‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 1 sur 43 · DES FONCTIONS NUTRITIVES · texte numérisé non relu

DES FONCTIONS NUTRITIVES

Notre corps éprouve des changements de dimensions , de forme , de structure , etc. , depuis le moment de sa formation jusqu’à celui où nous cessons d’exister; nous perdons incessamment , et par diverses voies , telies que la transpiration cutanée , l’urine, la respiration , etc. , une partie des éléments qui nous composent; ces pertes, qui s rélèvent habituellement à plusieurs livres en vingtquatre heures ,* nous affaiblissent ; et nous péririons bientôt si nous ne les réparions , ainsi que nos forces, au moyen des aliments et des boissons. D’autre part, notre température ne varie pas avec celle des corps qui nous environnent; nous résistons également au froid et à une forte chaleur : nous possédons ainsi une source propre de chaleur et des moyens particuliers de refroidissement; et

Considérations générales sur les fonctions nutritives.

si nous ajoutons que notre corps n’éprouve point, durant la vie , la décomposition rapide qu’il éprôu-

Considérations générales sur ks fonctions nutritives.

vera des que la mort l’aura frappé, nous serons fortement portés à supposer qu’il se passe en nous un mouvement intime et continuel par lequel nos organes semblent, d’un côté, s’user et se détruire, et de l’autre se réparer et acquérir une puissance nouvelle, et que ce renouvellement de nos éléments constitutifs est un des actes fondamentaux de la vie.

Ce mouvement intime existe en effet, non pas tel que l’imagination des physiologistes s’est plu à le créer, non pas que le corps se renouvelle en sept années, comme quelques anciens le croyaient; mais sa réalité est établie sur un grand nombre de faits et d’expériences. On est encore loin toutefois de connaître entièrement ce phénomène, bien compliqué sans doute, puisqu’il préside à tous les changements physiques de nos organes , dont la texture est si variée et si fine , et dont les éléments sont si nombreux et si divers.

Un tel phénomène fait supposer, i° des communications faciles toujours ouvertes entre les points les plus cachés de nos organes et les voies naturelles d’excrétions ou de réparations ; 2° une force mécanique puissante tenant continuellement en mouvement nos divers éléments; 3° il nécessite que notre corps soit le siège d’une foule de transformations chimiques, qui doivent suivre avec plus ou moins de rigueur les lois de l’affinité et des proportions.

il est facile de pressentir les difficultés de tous genres que nous rencontrerons en étudiant les fonctions nutritives; à chaque instant il nous faudra faire des applications des principes de la chimie , de la physique , et de la mécanique ; ou , ce qui est peut-être plus difficile , savoir quand il ne faut pas se livrer à de telles applications, c’est-àdire distinguer les phénomènes purement vitaux de ceux qui sont simplement physiques; mais la difficulté pour ainsi dire insurmontable, se trouvera dans la manière dont tous les actes nutritifs sont liés et pour ainsi dire confondus. La classification arbitraire que l’on est obligé d’établir pour en faciliter l’étude , est d’autant moins avantageuse qu’elle ne repose point sur une connaissance complète des diverses fonctions, et que nous sommes encore fort loin même d’être arrivés à quelque chose d'entièrement satisfaisant par rapport aux principales.

Cependant, ensuivant sans dévier la route de l’observation et de l’expérience, en repoussant toute idée systématique, pour nous en tenir à la simple expression des faits , nous arriverons à des résultats qui ne seront pas sans importance.

Les fonctions nutritives sont au nombre de six, savoir :

i° La digestion ou formation du chyle ,

2e L’absorption du chyle ,

3° Le cours du sang veineux ,

Classification

des

fonctions

nutritives.

Classification

des

fonctions

nutritives.

Digestion.

4° La respiration ,

5° Le cours du sang artériel ,

6° Le cours de la lymphe.

Après la description de ces fonctions et celle des

rapports qu’elles ont entre elles ainsi qu’avec les

fonctions et relations , nous aurons encore à étudier les diverses sécrétions , et enfin à faire connaître ce qu’on sait du mouvement moléculaire qui a lieu dans la profondeur de nos organes, et qui dans un sens restreint est ce qu’on pourrait appeler la nutrition .

De la digestion.

La digestion a pour objet principal la formation du chyle, fluide réparateur des pertes habituelles que fait l’économie animale. Indépendamment de ce but spécial , cette fonction concourt encore à la nutrition, et même à la vie en général, de plusieurs autres manières.

Pour former le chyle , les organes digestifs agissent sur les aliments, les écrasent, les altèrent, les décomposent, en séparent une partie inutile et grossière qui est rejetée en dehors , tandis que le suc nutritif, la partie utile , le chyle en un mot, est conservé et pénètre bientôt dans les replis les plus secrets des tissus.

L’objet de la digestion est donc chimique , puisqu’il s’agit d’extraire des aliments les éléments du

chyle qui y sont contenus , et de former ce fluide

par le mélange ou la combinaison de ces divers

éléments.

Organes digestifs.

Les organes de la digestion représentent un appareil chimique qui serait monté avec beaucoup de soin et qui marcherait seul dès l'instant qu’il y recevrait les matières sur lesquelles il doit agir ; on y voit, en effet, une machine à broyer qui, par sa disposition, est supérieure, sous plus d'un rapport, à celles qui sont employées dans les arts industriels pour obtenir un résultat analogue. De grands vases extensibles et contractiles destinés à contenir les substances alimentaires durant un certain temps; un long tube droit où les matières ne font que passer rapidement ; un autre tube beaucoup plus long et contourné sur lui-même , où les aliments cheminent plus lentement; et dans les diverses cavités de séjour ou de passage , les orifices de plusieurs canaux qui y versent les réactifs nécessaires à l’opération qui s’y effectue.

11 existe une relation évidente entre l’espèce d’aliment dont un animal doit se nourrir, et la disposition de son appareil digestif. Si ces aliments sont très-éloignés par leur nature des éléments qui composent l’animal, si, par exemple, celui-ci est herbivore , l’appareil aura des dimen-

Rapports des organes digestifs avec les aliments.

