élevée et en même temps plus uniforme qu'elle ne l'a été depuis le coniniencement de la période moderne \ que dans les régions aujourd'hui froides ou tempérées , elle était au moins égale et peut-èti^e supérieure à celle

des parties les plus chaudes de notre globe , et que cette température s'est abaissée graduellement , de manière que le climat équatorial a été refoulé peu à peu depuis les pôles jusque dans ses limites actuelles.

CLA.8SIFI0ATlOir GEOLOGIQUE DBS TERRAIHS.

Nous avons vu que les dépôts ou les couches de sédiment qui par leur superposition composent une parlie de l'écorce superficielle du globe , peuvent se partager en un certain nombre de groupes appelés terrains ou formations , que Ton retrouve en beaucoup de lieux différens et très- éloignés les uns des autres , avec les mêmes caractères généraux de gisement et de composition. On doit entendre par formaJtion un ensemble de couches formées pendant une de ces périodes successives de tranquillité y dans lesquelles s'est divisé Tâge de l'écorce minérale , périodes qui ont été séparées les unes des autres par des intervalles de trouble qui ont momentanément interrompu l'action sédimentaire. Chaque formation est donc le représentant d'une époque géologique, pendant laquelle avaient lieu , concurremment comme de nos jours, deux sortes d'action , Tactiôn sédimentaire et l'action volcanique, en sorte qu'elle doit comprendre des dépôts de toute nature, volcaniques ou neptuniens , marins ou continentaux , comme ceux de la période actuelle. Chaque âge, en effet, a eu ses continens et ses mers, ses montagnes et ses volcans, ses lacs et ses rivières. Ce qui détermine une formation est donc la continuité de l'action sédimentaire, pendant toute la durée d'un certain temps auquel elle correspond , et dont elle nous conserve la trace. Son principal caractère est le défaut de parallélisme que l'on observe généralement entre la stratification du système de couches qui la composent , et celle du système qui la supporte. En même temps que ce groupe de couches est caractérisé par une différence de stratification , il Test aussi par une variation subite et tranchée qui se montre soit dans la nature physique du dépôt, soit dans la nature organique des êtres dont il recèle les débris. Aappelons-npus qu'il existe deux grandes classes de

dépôts , les uns formes par les eaux ( terrains de séditnenj ou neptuniens ) , les autres produits par les ageus soutoiv rains {terrains pluloniques). Les premiers sont réguliè* renient stratifiés ou divisés en couches superposées ; ils renferuient deux sortes de parties ou de débris caracté* ristiques , qui montrent également que leur formation a eu lieu au sein des eaux : d'une part des ])arties imperceptibles qui forment un résidu sédimenteux , après la dissolution de la roche dans Tacide nitrique , ou le plus souvent des cailloux roulés , de gros fragmens de rodées provenant de terrains plus anciens qu'eux ; d'une autre part , des fossiles ou débris organiques , provenant des plantes ou des animaux , qui ont vécu pendant la |)ë-> riode de leur formation. Ces terrains ont un ordre de superposition invariable , qui n'est autre que l'ordre dans lequel ils ont été déposés. Cet ordre chronologique se détermine en suivant chaque couche , jusqu'il ce qu'on ait constaté directement sa superposition sur les couches plus anciennes. Les terrains de la seconde espèce offrent rarement des indices de stratification. £n général, ils sont formés de roches massives , à texture cristalline ou vitreuse, ne contiennent ni véritables cailloux roulés ni débris organiques, et se présentent sous la forme de filons et d'amas , de grandes masses irrégnlières , qui semblent avoir été soulevées de dessous les terrains stratirfiées, et s'être intercalées entre elles, ou même épanchées à leur surface. On observe fréquemment au contact de ces deux sortes de terrains , des dérangemens dans la stratification des premiers et des altérations dans la nature de leurs roches. Les terrains plutoniques ne se prêtent point à des divisions aussi nettes que les (er-r rains neptuniens; leur . position relative n a plus d€ rapport nécessaire avec leur âge. On sent , en effet , que la même lave qui s'épanche sur les couches superficielUs a pu s'intercaler dans chacun des dépôts qu'elle a traversés, de manière à être placée à la fois au-dessous et au-dessus de la même roche de sédiment. Le principe de la superposition , si sûr lorsqu'il s'agit des formations neptuniennes , ne peut plus être employé ici qu'avec beaucoup de réserve , et dans des cas très-rares ; mais on y supplée par un autre moyen , qui se tire de la ma-

