DiSSOi.UTION DU LONG PARLEMENT
Cromwell avait appelé sa victoire de Worcester la victoire couronnante. Cette parole trahissait le but de son ambition. 11 entra à Londres en triomphe, reçut avec ostentation les députés que le parlement avait envoyés à sa rencontre, et trancha dès lors du souverain. Le long parlement, le Ehwîj», étant l'unique barrière qui lui fermait tout accès à la puissance suprême, il résolut de le dissoudre par la force. Eu conséquence, il prit avec lui trois cents soldats, les plaça à la porte du parlement, et pénétra seul dans la salle des séances. Là il accablâtes communes d outrages, leur reprocha toutes leurs cruautés et toutes leurs injustices, et termina en s'écriant avec colère : Cédez la place, le Seigneur en a fini avec vous, il a choisi d'autres iîistrumcmts
de ses œuvres. Puis il frappa du pied, appela ses mousquetaires, et fit sortir tous les membres en les couvrant d'injures. Quand ils se furent retirés, il fit fermer les portes, en mit les clefs dans sa poche, et le lendemain on lisait sur celle même porte de la salle de Weslminsler : Chambre à louer, non meublée. C'était terminer la scène la plus tragique par le plus burlesque dt'^noûment.
5. Protectorxt (i 653). — Cromwell, qui ne cherchait qu'à régner, composa une sorte de club législatif qui prit le nom de parlement. Il n'y plaça que des puritains fanatisés, qui se donnèrent les noms les plus bizarres, et qui appelaient leur assemblée, l'assemblée des saints. Pendant cinq mois ils se réunirent à Westminster, où ils passaient des journées entières à réciter des prières, à expliquer l'Ecriture, et à chercher le Seigneur dans l'extase et la contemplation. A la fin le ridicule les tua. Le capitaine White les chassa du lieu de leurs séances, et le major général Lambert lut une constitution qui conférait la puissance législative à un parlement et à un protecteur. Cromwell accepta le protectorat, tout en gémissant sur les obligations nombreuses que cette nouvelle charge allait lui imposer.
6. Gloire du protectorat d'Olivier Cromwell (1 653-1 6o8). — L'autorité de Cromwell fut absolue. Le parlement devint son esclave. Il n'avait admis parmi les lords que ses parents et ses amis, et il épura tellement les communes en en retranchant tous ceux qui lui résistaient, que ces assemblées s'étudiaient mûme à prévenir ses désirs, pour lui plaire. Après avoir déclaré le protectorat héréditaire dans sa famille, elles eurent la bassesse de lui offrir le titre de roi, mais il n'eut pas le courage de
180 HISTOIRC D'ANGLETERRE.
l'accepter. Au reste sous son règne la nation anglaise brilla à l'extérieur de la gloire la plus vive. Les Hollandais, humiliés, furent forcés de reconnaître la suprématie du pavillon britannique; le Danemark et le Portugal se mirent aux genoux du Protecteur pour le féliciter de son élévation ; le roi de Pologne et le vayvode de Transylvanie réclamèrent son appui ; Gênes le remercia de ses faveurs; Mazarin, au nom de la France, s'excusait de ne pouvoir l'aller visiter en personne; et l'Iispagne, effrayée par sa puissance, lui demandait vainement grâce pour ses colonies.
ç. Mort de Cro^iwell (1658). — Cependant le souvenir de ses crimes tourmentait horriblement son âme. Il ne rêvait que complot et trahison. Ses gardes lui étaient suspects,il avait toujours l'oreille ouverte au moindre bruit, à la plus légère rumeur : il portait sous ses vêtements une cuirasse et dans ses poches un stylet et des poignards; il ne pouvait rester dans la solitude, et n'osait pourtant sortir; craignant de coucher deux nuits de suite danslamême chambre, il errait souvent dans l'obscurité comme un spectre; il voyait des royalistes partout, même dans le sein de sa famille. Ces folles terreurs lui donnèrent la fièvre, et il en mourut le 3 septembre, jour anniversaire de sa dernière victoire (1658).
8. Avènement et chute de Richard (1658). — Pour remplacer Cromwell, il eût fallu son génie; mais son fils Richard fut loin d'en hériter, il n'eut pas même assez d'énergie pour se faire respecter de ses soldats, qui se plaisaient à lui dérober les plats qu'on servait sur sa table. Dans son règne de courte durée il eut à peine le temps de lire
les leltres de félicitation qu'on lui adressa. La faction militaire cassa le parlement de Cromwell, rappela le Riimp,ei contraignit Richard d'abdiquer.