CHAPITRE IV
GEORGES m. — DEPUIS LA PREMIÈRE RÉGENCE DU PRINCE DE GALLES JUSQU'a LA SECONDE (1789-J810).
J . Effet de la révolution française en Irlande (1790). — Quand la révolution française éclata, l'Irlande en accepta les principes de liberté. Dans l'île entière il y eut un mouvement général d'opposition contre le système d'oppression que l'Angleterre faisait peser sur cette malheureuse contrée. Un comité catholique se forma à Dublin, et un club presbytérien s'établit à Belfast dans le pays d'Antrim. Les présidents de ces deux assemblées s'entendirent ensemble, et formèrent une association nouvelle sous le nom ù! Irlandais -Unis. De part et d'autre les vues politiques étaient les mêmes : on voulait l'affranchissement de l'Irlande, et on s'unissait de cœur à tout ce qui se faisait en France dans l'intérêt du peuple. Le jour même où la fête de la Fédération française fut célébrée à Paris, il y eut aussi une fête de la Fédéralion à Dublin (14 juillet 1790). Une garde nationale fut formée, et tous les grands événements politiques de la France imprimé rentleurreflet sur la populationirlandaise. Mais quand arrivèrent les excès de 1793, les catholiques irlandais, répudiant notre politique, doutèrent un instant de la légitimité des principes qu'ils avaient auparavant accueillis avec enthousiasme. Le ministère anglais fut assez habile pour profiter de ce moment d'hésitation : il leur fit quelques con-
cessions sur l'exercice de leurs droits politiques et sur la liberté d'éducation, et le mouvement révolutionnaire se trouva comprimé.
3. Guerre entre l'Angletere et la Convention (1793-1795). — A la nouvelle de la mort de Louis XVI, Georges III donna l'ordre à son ambassadeur de quitter Paris. La Convention déclara de suite la guerre à la Grande-Bretagne et au stathouder de Hollande. Les flottes combinées de l'Angleterre et de l'Espagne parurent bientôt après dans la Méditerranée, et s'emparèrent de Toulon, Dugoramier et Bonaparte, qui n'était encore qu'officier d'artillerie, les obligèrent à se retirer; mais avant de partir les Anglais mirent le feu aux chantiers, aux magasins et aux vaisseaux tombés en leur pouvoir. Sur terre, unrégimentanglaisfutmassacrépar Jourdan à la bataille de Fleurus, et Pitt essaya vainementde venir au secours des Vendéens révoltés. Les sept ou huit cents gentilshommes qu'une escadre anglaise débarqua à Quiberon furent impitoyablement massacrés par le général Hoche.
3. Insurrection de l'Irlande. — Sous le Directoire, la plus grande fermentation se manifesta en Irlande. L'association des Irlandais-Unis organisa secrètement son plan d'insurrection et espéra recevoir du Directoire quinze mille hommes commandés par le général Hoche. Une tempête ayant empêché les Français de débarquer, on n'en donna pas moins le signal de la révolte. Les bataillons irlandais-unis avaient pour étendards des drapeaux verts sur lesquels était représentée une harpe surmontée d'un bonnet de liberté, avec cette devise : La liberté ou la mort. Le nouveau gouvernement prit le nom de Directoire exécutif de la république irlandaise. Ses
chefs entreprirent une attaque hardie sur Dublin, mais ils échouèrent (1798), et après beaucoup d'autres revers ils furent entièrement vaincus près de \Yexfûrd. "
4. Ruine de la nationalité irlandaise. — Un mois après cette défaite, le Directoire leur envoya quinze cents hommes commandés par le général Humberl. Ces braves guerriers s'emparèrent de Killala et de plusieurs autres places fortes, et vainquirent les troupes royales à Castlebar. Mais lord Cornvvallis les enveloppa ensuite avec une armée de trente mille hommes, et en finit avec l'insurrection par sa victoire de Ballinamuch A dater de cette époque, c'en fut fait de la nationahté irlandaise. L'ancien parlement irlandais fut aboli, et l'Irlande fut soumise comme l'Ecosse à la môme législature que l'Angleterre. On décida qu'elle serait représentée au parlement britannique par trente-deux pairs et par cent membres des communes (1802).
5. Achèvement de la conquête de l'Inde. — Cependant Bonaparte avait résolu de ravir aux Anglais le commerce de l'Asie en assurant à la France l'empire de la Méditerranée et en lui ouvrant une route directe aux Indes. Il fit dans ce but son expédition d'Egypte, mais il échoua complètement. L'amiral Nelson détruisit la Hotte française dans la rade d'Aboukir, et Saint-Jean-d'Acre ayant résisté aux armes de l'illustre conquérant, il abandonna son projet et revint en France remplacer le Directoire par le Consulat. Tippoo-Saëb, qui avait compté sur le secours de Bonaparte pour renverser la domination anglaise dans l'Inde, se trouva réduit à ses seules forces. Il fît les actions les plus héroïques, mais il fut enfin obligé de céder à la valeur et à la tactique
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des oppresseurs de son pays. Il tomba percé de coups sur les ruines de sa forteresse de Seringapatam, et la domination anglaise fut dès lors affermie à jamais dans l'Inde.
