‹ Précis élémentaire de minéralogie contenant des notions générales sur la minéralogie et la description de toutes les espèces employées dans les arts et particulièrement la médecineChapitre 58 sur 84 · PREMIER ORDRE : OXIDES INSOLUBLES · texte numérisé non relu

PREMIER ORDRE : OXIDES INSOLUBLES

Ce premier ordre comprend quatre inétaux dont attcun n’existe à l'état libre dans la nature, ce sont :

Le zirconium ;

L'aluminium;

• L’yttrium ;

Le glucium.

Leurs oxides , autrefois considérés comme des terres , sont complètement insolubles.

Premier genre. — ZIRCONIUM.

C’est le métal dont la zircone est l’oxide. On ne le connaît dans la nature qu'à l’état de silicate de zircone. fl forme alors la pierre dure, désignée sous les noms de zircon , de jargon et Cl' hyacinthe.

C’est une espèce recherchée par les lapidaires, à cause de sa très-grande dureté et de son éclat, mais qui n’offre aucun intérêt sous le point de vue qui nous occupe dans cet ouvrage.

Deuxième genre, —n ALUMINIUM.

Radical de l’alumine qui est l’oxide d’aluminium.

' Il fait partie d’un très-grand nombre d’espèces miné-

MINÉRALOGIE. a3l

raies; nous nous contenterons de parler ici des suivantes : . r n .

Première espèce : corindon.

{Alumine libre).

Rayant tous les corps excepté le diamant, ayant tin rhomboèdre aigu pour forme primitive; densité de 3 , 9 à 4 , 3 , infusible. Cette espèce offre trois modifications principales :

i° Corindon hyalin , saphir. Cette variété contient un grand nombre de sous-variétés de cristallisation et de couleur; elles tiennent une place distinguée parmi les pierres précieuses.

2° Corindon harmophane. Il en existe plusieurs variétés, mais de couleur peu éclatante; il est employé dans l’Inde pour polir les pierres fines.

3 ® Corindon granulaire ferrifere ( érneril ). La dureté de lemeril est connue de tout le monde, il est employé pour polir l’acier. ;

Deuxième espèce : alunite.

( A lumine sous-sulfatée alcaline ).

C’est une matière insoluble , assez dure pour rayer le verre, quoique difficilement, d’un poids spécifique de 2,69, cristallisant en rhomboèdre. Lorsqu’on la chauffe fortement, elle perd une partie de l’eau qu’elle contient, et devient partiellement soluble. Sa solution donne, par l’ammoniaque , un précipité gélatineux d’alumine hydratée.

Sa composition est incomplètement connue. Elle paraît être un sous-sulfate d’alumine combiné avec du sulfate de potasse.

On trouve l’alunite soit en petits cristaux rhomboédriques, soit en petites fibres, ou avec un aspect terreux.

Gisement. L’alunite appartient évidemment aux terrains volcaniques anciens. L’une des plus célèbres localités est celle de la Tolfa, dans les Etats-Romains. Je l’ai vue aussi exploitée dans la solfatarre de Pouzzoles, où elle forme des efflorescences très-abondantes , particulièrement aux environs des lieux d’où sortent encore des vapeurs chaudes.

Troisième espèce : alun.

(Alumine sulfatée alcaline).

Cette espèce diffère de la précédente par plusieurs caractères importans. Ainsi , elle cristallise dans le système cubique; son poids spécifique est de 1,71. Elle est blanche , soluble dans l’eau, d’une saveur acidulé. Du reste , ses caractères chimiques sont les mêmes. C’est un sulfate d’alumine et de potasse hydraté.

Gisement. Cette matière constitue des efflorescences pulvérulentes ou fibreuses à la surface des schistes argileux ou alumineux, dans le département de la Moselle, dans la Saxe, la Bohême. On la trouve aussi auprès des volcans en activité ou dans les solfatarres.

Usages. Les deux espèces précédentes sont exploitées avec avantage pour la fabrication de l’alun (sulfate acide d’alumine et de potasse).

MINÉRALOGfE.