Canal

digestif.

Structure du canal digestif.

siens très-considérables , et sera plus compliqué ; si, au contraire, ranimai se nourrit de chair, ses organes digestifs seront moins nombreux et plus simples, comme on le voit chez les carnassiers. L’homme, appelé à faire usage également d’aliments végétaux et d’aliments animaux, tient le milieu, pour la disposition et la complication de son appareil digestif, entre les herbivores et les carnivores, sans que, pour cela, on puisse l’appeler omnivore . Chacun sait qu’un grand nombre de substances dont se nourrissent les animaux ne peuvent être d’aucune utilité à l’homme pour son alimentation.

Sous le rapport anatomique , on peut se représenter l’appareil digestif comme un long canal diversement contourné sur lui-même, large dans certains points, rétréci dans d’autres, susceptible de s’élargir et de se resserrer, et dans lequel sont versés une grande quantité de fluides au moyen de conduits particuliers.

Les anatomistes partagent le canal digestif en plusieurs portions : i° la bouche, a0 le pharynx, 3° l’œsophage, 4° l’estomac, 5° l’intestin grêle, 6° le gros intestin , rj° l’anus.

Deux couches membraneuses forment les parois du canal digestif dans toute son étendue. La plus intérieure , qui est destinée à être en contact avec les aliments , consiste en une membrane muqueuse, dont l’aspect et même la structure varient

dans chacune des portions du canal , en sorte quelle n’est plus au pharynx ce qu’elle était à la bouche , à l’estomac ce qu’elle était à l’œsophage, etc. Aux lèvres et à l’anus, cette membrane se confond avec la peau.

La seconde couche des parois du canal digestif est musculaire ; elle se compose de deux plans de libres, l’un longitudinal, l’autre circulaire. L’arrangement, l’épaisseur, la nature des fibres qui entrent dans la composition de ces plans , sont différents, suivant qu’on les observe à la bouche, à l’œsophage, au gros intestin , etc.

Un grand nombre de vaisseaux sanguins se rendent au canal digestif ou en naissent ; mais la portion abdominale de ce canal en reçoit une quantité beaucoup plus grande que la partie qui est plus supérieure. Celle-ci n’en offre point au-delà de ce que comportent sa nutrition et la sécrétion peu considérable dont elle est le siège, tandis que le nombre et le volume des vaisseaux qui appartiennent à la portion abdominale, indiquent qu’elle doit être l’agent d’une sécrétion considérable. Les vaisseaux chylifères prennent exclusivement naissance dans l’intestin grêle.

Quant aux nerfs , ils se distribuent au canal digestif dans un ordre inverse des vaisseaux; c’està-dire que lesparties céphalique, cervicale et pectorale en reçoivent beaucoup plus que la portion abdominale, à l’exception de l’estomac , où se ter-

Vaisseaux du canal digestif.

Nerf du canal digestif.

Organes qui versent des fluides ans le canal digestif.

8 v PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

minent les deux nerfs de la huitième paire. Le reste du canal ne reçoit presque aucune branche des nerfs cérébraux. Les seuls nerfs qu’on y observe proviennent des ganglions sous-diapliragroatiques du grand sympathique. On verra plus bas le rapport qui existe entre le mode de distribution des nerfs et les fonctions de la portion supérieure et de l’inférieure du canal digestif.

Les corps qui versent des fluides dans le canal digestif sont, i° la membrane muqueuse digestive elle-même; 2° des follicules isolés , qui sont répandus en grand nombre dans toute l’étendue de cette membrane; 3° les, follicules agglomérés , qui se rencontrent à l’isthme du gosier, entre les piliers du voile du palais, à la jonction de l’œsophage et de l’estomac, et d’un nombre de points de la surface intestinale sous la forme de plaques; 4° les glandes muqueuses , qui existent en plus ou moins grand nombre dans les parois des joues, dans la voûte du palais, autour de l’œsophage; 5° les glandes parotides, sous-maxillaires et sublinguales , qui sécrètent la salive répandue dans la bouche ; 6° le foie et le pancréas , qui versent , le premier la bile , le second le suc pancréatique , par des canaux distincts, dans la partie supérieure de l’intestin grêle, nommée duodénum.

Tous les organes digestifs contenus dans la cavité abdominale sont immédiatement recouverts, et d’une manière plus ou moins complète , par la

membrane séreuse , dite péritoine. Cette membrane, par sa disposition anatomique et par ses propriétés physiques et vitales , sert très-utilement dans l’acte de la digestion , soit en conservant aux organes leurs rapports respectifs, soit en favorisant leurs variations de volume , soit en rendant faciles les frottements qu’ils exercent les uns sur les autres ou sur les parties voisines.

Nous donnerons les détails nécessaires sur l’appareil digestif, à mesure que nous en exposerons les fonctions ; nous nous bornons ici à faire quelques remarques sur les organes de la digestion, considérés dans l’état de vie, mais dans le temps où ils ne servent pas à la digestion des aliments.

Piemarques sur les organes digestifs de l’ homme et

des animaux vivants.

La surface de la membrane muqueuse digestive est toujours lubrifiée par une matière visqueuse, filante, plus ou moins abondante, qu’on observe en plus grande quantité là où il n’existe pas de follicules; circonstance qui semble indiquer que

ces organes n’en sont pas les organes sécréteurs.

Une partie de cette matière, à laquelle on donne généralement le nom de mucus , se vaporise, en sorte qu’il existe habituellement une certaine

Mucus du canal digestif.

Liquide qui se rencontre quelquefois dans

l’estomac.

