‹ Précis élémentaire de géologieChapitre 52 sur 107 · DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES TERRAINS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION PARTICULIÈRE DES TERRAINS

PBEMiÈBE CLASSE. — TERRAINS NEPTUNIENS (1).

C^araeléres généraux. — Les terrains iieptuniens sont généralement stratifiés et principalenient composés de roches calcareuses, quartzeuses, argileuses, schisteuses et charbonneuses; ils renferment aussi des roches talqueuses et micaciques dans celles de leurs parties qui se rapprochent des terrains plutoniens, et, quant aux roches feldspathiques et pyroxéniques qui se rencontrent dans ces terrains, il parait qu'elles appartiennent, en général, aux terrains plutoniens, qui souvent s'intercalent, sous la forme de filons, d'amas et de coulées, dans les terrains neptuniens. Ces derniers recèlent, en général, beaucoup de corps organisés, du moins dans les assises supérieures, car ces corps ne s'aperçoivent pas dans les assises inférieures.

DiviiiloB. — Nous divisons les terrains neptuniens en cinq ordres, qui se rapportent à leur superposition respective, et que nous désignons par les dénominations de terrains modernes, qua^ ternaires y tertiaires ^ secondaires et primaires.

(!) Cfltto daise comprend les terrains marim, ceai A*eau dovce, ceux de sédimenu et lei KklUM crUtaUin» des aaleors.

«16 GEOGNOSIB.

PREMIER ORDRE, — TERRAINS MODERNES (i).

Caractères généranz. -^ Les terrains modernes sont principalement caractérises par la présence des monuments de Tindustrie humaine, et par celle de corps organisés semblables à ceux qui vivent actuellement. Les dépôts meubles y sont beaucoup plus abondants que les dépôts cohérents, et ces derniers ne sont, en général, composés que de roches calcareuses.

DIvIsloa. — Nous les divisons en cinq groupes, que nous désignons par les dénominations de terrains détritique^ aïîuvien^ tujarf, madréparigue et tourheua (2).

!•' SouS'Ordre. — Terrain détritiqae (3).

Caractères géaéraaz. — Les matières que nous désignons par le nom de terrain détritique ne sont pas de véritables roches, dans le sens que Ton donne ordinairement à ce mot, ni même des dépôts particuliers proprement dits; ce n'est, pour ainsi dire, qu'une 'manière d'être ou plutôt une modification superficielle de quelques-uns des dépôts que nous examinerons dans les articles suivants.

Ce terrain recouvre la majeure partie de la surface émergée du globe; mais il n'y forme ordinairement qu'une pellicule meuble, dont la nature participe plus ou moins de celle des dépôts sur lesquels elle s'étend. Cette nature présente en conséquence beaucoup de variations, où l'on peut cependant signaler six modifications principales qui se rapportent à ce que l'on désigne communément par les noms de terres végétales^ terres vierges (4), sables mowants, sables salifères^ éhoulis et moraines.

(1) Cfli dépdts sont tassi ippelAs terrainêpostpliocèneSj terraint post diluviem, terrainf jùvient, alluvien* mùdemeê,

(2) Ces cinq groopos sont parallèles selon le langage géognoiitiqnft, c^esl à dire cootemporaios : Us correspoodeot, conme oq le verra dans la Géogénie, A cinq modes différents de formatico, Je manière qne le premier est composé de dépôts. for mes par Taction mécanique des eau stmospti^ rîqnes, le secend, de dépôts formés par Taclion mécanique des eaax répandaes à la surface àt \i terre, le troisième, de dépdis formés par Faction chimique des eaax qai sortent da sein de la t^m» le qoatrièrae, par des animaux et le cinquième, par des débris de Té^éiaux.

(3) On doit, à Toccasion de celte dénomination, ainsi que de plusieurs de celles qui seront employées pour d^autres groupes, ne pas perdre de rue qu'il faut èTiler de prendre cet noms dans no sens exclusif; car, quoique je donne au groupe qui fait le sujpt de cet article le nom de ten^oin détritique, on rerra, dans le cours de cet ouvrage, que beaucoup d'autres parties de Técort^ «lo globe sont formées de débris aussi bien que mon terrain détritique.

(4) Je conserve ici, à défaut de dénominations moins mauraises, le nom de terres au matière

Les terres végétales doivent leur nom à la circonstance qne c^est dans ces matières qne croissent presque tous les végétaux qui ornent la surface de la terre. Elles forment un dépôt superficiel très mince, qui est principalement composé de limon, d'argile ou de sable plus ou moins mélangé de terreau, c'est à dire de substances végétales ou animales passées à l'état terreux. Dans les pays calcareux, elles contiennent aussi du carbonate calcique. En général, la terre végétale participe toujours de la nature des dépôts sur lesquels elle repose; elle renferme aussi des fragments plus ou moins gros des roches cohérentes qui l'avoisinent.

