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DE LA DURÉE DE LA VIE, ET DE LA MORT

Nous avons vu que l’homme met un temps à.

croître, qu’il reste pendant un temps dans un état stalionnaire, et qu’enfin arrive un âge où commence la décroissance de ses facultés. L'action vitale tend elle-même à changer l’état du corps où elle s'exerce. Ainsi l’ossification augmente continuellement , les fluides diminuent, la sensibilité s’éteint. On doit donc admettre que la mort est un résultat de l’organisa-. tion aussi rigoureux et aussi bien déterminé que chacune des périodes phénoménales qui constituent Les

D'HYGIÈNE. 51 différens âges. Il est difficile cependant &’établir la durée de la vie. Rarement on meurt de vieillesse : presque toujours c’est une maladie qui met un terme à l’existence. On pense cependant que l'homme peut vivre six à sept fois autant de temps qu'il s'en est écoulé entre la naïssance et l’apparition de la puberté.

Les maladies sont le résultat de l’action des choses ‘extérieures sur notre organisation, ou de lusage que nous faisons de nos propres facultés. Aussi sout-elles d'autant plus à craindre que nous sommes moins capables, soit par notre position sociale, soit par notre volonté, de nous soustraire à l’influence de ce qui nous entoure. Le pauvre a donc plus de maladies que le riche, et par suite il vit moins. Les progrès de la civilisation tendent constamment à perfectionner et à augmenter les moyens de résistance ch à les rendre plus communs et moins chers : par-là Jes maladies deviennent moins fréquentes, les épidémies plus rares et moins dangereuses. Sous ‘ce rap- Am il y'a profit pour tout le monde et surtout pour le pauvre. D’après les recherches de M, Villermé, la mortalité à Paris était, au quatorzièmesiècle , de 1 sur 6 à 17; au dix-septième, de 1 sur 25 ou 26. Elle est aujourd'hui de 1 sur 32 6/20. Mais aussi depuis cinq siècles l'hygiène et la richesse de la société ont fait ‘dés progtès immenses, et par cela seul, dés maladies ont disparu , ou sont devenues moins redoutables. Il a été constaté que les malades courent d’autant ‘plus de chances de mort que par leur position ils ont été plus exposés à la misère. C’est un fait d’ail- Jeurs facile à concevoir. Ainsi, à Paris, la classe des

chiffonniers , des portiers, est celle qui offre le plus ‘grand nombre de décès. Ainsi encore, d’après des recherches suivies par M. Villermé pendant cinq ans, le nombre des décès dans le premier arrondissement ‘de la capitale est à celui du dotizième comme 5o est à 100. Or l’un est composé d’une population riche ‘en:-général , et l’autre d’une population ouvrière. Pans l’état actuel de la science, il n’est pas pos-

42 LEA ÉLÉMENS ; sible de donuer des résultats positifs sur les rapports existans entre la durée de la vie et la richesse publique. Depuis long-temps, des médecins se sont occupés de ce sujet; mais ils n’ont encore pu produire : que des travaux incomplets, et cela non pas faute derecherches , mais faute des matériaux nécessaires : aussi actueliement est-il seulement possible d’apercevoir que la fréquence des maladies et la mortalité sont en raison inverse de l’aisance et de la liberté in- . dividuelle; qu’elles sont relatives aux saisons, au. climat, aux sexes et aux âges. Dans les Antilles, sur : 100 esclaves , il en meurt 17, et sur 100 soldats nègres, 3 175 seulement. | |

Dans nos contrées, les époques de l’année où les décès sont les plus nombreux sont les mois de mars et d'avril; ceux où ils le sont le moins sont les mois d'août et juillet. Cela tient à l’étatdel’atmosphère. Les climats où la vie est la plus longuesont ceux des pays froids : ainsi en Russie, la longévité est une fois pius fréquente qu’en France, et en France elle est : aussi beaucoup plus fréquente que dans les plaines de la zone torride. Leshabitans des campagnes vivent plus que ceux des villes, toutes choses égales d’ailleurs, et chez eux aussi la moyenne de la vie est d’autant plus considérable que le pays est plus riche, D’a- | près les travaux les plus récens , les décès en France sont comme 1 est à 39 et quelque chose; ceux des hommes sont à ceux des femmes comme 48 est à 47.

Dans l’établissement de ces moyennes de la vie, il faut tenir compte de l'influence des âges. Un tableau de dix ans finissant en 1817 donne pour la ville de Paris les résultats suivans : sur 215,501 dé-: cès, il est mort depuis la naissance jusqu’à trois mois 12,101 mâles et 9,840 femelles, au total 22,007; et | d’un an à deux, 10,670 individus. Aïnsi on voit que la proportion des morts est énorme dans les premières années de Ja vie. On pense qu’ordinairement environ un tiers des enfans périt avant l’âge de cinq ans, et. ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il meurt plus de …

D'HYGIÈNE. CHAR garçons que de filles. Il est vrai qu'aussi il en nait un peu plus, dans la proportion de 26 à 25 environ , en France. Sur le tableau dont il s’agit, les époques où la mortalité est la plus considérable sont les suivantes : 1° entre vingt el vingt-cinq ans; il porte 35,718 décès d'hommes, et 8,588 de femmes, au total 12,500, IL est à remarquer que cet âge est pour les femmes celui de la plus grande mortalité; cependant on croit en général que c’est à l’époque de la cessation des règles qu'il périt le plus d'individus du sexe féminin. Le travail dont je me sers actuellement prouve qu’il n’en est pas ainsi, et que dans l’âge critique, les décès se balancent à peu près avec ceux des mâles : il est vrai que cet âge laisse souvent après lui des maladies qui tuent dans les années suivantes. 2° Entre quarante et quarante-cinq aus, la proportion des décès est très-grande; mais, avant et après, la mortalité est à peu près la même annuellement jusqu’à quatre-vingts ans. Enfin, sur le nombre de 213,50or,ilne s’est trouvé que six individus qui aient passé cent ans, ;

La constatation de la mortalité aux différentes époques de la vie n’est que celle de la fréquence ct du danger des maladies qui s’accroissent en raison de l’âge. On a fait en Ecosse, d’après des matériaux fournis par plus de soixante-dix sociétés de secours mutuels, un tableau moyen , d'où il résulte que, de- Puis l’âge de vingt ans jusqu’à soixante et dix , l’état de maladie, avec impossibilité de travail > cComprend près de deux années.

La conséquence la plus générale à tirer des recherches qui ont été faites sur la mortalité est la certitude que les maladies sont d'autant moins fréquentes et moins graves que les individus sont dans une aisance plus grande, la société plus civilisée, l’industrie plus avancée, les villes mieux bâties, etc., résultats tout-àfait opposés à de prétendues Opinions philosophiques qui règnent encore dans beaucoup d’esprits.

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