CHAPITRE III
JEAN SANS-TERRE (1199-!2t6).
i. Rivalité de Jean Sans-terre et d'Arthur. — Jean Sans-terre était un homme sans énergie, sans capacité et sans courage. D'après le droit de l'époque, Richard aurait dû avoir pour successeur son neveu Arthur, fils de Geoffroy et de Constance, héri-
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lière de Bretagne. En partant pour la croisade, il l'avait désigné pour son héritier, mais Jean allégua en sa faveur un prétendu testament qui annulait ces dispositions, et se fit proclamer en même temps roi d'Angleterre à Londres, et duc de Normandie à Rouen. Arthur réclama ses droits et s'unit au roi de France pour les revendiquer. Jean eut la lâcheté, pour se défaire de son rival, d'avoir recours à l'assassinat. On dit qu'il le fit monter avec lui dans un bateau, et qu'après lui avoir plongé son poignard dans le sein, il le jeta dans le fleuve à trois milles du château de Rouen (1203).
2. Pertes qu'il fait sur le continent. — Philippe Auguste se porta pour vengeur et pour juge du crime. Il cita Jean Sans-terre devant les pairs du royaume. Sur son refus de comparaître, il fit déclarer que tous les biens qu'il possédait en France étaient confisqués, et il se mit à la tête d'une armée pour exécuter la sentence. Il s'empara de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou, et Jean ne conserva sur le continent que la Guienne.La Bretagne passa à la sœur d'Arthur. Ces pertes ne produisirent aucune impression sur le roi d'Angleterre. Il se jeta en désespéré dans les plaisirs et chercha ainsi à s'étourdir en se livrant à tous les excès.
3. Ses luttes avec le saint-siége. — Forcé de se retirer en Angleterre, le malheur ne le rendit ni plus adroit ni plus circonspect. Il indisposa contre lui la noblesse de son royaume, et irrita le clergé en portant une main avide sur les biens de l'Église et en essayant de lui ravir sa liberté. Le cardinal ÉlienneLangton avait été élu canoniquement archevêque de Cantorbéry. Jean refusa de le reconnaître
et résista si opiniâtrémeril au pape Innocent ÏII, que ce pontife fut obligé de jeter l'interdit sur le royaume (120'<). Jean s'irrita et se mit à persécuter tous les évL^ques qui avaient obéi aux ordres du pape. Ces nouvelles tyrannies obligèrent Rome à de nouvelles rigueurs, et il fut excommunié (1209). Dans sa colère il déclara qu'il se ferait musulman et multiplia ses sarcasmes et ses impiétés. Il ne restait plus qu'à le déposer; Innocent le fît, selon le droit du temps, et chargea Philippe Auguste de la conquête de ses États (1212).
4. Ses guerres avec Philippe Auguste (1212- 4214). — Une flotte fut équipée par le roi de France ; mais cette fois Jean effrayé se rendit à tout ce que le pape exigeait de lui (1213). Il fit même plus, car il se reconnut vassal du saint- siège. Innocent III envoya son légat près de Phihppe Auguste pour l'empêcher de continuer son armement ; mais il ne gagna rien sur le cœur du monarque, qui n'en poursuivit pas moins son entreprise. Toutefois la fortune ne lui fut pas favorable. Ayant expulsé le comte de Flandre de ses États, sa flotte fut détruite dans le port de Dam par les Anglais et les Flamands coalisés (1213). Le comte de Flandre, rentré dans ses États, s'aUia avecl'empereurOthon IV,le ducde Brabant, Jean Sans-terre, le comte de Hollande et de Namur, et c'est contre tous ces ennemis confédérés que Philippe Auguste remporta la brillante victoire de Bouvines (1214).
5. Grande Charte (1215). — Jean vaincu se retira en Angleterre oùil subit une humiliation non moins profonde de la part de ses barons. Ils lui firent signer un pacte devenu célèbre sous le nom de grande charte de liberté. Il s'engageait par
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cet acte de ne plus marier les filles el les veuves des barons malgré elles; de ne plus ruiner les pupilles sous prétexte de tutelle féodale ; de respecter les franchises des habitants des villes; de ne plus emprisonner ni dépouiller personne arbitrairement; de ne point lever de taxe extraordinaire pour la guerre sans le consentement des barons ; de ne plus faire rendre la justice que par des hommes versés dans la science des lois ; de ne point faire saisir les instruments de travail des pauvres gens; etc. On conçoit à peine qu'on ait eu besoin de charte pour faire respecter tous ces droits, qui sont d'ailleurs tellement évidents par eux-mêmes qu'on ne comprend pas qu'on les ait jamais méconnus.