‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 65 sur 140 · HENRI VI · texte numérisé non relu

HENRI VI

Ce long règne se divise en deux parties bien distinctes : la première comprend la fin des guerres contre la France, et la seconde la première période de la guerre des Deux Roses.

§ I. Dernière période de la guerre de Cent ans (1422-1453).

1. Avènement de Henri VI. — Deux mois après la mort de Henri V, Charles VI descendit lui-même au tombeau, et par suite de l'infâme traité de Troyes, le trône de France se trouva au pouvoir des Anglais. Tandis qu'on transportait à Saint-Denis le corps de Charles VI, cérémonie à laquelle assis-

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tait le duc de Redford, le peuple de Paris entendit, sans se soulever d'indignation, prononcer ces paroles lugubres sur le cercueil de son roi : Dieu fasse paix à rame de Charles VI, roi de France, et Dieu donne bonne vie à Henri VI, roi de France et d'Angleterre, notre soucerain seigneur. Pendant ce temps le dauphin de France, fils aîné de Charles Vf, se faisait couronner à Poitiers sous le nom de Charles VJI. Tout le midi de la Loire le reconnut, mais sa puissance était si médiocre que les Anglais ne l'appelaient, par dérision, que le roi de Bourges..

2. Succès de Bedford (1424). — Pour l'affaiblir encore, le duc de Bedford eut l'adresse de séparer de sa cause Jean, duc de Bretagne, et de l'attacher à ses propres intérêts par l'intermédiaire du duc de Bourgogne. Pour se dédommager de cette défection, Charles VU fit alliance avec l'Ecosse et en obtint des troupes. Mais l'espérance que fît naître au cœur des Français ce secours étranger fut très-éphémère. Les armées écossaises, commandées par le connétable de Buchan, furent battues à Crevant et à Verneuil et cet échec détacha môme complètement l'Ecosse de la cause de la France. Les seigneurs anglais, qui depuis dix-huit ans tenaient captif Jacques P^, roi d'Ecosse, lui offrirent sa liberté s'il voulait défendre à ses sujets de s'enrôler sous les étendards de Charles VIL II le fit, et la France fut ainsi privée de ses alliés.

3. Jeanne d'Arc. — Tous ces revers ne purent cependant tirer Charles VII de son assoupissement. Il s'abandonnait à la mollesse pendant que son royaume lui échappait des mains. C'en était fait de la France, si le ciel n'eût suscité, pour la délivrer, 1 héroïne de Domremy, l'immortelle Jeanne

d'Arc. Cette fille extraordinaire, née d'un simple laboureur, quitta Domremy, son village, et se rendit à Chinon où se trouvait alors Charles VU. Elle lui donna des preuves extraordinaires de sa mission, et en obtint quelqu es troupes avec lesquelles elle entra dans Orléans. Elle fit lever le siège de cette ville par les Anglais et conduisit ensuite le roi à Reims où il fut sacré. Là finissait sa mission ; aussi demanda-telle à Charles Vil qu'il la laissât retourner dans son hameau au milieu de ses parents. Mais le prince la retint malgré elle et l'envoya au siège de Compiègne (i43it). La trahison la livra aux mains des Anglais, qui la traduisirent, comme sorcière et hérétique, k un tribunal prévenu contre elle. L'évêque de Beau vais, Pierre Cauchon, qui le présidait, la déclara coupable de tous les crimes dont on l'accusait, et elle périt sur un bûcher au milieu de la place du Vieux-Marché, à Rouen, Le nom de Jésus fut le dernier mot que prononça cette victime, qui s'était vue conduire au supplice coiffée d'une mitre où étaient écrits ces mots : apostate, relapse, idolâtre^ hâ'étique (1431).