Les terres végétales présentent beaucoup de variations. Les meilleures sont celles qui reposent sur le limon. On distingue souyentles terres végétales en sablonneuses, arçileuses et calcareuses, ce qui signifie seulement que le sable, Fargile ou le calcaire influent sensiblement sur leur composition, car, lorsque ces matières sont pures, elles ne sont pas propres à la culture; et il est bon de remarquer à cette occasion, que, quoique l'on parle ordinairement de l'aridité des sables et de la fertilité des terres argileuses ou calcareuses, le sable pur est plus favorable à la végétation que l'argile pure et le calcaire pur. La manière dont on s'exprime à cet égard provient de ce que, la nature présentant abondamment des dépôts de sable pur, et rarement des dépôts terreux d'argile pure ou de calcaire pur, on est dans l'habitude d'appeler terres argileuses ou terres calcareuses celles oii l'argile et le calcaire sont déjà mélangés avec le sable.

n y a encore des substances, autres que celles indiquées cidessus, qui, par leur nature ou par l'état dans lequel elles se trouvent, favorisent la végétation d'une manière plus ou moins puissante; et, sans parler ici des cendres et de quelques engrais particuliers que l'expérience ou le raisonnement ont fait connaître aux cultivateurs, les terrains volcaniques contiennent quelquefois des matières terreuses, extrêmement favorables pour la végétation, ce que l'on attribue aux combinaisons alcalines et phosphoriques que contiennent ces matières.

tamaies modifiées daot Tépoque moderne par des phénomèoes antret qna les éboalemeots, le transport par les glaciers oa par les eaux conraotes, et les éroptions Tolcaoiqoes. On étend ordinairemeat ce nom à des dépôts appartenant i d'antres périodes, et notamment aux importants dépôts de limons dont il sera question à fartiele des terrains quaternaires; mais, qaoiqae la ma jenre partie des matières qne je désigne par le nom de terres soient formées anx dépens des limons dont il s*agil, je crois qn*on doit les on distinguer par la même raison qne Ton range certains dépôts de poudingies on de cailloux roulés dans les terrains <Se l'époque oà ils ont été réunis dans leur aaaocialioo actaeile,et non pas dans les terrains de Tépoqua oà la matière des fragments a été formée. Cesi par la même raison qne je fais figurer ici les sables mourants, qnoiquHl soit souTeni faeil0 de reconnaître le dépôt plus ancien auquel ils appartiennent.

S18 GÊOGNOSIE.

On désigne quelquefois par la dénomination de terre» wlerges (1) les dépôts terreux dans lesquels la végétation ne s'est pas établie, soit parce qu'ils sont naturellement arides, soit plus communément parce qu'ils sont recouverts d'autres matières. Leur composition est aussi très variable et ne diffère ordinairement de celles des terres végétales que par l'absence de débris de végétaux ou d'autres engrais.

Les sables appartiennent, comme on le verra dans la suite, à d'autres terrains que celui qui nous occupe; mais, lorsque ces dépôts ne sont pas recouverts par d'autres matières, leurs parties superficielles, que l'on appelle ordinairement sables movTaBts, parce que les vents les déplacent fréquemment, doivent aussi prendre place a côté des terres ; ce sont ces sables qui impriment à la plupart des déserts leurs caractères particuliers.

Les sabieM superficiels sont quelquefois sallfères, c'est à dire imprégnés de selmarin et d'autres substances solubles, telles que du salpêtre ou du natron, qui sont à l'état de dissolution pendant la saison humide et qui pendant les temps secs forment une croûte cohérente à la surface du sol. Cet ordre de choses se remarque notamment sur une grande partie des steppes du milieu de l'Asie. D'un autre côté, il est à remarquer que le salpêtre effleurit fréquemment sur les dépôts détritiques lorsqu'ils renferment des matières animales en décomposition.

On désigne par le nom d'ébonlls un genre de dépôts qui, au lieu de former des assises superficielles comme ceux dont il vient d'être question, compose souvent des talus de montagnes et quelquefois des filons ou des amas. Du reste, la nature, l'état, la forme et la puissance de ces dépôts dépendent de la nature des roches qui composent les montagnes auxquelles ils sont adossés ou intercalés, ainsi que de la hauteur et de la forme des flancs de ces montagnes. Quelquefois les éboulis ne sont composés que de fragments de roches cohérentes plus ou moins volumineux, souvent anguleux, rarement arrondis. Ailleurs ces fragments sont mélangés avec des matières terreuses, dont la nature rappelle celle des roches altérables qui constituent la montagne. Enfin, lorsque cette dernière est uniquement composée de roches facilement altérables, son talus ne présente ordinairement que des dépôts terreux.