Liquide acide de r estomac.

quantité de vapeurs dans chacun des points du canal digestif. La nature chimique de cette matière , prise à la surface intestinale , est encore peu connue. Elle est transparente , avec une teinte légèrement grisâtre ; elle adhère à la membrane qui la forme ; sa saveur est salée, et les réactifs apprennent qu’elle est acide ; sa formation continue encore quelque temps après la mort. Celle qui se forme dans la bouche , dans le pharynx et dans l’œsophage , arrive , mêlée avec le fluide des glandes muqueuses et avec la salive . jusque dans l’estomac, par les mouvements de déglutition qui se succèdent à des intervalles assez rapprochés. Il semblerait, d’après cet exposé, que l’estomac doit contenir, lorsque depuis quelque temps il est vide d’aliments, une quantité considérable d’un mélange de mucus , de fluide folliculaire et de salive. C’est ce que l’observation ne constate pas , au moins chez la plupart des individus. Cependant , chez quelques personnes qui sont évidemment dans une disposition maladive, il existe le matin dans l’estomac plusieurs onces de ce mélange. Dans certains cas, il est écumeux, trèspeu visqueux, légèrement trouble , tenant en suspension quelques flocons de mucus; sa saveur est franchement acide, point désagréable, sensible surtout à la gorge , agissant sur les dents de manière à diminuer le poli de leur surface , et à rendre moins faciles les glissements qu’elles exécu-

tent les unes sur les autres. Ce liquide rougît la

teinture et le papier de tournesol (1).

Dans d’autres circonstances, chez le meme in- Liquide

t • i ta ! non acide de

dividu , avec les memes apparences pour la cou- Pestomao. leur, la transparence, la consistance, le liquide retiré de l’estomac n’a point de sayeur ni aucune propriété acide ; il est tant soit peu salé : la dissolution de potasse , ainsi que les acides nitrique et sulfurique, n’y ont produit aucun effet apparent ( 2 ).

Un de mes anciens élèves, M. le docteur Pinel, qui jouit de la faculté de vomir à volonté, m’a remis , il y a quelques années, environ trois onces d’un liquide qu’il avait, le matin, retiré de son estomac. Ce liquide, qui présentait les mêmes propriétés physiques que le précédent, a été examiné par M. Thénard, qui l’a trouvé composé d’une très-grande quantité d’eau , d’un peu de

mucus , de quelques sels à base de soude et de

chaux; il n’avait d’ailleurs aucune acidité sensible ni à la langue ni par les réactifs.

Le même médecin m’a remis ensuite envi- Composition ron deux onces d’un liquide obtenu de la même dllac?dede

My-^i . il» i ' . de l estomac.

. Chevreul 1 a analyse, et y a reconnu

(i) Expériences sur la digestion dans l’homme , par S. de Montègre, iSo/j.

(a) Idem ,

beaucoup d’eau, une assez grande quantité de mucus, de i’acide lactique de M. Berzélius , uni à une matière animale soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool , un peu d’hydroclilorate d’ammoniaque, d’hydrochlorate de potasse, et d’une certaine quantité d’hydrochlorate de soude (1).

Relativement à la quantité de ce liquide, M. Pinel a observé que si, avant de le rejeter en vomissant, il avale une gorgée d’eau ou une bouchée d’un aliment quelconque , il peut en obtenir en très-peu de temps jusqu’à une demi-livre. M. Pinel croit avoir observé que la saveur de ce même liquide, varie suivant l’espèce d’aliment dont il a fait usage la veille.

Digesiiou Lorsqu’on examine les cadavres de personnes

de la salive et 1 A

du mucus, mortes d’accident, l’estomac n’ayant pas reçu d’aliments ni de boissons depuis quelque temps, cet organe ne contient que très-peu de mucosités acides , adhérentes aux parois de l’estomac, et dont une partie , qui se trouve dans la portion pvlorique du viscère, paraît réduite en chyme. Il est donc extrêmement probable que le liquide qui

(i) Un habile chimiste anglais, M. \V* Prout, a cru reconnaître clans l’acide du sac gastrique des animaux l’acide hydrochlorique libre, mais ses expériences sont contestées par M- Lassaigne. il serait d’ailleurs extraordinaire qu’un corps aussi facile à reconnaître eût échappé à l’investigation de chimistes tels que Berzélius, Thénard, Chevreul.

devrait se trouver dans l’estomac est digéré par ce viscère comme une substance alimentaire, et que c’est la raison pour laquelle il ne s’y accumule point.

Dans les animaux dont l’organisation se rapproche de celle de l’homme, tels que les chiens et les chats , on ne trouve pas non plus de liquide dans l’estomac après un ou plusieurs jours d’abstinence absolue; on n’y voit qu’un peu de mucosité visqueuse , adhérente aux parois de l’organe vers son extrémité splénique. Cette matière a la plus grande analogie, sous le rapport physique et chimique, avec celle qu’on trouve dans l’estomac de l’homme. Mais, si l’on fait avaler à ces animaux un corps qui ne soit par susceptible d’être digéré, un caillou par exemple , il se forme, au bout de quelque temps, dans la cavité de l’estomac une certaine quantité d’un liquide acide , muqueux, de couleur grisâtre , sensiblement salé, qui se rapproche par sa composition de celui qui se rencontre quelquefois chez l’homme, et dont nous venons de donner l’analyse approximative d’après M. Chevreul.

C’est au liquide résultat du mélange des mucosités de la bouche, du pharynx, de l’œsophage et de l’estomac , avec le liquide sécrété par les follicules des mêmes parties et avec la salive , que les physiologistes ont donné le nom de suc gastrique , et auquel ils ont attribué des propriétés particulières.

Snc

gastrique.

rRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Mucus de l’inlestin grêle.

Manière dont la bile coule dans Ein testin grêle.