4:. Rentrée de Charles VII a Paris. — Cette lâche vengeance que permit Bedford obscurcit sa gloire sans rappeler la fortune sous ses drapeaux. Il perdit, peu de temps après, la bataille de Gerberoy, et Richemont détacha de son alUance le duc de Bourgogne. Ce furent les Pères du concile de Bâle qui portèrent Philippe le Bon à se réconcilier avec le roi de France au congrès d'Arras (1435). Les Anglais affichèrent des prétentions si exorbitantes que Richemont préféra continuer la guerre plutôt que de signer une trêve avec eux. Paris ne tarda pas à lui ouvrir ses portes, et il eut ia gloire de ré-

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tablir Charles VII dans le palais de ses ancêtres (143G).

5. Nouveaux revers des Anglais. — Le duc de Bedford mourut sur ces entrefaites et fut remplacé par le duc d'York, qui n'avait pas le même génie. La division se mit dans le conseil de Henri VI, et si les ministres de Charles VII eussent été plus actifs, ils auraient pu facilement expulser les Anglais du royaume. Mais le roi de France s'étant vu lui-même un instant inquiété par la Pragiiene, c'est-à-dire par la révolte du dauphin Louis et des seigneurs, ne pul reprendre la guerre à l'extérieur qu'après avoir calmé cette sédition ( 1 440). La prise de Creil, de Pontoise et de plusieurs autres places autour de Paris, quelqu es succès dans la Guienne et la Gascogne illustrèrent de nouveau les armées françaises. On conclut ensuite en 1 444, une trêve qui dura quatre ans.

6. Expulsion définitive des Anglais. — C'est après l'expiration de celte dernière trêve que les Anglais furent définitivement chassés de France. Charles VII, suivi de Richemont et de Lafayette, marcha contre la Normandie, et s'en rendit maître par la victoire de Formigny (1450). Dunois parcourut ensuite la Guienne, s'empara de Bayonne et de Bordeaux, et ruina les espérances des insulaires par la mort de Talbot au combat de Castillon (i 433). Alors fut terminée cette longue guerre si terrible et pourtant si glorieuse pour la France.

II. Première période de la guerre des deux Roses (1455-146i)t

9. Causes de cette guerre. — La maison de Lancastre, qui était arrivée au trône sous Henri IV par une usurpation, s'y était maintenue avec fer-

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meté, tant que la fortune l'avait secondée dans ses guerres contre la France. Mais lorsque le sceptre fut tombé entre les mains débiles de Henri VI, de grands mécontentements éclatèrent dans la nation. Tous les revers qu'on venait d'essuyer en France furent atlribués à l'incapacité des ministres. Ils avaient eu le tort de lui faire épouser Marguerite d'Anjou, et d'avoir consenli, pour obtenir sa main, à la restitution des deux duchés du Maine et de l'Anjou, encore occupés par les Anglais. Toute la nation voyait avec peine ces concessions. Le duc de Glocester, qui passait pour l'ami du peuple et qui avait blâmé publiquement cette politique maladroite et inconséquente, fut un jour trouvé mort dans son lit. Le peuple le pleura et fit retomber sa mort sur Henri VI et ses favoris. On ne parlait plus que de l'imbécillité du monarque; on savait que Marguerite tenait en main le pouvoir, et on désirait une autre administration.

8. Prétextions du duc d'York. — Richard, duc d'York, qui vivait disgracié dans ses terres, résolut de profiter de cette disposition générale de la nation pour travailler a ressaisir les droits de sa famille. Il prépara donc les esprits en sa faveur, et lorsque les deux premiers ministres, Suffolk et lord Say, eurent payé de leur tète le crédit dont ils avaient joui, il souleva ses partisans, et la lutte commença entre la maison d'York et la maison de Lancasire, Cette lutte prit le nom de guerre des deux Roses, parce que ces deux maisons rivales portaient une rose dans leurs armoiries. Les Lancastriens avaient une rose rouge, et les Yorkistes une rose blanche.

9. Bataille de Saint-Albans (1455). — Profitant de l'ineptie de Henri V I, le duc d' Y'ork s'était d'abord

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