II. Bitumes solides
4° l’asphalte.
Matière solide noire, résinoïde à cassure nette et généralement couchoïde ; inodore , infusible à la chaleur de l’eau bouillante; insoluble dans l’alcohol ; pouvant brûler , et répandant une odeur bitumineuse assez forte.
Gisement, Cette matière est très-commune sur le lac
aaa
de Judée ou Asphaltique. Oh la trouve également dans plusieurs autres localités.
En Auvergne elle recouvre les roches.
Les Egyptiens l’employaient pour embaumer les corps. Aujourd'hui on s’en sert pour le préparation de quelques vernis noirs et pour fabriquer la couleur connue sous le nom de momie.
5 ° BITDME ÉLASTIQUE.
On appelle encore cette matière élatérite , ou caoutchouc minéral. Elle est brunâtre, assez molle, un peu extensible, à structure comme feuilletée, facilement fusible en une matière qui conserve sa fluidité. Elle a une odeur forte et particulière.
M. Henry fils a trouvé qu’elle était composée de carbone, d’oxigène, d’hydrogène et d’azote. Elle pourrait donc provenir de la décomposition et de l’altération de matières animales dans le sein de la terre, tandis que les autres bitumes seraient produits par des substances végétales.
Le bitume élastique a été trouvé en Angleterre et récemment en France, dans la mine de houille de Montrelais , département de la Loire-Inférieure , par M. le docteur Ollivier, d’Angers.
SUCCIff.
(K arabe, Ambre jaune.)
C’est une matière qui rappelle la découverte d’un des grands phénomènes de la nature, l’électricité, dont le
nom est tiré de celui du succin («Ancrer) chez les Grecs, parce que le succin est une des matières dans lesquelles on développe la vertu électrique avec le plus de facilité par le frottement.
Le succin est une substance résinoïde , d’un jaune de miel, transparente ou opaque, solide, en morceaux de forme et de volume variable, inodore, insoluble dans l’alcohol , fusibles et alors répandant une odeur aromatique ; brûlant avec flamme et fumée et donnant par la distillation un acide particulier nommé acide succinique.
Sa pesanteur spécifique est de 1,07 à 1,08.
Cette matière se compose de carbone, d’hydrogène et d’oxigène.
Il y a des variétés de succin qui sont opaques et comme laiteuses , d'autres sont impures et terreuses. Sa couleur est assez variable. Ainsi il y a des variétés brunes, presque rouges , ou même complètement noires.
Quelquefois il renferme des insectes ou des débris de végétaux dans son intérieur. Les débris de végétaux appartiennent à la famille des conifères. Ces insectes , souvent très-bien conservés, appartiennent à plusieurs ordres distincts.
Gisement. C’est particulièrement dans les terrains tertiaires , au milieu des grands dépôts de lignite que cette matière abonde. On l’a trouvé à Auteuil , près Paris , et dans une foule d'autres localités.
Il existe aussi en très-grande abondance sur les bords de la mer Baltique entre Memel et Dantzig, et c’est de cette localité qu’on retire les morceaux les plus beaux.
En Sicile il est très-abondant dans le lit de certains
MINÉUALOG1E.
ruisseaux, particulièrement aux environs de Catane, au pied de l’Etna. On le travaille dans cette ville et on en fait différens ornemens.
Usages. On taille le succin et on en fait des bijous, de petits coffres , etc. Il sert à la préparation de l’acide succinique.
Autrefois on l’employait en médecine comme antispasmodique , soit en poudre porpliyrisée , à la dose de quelques grains, soit en sirop. On en faisait aussi une huile qu’on en extraiait par la distillation.
Deuxième espèce : graphite ou plombagine.
( Mine de plomb , Carbure de fer).
Matière d’un gris noirâtre avec l’éclat métallique, grenue, assez tendre, douce et comme onctueuse au toucher, laissant sur le papier des taches d’un gris de plomb.
Brûlant difficilement par le feu du chalumeau. Le nitre active sa combustion.
