‹ Précis élémentaire de littératureChapitre 35 sur 64 · DES DIFFÉRENTES SORTES DE DESCRIPT · texte numérisé non relu

DES DIFFÉRENTES SORTES DE DESCRIPT

rejeter ensuite tous les détails qui conviennent à tous les individus de la même espèce, ne conserver que ce qui est propre au sujet et faire ainsi un tableau qui neconvienne qu'à lui. Lorsqu'une description est bien faite, elle doit par elle-même faire connaître la chose qui en est l'objet, comme une statue quand elle est bien exécutée rappelle immédiatement le personnage qu'elle représente sans qu'on ait besoin de lire son nom.

4. La démonstration ou la description du fait luimême a pour but d'exposer un événement tel qu'il s'est passé. Elle tient de la narration en ce sens que pour décrire un fait il faut en rapporter les principales circonstances, mais elle en diffère parce qu'elle doit s'attacher à un fait unique, tandis que la narration renferme plusieurs faits particuliers. Dans la démonstration il faut savoir varier ses couleurs et les proportionner aux choses que l'on veut peindre. Si vous avez à peindre un orage, par exemple, il faut vous efforcer de rendre votre style imitatif, de telle sorte qu'il fasse voir et entendre tout à la fois cette grande scène de la nature. On a admiré avec raison la description suivante qui se trouve dans le poëme des Saisons.

On voit à l'horizon, des deux points opposés, Des nuages monter dans les airs embrasés : On les voit s'épaissir, s'élever et s'étendre. D'un tonnerre éloigné le bruit s'est tait entendre ; Les flots en ont frémi, l'air en est ébranlé, Et le long du vallon le feuillage a tremblé. Les monts ont prolongé ce lugubre murmure, Dont le son lent et sourd attriste la nature. Il succède à ce bruit un calme plein d'borreur, Et la terre en silence attend dans la terroui-.

Des monls et des rochers le vaste amphithéâtre Disparaît tout à coup ?ous un voile grisâtre. Le nuage élargi les couvre de ses flancs; Il pèse sur les airs tranquilles et brûlants. Mais des traits enflammés ont silloimé la nue, Et la foudre en grondant rouie dans l'étendue. Elle redouble, vole, éclate dans les airs.

Saint-Lambert, ch. ii.

II faudra employer d'autres couleurs si Ton a un combat à représenter. Un de nos habiles prosateurs, Florian, peint ainsi un Combat de taureaux comme on avait l'habitude d'en faire en Espagne :

Au milieu du champ est un vaste cirque environné de nombreux gradins ; c'est là que l'auguste reine {Isahelle) , habile dans cei art si doux de gagner le cœur de son peuple en s'occupant de ses plaisirs, invite souvent ses guerriers au spectacle le plus chéri des Espagnols. Là, les jeunes chefs, sans cuirasse, vêtus d'un simple habit de soie, armés seulement d'une lance, viennent, sur de rapides coursiers, attaquer et vaincre 4es taureaux sauvages. Des soldais à pied, plus légers encore, les cheveux enveloppés dans des réseaux, tiennent d'une main un voile de pourpre, de l'autre une lance aiguë. L'alcade proclame la loi de ne secourir aucun combattant, de ne leur laisser d'autres armes que la lance pour immoler, que leur voile de pourpre pour se défendre. Les rois entourés de leur cour président à ces jeux sanglants, et l'armée entière, occupant les immenses amphithéâtres, témoigne par des cris de joie, par des transports de plaisir et d'ivresse, quel est son amour eflVéné pour CCS antiques combats.

Le signal se donne, la barrière s'ouvre, le taureau s'élance au milieu du cirque ; mais au bruit de mille fanfares, aux cris, à la vue des spectateurs, il s'arrête inquiet et troublé; ses naseaux fument, ses regards brûlants errent sur les amphithéâtres; il semble également en proie à la surprise, à la fureur. Tout à coup il se précipite sur un ca-

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