‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 113 sur 140 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

DES COLONIES ANGLAISES DANS l'INDE. PREMIÈRE PÉRIODE. RUINE DES COLONIES FRANÇAISES (1648-1763).

1. Des PREMIÈRES COLONIES ANGLAISES. -^ Les Anglais, qui devaient être un jour les maîtres de l'Inde, ne possédèrent, jusqu'au xvme siècle, que des colonies d'une existence très-précaire. Les guerres civiles qui troublèrent la mère-patrie sous Charles l^^", firent entièrement négliger ces possessions lointaines. On avait espéré qu'à la restauration des Stuarts le gouvernement favoriserait la compagnie, qui, depuis i6u0, était en possession d'un privilège exclusif pour l'exploilation du commerce des Indes. Mais Charles II avait des dettes, il ne sut que spéculer sur cette entreprise mercantile pour en tirer de l'argent. Au lieu d'accorder sa protection à la compagnie, il vendit un nouveau privilège à une autre société, et cette division établit une concurrence qui ne tarda pas à se changer en guerre civile. La lutte fut d'autant plus vive qu'elle fut alimentée par l'esprit de parti; les tories protégèrent la plus ancienne des deux compagnies, et les whigs la plus récente. Tous les ennemis des Anglais profitèrent de cette anarchie pour affaiblir leur puissance. Les

Hollandais leur reprirent toutes les îles qu'ils leur avaient enlevées, l'enapereur mogol Aureng-Zeb les obligea à lui demander grâce, et les Français dans laguerre de 16H8 les ruinèrent enleur enlevant 4,200 bâtinients dont la perte a été évaluée à 675 oiillions. Heureusement les deux compagnies eurent le bon esprit de s'unir en i7U2, sous le titre de Compagnie unie des négonanU anglais faisant le com>i,erce dans les Indi^s orientales. Celte union les ranima, et le commerce anglais s'accrut considérablemesit depuis cette époque. 11 consistait surtout dans la fabrication des éiofl'es de coton qui trouvèrent en Europe un débit immense.

2. Guerre avec la France (1744). — Les succès qu'obtinrent les colonies sous l'habile administration de Dupleix, inspirèrent des craintes aux Anglais et les portèrent à déclarer la guerre àla France. Aussitôt que les hostilités furent commencées, Labourdonnaye, gouverneur des îles de France et de Bourbon, s'empressa d'équiper une escadre de six vaisseaux et de marcher à l'ennemi. Au lieu de se joindre à Dupleix, il battit une flolille anglaise dans les parages de Madras, força cette ville à capituler, etlui permit de se rachetermoyennant 10,700,000 livres. Dupleix, furieux d'avoir été devancé par son rival, cassa la capitulation, pilla et incendia Madras, suscita mille tracasseries à Labourdonnaye,et lo contraignit à retourner en France, où, pour prix de sa victoire, on lui préparait un des plus noirs cachots de ia Bastille.

3. Courage dk Dcpleix et son rappel (1754). — Les démêlés des deux gouverneurs avaient laissé aux Anglais le temps de reprendre l'oHensiv e ; ils étaient rentrés dans Madras et avaient même assiégé Pondi-

