TERRAINS MASSIFS OU PLUTONIQUES
Ce qui distingue ce second ordre de terrains de ceux dont nous nous sommes occupés prccédennnent , c'est le manque de stratification et rirrégulariié des niasses qui les constituent^ et qui se présentent tantôt isolées ou formant des espèces d'ilôts au milieu des roches sédimentaires, tantôt les traversant sous forme de sillons, et s'étendant au-dessus d'elles. Les structures, qui s'observent le plus ordinairement dans ces masses sont la granito'ide , la porphyro'ide ; la compacte cellulaire et m vitreuse. Les minéraux qu'on peut regarder comme leurs éle'raens principaux sont le feldspath, l'amphibole et le pyroxène; le quarz et le mica, si répandus dans les formations stratifie'es^ sont beaucoup plus rares. Les roches plutoniques renferment fréquemment des grains noirs ferrugineux (feroxidulé, fer magnétique, fer titane et fer chromé}. Les principes de la superposition et de l'intersection , appliqués à chacune de ces masses individuellement, ne fournissent jamais que des limites inférieures pour la détermination de leur âge relatif ; ce qui ne permet pas de leur assigner un ordre chronologique rigoureux. Celui dans lequel on a coutume de les décrire n'est que la succession de ces roches rangées tant d'après leurs analogies de composition ec de structure , que d'après les époques de leurs plus fréquentes apparitions.
I. Granités et sjrénites. Le terrain de granité est trèsrépandu à la surface du clobe ; non seulement il sert presque constamment de fond , de support ou d'appui aux terrains schisteux , mais il perce en une multitude d'endroits le sol de sédiment , le pénètre sous la forme d'amas ou de filons semblables à des couches, se fait jour au milieu de lui , en formant des espèces d'iles ou de noyaux massifs , ou s'élevant en dômes et en piliers droits à de grandes hauteurs. Il constitue le plus souvent Taxe central des chaînes de inontagnes dites primitives, où il se montre en liaison intime avec le gneiss. Il passe souvent à l'eurite , au porphyre pétrosiUceux ^
et au porphyre quarzifère. Dans certaius cas j il se lie à des roches conglomérées qui paraissent en être une dépendance (arkoses); les minéraux qu'on y trouve Ip plus souvent disséminés sont les grenats , les tourmalines, les amphiboles, Tépidote, l'émeraude, la topaze, etc. Il renferme souvent des fdons de quarz. Les filons métallifères y sont rares ou peu puissans ; c'est plutôt on veines qu'on y rencontre les substances métalliques (étain , titane , urane , molybdène, wolfram, etc.). Le granité , lorsqu'il est en contact avec les roches de sédiment, les altère fréquemment, les pénètre de veines ou de filons , et , dans certains cas , les recouvre partiellement, comme s'il s'était épanché sur elles. On connaît des filons de granité dans le gneiss , le schiste argileux , la syénite , la sei-pentine , etc. On l'a vu s'étendre en amas sur des calcaires de transition (Saxe, Noi-w^ège) , pénétrer sous forme de coins le calcaire jurassique (lungfrau , en Suisse), ou s'élever au-dessus de lui et le recouvrir (Predazzo, Canzacoli en Tyrol, montagnes deVOisans, en Daupliiné). On le cite même traversant les couclies du grès vert et de la craie (environs de Dresde). Les soulèveniens du granité paraissent donc avoir eu lieu depuis l'époque la plus ancienne jusqu'à la période tertiaire.
Le granité passe à la syénite en se chargeant d'amphibole , et perdant peu à peu son quarz et son mica (granité syénitique). Tout ce que nous venons de dire relativement aux rapports de position du granité et à ses époques de formation , peut s'appliquer à la syénite proprement dite. La syénite ordinaire joue , à l'jégard du sol primitif, le même rôle que le granité ancien; la syénite à cristaux de zircon et de sphène se lie en Norwègeà des schistes calcaires de transition ; on connaît enfin des syénites au-dessus du terrain de craie (Weinbohla, en Saxe). Les syénites sont très-répantlu(3 à la surface du globe , mais moins que les granités. Les principaux pays où on les rencontre sont la Norwège, l'Ecosse, la Hongrie , le Harz, les Alpes (vallée de l'Inn et Tyrol) , les Vosges (dans la partie méridionale) , la Bretagne , le Cotentin , etc.