L’alun est fort employé dans les arts et la médecine. C’est un excellent mordant dans l’art de la teinture. L’alun calciné est surtout employé en médecine comme légèrement escharrotique, pourréprimer le développement des chairs fongueuses qui se développent quelquefois à la surface des plaies.

Quatrième espèce : topaze.

(Alumine fluatée siliceuse ).

La forme primitive de la topaze est l’octaèdre rectangulaire, elle raye lequarz. Elle est électrique par la chaleur, infusible. On connaît des topazes de plusieurs variétés de couleur : incolore, jaune roussàtre, jaune de paille, verdâtre , bleu verdâtre , bleu pâle. Les belles topazes orangées sont fort estimées en joaillerie; celles qui sont incolores et d’une belle eau le sont aussi. Les topazes se

trouvent dans les roches delà plus antique formation.

Dans les différentes espèces minérales dont elle fait partie, l’alumine joue tantôt le rôle de base ou d’élément électropositif, tantôt celui d’élément électro-négatif. Parmi les espèces de la première série, nous citerons ici la staurotide , le dist/iène, la eollyrite ou aluminitc , l’ émeraude, les grenats , etc. Parmi celles de la seconde série se trouvent entre autres : le spinelle , qui est un aluminate de magnésie; la gahnite, un aluminate de zinc/ le plomb-gomme , un aluminate de plomb, etc.

Cinquième espèce : rubis ou spuîelle.

(Aluminate de magnésie ).

Cette pierre précieuse contient, selon Vauquelin , de l’alumine, de la magnésie et de l’acide chromique; elle est infusible, rayant fortement le quarz, rayée par le corindon, ?» cassure vitreuse, conchoïde ; sa forme primitive est l’octaèdre régulier. Toutes les teintes de l’ancien spinelle ou rubis se rapprochent plus ou moins du rouge pu du rose; mais il en existe de bleu , de vert, de noir, parmi les variétés nommées pléonastes. Le spinelle, considéré comme pierre fine, suit de près le corindon rouge, dit rubis oriental; quand il est d’une teinte vive on le fait passer pour tel.

L'alumine est partie essentielle des terres connues sous le nom général d argiles. Nous en dirons donc ici quelques mots.

argiles.

On appelle ainsi des terres plus ou moins onctueuses et douces au toucher, se délayant facilement dans 1 eau avec laquelle elles peuvent former une pâte flexible. Ce» pendant quand l’argile est en couches un peu épaisses, elle s’oppose totalement à l’infiltration des eaux. Sa couleur est très- variable , et dépend en général des matières étrangères qui y sont mélangées. L’argile bien pure est composée d’alumine et de silice; mais très-souvent elle contient de plus du carbonate de chaux , de 1 oxide de

MINÉRALOGIE. a35

fer, qui modifient ses propriétés. Parmi les différentes espèces, nous citerons les suivantes :

i° Argile figuline vulgairement terre glaise. Elle est ordinairement d’un gris bleuâtre , très-douce au toucher , , formant avec l’eau une pâte à laquelle on peut donner toutes les formes. Par l’action d’un feu violent elle est fusible, C’est avec elle que se font les carreaux, les briques, les tuiles et les poteries communes.

a 0 Argile plastique vulgairement terre de pipe ou terre anglaise. Elle est blanche et tout-à-fait infusible, ne contient pas du tout d’oxide de fer, ce qui la distingue de la précédente. C’est avec cette espèce que l'on fait les assiettes, plats, etc., dits en terre de pipe. Elle est commune aux environs de Montereau-sur-Yonne.

3° Argile kaolin ou terre à porcelaine. Elle provient de la décomposition de certaines roches feldspathiques, tels que les granits, pegmatites, etc. Elle est blanche, infusible , mais se durcissant considérablement au feu. On la trouve aux environs de Limoges, de Bayonne, et dans plusieurs autres parties de la France.

4® Argile h foulon ou argile smectique. Elle est opaque ou légèrement translucide sur les bords, très- variable dans sa couleur. On l’emploie pour dégraisser les draps.

