‹ Précis élémentaire de l'histoire d'AngleterreChapitre 74 sur 140 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONTINUATION DD RÈGNE DE HENRI VIII, DEPUIS SON DIVORCE jusqu'à SA MORT (1 527-1 o47).

1. Divorce de Henri VIH (1527-1530). — Après avoir écrit contre Luther un livre que Léon X avait appelé le dianiant du ciel et qui lui avait valu le titre d'e défenseur de la foi, Henri VIH devint schismatique obstiné, et quoiqu'il se fût toujours montré doux et humain, il se laissasoudainementallerà la cruauté et à la tyrannie.

11 fut poussé dans cette nouvelle carrière de crimes et de corruption par la plus insigne bassesse. Il avait pour épouse Catherine d'Aragon, qui avait été

d'abord mariée à son frère. Il éleva des doutes sur la légitimité de son mariage, prétendant que, d'après saintThomas d'Aquin, l'empêchementdubeaufrèreà la belle sœur était de droit divin et que le pape ne pouvait dispenser. 11 consulta les diverses universités catholiques pour savoir s'il pouvait se séparer de Catherine et épouser une autre femme, Anne deBoleyn. En Angleterre et à Paris, presque tous les docteurs furent éblouis par l'or du monarque. Ce fut un effroyable scandale dans toute la chrétienté. Clément Vil évoqua l'affaire à son tribunal, et nomma une commission pour l'examiner, Wolsey conjura d'abord à genoux son maître de renoncer à son dessein ; mais quand il vit qu'il était inflexible, il se prononça pour le divorce. Le pape envoyason légat Campeggio en Angleterre,avec l'ordre secret de traîner les choses en longueur, dans l'espérance que le temps amènerait undénoûment à cette malheureuse affaire. Mais le roi, ennuyé de tant de retards, se disposa à faire prononcer son divorce par l'autorité ecclésiastique de son royaume et par le parlement. Le crédit d'Anne de Boleyn amena la disgrâce de Wolsey auquel le roi retira les sceaux pour les confier à Thomas Morus. Peu après, Wolsey mourut de chagrin et de remords (1530).

2. Commencements du schisme (1530-1534). — Henri fit encore une tentative auprès du pape et de l'empereur pour les engager à consentir à son divorce. Charles-Quint répondit qu'il n'était pas un marchand pour vendre 1 honneur de sa tante, et Clément VII, sans donner de réponse précise, promit de faire pour Henri tout ce que sa conscience lui permettrait. Le roi cessa dans ce moment ses poursuites, et Anne de Boleyn croyait sa cause iscr-

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due, quand un homme de basse naissance, mais adroit et intelligent, l'insinuant Crom^vell, lui offrit sa protection. Il donna le premier au monarque l'idée d'écarter le souverain pontife, de se déclarer le chef de l'Eglise anglicane, et de concentrer ainsi dans ses mains la puissance civile et la puissance ecclésiastique. C'était habilement flatler les deux grandes passions de Henri VIII, son ambition et sa licence effrénée. Il applaudit à ce dessein, donna entrée à Cromwell dans son conseil privé, et se mit en mesure de préparer lesesprilsà cette innovation. Un statut d'Edouard III défendait à tout Anglais d'accepter des provisions, réserves ou bénéfices de la part de la cour romaine ; on fit le procès à Wolsey et atout le clergé d'Angleterre pour l'avoir enfreint, et Henri prit le titre de protecteur et chef suprême de l'Église d'Angleterre*. Le pape lui ayant adressé à ce sujet une lettre afTectueuse quoique sévère, il assembla son parlement, abolit les annates, et déclara nulles toutes les censures portées par Rome (1532). Il eût voulu mettre François I«' dans ses intérêts, et, dans une entrevue qu'il eut avec lui à Calais, il lui avait même promis de ne pas compliquer sa situation par rapport au pape. Mais le 25 janvier 1533, n'écoutant plus que sa passion, il fit bénir secrètement son union avec Anne de Boleyn par un de ses aumôniers dans un des greniers du palais de Whitehall. Il donna ensuite l'archevêché de Cantorbéry, alors vacant, à un luthérien marié, l'ignoble Cranmer, qui s'empressa d'approuver son divorce et de confirmer son alliance adultère. Ce fut seulement après tous ces scandales que le pape excommunia Henri Vilï, en lui ordonnant de reprendre son épouse légitime (1534).

3. Constitution de l'Église anglicane (1534). — La sentence de Ronae ne fut point la cause du schisme. Avant de la recevoir, le parlement avait interdit les appels à Rome (30 mars lo<3), et le roi avait commandé à Cromwell divers bills, dont le but était d'établir une séparation marquée entre l'Église nouvelle et la communion romaine. Mais, une fois excommunié, Henri ne garda plus de mesure. Le parlement le déclara juge suprême de la religion en Angleterre. 11 devait seul nommer les évêques, et ceux-ci ne devaient prêter serment qu'entre ses mains. Les faveurs, au lieu d'être dispensées par Rome, ne dépendirent plus que du primat. Entin on exclut de la succession au trône la princesse Marie, fille de Catherine d'Aragon, et on déclara seule héritière de Henri la fille d'Anne de Boleyn, Elisabeth."

4. Persécutions (1034-1035). — Quiconque refusa de souscrire à ces décrets du parlement fut immolé sans pitié. L'évêque de Rochester, Jean Fisher, et l'ancien chanceher, Thomas Morus, ayant protesté contre ces actes impies, furent dégradés, jetés dans un cachot et ensuite envoyés à la mort. Toute l'Europe apprit avec indignation cet horrible attentat. Le pnpe Paul III le flétrit en renouvelant l'excommunication déjà portée contre Henri VIII. Le pontife déclara ensuite les enfants d'Anne de Boleyn incapables de lui succéder, et délia tous ses sujets du serment de fidélité. Mais ces coups de foudre ne purent tirer le peuple anglais de son inexplicable léthargie.

5. Spoliation des monastères (1536). — Henri VIII, aidé des conseils de Cromwell, son vicaire général, entraîna même tout le clergé anglican dans

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