^. Porphyres rçuges quarzifères. Ces roches sont es-
sentiellemcnt composées de feldspath et de quarz. Elles se lient intimement d'une part avec les granités et les syënites, et d'une autre part avec le grès rouge. Des conglomérats les accompagnent assez souvent, et, dans certains cas , elles prennent la structure amygdaloïde. Leur base présente quelquefois un aspect argileux (porphyre argdoïde , argilophyre). l^es métaux qu'elles contiennent sont des minerais de plomb , de cuivre, de zinc et d'argent. Elles paraissent s'être étendues à la surface de la terre, lors du soulèvement des continens, après la formation des schistes cristallins, jusqu'à celle du grès bigarré. On trouve du poi-phyre rouge en France , sur le versant oriental du ])lateau central granitique (environs de Roanne) ; il est abondant en Scandinavie, en Saxe, et sur le revers sud des Alpes (vallée de Fassa).
3. Porphyres amphiboliques et pyroxéniques (porphyres syénitiques •, mélaphyres; trapps). Les porphyres noirs syé ni tiques , composés de feldspath et d'amphibole, existent au Mexique et en Transylvanie, où ils ont été remarqués à cause des métaux précieux qu'ils renferment (or, argent, tellure) ; on les a désignés souvent par le nom de roche métallifère Ils se montrent fréquemment en contact avec la grauwacke , qu'ils ont altérée. Les porphyres noirs pyroxéniques (ou mélaphyres) apparaissent le plus souvent au pied des grandes chaînes priuiiLives , au soulèvement desquelles ils se rattachent (bande de mélaphyre du pied- sud des Alpes; mélaphyres du Palatinat). Les porphyres noirs passent souvent, comme les diorites dont nous allons parler, à des roches terreuses d'apparence homogène (trapps, spilites). Les spilites d'Oberstein sont célèbres par les belles agalhes qu'elles contiennent sous forme de nodules. Les trapps sont des roches dures , hou'.ogènes, d'un aspect mat et de couleur noire , qui offrent la division tabulaire ou la cassure en escalier. Ils se présentent souvent en dykes puissans au milieu des terrains stratifiés, et lorsqu'ils traversent des couches de grès , cette roche est altérée dans leur voisinage. Les trapps paraissent s'être élevés à la surface de la terre , par des ouvertures irrégulières ou par des fen-
rompagm's d'amas considcrablea de fragmeiis
ens de leur propie subslance déjà solidifiée,
restas intercales, sons forme du conglomérais ,
irs masses, lorsque celles-ci se souL éieuduca
« "appes.
, opkiles et varioliiex; eu/jholides et serpcnliiles et varioliles iie paraissent être que de ""nfications des dioi'itc;. Les dioriles passent le dans le» Pyrénées , et les eupholuies en i ces rociies sont donc liées inlhueiiiciit enrs ""nlioiidcs et serpenlinca sont coinmuDes iTurin , dans les ApemiinB de la Ligurie ". , au Harz , en Saxe , ca BoLènie, elc.T uteiit en dûtnc's ou amas cansidi'rahles J...,ui;iiiineut avec les terra m s ta! queux. Elles ne lient point de filons niélallifères, mais de petits a des cristaux dissémines de fer magnétique , de Di'Amé, de fer pvriteux et de niispickel. On a cite tassages de l'eupuottde au granité. Qusut au dio- , il passe d'un coté à la sj'éuite, de l'autre k la doicnic et au tiapp. Les diorites se rencontrent dans un granil nonibic de lieux , et pLintipalenient au Harï , en Saxe , dans le Ficlitelgebirge , dans les montagnes du Rhin , en Angleterre , en Aine'rique. Ils renferment plusieurs minerais en amas ou en liions , entr'autres des minciais de fer et de cuivre, d'or et d'argent. Les diorites et serpentines sont aussi accompagnes, comme les trangis, de congloniéiats formés sans le concours de l'eau, ues roches paraissent avoir etti soulevées depuis les époques géologiques anciennes jusque dans la période tertiaire.