idèié dont les formations plutoniques et neptonienncs 88 coupent oa s'interposent entre elles. En effet , si Ton peut reconnaître clairement qu'une roche plntonique est Tenue de bas en haut traverser bu couper un autre dépôt quelconque , plutonique ou neptunien , on en conclura qu'elle est plus moderne que ce dépôt : c'est le même principe que celui de l'intersection des filons , la formation la plus nouvelle devant couper la plus ancienne. Une roche plutonique est donc d'origine plus récente que tous les dëpôts^à travers lesquels elle est sortie ; et son Age , relativement aux formations neptuniennes , ne saurait être indiqué qu'autant que l'on connaît la dernière des couches de sédiment qu'elle a traverse'es ou recouvertes. On voit d'après cela combien il est difficile àfi conclure des positions relatives des roches plutonimies l'ordre de leurs formations ou plutôt de leurs apparitions au milieu des terrains stratifiés. L'absence des fossiles dans ces roches est encore une cause qui augmente la difficulté de leur détermination sous les rapports géologiques. On est privé du secours que fourniraient les caractères zoologiques, pour rapprocher les roches diverses qui ont pu apparaître à la même époque sur des points différens du globe , et pour distinguer celles de même nature qui se sont reproduites à des ëpooues diverses , dans le même lieu ou dans des lieux diftérens.

Il y a toujours dans un terrain une ou plusieurs roches principales qui en forment la partie essentielle ou dominante j et qui servent à le caractériser et à le dénommer ; c'est ainsi que l'on dit : le terrain de gneiss, le terrain de phyllade , le terrain de calcaire pénéen. D'autres roches ne sont qu'accessoires dans la composition du terrain : leurs couches ne se répètent point un grand nombre de fois; elles ne se montrent qu'intercalées comme par accident entre celles de la roche principale, et souvent elles disparaissent tout-à-fait. On dit de ces roches, qu'elles sont subordonnées à celles de la roche principale ; une même roche peut être subordonnée dans un terrain , et jouer dans un autre le rôle de roche principale et caractéristique.

/i iiiTive aussi que des roches de nature diverse se

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répètent an grand nombre de fois, en se succédant périodiquement les unes aux aulres ; on dit alors qu'elles alternent régulièrement entre elles. Ce phénomène d'alternance périodique se mon re fréquemment à la jonction de deux terrains qui se suivent : il y a rarement un passage brusque de l un à l'autre , mais une sorte d'engrenage ou d enchevêtrement des roches qui appartiennent aux deux terrains. La distinction des deux terrains n'est bien aette qu'à une certaine distance de leur plan de jonction. On voit aussi dans le inème terraindes couches d'origine très-différente alterner entre elles , par exemple des couches remplies uniquement do fossiles d'eau douce alterner avec des couches qui ne renferment que des fossiles marins. Ces alternances remarquables s expliquent sans admettre de grandes perturbations dans le régime des mers par un simple changement de direction des ^eoarans , qui ont apporté successivement sur le même poifi^ des lossiles d'origine diverse.

Les terrains stratifiés peuvent se superposer l'un à l'autre de deux manières diflerentes : ou les couches de terrain supérieur sont placées parallèlement à celles du terrain inférieur , et dans ce cas ou dit de ces terrains qu'ils sont enslratificaiion concordante ou parallèle [aciol^ %.3, pi. 0}; ou bien les couches du terrain inférieur étant plus inclinées que celles du terrain supérieur, celles-ci fiar leur prolongement vont couper les premières , ou en recouvrir les tranches {aj> iig.3}; on dit alors qu'elles sont & leur égard en stratification discordante ou transgrcssipe. Cette circonstance, lorsqu'elle a lieu d'une manière générale, annonce clairement l'indépendance de deux lormations qui sont en contact, et qui doivent avoir appartenu à des époques géologiques distinctes. On reconnaît encore , lorsqu'on s'élève dans la série des terrains stratifiés, que l'on passe à une formation nouvelle et indépendante lorsqu'on voit ses couches reposer indifféremment dans la nature sur diverses couches plus anciennes.