6. Paix d Amik ns (1802). — Bonaparte devenu premier consul remporta la brillante victoire de Marengo et fit une seconde fois la conquôte de l'Italie. L'Autriche épouvanlée par ces victoires signa la paix à Lunéville, et l'Angleterre n'osa résister seule à la France victorieuse. Déjà le premier consul avait donné 1 ordre de réunir une armée à Boulogne pour porter la guerre parmi les insulaires, mais le traité d'Amiens empêcha l'exécution de ce projet. D'après ce traité l'Angleterre s'engagea à rendre à la France et à ses alliés toutes les possessions et colonies qu'elle avait conquises, à l'exception de la Trinité et de Ceylan et devait aussi remettre l'île de Malte à l'ordre de Jérusalem. L'Europe se trouva alors pacifiée.
7. Bataille de Trafalgar (180o). — Mais cette paix ne fut pas de longue durée. Pitt souleva de nouveau toute l'Europe contre Bonaparte, et les hostilités recommencèrent dès le 22 mai 1803. Les Anglais avaient manqué aux conventions du traité d'Amiens. Napoléon irrité prépara contre eux une expédition formidable. Il avait établi son camp à Boulogne et couvert toutes les côtes de la Manche et de la mer du iNord de son artillerie et de ses légions. Mais, ayant appris qu'une armée d'Autrichiens s'acheminait vers le Rhin par la Bavière, il vola en Allemagne, et par ses victoires d'Ulm et d'Auslerlitz il força l'empereur d'Autriche à la paix de Presbourg.
Ce fut pendant ce temps que l'amiral anglais
Nelson détruisit les flottes combinées de la France et de l'Espagne à Trafalgar, après les avoir battues déjà au cap Finistère.
8. Blocus continental. — Pitt mourut quelque temps après la brillante victoire de Trafalgar (1 806). Fox, qui lui succéda aux affaires, entreprit des négociations pour la paix, mais il mourut avant d'avoir rien conclu. Napoléon n'eut plus alors qu'un désir : l'humiliation de l'Angleterre. Par ses victoires, qui amenèrent le traité de Tilsitt, il lui ferma les ports d'Espagne, d'Italie, de Hollande, de Prusse et de Russie. Restait encore le port de Lisbonne. Le général Junot reçut l'ordre d'envahir le Portugal et de prendre possession de ce pays au nom de Bonaparte. Les Anglais désespérés envoyèrent aux Espagnols et aux Portugais des troupes sous la conduite de sir Arthur Wellesley, si connu depuis sous le nom de duc de Wellington. En Portugal, cet illustre capitaine obligea le maréchal Soult à battre en retraite, et remporta en Espagne sur le roi Joseph, frère de l'empereur, la sanglante bataille de Talavéra(!809).
9. Établissement de la régence (1810). — Ces succès étaient bien médiocres comparativement aux victoires inouïes de Bonaparte, qui se jouait de tous les efforts de la constance britannique. Georges III n'eut pas la force de résister à toutes les appréhensions que les événements lui inspiraient. Des chagrins domestiques étant venus se m^ler à toutes les inquiétudes qu'il éprouvait comme souverain, il retomba en démence. Le prince de Galles fut de nouveau proclamé régent comme il l'avait été en 1788, mais cette fois ce fut pour le reste du règne de son père.
Questionnaire. — 1. Quel effet la révolution française produisit-elle en Irlande? A qui les catholiques s'unirentils? Suivirent-ils la révolution française dans tons ses excès? Comment leur élan fut-il comprimé ? 2. Pourquoi la Convention déclara-t-elle la guerre à l'Angleterre? Quels en furent les principaux événements? 3. En quelle circonstance l'Irlande s'insurgea-t-elle? Reçut-elle des secours du Directoire ? Quel fut lo titre du nouveau gouvernement? Où les insurgés furent-ils vaincus? 4. Quel fut le sort des troupes françaises envoyées par le Directoire ? Comment se termina cette lutte ? 5. Quel était le but de l'expédition de Bonaparte en Egypte? Quels succès remportèrent les Anglais? Par qui l'indépendance de l'Inde fut-elle défendue? 6. Qu'est-ce q'ui amena la paix d'Amiens? Citez-en les conditions. 7. Furent-elles observées ? Quelle expédition prépara Bonaparte contre l'Angleterre? Pourquoi cette expédition n'eutelle pas lieu? Où les Anglais remportèrent-ils une grande victoire navale ? 8. A quelle époque moururent Pitt et Fox? Que fit Bonaparte après le traité de Tilsitt ? Quel fut le but de l'expédition de Junot en Portugal? Quels furent les succès du duc de Wellington en Portugal et en Espagne? 9. Que devint Georges III? Qu'est-ce qui le fit tomber en démence? A qui la régence fut-elle confiée?
CllAPITUE V
dernière période du règne de georges iii. — régence du prince de galles (1810-1820).
1. Succès de Wellington en Portugal (1810- 1812). — Wellington continua ses succès dans la péninsule Ibérique. Masséna avait reçu de Bonaparte l'ordre d'envahir le Portugal avec une armée de quatre-vingt mille hommes; le général anglais fut assez habile pour laisser cette armée s'épuiser d'elle-
218 HISTOIRE D'ANGLETEKRE.
môme. Le maréchal Soult fat plus heureux, il s'empara de Tarragone ; mais pendant ce temps \Yellington entra en Espagne, emporta d'assaut Badajoz, défit le général Marmont prés de Salamanque, et se rendit maître successivement de cette dernière ville, de Valladolid et de Madrid.