On donne le nom de moraines à des dépôts qui se trouvent au

(1) J'Avais désigné ces mtliêres dans les premières éditions par le nom de terres arides; mais celai de terres vierges, plus asiiè dans les livres d'agricallure, me paraît préférable, parce qu'il s'associe mieux avec la manière dont je pense mainlenant qu'il convient d'entendre Texpressloo d« ferrer végétales

pied, BUT les côtés et sur le dos des glaciers, d^où on les divise en moraines terminales^ latérales j et ^nédianes ou superficielles. Les premières sont les plus importantes et forment de petits monticules qui ressemblent à des digues, tandis que les dernières ne consistent que dans de petites traînées. Les moraines se composent, comme les éboulis, de fragments plus ou moins gros de roches analogues à celles qui environnent le glacier.

Nous ne reviendrons ici sur les corps organisés que Ton trouve dans le terrain détritique que pour faire remarquer que Ton doit éviter de confondre ceux qui sont propres à ce terrain, c'est à dire ceux qui appartiennent au groupe des espèces actuelles, avec ceux qui appartiennent aux groupes antérieurs et qui s'y trouvent mé langés tout comme les fragments des roches qui les recelaient.

2* SouS'Ordre. — Terrain allaTlen.

C!araetéres génëraax. — Le terrain alluvien, comme le terrain détritique, est généralement formé de dépôts meubles, composés de fragments dont le volume et la forme sont très variables ; aussi est-il souvent très difficile de le distinguer du terrain détritique. Son principal caractère distinctif est de ne pas s'étendre généralement, comme le terrain détritique, sur les montagnes ni jsur les plateaux élevés. Il se trouve ordinairement dans les vallées et dans les plaines placées à l'embouchure des grands fleuves, ainsi que sur les bords et probablement dans le fond de la mer, d'où on peut le diviser enjluviatile et marin.

Le terrala allnvlea ilavlatllc, connu sous le nom d'alluvions, a une composition extrêmement variée et qui participe toujours de celle des autres dépôts qui composent la partie du bassin hydrographique placée au dessus du lieu oii il se trouve. Lorsqu'on le considère au point de vue de sa texture et de sa cohérence^ on peut distinguer six modifications principales, savoir : les dépôts terreux^ les dépôts arénacés^ les graviers^ les dépôts caillouteux^ les gros débris et les roches conglomérées^ mais ces modifications se lient et se mêlent si intimement entre elles, qu'il est difficile d'y établir des limites et de les trouver isolées l'une de l'autre.

Les dépôts terreux sont composés soit de limon, soit d'argile, soit, plus souvent, de ces matières mélangées entre elles ou avec du sable, du calcaire et du terreau; ils forment ordinairement d'excellentes terres végétales et se trouvent principalement dans les plaines et dans les vallées basses.

iiO GÉOGNOSIE.

Les dépôts arénacés portent ordinairement le nom de sahUs de rivières^ mais ce sont rarement de véritables sables, c'est à dire qu'ils sont rarement composés exclnsiyement de grains de quartz; on y reconnaît, au contraire, beaucoup de grains d'autres substances minérales. Ces dépôts se trouvent principalement, de même que les dépôts terreux, dans les plaines et dans les vallées bass^. On remarque que ces deux catégories de dépôts forment souvent des couches alternatives, et que quand ils sont situés vers Tembouchure de grands cours d'eau; ils atteignent quelquefois une poissance considérable.

hes graviers ne diffèrent, en général , des dépôts arénacés que parce que les grains qui les composent sont plus gros ; ils se trouvent plus rarement dans les plaines et plus souvent dans les vallées.

Les dépôts caillouteux sont très communs dans les lits de rivières, dont ils recouvrent ordinairement le sol; on les trouve aussi dans d'autres parties des vallées, mais ils sont généralement rares dans les plaines ; ils ne diffèrent des graviers que parce que les fragments qui les composent sont plus volumineux. Ces fragments ont ordinairement leurs bords arrondis; mais on remarque que ceux qui se trouvent dans le voisinage des montagnes sont souvent moins arrondis que ceux qui en sont plus éloignés.

Les çros débris se trouvent principalement dans les vallées des montagnes. Leur nature dépend, encore plus que celle des autres modifications, de la nature des roches qui existent en masses dans les lieux plus élevés qui les avoisinent, ou qui forment la partie supérieure du bassin hydrographique. Leur volume est aussi subordonné à la nature de ces roches et souvent à leur éloignement, les fragments de roches tenaces et solides étant généralement plus gros que ceux des roches friables ou altérables, et ceux dont les roches semblables se trouvent dans le voisinage étant ordinairement plus gros et ayant des formes plus anguleuses, tandis que ceux qui ressemblent à des roches éloignées sont moins volumineux et ont des formes plus arrondies. En général, les gros débris alluviens ont beaucoup de rapport avec les éboulis à gros fragments, dont il est difficile de les distinguer; ils sont d'ailleurs peu abondants, passant bientôt aux dépôts caillouteux.

