CHAPITRE I
Analyse par la voie sèche.
C’est avec le chalumeau que se fuit l'essai des substances minérales par la voie sèche. On place un petit fragment du corps que l’on veut essayer, tantôt à l'extrémité d’une pince dont les branches sont en platine, tantôt sur une feuille mince de ce métal , un peu creusée en .cuiller, ou sur un morceau de charbon.
Par le feu du chalumeau bien dirigé, on peut produire une chaleur de x6o° du pyromètre de Wedgwood.
Le chalumeau peut être employé seul : on peut aider son action par l'addition de quelque matière particulière.
Avec le chalumeau seul on peut obtenir plusieurs résultats : fondre la matière , si elle est fusible , ou reconnaître sou infusibilité. Dans le premier cas, tantôt la matière en essai forme un verre transparent incolore ou diversement coloré; ou un émail ou verre opaque de couleur variée; ou, enfin, une fritte ou scorie , c’est-àdire une matière poreuse , boursouflée.
On peut , aussi avec le chalumeau seul , oxider ou désoxider, à volonté, les métaux ou oxides métalliques. Pour obtenir le premier de ces résultats , il faut placer le fragment métallique tout à fait à la pointe dit dard de la flamme', de manière à ce qu’il soit chauffé avec le contact de l’air. Si au contraire on place un oxide dans la partie centrale et bleue de la flamme qui est
do gaz hydrogène carboné , il y aura désoxidation et l'on obtiendra des globules métalliques. De là la distinction du feu cToxidation et du Jeu de réduction.
Lorsqu’on se sert du chalumeau seul, c'est-à-dire sans
réactifs, on peut encore obtenir plusieurs autres résultats que nous devons sommairement indiquer, savoir : la simple altération , la fusion pu la volatilisation.
i° La simple altération. Les cliangemens qui surviennent dans le corps essayé avant la fusion sont les suivans :
A. La décrépitation. Le minéral éclate et se sépare en un grand nombre de fragmens. ( Le sulfure de zinc. )
B. La perle de transparence et le changement de couleur sont deux phénomènes importans à examiner, surtout pour les substances métalliques. ( La tourtaaline, le zircon. )
C. L 'exfoliation se remarque surtout dans quelques substances à texture laminaire. Le gypse par exemple.
D. L’ efflorescence. Quand on chauffe un morceau de mésotype, elle se boursoufle et donne une sorte de végétation en forme de chou-fleur.
E. Le bouillonnement est l’indice de gaz qui se développent et se dégagent.
a 0 La fusion peut donner des produits très-divers.
A. Ainsi le fragment peut simplement se couvrir d'une sorte de ‘vernis vitreux à sa surface, parce qu’il est incomplètement ou difficilement fusible. ( Pyroxène, Staurotide).
B. Former une Scorie , quand il se boursoufle sans se fondre complètement. (Quelques grenats.)
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C. Une Fritte , si la fusion est incomplète et qu’une partie non fohdue soit disséminée dans la masse fondue.
D. Un Email ou verre , si la fusion est complète. Dans le premier cas, elle donne un globule opaque, dans le second un globule transparent.
La forme et la couleur du globule peuvent ensuite présenter de nombreuses variétés.
3* La volatilisation. Certaines substances minérales étant complètement volatiles, le fragment en essai pourra disparaître en entier. Mais alors on pourra recueillir les gaz qui se dégagent, ou en apprécier l’existence et la nature par l’odorat. Ainsi le soufre, l’arsenic, le sélénium/ se reconnaîtront facilement par leur odeur.
Lês principaux réactifs ou fondans employés dans l’essai par la voie sèche, sont : i° le borax fondu; a° le sous carbonate de soude; 3“ le phosphate de soude et d’ammoniaque; 4° I e nitrate de potasse.
Le borax sert principalement de fondant. Il forme un verre qui prend différentes nuances suivant les oxides métalliques avec lesquels il a été fondu; il n'est pas absorbé par le charbon.
Le sous-carbonate de soude est employé à. cause de la soude qu’il contient, son acide se dégageant par la chaleur. Chauffé avec un sel insoluble , il y’a échange
de base, et il se forme un sel soluble à base de sou-
de, dont on peut reconnaître l’acide par l’emploi des réactifs. On l’emploie aussi pour réduire les minerais soit oxides ou sulfures, et surtout pour dissoudre la silice, avec laquelle il forme un verre transparent. Il est
absorbé ainsi que la matière d’essai par le charbon , et il faut en retirer et séparer par des lavages le produit de la calcination.
Quant au sel de phosphore ou phosphate de soude et d’ammoniaque, par la chaleur il perd une portion de son ammoniaque et devient sel acide. C’est à cause de cette portion d’acide ainsi mise à nu qu’ri est employé dans les opérations pyroghostiques. Il sert à la fois de fondant et à former uii sel double. Il dissout la silice des silicates et forme avec elle une masse gélatiniforme. On l’emploie également pour favoriser le fusion. Il en est de même de la soude.
On emploie aussi 1 e nitre. Il sert soit de fondant, soit à oxider le métal dont il fait reconnaître la nature par la couleur que son oxide communique nu verre. Mais pour obtenir ce résultat, il faut que le nitre soit en faible quantité , car s’il est en excès , loin d’oxider lè métal il le réduit. Par exemple du chromure de fer traité au chalumeau par une faible quantité de nitre, se change en - chromate de potasse , paf conséquent le nitre a cédé de l’oxigène.
La couleur du verre que l’on obtient avec une même substance peut varier suivant le fondant qu’on a employé , et suivant qu’on a fait l'essai au feu d’oxidâtion ou au feu de réduction.
Ainsi, par exemple, l’oxide de chrome avec le borax 4 traité au feu d’oxidation donne un verre d’une belle couleur verte émeraude, et au feu de réduction d’un jaune brun à chaud , incolore quand il est refroidi ; avec le sel de phosphore, le verre est vert foncé au feu
d’oxidation et également vert au feu de réduction.