chéry. Dnpleix effaça en quelque sorte ses {oris par l'hcroïsmede sa résistance. On croyailquel'arfillerie anglaiije allait ensevelirla ville sous ses fortifications ruinées; mais le courage et le génie de son gouverneur obligèrent les assiégeants à la retraite après avoir perdu pkisde 1,200 hommes. Une fuis libre de son action, convaincu que le commerce français ne prospérerait qu'autant qu'il aurait pourbase de grandes possessions territoriales, l'inlrépide Duplcix se mêla avec activité à toutes les divisions qui agitaient l'Inde, et agrandit chaque jour le territoire de Pondichéry et de Karikal. Comme il ne recevait d'Europe aucun secours, et qu'on ne lui envoyait pour soldats, selon son expression, que la plus iînpure et hi plus vile canaille qui ne savait que déserter it fu.ir^ ses nombreuses entreprises devaient promptement consumer ses ressources. La compagnie française se trouva môme sous son administration avec un déficit de deux millions; les actionnaires, qui n'appréciaient les choses qu'en marchands, murmurèrent et demandèrent son rappel. Le gouvernement le leur accorda d 'au tant plus volontiers, que la cour de Londres, inquiétée par l'influence de cet homme de génie,sollicitaitdepuislongtempslamême faveur. Dupleix quitta Pondichéry les larmes aux yeux, et s'en revint dans sa patrie mourir indigent et malheureux sons les coups de ses barbares persécuteurs. 4. Administration DE Lally( 1758- 1763). — Dans le Décan vivait un digne lieutenant deDupleix, le comte deBussy, quieùt été bien capable de le remplacera Pondichéry. Le cabinet de Versailles fixa son choix sur Lally Tolendal, Irlandais plein de loyauté et d'honneur, mais malheureusement sans prudence et sans adresse. 11 nourrissait une profonde haine

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contre les Anglais, et en écrivant à Bussy pour le rappeler auprès de lui, il lui disait : Toute ma politique est dans ces cinq mots, ils sont sacramentels ; plus d'Anglais dans la péninsule. U ne sut guère prendre les moyens d'arriver à son but. Son humeur capricieuse jeta la discorde au sein même de Pondichéry, et quand il fallut combattre il n'y eut point d'union dans ses attaques. Ayant été obligé de lever le siège de Madras (17o0), il s'en prit au conseil et aux membres de l'administration, et indisposa tout le monde par la sévérité de ses réprimandes. Après différents revers, que lui fit éprouver l'insubordination de ses troupes non soldées, il se vit cerner à Pondichéry par les Anglais (1760). Il résista pendant dix mois à la famine et aux ennemis, avec un courage digne d'un meilleur succès, puis il capitula. On l'accusa dans son infortune de la perte des colonies françaises; sesennemisle poursuivirent avec acharnement, et après l'avoir traîné de tribunaux en tribunaux, de cachots en cachots, ils l'envoyèrent lié et bâillonné àl'échafaud.Sonimprudence et ses fautes occasionnèrent la perte de bien des familles, mais la doiture de ses intentions aurait dû faire respecter ses malheurs par la puissance civile. Voltaire a dit avec plus d'esprit que de raison : Tout le monde avait le droit d'assommer Lally, excepté le bourreau.

5. Ruine des colonies françaises (ITOi). — C'en fut fait des colonies françaises dans les Indes. L'Angleterre rendit à la France, par le traité de Paris, Pondichéry, Karikal, Chandernagor et tous ses comptoirs dans le Bengale. xMais les fortifications de toutes ces villes étaient détruites, et on défendit si expressément de les relever, qu'à Chandernagor où le gouverneur avait fait creuser un fossé pour l'é-

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coulement des eaux, des pionniers anglais furent envoyés de Madras pour le combler. Depuis cette époque la France n'a fait aucun effort pour rétablir sa puissance dans ces contrées.

Questionnaire.— 1. Quel fut l'éclat des colonies anglaises au début de leur existence ? Quelle perte fît la compagnie? Par quelle mesure fut-elle sauvée? 2. Pourquoi les Anglais nous déclarèrent-ils la guerre ? Quelle fut la conduite de Labourdonnaye? Que fitDupleix?3. La division de ces deux chefs eut-elle des suites fâcheuses ? Dupleix répara-t-il sa faute? Reçut-il d'Europe des secours suffisants ? Quelle faute fit la compagnie? Pourquoi Dupleix fut-il rappelé? 4. Quel fut son successeur ? Que se proposa Lally?Oii fut-il attaqué par les Anglais? Comment se défendit-il ?Quel fut son sort? 5. Que restat-il aux Français de toutes leurs possessions dans l'Inde? Quelles furent les conditions du traité de Paris ?

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