L'existence de grandes masses cohérentes appartenant aux alluvions est un fait qui laisse encore des doutes, quoique l'on ait souvent cité des roches de ce genre comme faisant partie des terrains d'alluvion ou de transport; mais, ces dénominations s'appliquant aussi à des dépôts quaternaires, nous ne pouvons nous arrêter à ces citations. Du reste, on ne peut contester Texistenoe,

TERRAINS MODERNES. %t\

comme partie des allavions, de petites portions de roches confiamérees qui forment des espèces de rognons ou de blocs au milieu des dépôts caillouteux de nos rivières, et qui consistent dans la réunion, au moyen d'un ciment ferrugineux, de quelques-uns des fragments qui composent ces dépôts. Ces matières paraissent se trouver de préférence dans la partie des lits de rivières qui traversent des lieux habités, et on voit ordinairement dans leur intérieur un morceau de fer plus ou moins hydraté, ou la trace de mor* ceaux de fer détruits par la rouille.

On ne peut pas non plus contester Texistence dans les alluvions de roches conglomérées à ciment calcaire, mais celles-ci peuvent être considérées comme appartenant au terrain tufacé plutôt qu'au terrain alluvien.

Quant aux roches conglomérées à ciment siliceux que Ton rencontre dans les dépôts aUu viens, il n'est pas encore démontré que ce ne sont pas des fragments détachés des terrains antérieurs.

On cite aussi des allumons métallifères, mais comme on confond souvent les dépôts de transport quaternaires avec les alluvions modernes, et que d'ailleurs la distinction entre ces dépôts est fort difficile, nous n'oserions nous prononcer d'une manière formelle sur leur classement. Toutefois, quoique nous pensions que les plus importants de ces'dépôts appartiennent aux terrains quaternaires, on ne peut contester qu'il n'y ait des alluvions modernes qui donnent lieu à des recherches de métaux. Mais, comme les substances luetalliques ne s'y trouvent qu'en petite quantité, elles ne peuvent couvrir les frais de recherche qu'autant que celles-ci ont pour objet des métaux d'un prix élevé que l'on sépare des autres débris par le lavage. Aussi cette opération n'est-elle appliquée qu'à l'or, au platine, à l'étain. On exploite aussi des minerais de fer que l'on désigne aussi par l'épithète à'alluvion, mais il y a lieu de croire que ces dépôts n'appartiennent pas au terrain alluvien tel que nous l'entendons ici.

Les alluvions ont deux modes de gisemenês principaux, selon qu'elles se trouvent dans les vallées ou dans les plaines.

Les allwoions des vallées, et surtout des hautes vallées, sont généralement disposées en amas irréguliers plus ou moins puissants qui s'étendent le long des cours d'eau et s'appuient quelquefois sous la forme des bourrelets sur les flancs des vallées. Elles composent d'autres fois de petites plaines lorsque la vallée éprouve un renflement, principalement lorsque ce renflement coïncide, ainsi que cela arrive souvent, avec la rencontre de plusieurs vallées.

Les alluvions des plaines forment le sol des deltas ainsi que des

«22 GÉOGNOSIB.

queues de lacs ou d'étangs, et s'étendent quelquefois en assises peu épaisses sur les plaines basses traversées par des cours d'eau.

Le tcrralB allnvlen maria présente quatre modifications principales connues sous les noms de dunes ^ de levées^ de dépôts des places et de dépôts du fond de la mer.

Les dunes, ainsi qu'on Ta vu dans la Géographie, sont des collines qui forment de petites chaînes le long de la mer, elles sont composées de sables et forment, ainsi qu'on le verra dans la Géogénie, une espèce d'intermédiaire entre les sables mouvants et les véritables dépôts alluviens.

Les levécii sont, comme les dunes, des dépôts placés le long des côtes ; mais au lieu de former des chaînes de collines, elles ne consistent que dans des espèces de bourrelets soit isolés, comme des digues, soit adossés aux autres matières qui forment les côtes lorsque celles-ci sont élevées, de sorte qu'elles se confondent quelquefois avec les éboulis. Leur composition, qui est très varié, participe de celle des plages sur lesquelles elles reposent ou des fahiises sur lesquelles elles s'appuient.

