RÈGLES DE L'HYGIÈNE RELATIVES AUX PROFESSIONS
L’hygiène des professions n’est autre chose que l’appréciation des causes” morbifiques particulières aux divers genres de travaux , et l’examen des moyens qu'on peut leur opposer. Parmi les hommes qui travaillent,. les artisans sont presque les seuls qui subissent l’action des causes de cette espèce. Nous lie nous ocCuperons donc que d'eux. Ces causes sont la situation des ateliers, la nature des travaux , la nature des objets mis en œuvre. Nous al- Jons étudier ces choses sous le rapport de leur influence, et sous celui des moyens par lesquels on peut la modifier.
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Influences exercées par la situation des ateliers.
Nous voulons traiter ici des causes qui détériorent la constitution d’une manière générale, et la modi-
564 1 6 SÉLEMENSU" | Ft fient sans aucune souffrance ou lésion locale, de telle. sorte que l’individu est dépourvu de toute énergie dans l’exercice des fonctions, est sans force pour ré-. sister aux maladies. La plupart des artisans de profes- à sions sédentaires sont dans ce cas. Afin de tracer des règles derégime propres à faireévitercesinconvéniens, : il s’agit d'apprécier Les circonstances où ils se produi-. sent. Les individus qui travaillent dans des lieux où : l'air est calme, non renouvelé, et par conséquent. impur, dans des lieux où il y a absence d’une lumière abondante , présence d’humidité, si en même temps ils n’exercent pas leurs forces musculaires, nous présentent les signes les plus marqués de la détérioration dont il s’agit : ils sont pâles , blafards, bouflis ou très-maigres, sans appétit, sujets à des accidens gastriques, aux maladies catarrhales de toute espèce, aux rhumatismes, aux scrophules ; en un mot, supportant mal les causes de maladie et les maladies elles-mêmes, sans force, et par suite indolens : presque toutes les ouvrières sont dans ce cas. Les tailleurs, les cordonniers , qui séjournent dans les lieux étroits et renfermés; les imprimeurs, les tisserands, les ouvriers des manufactures , qui travaillent dans des endroits bas et humides, présentent en général le même caractère. Les boulangers, qui vivent plus la nuit que le jour, Poffrent à un degré moindre , parce qu’ils exerceut leurs forces musculaires. Ces causes de faiblesse peuvent être enlevées en grande partie, puisqu'il est toujours possible d’avoir ou de former des ateliers sains. Les maîtres de maisons doivent faire en sorte. que les salles destinées au travail soient élevées audessus du sol, dépourvues d'humidité, et suffisamment isolées pour que la lumière et l’air y circulent facilement. On a remarqué que, dans les ouvriers d'une même manufacture , ceux qui travaillent dans les salles du bas offrent les signés que nous avons donnés , tandis que ceux qui habitent le haut du bàtiment présentent les apparences d’une santé vigou-
PP D'ANGIONE. 365 reuse. Il nous semble , à cet égard , qu'il est de l’intérêt des maîtres que leurs-ouvriers soient moins souvent malades et vivent davantage , parce qu'ils en retirent bénéfice sous le rapport de la production et de l’habileté. Au reste , les moyens individuels de Parer à ces inconvéniens consistent dans l'exercice en plein air , et, pendant le jour, dans l'habitation de lieux élevés, dans de soins de propreté bien entendus soit dans les vêterens, soit dans l'usage des lotions, des bains, des frictions, dans un régime alimen- “taire nourrissant , dans l’abstinence de tout excès de boisson , soit de toute autre espèce. On peutainsi annihiler presque complétement lescauses dont il s’agit. Cependant le métier de tisserand exige cette atmosphère humide propre aux liéux bas que nous prescrivons d'éviter ; lhumidité est nécessaire pour que les fils ne cassent pas et que la colle ne sèche pas trop vite. On doit, à cet égard, ne faire que ce qui est “indispensable. [paraît certain que la colle faite avec la graine de phalaris, ayant beaucoup d’affinité pour l'humidité de Pair, permet un milieu plus sec , sans nuire au travail du tissage.
Nous avons dû mettre de côté ici les causes de détérioration qui ont leur origine dans la misère. Lorsque celle-ci existe, comme elle dopne lieu à une alimentation mauvaise ou incomplète, qu’elle nécessite une habitation malsaine et ne permet que certains vétemens ; les inconvéniens dont nous avons parlé deviennent plus redoutables.
Influences exercées par la nature des travaux.