Dans l’intestin grêle, il se forme de même une grande quantité de matière muqueuse, qui reste habituellement attachée aux parois de l’intestin ; elle diffère peu de celle dont nous avons parlé plus haut ; elle est visqueuse, filante , a une saveur salée et est acide ; elle se renouvelle avec une grande promptitude. Si l’on met à nu la membrane muqueuse de cet intestin sur un chien , et qu’on enlève la couche de mucosité qui s’y trouve en l’absorbant avec une éponge, il faut à peine une minute pour qu’elle reparaisse. On peut répéter autant qu’on veut cette observation, jusqu’à ce que l’intestin s’enflamme par suite du contact de l’air et des corps étrangers. La mucosité de l’estomac ne pénètre dans la cavité de l’intestin grêle que sous la forme d’une matière pulpeuse, grisâtre, opaque , qui a toute l’apparence d’un chyme particulier.

C’est à la surface de cette même portion du canal digestif que la bile est versée , ainsi que le liquide sécrété par le pancréas. Je ne crois pas qu’on ait jamais obervé sur un homme vivant la manière dont se fait l’écoulement de la bile et du liquide pancréatique. Sur les animaux, tels que les chiens, l’écoulement de ces fluides se fait par intervalles, c’est-à-dire qu environ deux fois dans une minute on voit sourdre de l’orifice du canal cholédoque ou biliaire une goutte de bile, qui se répand aussitôt uniformément et en nappe sur les parties envi-

DE PHYSIOLOGIE. l5

ronnantes , qui en sont déjà imprégnées; aussi trouve-t-on toujours dans l’intestin grêle une certaine quantité de bile.

L’écoulement du liquide formé par le pancréas se fait d’une manière analogue , mais il est beaucoup plus lent; il se passe quelquefois un quartd’hcure avant que l’on voie sortir une goutte de ce fluide par l’orifice du canal qui le verse dans l’intestin. J’ai vu cependant, dans quelques cas, l’écoulement du fluide pancréatique se faire avec plus de rapidité.

Les différents fluides qui sont déposés dans l’intestin grêle, savoir, la matière chymeuse, qui vient de l’estomac, le mucus, le fluide folliculaire, labile, et le liquide pancréatique, se mêlent; mais, à raison de ses propriétés et peut-être de sa proportion , la bile prédomine et donne au mélange sa couleur et sa saveur. Une grande partie de ce mélange descend vers le gros intestin et y pénètre ; dans ce trajet, il prend de la consistance, et la couleur jaune clair qu’il avait d’abord devient jaune foncé et ensuite verdâtre. Il y a cependant, sous ce rapport, des différences individuelles trèstranchés.

Dans le gros intestin , la sécrétion muqueuse et folliculaire paraît moins active que dans hintestin grêle. Le mélange des fluides provenant de ce dernier y acquiert plus de consistance; il y contracte une odeur fétide, analogue à celle des ma-

Manière dont le fluide pancréatique coule dans l’intestin grêle.

Mucus du gros

intestin.

Follicules dorants de Faims.

Des gaz contenus dans le canal intestinal.

tières fécales ordinaires : il en a d’ailleurs l’apparence, en raison de sa couleur, cbe son odeur, etc.

La connaissance de ces faits permet de concevoir comment une personne qui ne fait point usage d’aliments peut continuer à rendre des excréments, et comment, dans certaines maladies, la quantité de ceux-ci est très-considérable, quoique le malade soit depuis long-temps privé de toute substance alimentaire, même liquide.

Autour de l’anus il existe des follicules qui sécrètent une matière grasse et d’une odeur particulière assez forte.

On rencontre presque constamment des gaz dans le canal intestinal; l’estomac n’en contient que très-peu. Leur nature chimique n’a point encore été examinée avec soin; mais comme la salive que nous avalons est toujours imprégnée d’air atmosphérique , il est probable que c’est l’air de l’atmosphère, plus ou moins altéré, qui se trouve dans l’estomac ; du moins je me suis assuré, par l’expérience, qu’on y rencontre de l’acide carbonique. L’intestin grêle ne contient aussi qu’une très-petitè quantité de gaz ; c’est un mélange d’acide carbonique, d’azote et d’hydrogène. Le gros intestin contient de l’acide carbonique , de l’azote et de l’hydrogène , tantôt carboné , tantôt sulfuré. J’ai vu vingt-trois centièmes de ce gaz dans le rectum d’un individu récemment supplicié, dont le gros intestin ne contenait point de matière fécale.

DE Fil YSIOLOGIE. X'I

Quelle est l’origine de ces gaz? Viennent-ils du dehors? sont-ils sécrétés par la membrane muqueuse digestive, ou bien sont-ils le résultat de la réaction des éléments qui composent les matières contenues dans le canal intestinal? Cette question sera examinée plus tard ; remarquons cependant qu’il y a des circonstances où nous avalons, sans le savoir, beaucoup d’air atmosphérique,

La couche musculeuse du canal digestif doit être remarquée sous le rapport des différents modes de contraction qu’elle présente. Les lèvres , les mâchoires, dans la plupart des cas la langue, les joues, se mcuventpar une contraction entièrement semblable à celle des muscles de la locomotion. Le voile du palais, le pharynx, l’œsophage, et dans quelques circonstances particulièresla langue, offrent bien des mouvements qui ont une analogie manifeste -avec la contraction musculaire, mais qui en diffèrent beaucoup , puisqu’ils s’exécutent sans la participation de la volonté. J’ai pourtant eu occasion de voir quelques personnes qui pouvaient mouvoir volontairement le voile du palais et la partie supérieure du pharynx.

Ceci ne veut pas dire que les mouvements des parties que je viens de nommer soient hors de l’influence nerveuse, l’expérience prouve directement le contraire. Si , par exemple , on coupe les nerfs qui se rendent à l’œsophage, ce conduit est aussitôt privé de sa faculté contractile.

Couche musculaire du canal digestif.

Différents modes de contraction des fibres du canal digestif.

Mouvement

de

l’œsophage.