On a vu dans la Géographie que les plagca sont les parties basses des côtes sur lesquelles les eaux de la mer se répandent plus ou moins régulièrement. Elles sont ordinairement recouvertes de dépôts meubles dont la nature varie, comme dans les levées, selon celle du sol environnant, et qui présentent, selon les circonstances, toutes les modifications de composition et de texture que Ton distingue dans le terrain alluvien. Lorsque ces dépôts sont caillouteux, on leur donne le nom de galets. Les dépôts des plages , ainsi que ceux des levées, sont quelquefois composés de débris de coquilles, ou même de coquilles à peu près intactes, qui sont assez abondantes pour qu'on puisse les recueillir pour faire de la chaux.

Quant aux dêpAts qui doivent se former au fond de la mer, ils nous sont tout à fait inconnus.

Les corps organisés qui se trouvent dans le terrain alluvien sont, conmie ceux du terrain détritique, de deux catégories ; les uns qui, de même que les fragments de roches, proviennent des terrains inférieurs, les autres, qui lui sont propres, appartiennent à des espèces actuellement vivantes. Les débris de végétaux y sont en général mieux conservés qu^ dans le terrain détritique, et l'on y rencontre souvent des arbres entiers qui sont quelquefois passés à l'état de lignite, mais qui d'autres fois ont conservé leur tissu ligneux, et leur solidité de manière à pouvoir être employés dans les arts.

comme partie des allayions, de petites portions de roches conçlomérées qui forment des espèces de rognons ou de blocs au milieu des dépôts caillouteux de nos rivières, et qui consistent dans la réunion, au moyen d'un ciment ferrugineux, de quelques-uns des fragments qui composent ces dépôts. Ces matières paraissent se trouver de préférence dans la partie des lits de rivières qui traversent des lieux habités, et on voit ordinairement dans leur intérieur un morceau de fer plus ou moins hydraté, ou la traoe de mor^ ceaux de fer détruits par la rouille.

On ne peut pas non plus contester Texistence dans les alluvions de roches conglomérées à ciment calcaire, mais celles-ci peuvent être considérées comme appartenant au terrain tufacé plutôt qu'au terrain alluvien.

Quant aux roches conglomérées à ciment siliceux que Ton rencontre dans les dépôts aUu viens, il n'est pas encore démontré qud ce ne sont pas des fragments détachés des terrains antérieurs.

On cite aussi des alluvions métallifères^ mais comme on confond souvent les dépôts de transport quaternaires avec les alluvions modernes, et que d'ailleurs la distinction entre ces dépôts est fort difficile, nous n'oserions nous prononcer d'une manière formelle sur leur classement. Toutefois, quoique nous pensions que les plus importants de ces'dépôts appartiennent aux terrains quaternaires, on ne peut contester qu'il n'y ait des alluvions modernes qui donnent lieu à des recherches de métaux. Mais, comme les substances inétalliques ne s'y trouvent qu'en petite quantité, elles ne peuvent couvrir les frais de recherche qu'autant que celles-ci ont pour objet des métaux d'un prix élevé que l'on sépare des autres débris par le lavage. Aussi cette opération n'est-elle appliquée qu'à l'or, au platine, à l'étain. On exploite aussi des minerais de fer que l'on désigne aussi par l'épithète à^alluvion, mais il y a lieu de croire que ces dépôts n'appartiennent pas au terrain alluvien tel que nous l'entendons ici.

Les alluvions ont deux modes de gisements principaux, selon qu'elles se trouvent dans les vallées ou dans les plaines.

Les alln^ions des tallées^ et surtout des hautes vallées, sont généralement disposées en amas irréguliers plus ou moins puissants qui s'étendent le long des cours d'eau et s'appuient quelquefois sous la forme des bourrelets sur les flancs des vallées. Elles composent d'autres fois de petites plaines lorsque la vallée éprouve un renflement, principalement lorsque ce renflement coïncide, ainsi que cela arrive souvent, avec la rencontre de plusieurs vallées.

Les alluvions des plaines forment le sol des deltas ainsi que des

queues de lacs ou d'étangs, et s'étendent quelquefois en assises peu épaisses sur les plaines basses traversées par des cours d'ean.

Le terrain allavlen marin présente quatre modiiScations principales connues sous les noms de dunes^ de levées^ de d/pots d(s places et de dépôts du fond de la mer.

Les dunes, ainsi qu'on l'a tu dans la Géographie, sont des collines qui forment de petites chaînes le long de la mer, elles sont composées de sables et forment, ainsi qu'on le verra dans la Géogénie, une espèce d'intermédiaire entre les sables mouvants et les véritables dépôts alluviens.

