DE LA COMPOSITION EN GÉNÉILYL
de ménager vos ressources de manière que ce soit surtout à la fin que vous mettiez en usage vos grands moyens.
Nous reviendrons d'ailleurs sur les règles qu'on doit observer à Tégaid de ces différentes dispositions. Mais nous avons cru nécessaire d'insister avant tout sur la nécessité d'un plan, parce que là est le principal écueil des commençants.
4. De la manière de le remplir.— Tout le monde conçoit son plan d'après le môme procédé. C'est toujours le résultat de la méditation approfondie de son sujet. Mais tout le monde ne le remplit pas de la même manière. Chacun suit la méthode qui lui convient. Cependant, celle qui réussit le mieux et que les élèves feront bien d'adopter, c'est de remplir le plan d'un seul jet, immédiatement après qu'il est conçu. Une fois que vous voyez bien nettement l'idée que vous voulez exprimer, que vous êtes en possession des moyens de développement, que vous les avez mis par ordre et que vous savez comment vous commencerez et comment vous finirez, vous pouvez prendre votre plume et écrire, sans vous arrêter, toutes les expressions qui vous viendront à l'esprit. Vous remarquerez sans doute qu'une phrase a été mal terminée, que telle idée n'a pas reçu tout le développement qu'elle méritait. Marquez en cet endroit plusieurs points et continuez jusqu'à ce que vous soyez parvenu au terme. Alors vous reviendrez sur vos pas, vous remplacerez les expressions impropres par d'autres plus convenables , vous donnerez aux phrases qui ont été mal construites une forme nouvelle, vous retrancherez les détails inutiles, vous fortifierez les endroits faibles, .enfin vous periec-
tionnerez à loisir votre oeuvre et vous la transcrirez. Je conseille cette méthode, parce qu'elle a l'avantage de donner infailliblement de l'unité et de la chaleur à la composition. L'écrivain ressemble à l'artiste qui coule sa statue d'un premier jet et qui ensuite efface toutes les aspérités et toutes les imperfections que le moule a laissées. Quand on va de phrase en phrase, qu'on s'attache à les perfectionner à mesure qu'on les produit, l'imagination se refroidit, l'esprit se trouve à sec, et l'on ne sait plus que dire. Il est bon d'ailleurs que la composition offre un ensemble quelconque. Lorsqu'on a produit chacune de ses phrases isolément , il arrive qu'elles forment chacune un tout distinct et qu'elles n'ont presque aucun rapport entre elles.
5. Des différentes espèces de composition. — Les différentes espèces de composition qu'on fait faire aux élèves sont des descriptions, des définitions, des amplifications, des narrations, de petits discours et des lettres. La (description est l'exercice par lequel il convient de les faire débuter. Comme elle a pour objet des choses sensibles, ils trouvent plus aisément des idées, et pour la même raison ils éprouvent moins de difficultés à les classer. Il sera bon de leur faire faire ensuite des définitions, c'està-dire, de leur faire faire sur les choses intellectuelles et morales ce qu'ils auront fait préalablement sur les choses physiques. Car la définition littéraire n'est rien autre chose que la description des idées morales et intellectuelles. Vamplification suppose déjà un esprit cultivé. Elle peut se faire de différentes manières ; par conséquent il ne faut chercher à amplifier qu'autant qu'on sait déjà décrire et définir. Ces
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trois sortes d'exercices ne sont pas des compositions proprement dites. Ce sont des essais qui ont pour but de développer Tesprit et de le mettre à même de composer ensuite, c'est-à-dire, de faire des narrations, des discours et des lettres; car une narration, un discours ou une lettre, quelle que soit leur étendue, sont de véritables compositions. Une description, une définition ou une amplification supposent toujours quelque chose qui précède et quelque chose qui suit ; c'est pour ce motif qu'on ne peut les considérer que comme des morceaux détachés. Ce sont des parties d'un tout qui par elles-mômes n'offrent pas un ensemble. Mais il n'en est pas de même d'une narration, d'une lettre ou d'un discours. Chacune de ces pièces a un commencement, un milieu et une fin. Elle est donc complète par elle-même. Nous commencerons par la narration parce qu'elle est plus facile que le discours, et nous terminerons par la lettre, qui est ce qu'il y a de plus difficile parce qu'elle tient tout à la fois de la narration et du discours. On écrit une lettre tantôt pour raconter une chose, tantôt pour persuader quelqu'un, et quelquefois pour produire ces deux effets sinuiltanément. Il faut donc déjà s'être essayé à faire des narrations et des discours avant de s'occuper du style épistolaire.
Questionnaire. — 1. Qu'est-ce que composer? Combien y a-t-ii d'espèces décompositions? 'i. Que taut-il faire avant de ct)mposer? Pourquoi les jeunes gens sonl-ils stériles? Comment peut-on remédier à cette stérilité? Que faut-il faire pour avoir des idées sur un snjt-t historique? De quelle manière léconde-l-on un sujet d'imagination ? 3. Est-il nécessaire d'avoir un plan ? Est-il bien difficile de se faire un plan? Comment faut-il s'y prendre pour une narration? —
pour une lettre? 4. Y a-t-il plusieurs manières de remplir le pian qu'on s'est fait ? Quelle est la meilleure méthode ? Que faut-il faire après le premier jet? Comment perfectionne-t-on son œuvre? Quels sont les inconvénients d'une autre méthode? o- Combien y a-t-il d'espèces de composition qu'où fait faire aux élèves ? Pourquoi faut-il commencer par la description et continuer par la définition et l'amplification ? Ces descriptions, définitions et amplifications sont-elles de véritables compositions? Pouiquoi ne le sont-elles pas? Qu'estce qui caractérise une véritable composition? Une lettre, en général, est-elle plus difficile à faire qu'une narration ou qu'un discours ? Pourquoi cela?