Mouvement

de

rœsophagc.

l8 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Les muscles du voile du palais, ceux du pharynx, les deux tiers supérieurs de l’oesophage, ne se contractent guère comme organes digestifs que lorsqu’il s’agit de faire pénétrer quelques substances de la bouche dans l’estomac. Le tiers inférieur de l’œsophage présente un phénomène particulier qu’il est important de connaître : c’est un mouvement alternatif de contraction et de relâ-

chement qui existe d’une manière continue. La contraction commence à la réunion des deux tiers supérieurs du conduit avec le tiers inférieur; elle se prolonge avec, une certaine rapidité jusqu’à l’insertion de l’œsophage dans l’estomac; une fois produite , elle persiste un temps variable; sa durée moyenne est au moins de trente secondes. Contracté ainsi dans son tiers inférieur, l’œsophage est dur et élastique comme une corde fortement tendue. Le relâchement qui succède à la contraction arrive tout-à-coup et simultanément dans chacune des fibres contractées ; dans certains cas cependant , il semble se faire des fibres supérieures vers les inférieures. Dans letat de relâchement, l’œsophage présente une flaccidité remarquable , qui contraste singulièrement avec l’état de contraction.

Ce mouvement de l’œsophage est sous la dépendance des nerfs de la huitième paire. Quand on a coupé ces nerfs sur un animal , l’œsophage ne se contracte plus, mais il n’est pas non plus

dans le relâchement que nous venons de décrire; ses fibres, soustraites à Tinfluence nerveuse, se raccourcissent avec une certaine force ; et le canal se trouve dans un état intermédiaire de la contraction et du relâchement. La vacuité ou la distension de l’estomac influent sur la durée et Tintensité de la contraction de l’œsophage (1).

Depuis l’extrémité inférieure de l’estomac jusqu’à la fin de l’intestin rectum, le canal intestinal présente un mode de contraction qui diffère , sous

Mouvement péristaltique de l’estomac et des intestins.

(i) Le mouvement alternatif du tiers inférieur de l’œsophage n’existe pas chez le cheval ; mais chez cet animal les piliers du diaphragme ont sur l’extrémité cardiaque de ce conduit une action particulière qui n’existe point chez les animaux qui vomissent aisément. Voyez le détail des expériences que j’ai faites sur ce sujet, et le rapport des commissaires de 1 Institut , dans le Bulletin de la Société philomatique 9 année i8i5. Depuis cette époque j’ai observé avec plus de soin l’œsophage du cheval, et j’ai remarqué que son extrémité diaphragmatique, dans une étendue de huit ou dix pouces, n’est point contractile à la manière des muscles. L’irritation des nerfs de la huitième paire, le galvanisme, la laissent immobile; mais elle est très-élastique, et maintient tellement fermé le bout inférieur de l’œsophage, que même long-temps après la mort il est difficile d’y introduire le doigt, e! qu’il faut exercer une très-forte pression pour y faire pénétrer l’air. Cette disposition est, je crois, la véritable raison pour laquelle les chevaux vomissent si difficilement, et se rompent quelquefois l’estomac en s’efforçant à vomir.

Mouvemen l péristaltique de l’estomac et des

intestins.

presque tous les rapports, de la contraction de la partie sus-diaphragmatique du canal. Cette contraction se fait toujours lentement et d'une manière irrégulière ; il se passe quelquefois une heure sans qu’on en aperçoive aucune trace, d’autres fois plusieurs portions intestinales se contractent à la fois. Elle paraît très-peu influencée parle système nerveux ; elle continue, par exemple, dans Fe'stomac après la section des nerfs de la huitième paire : elle devient plus active par l’affaiblissement des animaux, et même parleur mort; chez quelques-uns , elle prend , par cette cause , une accélération considérable; elle persiste, quoique le canal intestinal ait été entièrement séparé du corps. La portion pylorique de l’estomac , l’intestin grêle, sont les points du canal intestinal où elle se présente le plus souvent et d’une manière plus constante. Ce mouvement, qui résulte de la contraction successive ou simultanée des fibres longitudinales et circulaires du canal intestinal, a été diversement désigné par les auteurs : les uns l’ont nommé vermiculaire , ceux-ci péristaltique, ceux-là contractilité organique sensible , etc. Quoi qu’il en soit, la volonté ne paraît exercer sur lui aucune influence sensible ( 1 ).

(1) Dans le cheval , la moitié splénique cle l’estomac est plus contractile que la portion pylorique; aussi les aliments séjournent peu dans l'estomac de cet animal, et la digestion

Les muscles de l’anus se contractent volontairement.

La portion sus-diaphragmatique du conduit digestif n’est point susceptible d’éprouver une dilatation considérable ; il est facile de voir , par sa structure et le mode de contraction de sa couche musculeuse, qu’elle ne doit point laisser séjourner les aliments dans sa cavité, mais qu’elle est plutôt destinée à transporter ces substances de la bouche dans l’estomac. Ce dernier organe et le gros intestin sont au contraire évidemment disposés pour se prêter à une distension très-grande ; aussi les substances qui sont introduites dans le canal alimentaire s’accumulent-elles et font-elles un séjour plus ou moins long à leur intérieur.

Le diaphragme et les muscles abdominaux déterminent continuellement une sorte de ballotte-

se fait en grande partie dans les intestins. La panse des ruminants, le feuillet, la caillette, sont fort peu contractiles, mais le bonnet se contracte d’une manière très-active, bien que sa contraction ne prenne point le caractère de la portion sus-diaphragmatique du canal intestinal. Les oiseaux, les reptiles et les poissons n’ont de contraction brusque que dans les organes de la déglutition, tout le reste du canal digestif se contracte à la manière péristaltique. Ce phénomène est très-frappant pour le gésier des oiseaux, qu’on représente comme un muscle très-énergique; l’irritation des huitièmes paires ne le fait point entrer en contraction.

ment des organes digestifs contenus dans la cavité abdominale ; ils exercent sur ces mêmes organes une pression continuelle , qui devient quelquefois très-considérable. Nous verrons plus bas comment ces deux causes, réunies ou séparées, concourent à différents actes de la digestion.

De la faim et de la soif.

De la faim et de la soif.