Les levéee sont, comme les dunes, des dépôts placés le long des côtes ; mais au lieu de former des chaînes de collines, elles ne consistent que dans des espèces de bourrelets soit isolés, comme des digues, soit adossés aux autres matières qui forment les cùtts lorsque celles-ci sont élevées, de sorte qu'elles se confondent quelquefois avec les éboulis. Leur composition, qui est très varié, participe de celle des plages sur lesquelles elles reposent ou des falaises sur lesquelles elles s'appuient.

On a vu dans la Géographie que les plages sont les parties basses des côtes sur lesquelles les eaux de la mer se répandent plus ou moins régulièrement. Elles sont ordinairement recouvertes de dépôts meubles dont la nature varie, conmie dans les levées, selon celle du sol environnant, et qui présentent, selon les circonstances, toutes les modifications de composition et de texture que Ton distingue dans le terrain alluvien. Lorsque ces dépôts sont caillouteux, on leur donne le nom de galets. Les dépôts des plages , ainsi que ceux des levées, sont quelquefois composés de débris de coquilles, ou même de coquilles à peu près intactes, qui sont assez abondantes pour qu'on puisse les recueillir pour faire de la chaux.

Quant aux dépdts qui doivent se former an fond de la mer, ils nous sont tout à fait inconnus.

Les corps organisés qui se trouvent dans le terrain alluvien sont, comme ceux du terrain détritique, de deux catégories ; les uns qui, de même que les fragments de roches, proviennent des terrains inférieurs, les autres, qui lui sont propres, appartiennent à des espèces actuellement vivantes. Les débris de végétaux y sont en général mieux conservés qu^ dans le terrain détritique, et l'on y rencontre souvent des arbres entiers qui sont quelquefois passés à l'état de lignite, mais qui d'autres fois ont conservé leur tissu ligneux, et leur solidité de manière à pouvoir être employés dans les arts.

TERRAINS MODERNES. Îi3

3« Sous-ordre. — Terrain tnfocé.

Les dépôts que nous appelons terrain tufacé peuvent, comme le terrain aUuvien, se diviser en deux groupes que nous distinguons par les épithètes de terrestre et de marin parce que les débris de corps organisés que l'on rencontre dans l'un appartiennent à des êtres qui vivent sur les terres ou dans les eaux douces, tandis que ceux de l'autre proviennent d'êtres qui vivent dans la mer.

Le terp^ln tufacé terrestre ne forme en général que des dépôts isolés, peu étendus ou de simples incrustations. On peut y distinguer quatre modifications principales caractérisées respectivement parla présence de la chaux, du fer, du soufre et de la silice.

Les dépdl» caleareux ou tvf proprement dit sont les plus communs et présentent quelquefois une stratification très prononcée, d'autres fois ils constituent des amas, où Ton ne distingue pas de couches régulières, ils sont principalement composés de calcaire concrétionné, passant parfois au calcaire compacte, et plus souvent aux dépôts arénacés et terreux des terrains détritique et alluîien. Ces derniers forment même quelquefois des lits intercalés au milieu des assises de tuf. En général, le terrain tufacé se lie intimement avec les terrains détritique, alluvien et quaternaire, dont il est souvent difficile de le distinguer.

Le calcaire tufacé est ordinairement rempli de pores et de cavités, et présente une série de passages, depuis des assemblages de petits filets qui ressemblent à de la mousse pétrifiée, jusqu'au calcaire compacte. Les cavités que l'on y remarque sont de diverses espèces : les unes semblent n'être que le résultat de l'assemblage de petits systèmes particuliers de concrétions qui se sont seidement unies par une partie de leurs surfaces ; les autres représentent la place de tiges de végétaux qui, après avoir été incrustées par la matière calcaire, ont fini par se détruire ; les troisièmes, qui se trouvent dans les parties compactes ou voisines de l'état compacte, consistent dans des espèces de tubulures verticales qui donnent l'idée du résultat du passage d'un gaz à travers une masse moUe. Ce calcaire donne de bonnes pierres à bâtir ; celui qui est ceUuleux est, à cause de sa légèreté et de la manière dont il prend le mortier, recherché pour certaines constructions, telles que les cheminées et les voûtes, où ces deux qualités sont particulièrement avantageuses; celui qui se rapproche de la texture compacte donne d'excellentes pierres de taille.

tu GÉOGNOSIB.

Le calcaire tufacé, surtout celui qui est à l'état meuble ou peu cohérent, renferme une grande quantité de corps organisés, principalement des coquilles d'eau douce ou de terre et des plantes aquatiques appartenant à des espèces actuellement Tivantes sur

les lieux.

Les dëpètii ferraslneux, quoique plus rares que les dépôts calreux, sont quelquefois assez développés pour être exploités comme minerais et on le désigne alors sous les noms de minerais des marais^ des lacs^ des prairies^ selon les lieux où on les trouve. lis forment ordinairement des amas ou de petites couches de limonite à rétat de concrétions ou de grains, libres ou agglutinés. D'autres fois ils ne forment que des incrustations ordinairement dans le voisinage de sources ferrugineuses, ou bien ils servent de ciment à des roches conglomérées, ainsi que nous l'avons déjà indiqué en parlant du terrain alluvien.

