HISTOIRE DES ÉTATS-UNIS
1. GfERRE DES COLONIES CONTRE LEUR MÉTRO- POLE. — Au milieu du xviii^ siècle les métropoles s'étaient fait la guerre à l'occasion de leurs colonies. Le traité d'Aix-la-Chapelle pacifia un instant les nations européennes, mais la guerre recommença ensuite avec plus de vigueur. L'Angleterre ayant triomphésur touteslesmers, vit s'élever contre elle ses colonies d'Amérique au nom de l'indépendance Les Etals-Unis donnèrent l'exemple de cet affranchissement, qui eut pour résultat de changer la face du nouveau monde.
2. Soulèvement des Anglo-Américains (1765- 1775). — Le gouvernement de la plupart des provinces américaines reposait sur des principes démocratiques qui devaient un jour détruire tous lesliens qui les rattachaient à leur métropole. L'accroissement progressif de la population fortifia en elle le sentiment national, et les richesses de leur sol les établirent dans une abondance qui leurpermit dese passer delà mère patrie. Elles avaient été constamment assujetties au despotisme le plus sévère, et ces violences furent l'occasion de leurs soulèvements, l.e ministère de lord Granville avaitétabliun impôt si:r
le papier (22 mars 1765), en décrétant qu'à l'avenir on n'admettait plus devanlles tribunaux aucun titre qui ne serait pas écrit sur du ^Si'^ieT marqué et vendu au profit du gouvernement. C'est ce qu'on appela Vimpôt dutimbre. Les divers Etats murmurèrent, et la crainte d'une révolte porta le ministère à retirer sa loi l'année suivante. Mais il connaissait si peu l'esprit des populations américaines, qu'en 1707 il les soumit à un impôt indirect qui portait sur le verre, le papier et le thé. La résistance se renouvela principalement dans le Massachussets, et la ville de Boston devint le foyer de l'insurrection. Il fallut encore supprimer cet impôt, à l'exception de celui du thé qu'on essaya de maintenir. Il était peu considérable, mais le reconnaître, c'eût été accorder au parlement britannique un pouvoir discrétionnaire sur les colonies et consacrer leur asservissement. Les esprits s'enflammèrent, et le ministère anglais s'étant obstiné, les habitants de Boston s'insurgèrent et jetèrent à la mer une cargaison de thé envoyée par la compagine des Indes (1773). Leur port fut fermé, et on retira à tout le Massachussets ses lettres de franchise. Cette mesure provoqua le soulèvement de toutes les provinces qui, dans le congrès général de Philadelphie, approuvèrent la conduite des Bostoniens, et résolurent de suspendre toute relation commerciale avec l'Angleterre (5 sept. 1773). Toutefois il est à remarquer que la requête du congrès n'était dirigée que contre le parlement, et point du tout contre la couronne.
3. Commencement des hostilités (1775). — 11 s'agissait pour l'Angleterre d'abandonner ses prétentions ou de se déterminer à la guerre . Lord Ghat-im proposa au parlement de reconnaître les droits des
colonies; mais sa motion, quoique soutenue avec toutes les ressources de l'éloquence, fut rejetée par les deux chambres. Alors la guerre civile commença. La première rencontre eut lieu à Lexington. Deux cents Anglais restèrent surle champ de bataille. Les Américains, transportés par ce succès, firent de magnitiques obsèques à ceux de leurs frères qui avaient succombé; et le congrès de Massachussets adressa au peuple une déclaration formelled'indépendance. Le peuple applaudit, et dans ce moment d'enthousiasme tout le monde courut aux armes, sans excepter même les femmes et les vieillards. On vit une compagnie de vétérans dont le capitaine avait presque cent ans et le tambour quatre-vingt-quatre, Pour diriger ce vaste mouvement, le second congrès général de Philadelphie donna le commandement en chef à Washington (1776).
4:. IndiiPendance des Etats-Unis (t776). — Washington avait révélé ses talents militaires dans la guerre du Canada en 1756, et dans tous les congrès on avait trouvé en lui celte maturité de j ugement, ce dévouement et ce courage que lasituation réclamait. Son ardeur soutintet enflamma lezèle des guerriers, sa fermeté rétablit la discipline dans les armées qui étaient désunies et désorganisées, et sa profonde connaissance des lieux lui inspira un système d'attaque et de défense qui déconcerta toute la tactique anglaise. On s'était déjà livré plusieurs combats, et les Etats néanmoins n'avaient cessé de protester de leur soumission au roi de la Grande-Bretagne. A la fin la polémique des journaux et les sollicitations pressantes des publicistes les plus renommés vainquirent leur délicat esse et leurs hésitations, etl'indépendancedestreizeEtats-Unisfutsolennellement
DES COLOiNIES ANGLAISES. 245
proclamée par le congrès général, le 4 juillet 1776. Il ne s'agissait plus que de la faire reconnaître en prenant les armes.