La digestion nécessite de la part de l’homme et des animaux un certain nombre d’actions pour se procurer et saisir les aliments, et les introduire dans l’estomac : cette introduction doit cesser à

l’époque où l’estomac est rempli, ou ne doit se faire qu’en raison des besoins de l’économie; en général il est avantageux qu’elle ne se fasse qu’après que la digestion précédente est terminée ; il est aussi d’autres circonstances où elle serait nuisible. 11 était donc nécessaire que l’homme et les animaux fussent avertis du moment où il est nécessaire de porter des aliments solides ou liquides dans l’estomac, et des cas où il serait désavantageux de le faire. La nature est arrivée à ce but important en faisant développer plusieurs sentiments instinctifs qui nous avertissent des besoins de l’économie et de l’état particulier des Organes digestifs. Ces sentiments indicateurs de nos besoins varient suivant l’espèce de ceux-ci : ils peuvent être divisés en ceux qui nous excitent à faire

usage de telle ou telle substance, et en ceux qui nous en éloignent. Les premiers se rapportent à la faim et à la soif , les seconds à la satiété et au dégoût.

De 1a. faim.

Le besoin des aliments solides est caractérisé par un sentiment particulier dans la région de lestomac et par une faiblesse générale plus ou moins marquée. En général ce sentiment se renouvelle quand l'estomac est vide depuis quelque temps ; il est très-variable pour l’intensité et pour la nature , suivant les individus, et même chez le même individu. Chez les uns, sa violence est extrême; chez d'autres, il se fait à peine sentir; quelques-uns même ne l’éprouvent jamais, et mangent seulement parce que l’heure des repas est arrivée. Plusieurs personnes éprouvent un tiraillement, un resserrement plus ou moins pénible dans la région épigastrique; chez d’autres, c'est une chaleur douce dans la même région, accompagnée de bâillements, et d’un bruit particulier, produit par le déplacement des gaz contenus dans l’estomac, qui se contracte. Lorsqu’on ne satisfait pas à ce besoin, il s'accroît et peut se transformer en une vive douleur ; il en est de même de la sensation de faiblesse et de fatigue générale qu’on éprouve, et qui peut aller jusqu'au point de rendre les mouvements difficiles ou même impossibles.

De la fai ni.

Phénomènes de la faim.

Phénomènes locaux de la faim.

Les auteurs distinguent dansla faim des phénomènes locaux et des phénomènes généraux.

Cette distinction en elle-même est bonne et peut être avantageuse à l’étude ; mais n’a-t-on pas souvent décrit, comme phénomènes locaux ou généraux de la faim , des suppositions gratuites dont la théorie rendait l’existence probable? Ce point de physiologie est un de ceux où le défaut d’expériences directes se fait le plus vivement sentir.

On compte parmi les phénomènes locaux de la faim, le resserrement et la contraction de l’estomac. << Les parois du viscère deviennent, dit-on, plus épaisses; il a changé de forme , de situation , et tiré un peu à lui le duodénum ; sa cavité contient de la salive mêlée d’air, des mucosités, de la bile hépatique, qui a reflué par suite du tiraillement du duodénum : il y a d’autant plus de ces diverses humeurs dans l’estomac que la faim est plus prolongée. La bile cystique ne coule pas dans le duodénum; elle s’amasse dansla vésicule biliaire, et y est d’autant plus abondante et d’autant plus noire , que l’abstinence dure depuis plus long-temps. H y a un changement dans l’ordre de la circulation des organes digestifs; l’estomac reçoit moins de sang, soit àcause de la flexuosité de ses vaisseaux, plus grande alors, parce qu’il est resserré, soit à cause de la compression de ses nerfs, par suite de ce même resserrement, et dont

l’influence sur la circulation serait alors diminuée. D’un autre côté, le foie, la rate, l’épiploon, en reçoivent davantage et font l’office de diverticuluni; le foie et la rate, parce qu’ils sont moins soutenus quand l’estomac est vide, et qu’ils offrent dès lors un abord plus facile au sang; et l’épiploon , parce qu’alors les vaisseaux sont moins flexueux, etc. (i). » La plupart de ces données sont conjecturales et à peu près dénuées de preuves ; mais elles ont déjà , en partie , été réfutées par Bichat : quelques-unes des objections de cet ingénieux physiologiste ne sont pas elles * mêmes à l’abri de toute critique. Ne pouvant entrer icidansles détails de cette discussion , je dirai seulement les observations que j’ai faites à cette occasion.

Après vingt-quatre , quarante-huit et même soixante heures d’abstinence complète, je n’ai jamais vu la contraction et le resserrement de l’estomac dont parlent les auteurs ; cet organe m’a toujours présenté des dimensions assez considérables, surtout dans son extrémité splénique : ce n’est que passé le quatrième ou cinquième jour qu’il m’a paru revenir sur lui-même , diminuer beaucoup de capacité, et changer légèrement de position; encore ces effets ne sont-ils très-marqués que lorsque le jeûne a été rigoureusement observé.

(1) Dictionnaire des Sciences médicales , art. Digestion.

Observations sur l’état de l’estomac pendant la faim.

Observation Bichatpense que lapression soutenue par l’esto-

sur la pression , . 7 , , ^

soutenue par niac quand il est vide est égalé a celle qu il supabdominaux POÎ>te quand il est distendu par des aliments, atiafaim.1 tendu, dit-il, que les parois abdominales se resserrent à mesure que le volume de l’estomac diminue. On peut aisément s’assurer du contraire en mettant un ou deux doigts dans la cavité abdominale , après avoir incisé ses parois ; il sera facile alors de reconnaître que la pression soutenue par les viscères est , en quelque sorte , en raison directe de la distension de l’estomac : si l’estomac est plein, le doigt sera fortement pressé, et les viscères feront effort pour s’échapper à travers l’ouverture ; s’il est vide , la pression sera trèspeu marquée, et les viscères auront peu de tendance à sortir de la cavité abdominale. On sent que dans cette expérience il ne faut pas confondre la pression exercée par les muscles abdominaux lorsqu’ils sont relâchés avec celle qu’ils exercent en se contractant avec force. Aussi, lorsque l’estomac est vide, tous les réservoirs contenus dans l’abdomen se laissent-ils plus facilement distendre par les matières qu’ils doivent retenir quelque temps. C’est, je crois, la principale raison pour laquelle labile s’accumule dans la vésicule du fiel. Quant à la présence de la bile dansl’estomac, que quelques personnes regardent comme l’une des causes de la faim , je crois qu’à moins de circonstances maladives la bile ne s’y introduit

point , quoique son écoulement continue dans l’intestin grêle , comme je m’en suis directement assuré.

