‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 20 sur 140 · ALFRED LE GRAND · texte numérisé non relu

ALFRED LE GRAND

1. Caractère de ce prince. — Alfred le Grand avait vingt-deux ans quand il monta sur le trône. Dans son enfanceil avait visité Rome et s'était trouvé en contact avec les hommes les plus éclairés de cette

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époque. Son génie avait reçu avec avidité leurs leçons, et il s'était épris d'un ardent amour pour l'étude. Il apprit le latin et la musique, et se trouva bientôt supérieur à tous ses contemporains par sa science. Peut-être eut-il le tort de les dédaigner à cause de leur grossièreté ; ce mépris les irrita, et ils le délaissùrentau jour du danger. Quoiqu'il fût l'élu de la nation, il lit vainement appel à ses sujets pour repousser les Danois. Ses messagers de guerre eurent beau crier dans les villes et les villages : « Que quiconque n est pas un homme de rien, soit dans les bourgs, soit hors des bourgs, sorte de sa maison et vienne, » cette vieille formule trouva presque tous les Saxons insensibles.

2. Ses revers. — Alfred, se voyant ainsi abandonné, s'enfuit avec une centaine d'hommes qui lui étaient restés fidèles. Il se réfugia dans une presqu'île qui se trouvait au confluent des deux rivières de Tom et de Parret, et habita, sous un non emprunté, la cabane d'un pêcheur, obligé de cuire luimôme le pain dont la pauvre famille de ses hôtes voulait bien lui donner sa part. Ceux de ses sujets qui lui étaient encore attachés ne sachant ce qu'il était devenu cherchèrent un refuge soit en Gaule, soit en Irlande, ou se soumirent aux Danois et se reconnurent leurs tributaires.

3. Echec des Danois. — Cependant Alfred se fortifia dans son île par des retranchements de terre et de bois, et à la tête de ses amis formés en bandes il commença à remporter sur les Danois des avantages partiels. Sur ces entrefaites, le comte Oddun de Devonshire s'empara de la bannière danoise, nommée naf'an (corbeau); cet événement rendit le courage aux Saxons et fut une cause de désespoir

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pour les Danois. Cet étendard avait été tissu des mains des filles de Ragnar-Lodbrog, et les Danois croyaient que par leurs chants magiques elles lui avaient communiqué un charme particulier. Ils prétendaient que le corbeau qu'elles avaient brodé en noir sur ce drapeau déployait ses ailes quand les Danois devaient vaincre, ou qu'il restait immobile quand un malheur les menaçait.

4. Victoire d'Alfred. — Alfred profita de cotte circonstance pour faire un appel général à ses sujets. Mais avant d'en venir aux mains il reprit son costume de berger et pénétra dans le camp ennemi, déguisé en joueur de harpe. Il amusa l'armée danoise par des chansons saxonnes, se promena au milieu de ses tentes, et reconnut ainsi par lui-même les dispositions qu'il fallait prendre pour s'assurer la victoire. De retour dans son propre camp, il attaqua les redoutes d'Ethandunpar le côté le plus faible et en chassa tous lesDanois. Gothrun^ leur chef, s'offrit à recevoir le baptême, lui et les siens, et à se retirer sur ses terres d'Est-Anglie, si Alfred voulait de son côté renoncer h le poursuivre. Le roi saxon y consentit d'autant plus volontiers, qu'il ne se sentait pas de force à pousser la guerre à outrance.

5. Nouvelle ixvasion des Danois (88o). — Gothrun fut donc baptisé, et Alfred voulut être son parrain. Le barbare avait juré de rester fidèle au traité qui venait d'être conclu: mais il oublia ses serments aussitôt qu'il vit arriver en Angleterre de nouveaux Danois sous la conduite du fameux roi de mer Hastings, qui avait déjà dévasté si cruellement l'ouest de la France. 11 s'unit à eux avec tous ses sujets, et ils reprirent ensemble toutes leurs habitudes de pillage et de férocit'. Alfred marcha contre

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