5. Alliance des Etats-Unis avec la France ( 1 778- 1 78 1 ). — De grands obstacles se renconirèrenl. Washington, effrayé de l'inconsistance des milices américaines, notifia plusieurs fois au congrt's la nécessité d'une armée permanente. On se mit en mesure d'y pourvoir, mais les enrôlements se firent très-difficilement. Il y avait des provinces royalistes qui repoussaient la déclaration; d'autres étaient indifférentes ; les hommes de dévouement étaient rares. Ces difficultés désespérantes ne rebutèrent cependant point les Etats. Ils envoyèrent un de leurs agents en France solliciter des secours d'hommes et d'argent, et aussitôt une foule de jeunes gens, pleins d'ardeur et de bonne volonté, se rendirent près de Washington sous la conduite du marquis de Lafayette. Mais il fallait aux Etats l'appui même du gouvernement français, ils lui députèrent donc une ambassade présidée par le vénérable Franklin. Cet habile plénipotentiaire négociait pendant que Washington combattait. La grande victoire des Américains à Saratogadécida la France àse prononcer contre l'Angleterre et à conclure un traité avec l'Union (1778). Les Anglais effrayés donnèrent au chevalier Clinton, avec la dignité de général en chef, le titre de commissaire pour la paix. Dans leur hill concilia' toire ils offraient les plus belles concessions. Mais les Etats, soutenus par la France, leur répondirent avec fermeté que s'ils voulaient la paix, il fallait avant tout reconnaître leur indépendance. La guerre continua, et l'alliance de la France la rendit générale. Elle éclata dans les Indes où les Anglais prirent nrsT. d'angl. 15
Pondijchéry, dans les Antilles, et en Europe où les flottes françaises et anglaises se livrèrent un combat incertain à la hauteur de l'île d'Ouessant.
6. L'Espagne, qui avait gardé jusqu'à ce moment la neutralité, se décida enfin pour la France(1779). ElIeassiégeainutilemenlGibraltar, qui futdéfendue avec vigueur par le brave Elliot pendant trois années; mais elle s'empara de l'île Minorque et de la Floride occidentale.
Les Hollandais étaient animés de la plus vive sympathie pour l'alliance américaine ; ils voyaient ces hommes courageux combattre, comme autrefois leurs ancêtres, pour la liberté et l'indépendance, et ils étaient portés à les secourir. Cependant l'intérêt luttait encore contre leursinclinationslorsque l'Angleterre, lassée de toutes leurs tergiversations, leur déclara elle-même la guerre (1780).
T. Triomphe des Américains. — Les Américains, rassurés par ces brillantes alliances, et surtout par la protection des Français, s'étaient endormis dan? une inertie qui pouvait leur devenir trùs-funeste. Washington les réveilla, mais mieux que ses exhortations quelques revers qu'ils éprouvèrent dans la Caroline, les tirèrent de leur assoupissement. Cependant il fallut toute l'habileté de leur chef pour lesmaintenir sousles drapeaux. II comprima l'esprit de sédition et de mutinerie qui s'était glissé parmi eux, elles conduisit devant York-Townoù il obligea le général anglais, lord Cornwallis, à capituler (1781). L'Angleterre désespérée se décida à reconnaître l'indépendance des Etats-Unis^ mais avant la conclusion de la paix les Français essuyèrent un grand échec. Le comte de Grasse, qui les commandait, échoua dans une tentative qu'il fît sur la Jamaïque
et fut fait prisonnier par l'amiral Rodney (12 avril 1782).
8. Traité de Versailles (1783). — L'année suivante la paix fut signée à Versailles enire toutes les puissances. L'Angleterre reconnut l'indépendance des États-Unis d'Amérique ; la France et l'Espagne recouvrèrent leurs colonies et gardèrent, la première, le Sénégal et les îles de Tabago, Sainte-Lucie, Saint-Pierre et Miquelon ; la seconde, Minorque et les Florides. La Hollande céda aux Anglais ï\égapatnam, ce qui leur assura la suprématie dans les mers de l'Inde.
Questionnaire. — 1. Quelle guerre avaient provoquée les colonies au commencement du xvni* siècle? Qu'arriva-t-il à l'Angleterre après son triomphe? Par qui fut donné l'exemple de la révolte? 2. Quels étaient les principes du gouvernement des colonies? Quelles furent les causes de leur mécontentement ? Par quelles mesures furent-elles portées à se soulever? 3. Quelles furent les premières hostilités ? Qui les dirigea? Où se tint le congrès? 4. Que fit Washington? Où l'indépendance des Etats-Unis fut-elle proclamée? 6. Par qui furent-ils soutenus? Quels sont les Français qui se distinguèrent dans cette guerre? 6. A quelle époque l'Espagne fit-elle alliance avec les Etats Unis? Qu'est-ce qui engagea les Hollandais à les soutenir? 7. Par quels exploits se distingua Washington? Où remporta-t-il sur les Anglais un succès décisif? 8. A quelles conditions la paix fut-elle signée à Versailles ?