Les différcns terrains , et par suite les. minéraux qui leur sont propres , ne se présentent pas indistinctement dans toutes les contrées de la terre : et, pour ne parler ici que des terrains stratifiés , dont les rapports de po-

sition sont le mieux connus , les roches de ces terrains ne se rencontrent pas toutes les unes au dessus des autres dans la méine localité , ce qui tient aux dégradations nombreuses qui ont eu Heu dans les couches , durant les diverses périodes géologiques , et surtout aux fréquens changemens de niveau qu'elles ont subis , et par suite desquelles les formations devenaient de moins en moins générales. Il y a donc dans la distribution des terrains qui composent le sol des dififérentes parties de la terre de grandes variations ; mais ces variations ne dépendent point du changement de latitude ou de climat^ comme celles que l'on observe dans la distribution géographique des animaux et des plantes ; les mêmes roches se retrouvent dans les régions les plus éloignées; etleur formation a été indépendante de la diversité des climats actuels, ayant eu lieu dans des temps antérieurs à leur établissement. Pour bien concevoir cette variation de la structure intérieure du globe, et se représenter la composition des différens sols qu'elle peut produire , il faut se figurer la série complète de tous les terrains de sédiment connus, placés les uns au-dessus des autres suivant Tordre chronologique dans lequel ils ont été déposés. Si dans cette série on supprime à volonté différens termes, les combinaisons variées que formeront ceux qu'on laissera subsister sans changer leur disposition relative , représenteront les diverses superpositions de couches que les géologues ont observées , ou qu'ils pourront découvrir un jour , en étudiant avec soin la composition du sol de nombreuses contrées. Les soustractions de ce genre peuvent aller jusqu'à rapprocher les termes les plus éloigne's dans la série : aussi chaque couche peut-elle à son tour reposer immédiatement sur chacune de celles de la série qui lui sont inférieures ; il suffit pour cela que les couches intermédiaires viennent à manquer; elle peut en outre montrer à découvert à la surface du sol , soit un de ses plans , si les couches supérieures manquent à leur tour , soit seulement sa tranche , si elle est recouverte et en même temps dans une situation oblique. Voilà pourquoi la structure intérieure et la composition superficielle du sol varient en général d'un pays à un autre, et pourquoi l'on observe les terrains de différens

âgeà successivenient à nu , et formant à la surfrce de la terre tantôt de grandes zones, et tantôt des espèces d'en> daves ou de régions insulaires , les uns au milieu des autres.

La connaissance de la série chronologique des terrains importe beaucoup au minéralogiste et au mineur , parce qu elle les met à même de prévoir , d'après l'état du sol à la superficie , quelles sont les masses minérales qu'ils peuvent espérer de trouver dans la profondeur , et quelles sont celles an contraire qu'ils ne pourront pas j rencontrer , parce qu'elles ne sont jamais inférieures aux roches de la surface. En effet, l'ordre que cette série assigne aux terrains stratifiés n'est jamais interverti : jamais on ne voit, par exemple, le calcaire grossier pa* risien au-dessous de la craie , ni la houille au-dessus du calcaire oolithique ; jamais on ne rencontre dans un lieu au-dessous d'un certain terrain celui que dans un autre on a trouvé au-dessus. S'il existait une contrée où tous les terrains connus eussent été formés successivement, et dont le sol offrît par conséquent la superposition com-^

Slète de ces terrains , rien ne serait plus simple que la étermination de leur série chronologique : il suffirait de bien étudier la constitution géologique de ce pays, et de représenter par une coupe ou échelle verticale la succession de toutes les couches que l'on aurait observées soit dans les escarpemens naturels du sol , soit sur un seul percement artificiel : cette coupe de terrains ne serait autre chose que la série chronologique en question. Mais il n'en est pas ainsi > et l'on ne parvient à com~ poser cette série qu'en observant avec soin la constitution géologique d'un grand nombre de lieux différens, en rapprochant ensuite les diverses superpositions observées , et les liant ensemble par les terrains qui leur sont communs, et qui sont inférieurs dans les unes, et supérieurs dans les autres. On peut choisir, pour faire cette étude de la manière la nlus simple , tous les lieux situés sur une même coupe , allant du centre d'un bassin géologique ^ vers l'un des systèmes de montagnes qui en

* n ne fiint pas confondre les bassins géologiques avec les bassins bydrographiqaes. Dans an bassin de la première efpèce, si l'on part du

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deasinent les contours. Si , par exemple , on choisit le bassin géologique , qui a pour centre la capitale de la France , et qu'en partant de Paris on marche à Test en se dirigeant vers les Vosges , les différentes couches que Ton observera successivement présenteront la disposition indiquée dans la coupe (fig. 3, pi. 6) ; et l'on retrouverait à peu près les mêmes circonstances , en marchant dans une direction différente vers un autre système de montagnes.