S ° A rgtle ocreuse rouge ou bol A Arménie. Cette matière, qu on tirait autrefois de l'Arménie est en masses compactes , rouges , douces au toucher , contenant souvent de petits graviers. Elle se délaie facilement dans l’eau. Aujourdhui on la tire des environs de Saumur et de

Blois. Le plus ordinairement elle est sous la forme de petits pains ronds, marquées d’un cachet. Elle est un des ingrédiens du diascordium.

6° Argile ocreuse pâle ou terre sigillée , terre de Lem nos. Elle est d’un blanc rosé, en petits pains arrondis et déprimés, marqués d’un cachet, delà le nom de terre sigillée. Autrefois elle venait exclusivement des îles de l’Archipel; mais aujourd’hui on l’a trouvée dans une foule d'autres localités. La terre sigillée est peu employée en médecine. Elle fait encore partie de la confection d’hyacinthes.

y° On donne le nom d 'ocres à des terres argileuses qui contiennent une très-grande quantité d’oxide de fer. L’ocre jaune doit sa couleur à l’oxide de fer hydraté ; l’ocre rouge ou peroxide de fer. Ces deux matières sont employées dans la peinture en détrempe.

8° Les marnes. Il est extrêmement difficile de séparer nettement les marnes des argiles. Les marnes en effet sont des argiles qui contiennent du carbonate de chaux. Ainsi ce sont des mélanges en proportions très-variables d’alumine , de silice et de calcaire , suivant que c’est une de ces substances qui prédomine plus que les autres , les marnes sont argileuses , sableuses ou calcaires.

Les marnes argileuses se délaient facilement avec l’eau ; mais elles diffèrent des argiles proprement dites , parcequ’elles ne forment avec l’eau qu’une pâte courte et qu’avec l’acide nitrique elles donnent lieu à une effer. vescence assez vive. Leur couleur est très-variable. 11 y en a de grise, de verte, de jaune, de blanchâtre, etc.

Dans quelques localités on les exploite et on s’en sert pour fabriquer des poteries communes. Elles sont fusibles.

Les marnes sableuses ou siliceuses se reconnaissent à la grande quantité de sable fin et siliceux qu’elles contiennent. Elles sont maigres, se délaient incomplètement dans l’eau, ne pouvant pas former de pâte liée. Elles servent particulièrement à l’amendement des terres.

Enfin on nomme marnes calcaires celles dans lesquelles la chaux carbonatée existe en grande proportion. L’acide nitrique y détermine une vive effervescence; elles se délaient dans l’eau, mais n’y forment pas une pâte liée. Dans quelques pays on exploite ces marnes comme pierre à chaux. Mais elles ne fournissent qu’une chaux impure et de médiocre qualité. Leur usage principal et le plus important est pour l’amendement des terres trop froides et trop argileuses.

TROISIÈME GENRE. YTTRIUM.

L’Y t tria ou oxide d'yttrium a d’abord été trouvé dans la gadolinite qui est un silicate d’yttria. Elle existe aussi dans deux autres espèces : L 'yltrocérile qui est un phtorure d'yttria, et de cérium et dans l’ y U ro tantale qui est un tantalate .d’yttria. Ces trois espèces sont fort rares et sans intérêt pour nous. C'est de la gadolinite que les chimistes retirent l’yttria.

quatrième genre. GLUCIUM ou GLUCYNIUM.

C'est le métal de la glucyne ou oxide de glucynium,

238 MIJTÉRALOGIJÎt'’

découvert par Vauquelin , qui existe surtout dans deux

espèces, l'émeraude et l’euclase.

h’ émeraude est un silicate d’alumine et de glucine. Elle est également connue sous les noms de béni et d'aigue marine. Elle cristallise en prisme hexagonal régulier ; elle est vitreuse, transparente, d’une couleur verte plus ou moins foncée ou jaunâtre. L’aigue marine, dont la couleur est plus pâle, est colorée par de l’oxide de fer. L’éméraude, d’un beau vert, doit sa couleur à l'oxide de chrome. Ces deux pierres sont employées comme ornement. Les plus belles viennent du Pérou et de la Sibérie.

Page 1