DES MOYENS DE FOKMEK SON STYLE
guerre; choisis. Nous aimerions mieux la paix ; c'est pour l'amour d'elle que nous n'avons point eu de honte de le céder le doux rivage de la mer, où le soleil rend la terre fertile et produit tant de fruits délicieux. La paix est plus douce que tous ces fruils : c'est pour «-lie que nous nous sommes retirés dans ces hautes montagnes toujours couvertes de glace et de neige, où l'on ne voit jamais ni les fleurs du printemps, ni les riches fruits de l'an tourne. Nous avons horreur de cette bruialiié qui, sous de beaux noms d'ambition et de gloire, va follement ravager les provinces et répand le sang dos honnnes, qui sont tous fières. Si celle fausse gloire te louche, nous n'avons garde de te l'envier ; nous te plaignons et nous prions les dieux de nous préserver d'une fureur semblable. Si les sciences que les Grecs apprennent avec tant de soin, et si la politesse dont ils se piquent, ne leur inspirent (]ue celle détestable injustice, nous nous croyons trop heureux de n'avoir point ces avantages. Nous nous ferons gloire d'èlre toujours ignorants et barbares, mais justes, liumains, hdèles, désintéressés, accoutumés à nous contenler de peu, et à mépriser la vaine délicatesse qui fait qu'on a besoin d'avoir beauconp. Ce que nous estimons, c'est la santé, la frugalité, la liberté, la vigueur de corps et d'esprit ; c'est l'amour de la vertu, la crainte des dieux, le bon naturel pour ses proches, l'attachement à nos amis, la fidélité pour tout le monde, la modération dans la prospérité, la fermeté dans les malheurs, le courage pour dire toujours hardiment la vérité, l'horreur de la flatterie. Voilà quels sont les peuples que nous t'ofl'rons pour voisins et pour alliés. Si les dieux irrités t'aveuglent jusqu'à te faire refuser la paix, tu apprendras, mais trop tard, que les gens qui aiment par modération la paix sont les plus redoutables dans la guerre.
Pénétrez-vous bien de l'esprit, du caractère et du ton général de ce discours, choisissez ensuite un sujet analogue soit dans Thistoire, soit dans votre imagination ; prenez par exemple le discours que les ambassadeurs des Scvthes adressent à Alexandre
à la même occasion, faites-vous un plan conforme à celui que Fënelon s'est tracé, en y introduisant quelques modifications, si vous le jugez bon, qui soient d'ailleurs en rapport avec le génie des nouveaux personnages que vous mettez en scène, et écrivez. Votre composition terminée, vous la comparerez à celle de Fénelon, et comme le sujet que vous aurez choisi a été déjà traité par un historien ancien, par Quinte-Curce, vous pourrez établir entre cet auteur et Fénelon un parallèle qui vous suggérera des idées nouvelles et vous permettra de recommencer votre propre tr-avail et de le perfectionner beaucoup.
Un autre exercice qui est absolument de même nature que celui-ci, c'est de prendre une pensée qu'un grand écrivain a développée, de lire attentivement le morceau que ce développement a produit, de l'analyser dans tous ses détails et d'essayer ensuite de reproduire soi-même et à sa manière les mêmes choses. Ainsi je suppose qu'on trouve dans Massillon le tableau des funestes effets de l'ambition, il serait bon d'analyser ce tableau dans tous ses détails, de se rendre compte de toutes les idées particulières, de tous les faits que l'orateur a employés pour le composer, et une fois qu'on serait bien maître de toutes ses pensées on les rendrait avec le plus grand soin possible. Quand on croirait son travail achevé, on pourrait le comparer avec celui du maître, reconnaître par là même les endroits faibles ou médiocres, corriger les termes impropres et les tournures défectueuses, et s'eJBforcer ainsi de s'approcher de l'élégance et de la pureté du modèle qu'on a voulu imiter.
Absurément tous ces essais ue méritent pas le