Nous allons présenter ici la série des terrains stratifiés telle que l'admettent la plupart des géologues ; nous ferons connaître pour chacun d'eux la roche dominante qui le caractérise ; nous indiquerons en même temps , parmi les masses qui lui sont subordonnées , celles qu'il importe le plus de connaître , et parmi les roches plutoniques celles qui se montrent fréquemment en contact avec lui. Nous présenterons ensuite la série des terrains massifs, suivant l'ordre que leur assignent la plupart des géologues, et qui n'indique point pour chacun d'eux une position relative fixe , mais seulement une plus fréquente apparition ; car leur position est très- variable , et Ton ne peut chercher à connaître que les limites entre lesquelles elle est renfermée. Mais auparavant il est nécessaire de dire quelques mots des divisions anciennement établies dans la série des roches sédimentaires.

Avant que Ton eût généralisé, comme on le fait aujourd'hui, l'importante distinction des terrains de sédiment et des terrains d'éruption , on rangeait dans la première classe , avec les couches arénacées et coquilîères, la plupart des roches massives et cristallines, telles que les granités, les syénites, les porphyres, etc.; et l'on formait ainsi une série unique de tous les terrains connus, à l'exception des volcaniques proprement dits, en les considérant tous comme des dépôts d'âges difFérens, et en déterminant leur ordre d'ancienneté rela-

cenlre pour aller vers l'extérienr dans nne direction quelconque, on trouve de tous côtés des couches analogues , disposées dans le même ordre, et sortant successivement les unes de dessous les autres , en se X élevant vers les bords du bassin.

tive, d*après le seul principe des superpositions. On regardait alors le granité connue la plus ancienne de toutes les roches, par cela seul qu*on l'avait observé au-dessous de toutes les autres Or, la série ainsi foi niée se trouvait partagée assez naturellement en deux parties distinctes : Tune inférieure , composée de couclies cristallines qui ne contenaient ni cailloux roulés ni débris organiques ; l'autre supérieure , composée de couches prestjue entièrement formées de pareils débris ou de fragmens de roches plus anciennes. On en concluait que les premières avaient préexisté à Fapparition des êtres organisés sur la surface au globe, et à toutes les dégradations de terrains qui ont eu lieu depuis cette époque ; et l'on nommait 1 ensemble de ces couches soi primitif. Toutes les autres, au contraire, ayant été formées depuis la première création des êtres vivans, constituaient le soi secondaire, qu'on appelait aussi sol de transport et desédiment. Mais, parce qn il semblait ne pas y avoir un saut brusque entre le sol primitif et le sol secondaire , et que des roches analogues à celles qui caractérisent les aeux sols formaient en alternant entre elles une sorte de passage de l'un à l'autre, en a séparé du sol secondaire ces terrains inférieurs , que l'on a nommés terrains intermédiaires ou de transition) et Ton a cru devoir aussi détacher de ce sol toute la partie supérieure à la craie, pour en faire une quatrième classe à part, sous le nom de terrains ter^ tiaires. Mais depuis qu'on a reconnu que des i*oches cristallines , ayant tous les caractères de celles que l'on regardait comme primitives ou intermédiaires, sont cependant de formation récente , on ne peut plus attacher à ces expressions le mênH! sens qu'autrefois ; aussi sontelles abandonnées par beaucoup de géologues , ou si l'on en fait encore usage , ce n'est qu'en modifiant convenablement leur acception. On peut se borner à partager la série des couches en groupes ou terrains correspondans aux grandes périodes géologiques que les observations nous ont fait reconnaître. Dans la description sommaire des terrains que nous allons entreprendre, nous parcourrons la série en allant des plus anciens ou des plus inférieurs , aux terrains les plus superficiels et les plus modernes.

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