CHAPITRE V
CONQUÊTE DE l'aKGLETEREE PAR LES NORMANDS. BATAILLE d'hASTINGS (1066).
1. Caractère d'Harold a son avènement. — Harold fut reconnu par la nation saxonne et sacré par l'évêque Stigard. 11 se montra juste, aflable, actif pour le bien du pays, et ne s'épargna ni peine ni
COi^QUÈTE PAR LES NORMANDS. 51
fatigue sur terre et sur mer dans l'inlérOt de ses sujets. Mais la faction normande, qu'il avait combattue et humiliée du vivant de Godwin, son père, releva la tête et résolut de lui disputer la succession du roi Edouard. Elle prétendit que ce prince avait désigné sur son lit de mort le duc de Normandie Guillaume pour son héritier et qu'Harold était un usurpateur. Le frère d'Harold, Tostig, crut que l'heure de la vengeance avait sonné, et vint mettre à la disposition du duc son épée et celle de ses compagnons d'armes pour faire la conquête de l'Angleterre. Harold paraissait lui-même s'être fermé le chemin du trône en jurant, pendant qu'il était en Normandie, d'aider Guillaume à conquérir les Etats du roi Edouard à la mort de ce prince. Ce serment à la vérité n'avait pas été volontaire, mais les partisans de Guillaume ne le faisaient pas moins valoir. Il n'est pas facile de décider de quel côté était le bon droit. Guillaume apporta d'ailleurs à l'appui de ses prétentions des titres assez légitimes pour que le saint-fiége se décidât en sa faveur.
2. Armement de Guillaume. — Quand on sut que le souverain pontife s'était ainsi prononcé, cette expédilion prit le caractère d'une guerre sainte, et chacun voulut y prendre part. Le duc de Normandie ajouta encore à l'entraînement général en offrant une forte solde et le pillage de l'Angleterre à tout homme robuste et de haute taille qui voudrait le servir de la lance, de l'épée ou de l'arbalète. Il en vint une multitude par toutes les routes, de loin et de près, du nord et du midi. Il en vint du Maine et de l'Anjou, du Poitou et de la Bretagne, de la France etde la Flandre, de l'Aquitaine et de la Bourgogne, du Piémont et des bords du Rhin. Tous ces aventu-
riers avaient leurs prétentions et exigeaient les proniesses les plus folles. Guillaume, qui avait besoin de tous, n'en rebuta aucun, il leur promit ce qu'ils voulurent, et se trouva ainsi à la tète d'une armée de 60,000 hommes.
3. DÉPART DE l'armée NORMANDE. — Le rendezvous des navires et des gens de guerre était àTembouchure de la Dive, rivière qui se jette dans l'Océan, entre la Seine et l'Orne. Durant un mois, les vents furent contraires et retinrent la flotte normande au port. Ensuite une brise du sud la poussa jusqu'à l'embouchure de la Somme au mouillage de Saint- Valery, puis les mauvais temps l'arrêtèrent encore. Guillaume étaiten proie à de vives inquiétudesqu'il avait peine à dissimuler. On le voyait fréquemment se rendre à l'église de Saint- Valéry, patron du lieu, y rester longtemps en prière, et, chaque fois qu'il en sortait, regarder au coq qui surmontait le clocher, quelle était la direction du vent. S'il paraissait tourner au sud, le duc se montrait joyeux; mais s'il soufflait du noitlou de l'ouest, son visage et sa contenance redevenaient tristes. Enfin le 27 septembre, au point du jour, le soleil, jusque-là obscurci de nuages, parut dans tout son éclat. On mit à la voile, et la traversée fut heureuse. Mais au moment où l'on prit terre, Guillaume fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva. Des voix crièrent : Dieunous garde! c'est mauvais signe ! Mais Guillaume se relevant dit aussitôt : Qu'avez-vous ? Qmlle chose vous étonne ? J'ai saisi cette terre de mes mainSj et par la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a elle est à vous. Celte vive répartie arrêta subitement le mauvais effet qu'on attribuait au présage.