HENRI V
1. Heureux commexcements du règne de Henri V, — - Quand Henri V eut été proclamé, il changea entièrement de conduite. Il quitta les habitudes dissolues de sa jeunesse, s environna des hommes les plus graves et les plus éclairés de son royaume, et suivit leurs avis.' Il s'empressa en même temps de mettre ordre aux affaires de l'État, en réprimant les loUardsjqui, au nombre de vingt mille, avaient osé prendre les armes et qui faisaient entendre les menaces les plus terribles. Il marcha lui-même contre eux, les dispersa et publia des lois très-sévères contre ces dangereux sectaires.
2. Son expédition en France (14 lo). — Aussitôt que la tranquillité fut rétablie à l'intérieur de ses États, il résolut , de faire revivre les prétentions d'Edouard III sur la couronne de France^ et de niarcher sur les traces de son illustre prédécesseur; Le parlement approuva son dessein et la nation y applaudit, parce qu'elle eut alors l'espérance de satisfaire l'esprit de jalousie et de rivalité qui l'avait toujours armée contre la France. Il somma donc Charles VI d'exécuter toutes les conditions du traité de Brétigny, et, sur son refus, il débarqua à l'improviste sur
les côtes de Normandie avec une armée de cinquante mille hommes.
3. Bataille d'Azincourt. — Harfleur lui ouvrit ses portes, el il passa ensuite la Somme pour se retirer vers Calais, et éviter l'armée française qui était quatre fois plus nombreuse que la sienne. 11 se trouva en retard dans sa marche, et le chemin lui fut coupé dans l'Artois, près d'Azincourty Ce qui avait perdu les Français à Crécy et à Poitiers les perdit encore dans cette circonstance. Ils n'écoutèrent que leur imprudente valeur et leur fougue téméraire ;■ en se précipitant aveuglément sur les ennemis, ils s'enfoncèrent dans les marais où les archers anglais n'eurent qu'à les bien viser^ On dit que les Anglais ne perdirent que mille sept cents hommes, et qu'il resta plus de dix mille Français sur le champ de bataille.
4. Humiliation de la France. — Henri V manquant d'argent, ne put, comme il l'aurait voulu, profiter de sa victoire, il se retira en Angleterre dans le moment même où sa présence était le plus nécessaire sur le continent. Mais la division qui se mit entre les Français servit ses intérêts mieux qu'une puissante armée. La reine Isabeau de Bavière eut l'audace de s'unir avec lui contre les droits de Charles VI, son mari, et contre les espérances légitimes du dauphin Charles, son fils. Jean san? Peur, duc de Bourgogue, s'éloigna de cette alliance, parce que son noble cœur ne put jamais soutenir l'idée du démembrement de la France. Il s'éloigna donc d'Isabeau pour se r.ipprocher du dauphin, et il devait se réconcilier avec les Armagnacs à Montereau, quand, dans le lieu même de l'entrevue, il fut assassiné par Tanneguy Duchâtel (I4i9).
HENRI V. m
5. Traité de Troyes (1420). — A celte affreuss nouvelle, Isaheaii qui se trouvait à Troyes se déclara pour le fils de Jean sans Peur, Philippe le Bon, et jura de l'aidera venger la mort de son père, le nouveau duc de fiourg(tgne se jeta de désespoir dans le parti des Anglais, et on conclut à Troyes un in lame traité. '.Catherine de France, fille bien-aimée d'Isabeau, devait éimuser le roi d'Angleterre, que l'insensé Charles VI appelait son très-cher fils et désignait comme l héritier de sa couronne. Tous les droits du dauphin se trouvaient sacrifiés, et la France cessai! de s appartenir comme nation.
«. Succès de Henui V. — Ce qu'il y a de pénible à raconter, c'est que le peuple de Paris accepta avec enthousiasme ces transactions scandaleuses. Quand les deux rois Charles VI et Henri V se montrèrent dans la capitale, la multitude les salua avec acclamation. Les états furent convoqués, et Henri V les trouva aussi souples à son égard qu'ils s'étaient montrés indociles en\ ers leurs légitimes souverains.. Il put môme compter assez sur leur fiilélité pour passer en Angleterre et y faire parade de ses nouveaux titres et de ses nouvelles conquêtes. Les seigneurs, les chevaliers, les hommes d'armes partagèrent ses espérances, et s'empressèrent de repasser avec lui le détroit pour achever la soumission de la France.
7. Mort de Henri V. — Il y serait parvenu, si la mortn'élait venue arrêter le cours de ses conquêtes. Il ne laissai! pour héritier qu'un enfant qui venait de naître, et ses derniers moments furent remplis d'amertume par la crainte que lui donnal'avenirde ce jeune prince.. Il le recommanda à son épouse et au duc de Bedford, son frèr^, qu'il créa régent de
France. 11 donna au duc de Glocester, son autre frère, la régence d'Angleterre, et nomma le comte de Warwick tuteur deleur jeune neveu. Après avoir fait toutes ces dispositions, il mourut le 31 août 1422y
Questionnaire. — l.Que remarque-t-on au commencement du règne de Henvi V ? Quels sectaires eut-il à réprimer? 2. Sous quel prétexte envahit-il la France? Cette guerre plut-elle aux Anglais? Quelles étaient ses forces ? 3. Où les Français furent-ils défaits? Quelle futlacausede cette défaite? -i. Que devint la France après tous ces désastres? Quelle fut la conduite d'Isabeau? Qu'est-ce qui porta le duc de Bourgogne à s'unir aux Anglais ? 5. Quelles furent les conditions du traité de Troyes ? 0. Commentée traité fut-il accueilli à Paris et en France? Que fit Henri V après la conclusion de ce traité ? 7. Quelles dispositions fit-il avant sa mort? A quelle époque arriva-t-elle ?