D’après l’analyse de Berthollet et Monge, cette substance se compose de carbone et de fer. Ce dernier y entre dans la proportion de neuf à dix parties sur cent.
Le graphite est ordinairement compacte, quelquefois il est écailleux , où s’enlève par feuillets.
Gisement. Il appartient communément aux roches schisteuses des terrains primitifs et intermédiaires où il forme des liions ou des amas : à la montagne du Labour, dans les Pyrénées, à Passau, en Bavière, et surtout dans
MINÉItALOGIE. 225
le Cumberland, en Angleterre, où il est d’une extrême pureté.
Usages. lie graphite sert principalement à la fabrication des crayons dits de mine de plomb. On sait que ceux d’Angleterre ont une grande supériorité sur tous les autres. On l’emploie encore pour adoucir les frottemens dans certaines machines.
Troisième espèce : acide carbonique.
Gaz incolore, d’une odeur piquante, impropre à la combustion et à la respiration , d’une saveur aigrelette, peu soluble dans l’eau, àmoins qu’on n’augmente la pression, rougissant la teinture de tournesol, précipitant l’eau de chaux en blanc, pesant 1,5277. Pouvant se liquéfier par une forte pression.
L’acide carbonique se compose d’un volume de vapeur de carbone et d’un volume de gaz oxigène , condensés en un seul, ou de 100 d’oxigène et de 37, 5 o de carbone, ou enfin d’un atome de carbone et de deux atomes d’oxigène.
Gisement. Ce gaz se dégage de la terre dans plusieurs localités appartenant à des terrains volcaniques, et même à des terrains secondaires. Quelquefois il s’accumule dans certaines grottes où sa pesanteur, considérable le retient à la surface du sol , au-dessus de laquelle il forme une couche d’un à deux pieds d’épaisseur seulement. L’une des grottes les plus connues sous ce rapport est la Grotte du chien, près du lac d’Agnano, dans le golfe de
Naples, L’acide carbonique y forme une couche d’envi» ron deux pieds de hauteur; un homme peut entrer dans cette grotte sans en être incommodé; mais un chien, se trouvant, par sa taille moins élevée , plongé dans l’atmosphère d’acide carbonique, tombe bientôt en syncope, et finirait par succombçr, si on ne se hâtait de l’en retirer. 11 est probable que la fameuse vallée de la mort dans l’ile de Java, sur laquelle on a débité tant de contes ridicules, doit son action si violemment mortelle à l’acide carbonique qui se dégage de son fond.
L’acide carbonique gazeux existe encore dans des puits , dans des mines , surtout lorsqu’elles sont abandonnées depuis long-temps.
Les eaux minérales acidulés gazeuses contiennent aussi beaucoup d’acide carbonique libre : telles sont celles de Seltz. Ces eaux sortent de terrains variés, primitifs, intermédiaires, secondaires, volcaniques.
Usages. Le gaz acide carbonique est très-délétère, et n’est guère employé en médecine que dissout dans l'eau. Il est alors rafraîchissant et diurétique. Les eaux gazeuses sont quelquefois employées avec succès pour faire cesser des vomissemens spasmodiques.
Cinquième genre. — HYDROGÈNE -
Il n’existe pas à l’état libre dans la nature. i° Combiné avec l’oxigène, il forme l 'eau-, 2 ® avec le soufre, X acide hydrosulj urique ; 3® avec le carbone , X hydrogène carboné. Nous ne nous parlerons ici que de ces deux dernières espèces.
Première espèce : acide hydrosulfurique ,
vulgairement hydrogène sulfuré.
C’est un gaz incolore , d’une odeur forte et désagréable, celle des œufs pourris; d’une saveur également désagréable et aigre ; impropre à la combustion , il éteint les corps en ignition , et brûle lui-même lorsqu’on approche une bougie d’une éprouvette qui en est remplie; if rougit la teinture de tournesol , et finit par la décolorer complètement, ainsi que beaucoup d’autres couleurs végétales. Il est décomposé par plusieurs corps simples, qui, ayant plus d’affinité pour l’hydrogène, le lui enlèvent; tels sont l’iode, le brome, le chlore. Il noircit les sels de plomb et d’argent , et forme des sulfures de plomb ou d’argent.