5. l'rachytes ; pkonoliles. C'est à la jte'riode tertiaire que paraissent se rapporter les premières époques de soulèvement ou d'épanclicment des tracbyles , roches qui se distinguent des porphyres par la rareté du quant et leur porasité. Ils ont été produits tantôt sons la forme de cônes ou de dômes, tantôt en larges nappes, alter— nantavec des assisesde conglomérats ou luis tracli y tiques. Les terrains trachytiques oITrent en outre diUcrentes iMclies porp! lyriques ou vitreuses (porphyre tiachytiquc, plionotite, rétinite, oh^iilienne , ponce) en masses ijai sont groupées entre elles dans un certain ordre f
mais qui ii^ofiient ni indice de stratification , ni vestige de cratère. Les trachytes se montrent fréquemment en relation avec les syénites et les porphyres d'une part , et de Tautreavec les basaltes. Dans ce dernier cas, les trachytes paraissent en gênerai plus anciens que les basaltes (trachytes du Mont-I)ore et du Cantal). Cependant, dans les îles Canaries , ces deux espèces de roches ont paru à des époques successives et réite'rees. Le plus ordinairement, les trachy:es et les basaltes se présentent nettement separe's et forment , sur la surface du globe , des groupes détaches. Les gîtes les plus puissans des trachytes sont la chaîne des Andes en Amérique, l'Auvergne en France (IMonts-Dômes, Mont-Dore et Cantal), les Sept-Montagnes , sur les bords du Rhin , les monts Euganéens , en Italie, la Hongrie, etc.
6. Basaltes. Le terrain l)asaltique se compose de différentes roches pyroxcniques ( Ijasalte granulaire ou dolérite , basalte compacte , wacke , conglomeriJt basaltique, pépérino, scorie). Il se présente sous la forme de montagnes coniques , de plateaux ou de grandes nappes, qui sont compose's d'un assemblage de prismes de basalte , et aussi sous la forme de dikes ou de filons. Il pre'sente rarement les caractères d'un véritable courant (Montpezat , dans le Vivarais ; île deTéne'riffe). Lorsqu'il est e'tendu en nappes , les assises de basalte solide alteiTient, comme celles de trapp et de trachyte , avec des conglomérats composés de fragmens de basalte , irrcguliers, scoriacés, et à peine cimentés. Les premières époques de soulèvement des basaltes paraissent se raj>- ]>orter , comme celles des trachytes , à la période tertiaire : comme les trapps , ils paraissent être sortis généralement par des fentes ou de larges crevasses. On les trouve souvent intercalés au milieu des roches calcaires de celte époque (Auvergne ; Vicentin).
•^. Laides des ^volcans à cratères. Les laves peuvent être considérées comme des basaltes ou des trachytes qui auraient été refondus. Ce sont des roches feldspathiques ou pyroxéniques , souvent poreuses et scoriacées , qui sont sorties de bouches ignovomes , sous la forme de courans ou de coulées, en se répandant par bandes étroites sur les flancs des montagnes, et en suivant la direc-
tion des lignes de plus grande pente. Elles se présentent quelquefois en nappes solides , qui rappellent celles des . basaltes (île de Lancerolc), et se divisent quelquefois en prismes pareils aux prismes basaltiques ; mais ces nappes n'alternent pas avec des conglomérats , comme les basaltes. Les cheminées des volcans à cratères se sont le plus souvent ouvertes au milieu des roches trachy tiques. Les volcans qui sont disposés en se'rie s'étendent parallèlement à la longueur des chaînes, soit sur leur crête, soit vers leur pied. On distingue des laves volcaniques de deux époques différentes : celles qui se rattachent à des cratères éteints depuis les temps historiques (Auvergne; Eifel), et celles qui, provenant de volcans encore en activité , appartiennent bien réellement à la période actuelle.