II. DES FuéirOMèllSS GÉOLOGIQUES DE I.*ÉPOQUE ACTUELLE
Parmi les agens qui opèrent encore des changemens sur la surface du globe , les uns sont extérieurs et attaquent la croûte solide du globe par sa superficie ; les autres sont intérieurs , et agissent sur elle de bas en haut.
1*. AoENS EXTÉRIEURS. Gcs ageus sont Vair et Veau^ qui entourent la terre, et exercent une action continuelle sur sa surface. L'air agit concurremment avec l'eau pour décomposer et désaggréger les roches superficielles : les pluies et les dégels dégradent les montagnes escarpées, produisent des éooulemens, et les denris qui tombent aux pieds de ces montagnes y forment des croupes arronaies , des talus plus ou moins élevés, dont la masse augmente tous les ans. L'air en mouvement produit sur les terrains meubles des effets remarquables : dans les plaines sablonneuses, les vents soulèvent des nuages dépoussière, les transportent aa Jojn^ et les y accumulent sous forme de bancs ou de
collines. (Test ûnsi que les sables stériles de la Ljbie tendent con tî nnellement à enTahir les terres cultivables de l'Egypte. Ce sont aussi les Tents qui élèvent sur les bords de la mer, lorsque la plage est basse et le fond sablmneiix , ces monticules de sable , appelés dunes , et les poussent continnellement vers Tintérieur des terres, parce que la même force qui fait monter les grains sa* okiix da rivage sur le sommet de la dîme , tes précipite sur la face opposée. Ces dunes sont fréquentes sur tes côtes de la Hollande , de la Flandre et du golfe de Gascogne. On sait de combien elles s*avancent par siècle , et même par année , daos chaque localité. Du c6té de Bordeaux , par exemple , leur marche est d'en- ?iron soixante pieds par an ; et si on ne leur opposait aucun obstacle , il ne leur faudrait que deux milte ans pour atteindre cette ville et renseveUr sous leur masse. Mais on parvient à les arrêter et à les fixer , en plantant des végétaux convenables. Certains météores ou phénomènes atmosphériques , auxquels les vents et les nuages donnent naissance , comme les ouragans , les tempêtes , les trombes , etc. , produisent aussi parfois des changemens locaux et des bouleversemens dans les parties superficielles du sol.
L'eau exerce à la surface de la terre , selon ses divers états de mouvement et de repos , une action destructive oa reproductive. Elle agit tantôt chimiquement , en dissolvant certaines substances minérales à travers lesquelles elle filtre ; tantôt mécaniquement , lorsque , sous forme de courant , elle dégrade et corrode le lit et les rives qui la contiennent , et en transporte au loin les détritus. Les eaux courantes des montagnes , dont le volume et la vitesse augmentent subitement à la suite des orages , ou lors de la fonte des neiges , rencontrant dans les hautes vallées les débris provenant de la décomposition des roches qui les dominent, les entraînent avec elles , et roulent ainsi vers les vallées plus basses et les plaines auxquelles elles aboutissent des quantités souvent considérables de çalets, de gravier, de sable et de limon : à mer sure qu!eues parviennent à des pentes moins rapides , ou dans des bassins plus larges ou leur vitesse se râlen-*
dt> eWe» déposent ces débris sar le sol qu'elles iaôti* dent , abaDdonnant d*abord les pierres les plus grosses, puis les graviers , puis les sables > et enfin ces parties terreuses auxquelles on donne le nom de troubles, parce que 9 tenues en suspension dans les eaux 9 elles en altèrent la transparence. Ces deiiiières sont à peu près les seules que les rivières et les fleuves qui naissent des mon^ tagnes transportent jusqu'à leur embouchure dans les grands lacs ou dans la mer. On voit donc que les de»tructions de terrains, auxquels participent les cours d*eaa dans les parties montueuses des continens , sont ftiivies de nouvelles formations opérées par raccumnlation de leurs sédimens dans les parties basses : ces terrmns , déposés et accrus continuellement par les cours d*eau de l'époque actuelle, sont ce qu'on nomme des àU ïupions ou attérissemens. C'est dans les endroits où )e mouvement des eaux est moindre, par conséquent sur les bords des courans , et surtout vers leur embouchure,
Se ces accroissemens du sol sont les plus considérables. s langues de terre , ordinaii*ement très-ferli As , qui se forment aux bouches des ^ands fleuves ^ et auxquelles on donne souvent le nom de delta , à cause de leur figure, ne sont que le produit des alluvions répétées de ces fleuves , qui étendent sans cesse le rivage , et le prolongent en avant en forme de promontoire. L'élévation du sol s'opère en même temps que son extension , et le lit du fleuve s'exhausse lui-même , aussi bien que les plaines adjacentes. La marche progressive de ces attérissemens peut être jusqu'à un certain point calculée : on sait, par exemple , que le Nil dépose tous les cent ans sur le sol de la jBasse-Égypte un sédiment de près de cinq pouces d'épaisseur ; et que la pointe du promontoire formé par les Douches du Pô avance dans l'Adriatique d'environ deux oents pieds par an.
La mer produit aussi , comme les cours d'eau , une double action destructive et reproductive. Là où les côtes sont élevées, les vagues les attaquent par le bas, et les transforment en escarpemens appelés falaises. Les firagmens qui s'en détachent , roulés et usés sans cesse parles flots , donnent naissance aux galets que l'on trouve
jauccuinulés au pied de ces falaises , ou se re'duîseiit en parcelles déliées , dont les courans littoraux s'emparent pour les déposer dans les anses où les eaux sont plus tranquilles. Ces parcelles se joignent aux matières que les fleuTes apportent et aux sables (|ue la mer rejette vers ses bords ; et c'est ainsi que se forment ces alluvions des côtes de l'Océan , ces bandes de terres fertiles qui s'ajoutent à certaines plages , et font reculer la mer , au point que des viUes que Ton avait bâties sur ses bords s'en trouvent aujourd'Lui éloignées de plusieurs Heues. Dans les lacs qui ont une issue , les eaux exercent continuellement une action érosive contre les digues qui s opposent à leur écoulement, ou contre les parois des échancrures par lesquelles elles s'échappent. Dans les lacs sans issue, ouïes mers caspiennes, des trcmblomens de terre peuvent amener subitement la ru])ture des digues et la débâcle des eaux , comme le prouve cette multitude de bassins d'anciens lacs desséchés que nous o£frent les contrées montueuses. De pareilles débâcles ne peuvent manquer de laisser sur le sol des traces profondes de leur violence extraordinaire.
L'eau à l'état solide a aussi une grande part dans les alternatives de destiiictions et de formations de terrains qui se succèdent à la surface de notre globe. Celle qui est surprise par la gelée dans les fissures des roches où elle s'est inûitrée, augmente de volume en passant k Tétât de glace , et, par sa force de dilatation , élargit ces fissures et provoque ainsi la désaggrcgation des roches. Aussi est-ce .surtout au moment du dégel que les dhoxi- ■ lemens et les grandes avalanches de pierres ont lieu dans les hautes montagnes. Les débris des rochers qui bordent les vallées les plus élevées tombent sur les glaciers, dont leur fond est ordinairement rempli , et qui proviennent des neiges pei^étuelles qui s'accumulent et se condensent à ces grandes hauteurs. Ces glaces , reposant sur un plan incliné , glissent et descendent peu à peu vers les vallées basses, où leur poids les entraine (voj. pag. 71). Les pierres dont elles sont chargées , oljéissant à ce mouvement progressif, descendent aussi vers le bas de la vallée , et se déposent à l'extrémité des glaciers om