Les dépôts MttUkreax ne consistent que dans des infiltrations ou des enduits, au voisinage des volcans et des sources sulfureuses ainsi que dans des concrétions formées de sulfates de diverses natures qui recouvrent des roches contenant des sulfures.

Les dépôts «liieeitx sont les plus rares, et leur existence n'est bien constatée que dans les environs de certaines sources thermales, notamment des Geysers en Islande, oii ils forment des concrétions de la variété d'opale que l'on a nommée geyserite à cause Je son gisement. Probablement que les sables qui accompagnent ces concrétions appartiennent au moins en partie aux dépôts qui nous occupent.

Ce que l'on connaît du terrain tofaeé mario, ne consistant que dans les lambeaux déposés sur les côtes, a beaucoup de ressemblance avec le terrain alluvien marin, le terrain madréporique et le tuf terrestre. M. Moreau de Jonnès dit que ces dépôts sont assez <»onmiuns dans les Antilles, où ils forment des espèces de glacis ou de plages qui s'élèvent quelquefois au dessus du niveau ordinaire des eaux. Us y consistent en une roche que les nègres connaissent sous le nom de maçonne-'ion-Bieu^ et qui est un calcaire grenu {>assant quelquefois au compacte, de couleur jaune grisâtre ou gris jaunâtre, avec quelques nuances de rougeâtre. Lorsque l'on examine cette roche à la loupe, on reconnaît qu'elle est principalement composée de débris de coquilles et de madrépores semblables à ceux qui vivent dans les environs et qui sont réduits en grains très menus. On trouve quelquefois, dans cette roche, des traces de l'industrie humaine, telles que des débris de vases, des haches, etc. ; mais ce qui l'a rendue célèbre, c'est que l'on a trouvé,

au port du Moule à la Guadeloupe, des ossements humains qui y étaient incrustés. L'analyse de ces os a fait connaître qu'ils n'étaient pas pétrifiés, mais qu'ils contenaient encore des parties animales et tout leur phosphate de chaux.

M. Cocchi cite (1) comme exemple du tuf marin la panchina (2) de Populonia sur la côte de Toscane.

Nous croyons pouvoir aussi y rapporter une roche trouvée par Boblaye sur les côtes de Morée et celle que Saussure dit (3) se former au bord de la mer dans le phare de Messine près du gouffre de Charybde. Celle-ci est composée de grains de sables unis par un ciment calcaire et devient assez consistante pour servir de meules, l'autre est une roche conglomérée, très cohérente, dont le ciment est un calcaire cristallin qui renferme entre autres de nombreux débris de poteries.

4** Sons-ordre, — Terrain madréporlqae (4).

Les masses (jue nous appelons terrain madréporique ne sont pas composées de véritables substances minérales; aussi n'est-ce point dans les traités de minéralogie que l'on doit en chercher la description, mais bien dans ceux de zoologie; car ces masses se composent des portions solides d'animaux marins, principalement de ceux que les anciens naturalistes désignaient par le nom de madrépores. Cependant comme elles recouvrent des espaces considérables, on ne peut se dispenser de les faire figurer dans l'énumération des matériaux qui composent l'écorce solide de notre globe. Leurs parties supérieures présentent, en général, la structure bien nette des polypiers, et l'on reconnaît, dans leur composition, les matières gélatineuses qui accompagnent toujours le carbonate

(t) Buil de la Soriété géot. de France, 18S6, t VII, pag. S87.

(2) On donne en Tosrane le nom de Panchina i on calcaire qoi forme des dépôts irrégoliers l«li qoe coQchet, blocs rognons et Glons, ordinairement peo paissants, qui ont souvent beaucoup de ressemblance avfc les calcaires dVaa donce, mais qui sont sonvenl d'origine marine. Cette rocbe,dout la naiurc ei l.i texture sont fort Tariables, se trouve en Toscane depuis le terrain éocéoe jasqoe dans le terrain moderne. On en citera encore d'autres exemples ci-après.

(3j Voyage dans les Alpes, § 306.

(4) Je répéterai, à l'occasion de cette dénomination, que Ton doit éviter de lui attribuer une acception exclusive, car, qnoi(|ue je donne au groupe qui nous occupe le nom de terrain madrépori^Uf, parce qa'il ost le recollât du travail des madrépores, on doit bien se garder d>n conclure que toutes les m.issc« formées de celte manière doivent se ranger dans ce groupe, puisque je 0*7 place que celles poster leures aux dernières grandes catastrophes qui ont changé la surface de notre planète, et qu'il y a dans les autres groupes beaucoup de masses qui ont un mode de formAlion analogue, mais ({ai appartiennent à des époques antérieures, ainsi qu'on le rerra dans la Gtegnoùe. Les marina emploient souvent le nom de banc de corail pour désigner les masses qui (ont le sojnt de cet article.