Les hommes qui sant obligés à des efforts violens , Æomme les portetaix , les frotteurs , les forts des halles , éte. , sont Sujets aux hernies, aux ruptures de tendons et de muscles. Ceux qui, pendant Ja durée de leur travail, sont obligés de se tenir dans une station constante, sont sujets aux gonflemens des membres inférieurs, œædèmes, aux varices, aux ulcères de F
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566 ÉLÉMENS DUPITNINES
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ces parties : têls sont les imprimeurs. Îls ont d'autant | plus à craindre ces accidens que.le lieu est plus hu- | mide. Ceux qui ont les jambes plongées dans l'eau. sont surtout exposés à des incommodités de cegenre: tels sont les hommes qui déchirent des bateaux ou w des trains. À ces causes on oppose eflicacement Ju- .
sage de bas lacés propres à comprimer les membres, . A et pour ceux qui les plongent dans l’eau, l’usage de.
bottes propres à empêcher son contact. Lesindividus habituellement assis sont exposés aux hémorroïdes , aux ardeurs à l'anus etaux parties génitales. Chez les femmes, surtout chez celles qui usert de chaufiereites, on voit de nlus des flueurs blanches. Les tailleurs ; à
cause de la manière dontilsse placent, sont exposés à
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des engourdissemens des cuisses et des jambes, etd’une |
manière toute particulière à la sciatique. Les moyens de parer en partie à ces inconvéniens sont l'usage des siéges peu propres à conserver ja chaleur, et percés
pour les hémorroïdes, Femploi de lavemens, de
bains. Chez les personnes assises qui. sott obligées
d’avoir le corps penché , le foie et l’estomac éprou-"
vent une compression continue : de là de Pinappétence , et la prédisposition à des malaies gastriques. Chez les artisans qui, tels que les cordonniers, agissent sur leurs instrumens en les poussant avec-le bas du sternum , cette prédisposition augmente d’une manière remarquable , et se complique en outre de:
la disposition à l'asthme. Au premier mconvénient
on doit parer par l'usage de la position Ja plus droite possible, et d’un régime alimentaire doux; au se-
cond, par lusage d’une plaque assez forte pour. empêcher l’action directe des efforts exercés. Les ouvriers qui travaillent sur des objets très-fins, brillans,
ceux qui usent d’une vive lumière, sont sujets à devenir myopes; en outre, ils sont atteints souvent, d’ophtalmics chroniques, de cataracte, d’amaurose.. Les ouvriers qui travaillent à la chaleur doivent, craindre le passage brusque du chaud au froid, car de Ià résultent des inflammations variées des organes
EN" D'HNGIÈNE. 567 * thorachiques, des rhumathismes : les cuisiniers, les boulangers, les verriers, sont dans ce cas; les ouvriers . des mines, suivant les saisons , Sont exposés aux mêmes dangers. Les verriers nous présentent les caractères du plus haut degré d’influence exercée par une chaleur artificielle excessive ; ils sont maigres, faibles , très-irritables, digérant mal, habituellement constipés, sujets aux accidens gastriques , apoplectiques , vivant peu. Ils ont besoin d’un régime adoucissant et délayant. Les hommes qui, dans leurs travaux, ont les pieds plongés dans l'humidité ou sur un pavé froid, sont sujets aux coliques, aux diarrhées: le remède est daus une bonne chaussure. Les blanchisseuses, qui ont souvent les pieds dans l’eau froide, les bras plongés tantôt dans l’eau froide , tantôt dans l’eau chaude, qui souvent changent de tempéraiure, sont , à cause de cela, exposées aux affections des organes thorachiques, à lenrouement, aux maux de gorge, aux coliques ; à la diarrhée, aux suppressions, au rhumatisme, etc. Lei, les soins à prendre pôur éviter les maladies s’'indiquent par la nature même.de la cause. Enfin, les hommes qui font un grand usage de Ja voix sont sujets à l’enrouement . signe d’une angine laryngée chronique, à des inflam- . Mations aiguës de cegenre ; à la phthisie laryngée ; ceux qui parlent longuement éprouvent en outre des douleurs de tête intenses. À ces maux il n’y a d'autre remède que la modération dans l'usage de Porgane. Nous ne devons pas oublier ici que les bruits violens ont pour résultat la diminution de la sensibilité de l'oreille ; lorsqu'ils sont continus , fussent-ils mêmemodérés, ils suffisént pour anéantir toute puissance de réflexion ; ils amènent une torpeur des facultés intel. lectuelles tout-à-fait remarquable.
