‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 23 sur 64 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Qu'il mouriu.

La majesté des figures consiste à frapper fortement l'esprit en lui présentant sous de vives images un objet grand et extraordinaire. Telle est la strophe où Lefranc de Pompignan nous représente l'impuissance des envieux dont les clameurs cherchaient à obsciu'cir la réputation de J.-B. Rousseau.

Le Nil a vu sur ses rivages Les noirs habitants des déserts Insulter par leurs cris sauvacr'^s L'astre éclatant de l'univers.

Cris impuissants ! fureurs bizarres !

Tandis que ces monstres barbares Poussaient d'insolentes clameurs, Le dieu, poursuivant sa carrière, Versait des torrents de himière Sur ses obscurs blasphémateurs.

La véhémence des expressions est Tefifet d'un sentiment vif et profond. Elle suppose une conviction forte, un esprit ardent; mais pour être sublime, il faut qu'on y joigne la majesté des images et la grandeur des idées et des sentiments; autrement, ce ne serait que de la déclamation. Un magnifique modèle en ce genre, c'est le discours du paysan du Danube :

Romains et vous sénat assis pour m'écouter. Je supplie avant tout les dieux de m'assister : Veuillent les immortels, conducteurs dema langue, Que je ne dise rien qui doive être repris ! Sans leur aide il ne peut entrer dans les esprits

Que tout mal et toute injustice; Faute d'y recourir on viole leurs lois. Témoin nous que punit la romaine avance : Rome est, par nos forfaits plus que par ses exploits.

L'instrument de notre supplice.

Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère, Et, mettant en nos mains, par un juste retour, Les armes dont se sert sa vengeance sévère.

Il ne vous fasse, en sa colère,

Nos esclaves à votre tour.

Et pourquoi sommes-nous les vôtres? Qu'on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers. Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers? Pourquoi venir troubler une innocente vie? Nous cultivions en paix d'heureux champs, et nos mains Etaient propres aux ans ainsi qu'au labourage.

Qu'avez-vous appris aux Germains ?

Ils onl l'adresse ei le courage :

S'ils avaient eu l'avidité,

Comme vous, et lu violence, Peut-êire en votre place ils auraient la jouissance El sauraient en user sans inlmmaniié.

Celle que vos préleurs ont sur nous exercée

N'entre qu'a peine en la pensée.

La majesté de vos autels

Elle-même en est oiïensée;

Car sachez que les immortels Ont les regards sur vous. Grâces à vos exemples, Ils n'ont devant les yeux que des objets d'horreur,

De mépris d'eux et de leurs temples,

D'avarice, qui va jusques à la fureur.

Rien ne suffît aux gens qui nous viennent de Rome :

La terre et le travail de l'homme Font pour les assouvirdes étions superflus.

Retirez-les; on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes; Nous quittons les cités; nous fuyons aux montagnes;

Nous laissons nos chères compagnes ; Nous neconversons plus qu'avec des ours atïreux, Découragés de mettre au jour des malheureux Et de peupler pour Rome nu pays qu'elle opprime.

Quant à nos enfants déjà nés, Nous souhaitons devoir leurs jours bientôt bornés : Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime. Retirez-les : ils ne nous apprendront

Que la mollesse et que le vice;

Les Germains comme eux deviendront

Gens de rapine et d'avarice.

C'est tout ce que j'ai vu dans Rome à mon abord.

N'a-l-on point de présenta faire, Point de pourpre à donner; c'est en v?in qu'on espère Quelque refuge aux lois : encor leur ministère A-t'il mille longueurs. Ce discours un peu fort

Doit commencer à vous déplaire :

Je finis. Punissez de mort

Une plainte un peu trop sincère.

Questionnaire. — 1. En quoi consiste la convenance du style ? Combien distingue-t-on de sortes de style ? Sur quoi est fondée cette distinction ? 2. Qu'est-ce que le style simple ? Citez-en un exemple. En quelles circonstances l'emploie-t-ou ? 3. Qu'est-ce que le style tempéré ? Quelles sont ses principales qualités ? En quoi consiste la richesse ? — la délicatesse ? — la grâce ? 4. Qu'est-ce que le style sublime? En quoi consiste-t-il ? Qu'est-ce que le sublime de la pensée ? Le sublime du sentiment varie-t-il ? De quelle manière? En quoi consiste la majesté des images ? — la véhémence des expressions ? Citez des exemples .

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