CHAPITRE VI
1. Avènement de Georges IV. — Après la mort de Georges III, le prince de Galles fut proclamé roi d'Angleterre sous le nom de Georges IV. Il y eut à son avènement des conspirations et des émeutes. Arthur Thistlewood forma l'infâme projet d'attaquer la banque, de mettre à mort les ministres et d'incendier la ville. Mais la police ayant connu à temps cette conspiration, arrêta les conjurés et les fit périr. Ce complot fut suivi de soulèvements très-
sérieux dans diverses parties du royaume et spécialement en Ec osse ; ils furent partout réprimés, et la tranquillité fut rétablie.
2. Scandale de la reine. — Cependant un événement imprévu vint bientôt ramenerragilation. L'épouse de Georges IV, laprincesse Caroline, quidepuis longtemps vivait séparée de son mari, voyageant sur le continent, débarqua tout à coup à Londres, et son nom servit de ralliement à cette populace qui voulait à tout prix faire de l'opposition au pouvoir. La question du divorce fut portée devant les tribunaux, et l'autorité royale se trouva ainsi honteusement compromise par les discussions que suscita ce scandaleux procès. Mais la mort de la reine, qui arriva l'année suivante, mit fin à cette odieuse affaire.
3. Etat de l'Irlande. — Le gouvernement britannique, déjà souillé par tant de honte et de corruption, assumait encore sur lui la plus affreuse de toutes les injustices en opprimait l'Irlande. Ce malheureux pays gémissait sous le poids des lois les plus tyranniques, et se trouvait en même temps en proie aux séditions et à la lamine. Le parlement proposa de lui venir en aide en accordant aux catholiques quelque liberté, mais le fanatisme du duc d'York, frère de Georges IV, fit rejeter cette mesure par la chambre des pairs. Une association catholique se forma. O'Connell. l'un des premiers avocats de l'Irlande, se mit à la t6le et résolut de protester au nom du droit contre toutes les injustices dontrirlande était victime. Le ministère anglais eut peur de cette association, il la frappa d'illégalité, mais elle se reproduisit sous le nom d'association de chatitéy et demanda la révocation de toutes les incapacités qui pesaient sur les catholiques irlandais. Le
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bill présenté par Francis Burdett avait été accepté des communes. Le duc d'York le fit encore rejeter par la chambre des lords. Mais cet inexorable ennemi de la cause catholiquemourut peu après son triste succès, au commencement de l'année 1827.
4. Bataille de Navarin (1827). — Les hommes qui étaient au pouvoir s'honorèrent alors par le secours qu'ils accordèrent aux Grecs pour les aider àreconquérirleurindépendance.L'Angleterre s'unit à cet effet avec la France et la Russie, et les flottes combinées de ces trois grandes nations remportèrent, le 20 octobre 1827, la fameuse bataille de Navarin sur le vice-roi d'Egypte. Cette victoire ayant surtout profité à la Russie, l'Angleterre la considéra comme un événement fâcheux, et le ministère fut changé.
5. Emancipation de l'Irlande (1829). — Peel et Wellington se trouvèrent aux affaires. O'Connell résolut alors de pousser vivement la question de l'émancipation des catholiques d'Irlande. Il se présenta aux élections du comté de Clare et fut élu. Il demanda son sit'ge au parlement dans la session suivante, et triompha des résistances sans nombre qu'on lui opposa de toutes parts. Le bill fut adopté le 30 mars i82iio On y avait apporté une foule de restrictions ; ainsi les charges de lord chancelier, de garde du grand sceau, de lord lieutenant d'Irlande étaient interdites aux catholiques, et on avait mis plusieurs entravesàl'exercice de leurs emplois. Mais leurs droits étaient reconnus; c'était déjà un progrès immense.
6. Rkfoumes parlementaires (tS30). — L'année suivante les radicaux obtinrent la réforme du système électoral. Rien n'était plus juste que leur de-
mande. Comme il s'était opéré de grands changements d ms la population depuis que l'on avait arrêté pour la première fois les bases de la représentation, il élai t ju^te de réviser cette ancienne loi. Ainsi des villes qui étaient considérables autrefois, n'étant plus que de simples villages, ne pouvaient conser- "ver sans abus leurs anciens droits, et des villages ou des bourgs qui étaient devenus avec le temps des villes impoiiantes ne devaient pas rester privés du droit d'envoyer des députés à la représentation nationale. Cette réforme si juste devait cependant rencontrer encore de graves diflicultés.
7. Des sl'ccesseurs de Georges IV (1830-1837). — A Georges IV, mort le 26 juin 1830, succéda son frère le duc de Clarence, sous le nom de Guillaume IV. Notre révolution de juillet, accueillie avec enthousiasme par le peuple anglais, chassa les tories du pouvoir, et dota, on peut le dire, l'Angleterre de la réforme parlementaire, dont, après bien des débats, bien des refus de la chambre des lords, le bill passa le 4 juin i832. Guillaume mourut le 20 juin 1837, laissant le trône à la reine Victoria, fille de son frère le duc de Kent; ce règne n'est pas encore du domaine de l'histoire.
Questionnaire. — 1. Que se passa-t-il à l'avénemeni de Georges IV ? Quel complot fut alors formé? Où y eut-il des soulèvements? 2. Quelle était la conduite de son épouse la princesse Caroline? Quel scandale donna-t-elle? Comment se termina cette affaire? 3. En quel état se trouvait l'Irlande? Que fit O'Connell? Par quiet comment fut supprimée l'association catholique? Sous quel nom reparut-elie? Quel fut le plus inexorable ennemi des catholiques? 4. Sur qui fut remportée la bataille de Navarin? Quelles en furent les suites? Pourquoi le ministère
fut-il changé? 5. Où O'Connell se fit-il élire? A quelle époque passa le bill d'émancipation ? Quelles étaient ses clauses restrictives? 6. En quoi consistait la réforme parlementaire? Etait-elle juste? En quelle année mourut Georges IV? 7. Quel fut son successeur? Combien de temps régna Guillaume IV? A quelle époque obtint-on la réforme parlementaire? Qui règne maintenant en Angleterre?