La quantité de mucosité que présente la cavité de l’estomac est d’autant moins considérable, que l’abstinence se prolonge davantage. Mes expériences sur ce point sont entièrement d’accord avec celle du Dumas.

Relativement à la quantité de sang qui se porte à l’estomac dans l’état de vacuité, à raison du volume de ses vaisseaux et du mode de circulation qui existe alors , je suis tenté de croire qu’il reçoit moins de ce fluide que lorsqu’il est rempli d’aliments ; mais, loin d’être sous ce rapport en opposition avec les autres organes abdominaux , cette disposition me paraît être commune à tous les organes contenus dans l’abdomen.

Aux phénomènes généraux de la faim se* rapporte un affaiblissement et uneMiminution de l’action de tous les organes; la circulation et la respiration se ralentissent, la chaleur du corps baisse, les sécrétions diminuent, toutes les fonctions s’exercent avec plus de difficulté. On dit que l’absorption seule devient plus active, mais rien n’est rigoureusement démontré à cet égard.

La faim 9 l’appétit même , qui n’est que son premier degré, doivent être distingués du sentiment qui nous porte à nous nourrir de préférence de tel ou tel genre d’aliment, de celui qui nous fait, dans

Phénomènes généraux de la faim.

Sentiments qu’il ne faut pas

confondre avec la faim.

Causes qui rendent la faim plus intense.

Causes qui diminuent la la faim.

un repas, porter notre choix sur un mets plutôt que sur un autre , etc. Ces sentiments sont trèséloignés de la faim réelle , qui exprime les besoins véritables de l’économie ; ils tiennent en grande partie à la civilisation , aux habitudes, à certaines idées relatives aux propriétés des aliments. Quelques-uns sont en rapport avec la saison , le climat; et alors ils deviennent tout aussi légitimes que la faim elle-même : tel est celui qui nous porte vers le régime végétal dans les pays chauds, ou durant les chaleurs de l’été.

Certaines circonstances rendent la faim plus intense et la font revenir à des intervalles plus rapprochés : tels sont un air froid et sec, l’hiver, le printemps, les bains froids, les frictions sèches sur la peau, l’exercice du cheval, la marche, lès fatigues du corps , et en général toutes les causes qui mettent en jeu l’action des organes et accélèrent le mouvement nutritif, avec lequel la faim est essentiellement liée. Quelques substances introduites dans l’estomac excitent un sentiment qui a de l’analogie avec la faim, mais qu’il ne faut cependant pas confondre avec elle.

Il est des causes qui diminuent l’intensité de la faim et qui éloignent les époques auxquelles elle se manifeste habituellement : de ce nombre sont l’habitation des pays chauds et des lieux humides , le repos du corps et de l’esprit, les passions tristes, et enfin toutes les circonstances qui s’opposent à

à l’action des organes et diminuent l’activité de la nutrition. On connaît aussi des substances qui, portées dans les voies digestives , font cesser la faim, ou empêchent son développement, comme l’opium, les boissons chaudes, etc.

Que n’a-t-on pas dit sur les causes de la faim? Elle a été tour-à-tour attribuée à la prévoyance du principe vital, aux frottements des parois de l’estomac l’une contre l’autre, au tiraillement du foie sur le diaphragme, à Faction de la bile sur l’estomac, à l’âcreté et à l’acidité du suc gastrique, à la fatigue des libres de l’estomac contractées, à la

compression des nerfs de ce viscère, etc., etc. La faim résulte, comme toutes les autres sensations internes, de Faction du système nerveux; elle n’a d’antre siège que ce système lui-même, et d’autres causes que les lois générales de l’organisation. Ce qui prouve bien la vérité de cette assertion, c’es-t qu’elle continue quelquefois, quoique l’estomac soit rempli d’aliments ; c’est qu’elle peut ne pas se développer , quoique l’estomac soit vide depuis long-temps; enfin, c’est quelle est soumise à Fha-

bitude , au point de cesser spontanément quand

l’heure habituelle du repas est passée. Ceci est vrai, non-seulement du sentiment qu’on éprouve dans la région de l’estomac, mais encore de la faiblesse générale qui l’accompagne, et qui par conséquent ne peut être considérée comme réelle , au moins dans les premiers instants où elle se manifeste.

Causes prochaines de la faim.

5o PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Plusieurs auteurs confondent la faim avec les effets d’une abstinence complète et prolongée jusqua ce que la mort arrive : nous ne suivrons pas leur exemple. La faim , considérée comme phénomène instinctif, appartient à la physiologie; considérée comme cause de maladie , elle n’est plus du ressort de cette science et appartient à la séméiotique.

De la soif .

De la soif. On nomme soif le désir de faire usage de boisson. 11 varie suivant les individus, et il est rarement semblable chez une même personne. En général il consiste en un sentiment de sécheresse, de constriction et de chaleur qui règne dans l’arrièrebouche, le pharynx, l’œsophage, et quelquefois dans l’estomac. Pour peu que la soif se prolonge, il survient de la rougeur et du gonflement à ces parties, la sécrétion muqueuse cesse presque entièrement ; celle des follicules s’altère , devient épaisse et tenace; l’écoulement de la salive diminue, et la viscosité de ce fluide augmente sensiblement. Ces phénomènes s’accompagnent d’une inquiétude vague, d’une ardeur générale; les yeux deviennent rouges, l’esprit éprouve un certain trouble, le mouvement du sang s’accélère, la respiration devient haletante, la bouche est souvent et largement ouverte afin de mettre l’air extérieur

en contact avec les parties irritées, et d’éprouver un soulagement instantané.