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calcique dans les portions solides de polypiers pierreux; mai?, dans les parties inférieures, ce principe gélatineux diminue ou disparaît, les molécules calcaires se trouvent rapprochées, et lauLtsse ressemble, jusqu'à un certain point, à du calcaire concrétionné, et même à du calcaire compacte, lesquels sont susceptibles d'être employés dans les constructions coname pierre d'appareil. Du reste on sent que la texture de ces masses varie selon les espèces d'animaux qui les ont produites et que les parties solides de ces animaux sont ordinairement mélangées avec des restes d'autres êtres vivants, ainsi qu'avec des débris des dépôts inorganiques qui existent dans le voisinage.

Les masses madréporiques ne se trouvent que dans les pays cliauds, principalement en Océanie. Elles forment soit des bordures plus ou moins inteiTompues, que l'on appelle récifs et qi^i s'étendent le long des côtes dont elles sont souvent séparées par de petits bras de mer, soit des îles basses ou des espèces de bourrelets circulaires que l'on nomme atolls et dont l'intérieur forme une lagune qui communique avec la mer par des ouvertures étroites. On en voit aussi quelquefois sur les parties émergées des îlc^ et des côtes continentales.

5* Sous^rdrc. — Terrain toarbeiix.

Le terrain tourbeux est à peu près dans le même cas que le terrain madr''porique, c'est à dire que les matières qui lui donnei.t Bon caractère principîil appartie ment plutôt au règne organique qu'au règne mincr:\l; car, ainsi qu'on l'a vu dans !e livre précédent» ce n'est que pur tolérance que U tourbe est admise à figurer dans la série des minéraux.

Les dépôts fie tourbes présentent trois modifications principales : la jv^'einière n'est qu'un tissu ou es])èce de feutre spongieux, formé c:e racines, de fibres et de parties végétales encore très reconiiaissabl'^s; quelquefois même elle n'est qu'un tas de plantes ou do paiiies de plantes flétries et serrées les unes contre les autres.

La s^co:ide modification pré*^onte une matière d'un brun plus foncé, où l'on ne distingue plus que quelques filaments végétaux.

La troisième n'olTre, en génér.^1, qu'une substance noire, homogène, Lal)it''ellc nieiîl molle, qui a beaucoup de ressemblance, dans son aspect et dauoi sa manière de brûler, avec les lignites.

Les trois modifications de tourbe que nous venons d'indiquer se trouTent souvent dans une même tourbière, et alors la première occupe la partie supérieure ; la seconde, le milieu, et la troisième, le fond. La tourbe forme quelquefois des amas très puissants; d'autres fois elle s'étend en couches plus ou moins épaisses ; elle se trouve de préférence dans les lieux marécageux, quelquefois aussi dans des étangs et dans des lacs : elle n'est ordinairement recou- Yeite que par l'eau ou par des végétaux croissants. D [y a cependant des contrées où la tourbe se trouve dans des endroits secs et oii elle est recouverte, quelquefois même séparée en assises différentes, par des lits de sable et de limon. Tel est le cas des tourbières nonmiées hooge veenen dans le royaume des Pays-Basr.

Les tourbières sont souvent situées dans des vallées : telles sont celles des bords de la Somme en Picardie. D'autres fois elles se trouvent sur le sommet des montagnes, pourvu néanmoins qu'il y ait des plateaux ou de légères dépressions dans le sol; mais les gîtes de tourbe les plus étendus et les plus abondants sont ceux des plaines basses et sableuses des contrées septentrionales, et notamment celles des plaines de la basse Allemagne et de la Néerlande. Ces tourbières forment souvent de vastes marais qui, dans certaines saisons, ressemblent à des prairies, prêtes à engloutir l'imprudent qui voudrait y pénétrer. En général, on remarque que la tourbe ne se trouve que dans des contrées humides et où la température n'est pas fort élevée.

Les tourbes renferment fréquemment des corps étrangers; on y voit souvent des arbres, et même des forêts entières composées d'arbres analogues à ceux qui existent actuellement, et notamment des sapins et des chênes. On y trouve des débris d'animaux, tels que des coquilles et des ossements de mammifères, qui aussi appartiennent principalement à des espèces vivant actuellement sur les lieux. On y rencontre également des monuments de l'industrie humaine, tels que des outils, des armes, des médailles, des fragments de bateaux, etc.

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