Il est formé d’un atome de soufre et deux atomes d’hydrogène, et en poids de 94,1 17 de soufre , et 5,883 d’hydrogène.
Gisement. L’acide hydrosulfurique gazeux est rare dans la nature. Cependant il s’en forme quelquefois au voisinage des volcans, il s’en dégage aussi des matières animales en putréfaction , ou des eaux qui contiennent des matières organiques en décomposition. Dissout dans l’eau, il existe dans les eaux minérales sulfureuses, comme celles de Barèges, de Bagnères, d’Enghien, etc., auxquelles il communique l'odeur désagréable qui lui est propre.
L’acide hydrosulfurique gazéux est fort délétère. C’est lui qui rend souvent si dangereuse la vidange de certaines fosses d’aisance. Les expériences de MM. Thénard
et Dupuytren ont prouvé qu’un millième de cet acide dans l’air pouvait faire périr les oiseaux qu’on y plonge , et qu’un centième suffit pour donner la mort aux chiens les plus robustes.
Dissout dans l’eau , son action est moins intense. On l’emploie alors sous forme de bains ou de lotions, ou même à l’intérieur , dans une foule de maladies différentes, et, en particulier, dans les dermatoses, les engorgemens scrophuleux , le rhumatisme chronique , etc.
Deuxième espèce : hydrogène semi-carboné.
ou Carbure (Cliydrogène , grisou.
Gaz incolore, insipide , inodore quand il est pur, insoluble dans l'eau , susceptible de s’enflammer par son contact avec un corps en ignition , et de brûler avec une flamme jaune-rougeâtre. Il se compose d’un atome de carbone et de quatre atomes d’hydrogène.
Gisement. Ce gaz est assez commun dans la nature. Il se dégage des eaux boueuses ou des vases qui ont été mises à nu par le retrait des eaux. Dans quelques localités il sort de terre en même temps que des eaux salées trèschargées de matières terreuses délayées , et constitue de petits monticules coniques nommés volcans boueux , salses ou macaloubés. J’ai eu occasion de visiter ceux qui sont à environ trois lieues au nord d’Agrigente, en Sicile, et dans lesquels le bouillonnement occasionné par le gaz qui se dégage , est d’autant plus fort qu’il a plu pendant quelques jours.
Dans certaines localités le gaz hydrogène semicarboné sort de terre dans des endroits secs et pierreux , et son inflammation le plus souvent accidentelle, constitue ce que l’on nomme vulgairement les feux naturels ou les terrains ardens. L’Italie présente plusieurs de ces feux naturels qui ont souvent, et à tort, été attribués à des causes volcaniques. Tel est surtout celui de Pietra-Ma.la, dans l’Apennin , à peu près à moitié chemin de Bologne à Florence ; la> flamme qui sort d’un terrain pierreux et comme calciné , ne s’élève guère à plus de deux ou trois pieds. En remuant les pierres dans le lieu même d'où sort la flamme, je l’ai vue quelquefois disparaître pour un instant et se remontrer bientôt après.
Certaines mares ou fontaines dont le fond est probablement très-vaseux exhalent aussi de leur surface du gaz hydrogène carboné , qui étant enflammé accidentellement constitue alors ce qu’on nomme les fontaines ou sources ardentes.
Enfin , dans beaucoup de mines de houille , particulièrement dans celles dont la houille est très-grasse et très-bitumineuse , c’est-à-dire d’excellente qualité , il se dégage fréquemment du gaz hydrogène carboné, mélangé d’un peu d’acide carbonique, et que les mineurs appellent grison. Ce gaz, par son inflammation subite, donne quelquefois lieu à des accidens excessivement graves, et qui compromettent singulièrement les jours des ouvriers mineurs. Grâce à la belle invention de la lampe de sûreté de Davy, ces accidens sont devenus aujourd’hui beaucoup plus rares.
3ÛÎ0