Influences tenant à la nature des matériau x misen k œuvl'e. nes
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Presque toutes les substances mises en-œuvre de-
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viennent , par suite du travail même, l’origine d'é- ! manations plus ou moins dangereuses. Elles sont introduites dans l’économie , mélées à Pair qu'on me spire par la bouche , .et alors avalées avec la salive ; plusieurs sont absorbées par la peau ; il en est qui agissent seulement par la malpropreté qu’elles cau= sent à la surface cutanée. Souvent ces divers modes + d'action sont réunis en une seule. Les corps métalli= : ? ques. sont sans contredit ceux dont les émanätions 4 sont les plus redoutables. Les ouvriers qui travaillent le mercure , tels que les doreurs sur métaux, absorbent ce métal par toutes les voies. Ils ne tardent pas aussi à devenis pâles , sujets aux vertiges, asthmatiques ; il y a tremblement des mains et du cou , salivation, ulcères dans la bouche, chute desidents, carie desos, des douieurs profondes dans-les mem- + bres , chorée , paralysies partielles, etc. tel est le plus haut degré de l’action du mercure qui ait été observé. Pour l’annuler autantqu'ilest possible, ilfaut un atelier vaste, uniquement consacré à ce travail etoù il sera possible d'établir de violenscouransd’ain; on chauffera le mercüresous un manteau large de che: minée construite de tellesorte qu’elle puisse bien tirer ‘etque les vapeurs soient toutes entraînées ; en outre, les ouvriers auront soin de ne point respirer dans Patmosphère où seront ces vapeurs. Ils useront souvent de bains, de frictions, de l'exercice en plein air poussé jusqu’à causer la sueur; ils feront un usage fréquent de lait, d'œufs, de bouillon, de beurre;etc. ir Eufin, ils interrompront leur travail au moindre ac- ‘cident. N'oublions pas que le mercure chauffé dans 4 des lieux fermés donne lieu à un dégagement de væ | peurs assez considérable pour causer J’asphyxié. |! | La préparation du plomb n’est guère moins dangereuse que celle du mercure. Les peintres qui portent leurs pinceaux à la bouche, les ouvriers-quitravaillent la céruse , les imprimeurs même qui portent imprudemnient les caractères à la bouche, les plombiers , les fondeuïs de caractères, etc: , ceux! qui tra-
Hu we se Wie “cn He | # D'HYGIÈNE. . 569 vaïllent lecuivre, sont sujets à une espèce de colique très-douloureuse, connue sous le nom de colique de ‘peintre ou de plomb , à des paralysies partielles , à des accès d’épilepsie, etc. Ils sont ordinairement pâles ; la peau est terreuse ; il y a constipation , douleurs vagues du ventre, mouvemens convulsifs, lour:deur dans la tête, ete. Les soins de propreté, des bains prolongés et fréquens, un régime alimentaire adoucissant, l’usage des lavemens, la régularité dans les excrétions, l'exercice modéré, peuvent, jusqu’à un Certain point, empêcher l'invasion de ces accidens. Les métiers qui obligent à vivre au milieu d’émanations animales viennent en troisième ligne, quant au danger des maladies qu’ils occasionent, Les tanneurs, les corroyeurs, les marchands de fromage, ceux qui cuisent les huiles, ceux qui travaillent à la fabrication du suif et Séjournent au milieu des vapeurs qui s’en élèvent , etc. , sont sujets à des accidens gastriques, et ont particulièrement à craindre les maladies du tube digestif; la respiration d’ailleurs se fait mal. Lescuisiniers, qui sont constamment plon- gés dans les vapeurs qui s'élèvent des viandes sides | fourneaux de charbon allumés, sont sujets aux mêmes accidens ; de plus, ils ont à redouter les congestions vers la tête. Les recommandations hygiéniques sont, à cet égard, dela même nature que les précédentes ;
seulement leur 6bservation a plus de succès.
Les ouvriers qui travaillentau milieu de poussières soit minérales, soit animales, soit végétales, sont sujets particulièrement aux irritations de tout l’appareil respiratoire , au rhumatisme, et aux maladies de la peau, suite d’une malpropreté habituelle. L’usage d’un linge placé devant la bouche peut cmpécher’en partie l’aspiration de la poussière. L'emploi fréquent des bains et de lotions est alors salutaire. Ces ouvriers sont, en outre, fréquemment atteints d’inflammations des paupières et de l'œil , auxquelles ils Opposeront avec utilité les lotions froides. Parmi ces hommes, les amidonniers, qui séjournent au milieu