‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 114 sur 140 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LES COLONIES ANGLAISES DANS l'iNDE. DEUXIÈME PÉriode, asservissement des indigènes (1763-1799).

1. Etat de l'Inde après la ruine des colonies FRANÇAISES. — Quand les Anglais eurent détruit les colonies françaises, ils s'attaquèrent aux indigènes et travaillèrent à les asservir. Depuis la mort du célèbre Aureng-Zeb, Tempire du Mogol était en proie à de violentes factions. Chaque gouverneur s'était rendu indépendant ou luttait contre son suzerain, pour obtenir son affranchissement. Les Anglais résolurent de proliter de ces guerres civiles pour réaliser leurs projets d'envahissement.

2. Politique des Anglais. — ils commencèrent par affermir leur domination dans le Bengale. Lord

Clive, qui commandait leurs armées, prit le ton d'un vainqueur avec le nabab de cette province et en fit l'inslruraent flexible de ses volontés (1 7fi3). Il obtint en même temps de Schah-Allum, empereur détrôné du Mogol, la cession authentique du Bengale, en l'abusant pardevainespromessesde rétablissement. Pour mieux tromper les peuples, il ne changea rien à Tadministration extérieure des province^, de sorte qu'un grand nombre crurent dans leur simplicité avoir toujours affaire au vice-roi du Grand-Mogol. Cependant des circonstances particulières modifièrent profondément ce système.

3. Tyrannie des Anglais dans le Bengale. — La compagnie avait espéré que cette acquisition du Bengale produirait desbénéfices immenses. Mais les divisions qui s'élevèrent entre les actionnaires et leurs agents la privèrent de la plus grande partie des produits. Ceux-ci, s'appropriant les revenus territoriaux, pillèrent cette riche contrée, sans aucun respect pour les droits des habitants : jamais pays ne fut soumis à un régime plus violent ni plus despotique. Les Anglais s'emparèrent de tous les pouvoirs et de tous les emplois lucratifs; leur volonté faisait loi, et le soubab qu'ils avaient conservé n'était qu'un esclave, obligé de consacrer par son assentiment toutes leurs déprédations. Ils établirent leur monopole sur les denrées de première nécessité, aft'amèrent les indigènes, en laissèrent périr par la famine plus de trois millions, et ne cessèrent, au milieu de tous ces désastres, de vexer par leurs exactions une province que sa richesse avait fait appeler avant leur arrivée le Paradis des nations, et qu'ils avaient convertie en un véritable ombeau .

4. Guerre des Anglais contre Haïder-Ali (1774- 1784). — Cette domination violente devait nécessairement exciter des révoltes. Le sullan de Mysore, que son génie a fait appeler le Fiédcrir de l'Es(, fut le principal ennemi des Anglais. Usurpateur luimême, d'un caractère impétueux, il avait fait son apprentissage de grand capitaine sous les drapeaux français, et après une brillante campagne sur la côte de Coromandel il s'était emparé de Beugalore (1747) qu'il avait conservée à titre de vassal du rajah de Mysore. Des intrigues de cour l'ayant rendu suspect à son suzerain, pour échapper à une disgrâce, il conçut lehardi projet de se rendremaîlre de sapersonne, de ne lui laisser qu'une autorité purement nominale, et de gouverner réellement sous le nom de premier ministre (1759). Parvenu à son but, il se fit l'allié des Français, et envoya des secours à Lally qui était assiégé dans Pondichéry. Ses succès lui permirent ensuite d'acheter du Grand-Mogol la principauté de Mysore et de Sera, et en quelques années il ajouta à ses possessions les cantons de Bednor, deCanara, de Courga, de Sounda, de Calicut, et prit le titre de roi des douze milles îles (1 763). Peu après il se ligua avec le soubab du Décan et attaqua les Anglais. Le soubab fut vaincu complètement ; mais Haïder-Ali, après deux ans de combats mêlés de succès et de revers, dicta enfin sous les murs de Madras un traité de paix qui imposait au nabab d'Arcate, protégé des Anglais, un tribut annuel de 1,400,000 livres (3 avril 1769).

5. Derniers efforts de Haïder-Ali. — La guerre recommença beaucoup plus ardente et plus animée cinq ans après. Haïder-Ali s'unit avec le nizam du Décan et les Mahraltes, et jeta la compagnie

232 HISTOIRE D'AISGLETERRE.

anglaise dans la plus grande détresse. Celle-ci sachant que la France lui était opposée, s'empara soudainement de nos établissements de Chandernagor^ de Karikal, de Mazulipatam, assiégea Pondichéry (1778), et mit en mouvement tous les ressorts de son astucieuse politique pour détacher llaïder-Ali de ses alliés. Le conquérant, réduit à ses seules forces, n'en désola pas moins le Carnatic, et prit la Tille d'Arcate, après avoir battu le colonel Bayley et le général Hector Munro, qui avait voulu porter secours à cette cité ( 1 780). La France l'abandonna poUrun temps après cesmagnifîques exploits. Mais lorsqu'elle lui eut envoyé une flotte commandée par le bailli de Suffren, il fit expier aux Anglais, dans deux rencontres sanglantes, leurs derniers triomphes, et il eut la joie d'apprendre que son fils Typoo-Saëb avait pareillement remporté un avantage signalé sur le colonel Braitwaith. De nouveaux revers le remplirent de douleur, et il mourut le 2 septembre dansArcate, laissant à son fils, pour héritage, l'honneur d'un grand nom et les intérêts d'une grande cause à défendre (1782). Typoo-Saëb se montra digne de son père. Malheureusement le traité de Versailles, signé en 1783, le priva de l'appui des Français, etil ne put continuer sa résistance. Bien souvent, depuis celte époque, il implora la France, il lui envoya même des ambassadeurs, mais il s'agissait bien de s'occuper des Hindous au moment où la tourmente révolutionnaire mettait la patrie elle-même en péril. Les Anglais restèrent donc maîtres de ces vastes possessions, et les soumirent librement et sans conteste à un système particulier d'administration qu'ils créèrent pour elles.

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