Le plus souvent l’envie de boire se développe quand, par une cause quelconque, la chaleur et la sécheresse de l’atmosphère par exemple, le corps a fait une perte abondante en liquide ; mais elle se manifeste dans un grand nombre de circonstances différentes, telles que d’avoir parlé long-temps, mangé certains aliments, avalé une substance qui s’arrête dans l’œsophage, etc. L’habitude vicieuse de boire fréquemment , et le désir d’éprouver la saveur de quelques liquides, comme le vin, l’eaude-vie, etc. , déterminent le développement d’un sentiment qui a la plus grande analogie avec la soif.

11 y a des personnes qui n’ont jamais ressenti la soif, qui prennent, en quelque sorte, des boissons par convenance , mais qui vivraient très-longtemps sans y songer et sans éprouver aucun inconvénient de leur privation ; il en est d’autres chez qui la soif se renouvelle souvent et devient très-impérieuse , jusqu’à leur faire boire vingt ou trente litres de liquide dans vingt-quatre heures : on remarque sous ce rapport de nombreuses différences individuelles.

Remonterons-nous, avec certains auteurs, à la cause prochaine de la soif? dirons-nous qu’elle est l’effet de la prévoyance de l’âme? placerons-nous son siège daivs les nerfs du pharynx, dans les vaisseaux sanguins ou dans les vaisseaux lymphati-

Causes de la soif.

Des aliments.

ques? Ces considérations ne doivent plus désormais trouver place que dans l’histoire de la physiologie. La soif est un sentiment instinctif; elle tient essentiellement à l’organisation, elle ne comporte aucune explication de ce genre : le sentiment de sécheresse et de chaleur qui l’accompagne paraît l’expression naturelle de l’état qui suitl’évaporation de la partie aqueuse du sang ou simplement de son excrétion ; car toutes les fois que nous perdons par une ca-use quelconque une grande partie de la sérosité du sang, nous sommes tourmentés par la soif.

Nous ne parlerons pas non plus des phénomènes morbides qui accompagnent et qui précèdent la mort par la privation complète des boissons ; cette étude appartient tout entière à la physiologie pa thologique.

Des aliments.

On donne en général le nom d 'aliments à toute substance qui, soumise à l’action des organes de la digestion , peut seule nourrir. Dans ce sens , un aliment est nécessairement extrait des végétaux ou des animaux ; car il n’y a que les corps qui ont joui de la vie qui puissent servir utilement à la nutrition des animaux pendant un certain temps. Cette manière d’envisager les aliments est trop restreinte. Pourquoi refuser le nom d 'aliment à des substances qui, à la vérité, ne pourraient nourrir

seules, mais qui concourent efficacement à la nutrition, puisqu’elles entrent dans la composition des organes et des fluides animaux? Tels sont le muriate de soude, Toxide de fer, la silice, et surtout l’eau , qui se trouve en si grande quantité dans le corps des animaux et y est si nécessaire. Il me paraît préférable de considérer comme aliment toute substance qui peut servir à la nutrition, en établissant toutefois la distinction importante des substances qui peuvent nourrir seules, et de celles qui ne servent à la nutrition que de concert avec les premières (1). Encore est-ce une question qui n’est pas résolue , que de savoir s’il est possible de vivre long-temps en ne mangeant qu’une seule

(1) Hippocrate dit : II y a plusieurs espèces d’ aliments 9 mais il n’y a cependant qu’ un seul aliment : cette proposition souvent reproduite ne m’a jamais présenté un sens clair. En effet, veut-on dire que dans une substance alimentaire il n’y a qu’une partie qui soit nutritive? mais alors quelle est cette partie, et ne varie-t-elle pas pour chaque aliment? Veut-on dire que les aliments servent, en dernière analyse, à former une substance toujours la même, qui est le chyle ? on ne dira point encore vrai, car le chyle a des qualités variables suivant les aliments. Pense-t-on que les aliments servent à renouveler dans le sang une substance particulière qui seule peut nourrir, et qui serait le quod nutrit des anciens ? mais cette substance existe-t-elle ? Veut-on enfin supposer qu’il y a dans tous les aliments un principe particulier, partout identique, essentiellement nutritif? rien n’est moins prouvé.

PIŒCIS ÉLÉMENTAIRE

Aliments.

et même substance alimentaire , quelles que soient d’ailleurs ses qualités nutritives. ( Voyez Nutrition. )

Quant à une idée nette de ce qu’on doit entendre par aliment, pour la donner il faudrait connaître à fond le phénomène de la nutrition ; or, la science n’en est point encore là.

Sous le rapport de leur nature, les aliments diffèrent entre eux par l’espèce de principe immédiat qui prédomine dans leur composition. O11 peut les distinguer en neuf classes :

i°. Aliments féculeux : froment, orge, avoine, riz, seigle, épeautre, sarazin, maïs, pommes de terre, sagou, salep , pois, haricots, lentilles, etc.

20. Aliments muei la gineux: carotte, salsifis, betterave, navet, asperge, chou, laitue, artichaut, cardon , potiron , melon , etc.

3°. Aliments sucrés : les diverses espèces de sucre, les figues, les dattes, les raisins secs, les abricots , etc.

4°. Aliments acidulés : oranges, groseilles, cerises, pêches , fraises , framboises , mûres , raisins, prunes, poires, pommes, oseille , etc.

5°. Aliments huileux et graisseux: cacao, olives , amandes douces, noisettes , noix , les graisses animales, les huiles, le beurre , etc.

6° » Aliments caséeux : les différentes espèces de lait, toutes les variétés de fromage.

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