DES DIFFÉRENTES SORTES DE DESCRIPT. U
les lieux qui ont été témoins d'un événement quelconque. C'est ici qu'il faut avoir soin de ne pas se perdre dans un détail inutile. Il ne faut prendre que ce qu'il y a de plus saillant et laisser une foule de choses communes qui n'ont rien de caractéristique. Chateaubriand peint ainsi la vue de Jérusalem :
Au centre d'une chaîne de montagnes se trouve un bassin aride ferme de toutes parts par des sommi.'ls jaunes et rocailleux. Ces sommets ne s'entr'ouvrent qu'au levant pour laisser voir le gouffre de la mer Morte et les montagnes lointaines de l'Arabie. Au milieu de ce paysage de pierres, sur un terrain inégal et penchani, dans l'enceinte d'un mur jadis ébranlé par les coups de bélier, et fortiûé par des tours qui tombent, on aperçoit de vastes débris; des cyprès épars, des buissons d'aloès et de nopals, quelques masures arabes, pareilles à des sépulcres blanchis, recouvrent cet amas de ruines : c'est la triste Jérusalem.
Au premier aspect de cette région désolée un grand ennui saisit le cœur ; mais lorsque, passant de solitude en solitude, l'espace s'étend sans bornes devant vous, peu à peu l'ennui se dissipe; le voyageur éprouve une terreur secrète qui loin d'abaisser l'âme donne du courage et élève le génie. Des aspects extraordinaires décèlent de toutes parts une terre travaillée par des miracles : le soleil brûlant, l'aigle impétueux, l'humble hysope, le cèdre superbe, le figuier stérile, toute la poésie, tous les tableaux de l'Ecriture sont là : chaque nom renferme un mystère, chaque grotte déclare l'avenir, chaque sommet retentit des accents du prophète. Dieu même a parlé sur ces bords : les torrents desséchés, les rochers fendus, les tombeaux enir'ouverts attestent le prodige; le désert parait encore muet de terreur, et l'on dirait qu'il n'a pas osé rompre le silence depuis qu'il a entendu la voix de l'Eternel.
Quand on parcourt un temple, une cité ou un musée célèbre, on peut y rencontrer des tableaux ou des statues qui demandent à être décrits, parce que
ce sont autant de chefs-d'œuvre. L'auteur du Voyage (VAnacharsis décrit ainsi le temple et la statue de Jupiter ;
Le temple est divisé par des colonnes en trois nefs. On y trouve, de même que dans le vestibule, quantité d'offrandes que la piété et la reconnaissance ont consacrées au dieu ; mais loin de se fixer sur ces objets, les regards se portent rapidement sur la statue et sur le trône de Jupiter. Ce chefd'œuvre de Phidias et de la sculpture fait au premier aspect une impression que l'examen ne sert qu'à rendre plus profonde.
La figure de Jupiter est en or et en ivoire; et quoique assise, elle s'élève presque jusqu'au plafond du temple. De la main droite, elle tient une Victoire également d'or et d'ivoire; de la gauche, un sceptre travaillé avec goût, enrichi de diverses espèces de métaux et surmonté d'un aigle, La chaussure est en or ainsi que le manteau, sur lequel on a gravé des animaux, des fleurs et surtout des lis.
Le trône porte sur quatre pieds, ainsi que sur des colonnes intermédiaires de même hauteur que les pieds. Les matières les plus riches, les "arts les plus nobles, concoururent à l'embellir. Il est tout brillant d'or, d'ivoire, d'ébène et de pierres précieuses, partout décoré de peintures et de bas-reliefs.
Quhtre de ces bas-reliefs sont appliqués sur la face antérieure de chacun des pieds de devant. Le plus haut représente quatre VictoiresdansTaliiiudede danseurs; lesecond, des sphinx qui enlèvent les enfants des Thébains; le troisième, Apollon et Diane perçant de leurs traits les enfants de Niobé; le dernier enfin, doux autres Victoires.
Phidias profita des moindres espaces pour multiplier les ornements. Sur les quatre traverses qui lient les pieds du trône, je comptai trente-sept figures, les unes représentant des lutteurs, les autres le combat d'Hercnle contre les Amazones. Au-dessus de la tète de Jupiter, dans la partie supérieure du trône, on voit d'un côté les trois Grâces et les trois Saisons. On distingue quantité d'autres bas-reliefs.
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tant sur le marchepied que sur la base ou l'estrade qui soutient celte masse énorme, la plupart exécutés en or et représenianl les divinités de l'Olympe. Aux pieds do Jupiter on lit cette inscription : Je suis l'ouvrage de PMdiaSf Athénien, fils de Charmidès.
Cette description renferme une foule de détails très-arides par eux-mêmes. Mais Tauteur a su les placer avec tant d'ordre qu'ils présentent un tableau très-lumineux et très-frappant. Pour peindre les scènes de la nature il suffit d'avoir Tàme sensible, parce qu'on n'a pas besoin d'étude spéciale pour en saisir d'une manière générale les beautés. Mais quand il s'agit de décrire une œuvre d'art, il est très-utile d'avoir quelques notions de peinture et de sculpture. On en sent mieux le mérite, et par là même on est beaucoup plus apte à le faire sentir aux autres.
3. La prosopographic ou la description des traits extérieurs représente la figure, l'air et le maintien des personnages que l'on met en scène. On peut avoir, par exemple, à faire sous le rapport physique le portrait d'un homme célèbre. Les historiens anciens, qui attachaient une très-grande importance aux qualités du corps, se sont plu à peindre ainsi la plupart des héros dont ils nous racontent les actions. Nous emprunterons encore à l'auteur d'Anacharsis le portrait d'Alexandre le Grand, qu'il suppose être entré à Athènes au moment où Anacharsis s'y trouvait.
Je vis cet Alexandre qui depuis a rempli la terre d'admiration et de deuil. Il avait dix-huit ans, et s'était déjà signalé dans plusieurs combats. A la bataille de Chéronée il avait enfoncé et mis en fuite l'aile droite de l'armée ennemie. Cette victoire ajoutait un nouvel éclat aux charmes de sa figure. Il a les traits réguliers, le leinl beau et ver-
meil, le nez aquilin, les yeux grands, pleins de feu, lescheveux blonds et bouclés, la tête haute, mais un peu penchée vers l'épaule gauche, la taille moyenne, fine et dégagée, le corps bien proportionné et fortifié par un exercice continuel. On dit qu'il est très-léger à la course et très-recherché dans sa parure.
On peut avoir aussi à peindre un animal. La Fontaine, qui fait parler les animaux avec tantd'art^ les décrit généralement en quelques vers, mais de la manière la plus heureuse. Buffon, qui les a étudiés comme naturaliste, les peint aussi comme littérateur avec une étonnante perfection. Il fait ainsi la description du cheval :
La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats : aussi intrépide que son maître, le cheval voit le péril et raflVonte ; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le cherche, et s'anime de la même ardeur. 11 partage ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la coursfe, il brille, il étincelle. Mais, docile autant que courageux, il ne se laisse pas emporter à son feu, il sait réprimer ses mouvements : non-seulement il fléchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs; et obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modère ou s'arrête et n'agit que pour y satisfaire. C'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre, qui sait même la prévenir ; qui, par la promptitude et la précision de ses mouvements, l'exprime et l'exécute ; qui sent autant que l'on désire, et ne rend qu'autant qu'on veut) qui, se livrant sans réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces , s'excède et même meurt pour mieux obéir.
Quand on a une description de cette nature à faire, il faut d'abord prendre connaissance du sujet.