‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 22 sur 43 · COURS DU SANG ARTÉRIEL · texte numérisé non relu

COURS DU SANG ARTÉRIEL

Cette fonction a pour but de transporter le sang artériel du poumon à toutes les parties du corps.

Du sang artériel.

Le sang artériel est le liquide le plus essentiel à l’entretien des fonctions. Un physiologiste célèbre y attachait une telle importance, qu’il avait défini la vie, le contact du sang artériel avec les organes , et particulièrement avec le cerveau.

Nous n’avons rien à ajouter ici à ce que nous avons dit du sang artériel à l’article Respiration. Je citerai seulement plusieurs faits importants relatifs au sang en général, et qui compléteront l’histoire de ce liquide.

Notre savant professeur Vauquelin a trouvé dans ce fluide une assez grande quantité d’une matière grasse d’une consistance molle, et qui d’abord a été regardée comme de la graisse; mais M. Chevreul , par une suite d’expériences

(») Voyez mon Journal de Physiologie.

très -ingénieuses , a fait l’importante découverte que cette matière est celle du cerveau et des nerfs. Sa composition chimique est très -remarquable : c’est un corps gras azoté , opposé en cela à tous les autres corps de cette espèce, qui ne renferment point d’azote.

MM. Prévost et Dumas ont démontré l’urée dans le sang des animaux privés de reins. M. Boudet lils vient de trouver la cholestérine et quelques autres éléments de la bile dans le sérum.

Ainsi, à mesure que les analyses du sang se multiplient, à mesure que les procédés d’examen se perfectionnent, on arrive à trouver dans le sang tous les éléments des organes ; aujourd’hui on y peut signaler avec confiance la fibrine comme la même matière que la fibre musculaire; l’albumine, qui forme un si grand nombre de membranes et de tissus; la matière grasse dont je viens de parler, et qui, réunie à l’osmazôme et à l’albumine, forme le système nerveux; les phosphates de chaux et de magnésie, qui constituent une grande partie des os ; l’urée, l’un des éléments excrémentitiels de l’urine les plus remarquables; la matière jaune de la bile et de l’urine, la même qui s’étend par imbibition dans le tissu cellulaire, autour des contusions, etc.

Quand, à l’aide d’une forte loupe et d’un microscope, on observe les parties transparentes des animaux à sang froid, on voit dans les vaisseaux

Globules du sang.

Découverte des globules du sang.

Les globules existent dans tous les animaux.

sanguins une multitude innombrable de petites molécules arrondies qui nagent dans le sérum , et roulent les unes sur les autres, en parcourant les artères et les veines. Ce sont les globules du sang .

La découverte inattendue de ces globules doit être rapportée à Malpiglii , qui le premier en a signalé l'existence. Leewenhoeck vint peu de temps après à s'en occuper de son côté, et très-probablement il les reconnut sans avoir fait grande attention à la notion vague que Malpiglii en avait publiée. Il en décrivit un grand nombre, et laissa des travaux très -précis sur ce sujet. Depuis lors une foule d’auteurs ont entrepris leur examen; mais il n’existe que trois écrits détaillés et comparables par le soin avec lequel ils ont été exécutés, et l’habitude connue de leurs auteurs relativement à l’emploi du microscope. Ce sont d’abord les observations de Leewenhoeck lui- même, celles de Hewson, et celles que viennent de publier MM. Prévost et Dumas. Comme elles s’accordent dans les faits principaux, et que les derniers ont

pu faire usage des faits indiqués par les autres,

nous nous bornerons à offrir leurs résultats

Ils ont trouvé des globules dans le sang de tous les animaux. Pour s’en assurer, il suffit de placer une petite gouttelette de sang sur une lame de verre, en ayant soin de l’étendre légèrement sans l’écraser. Sur les bords on trouvera toujours des globules isolés, faciles à voir et à mesurer.

Avec les lentilles faibles on n'aperçoit d’abord que des points noirs; ceux-ci prennent ensuite l’apparence d’un cercle blanc, au milieu duquel on voit une tache noire, lorsqu’on augmente encore le pouvoir amplifiant; enfin, cette dernière prend d’elle-même l’aspect d’une tache lumineuse, lorsqu’on atteint trois à quatre cents fois le diamètre. Quand l’œil s’est familiarisé avec cette image, il en conserve la perception avec des grossissements plus faibles. Ainsi le sang humain , vu de prime abord avec le n° 175, offre l’apparence ( voyez la planche 1), tandis qu’en l’examinant avec des verres supérieurs, et descendant graduellement à celui-ci, on conserve sans difficulté la possibilité de saisir la tache lumineuse centrale n° 2 ; ce fait donne la clef de la plupart des opinions émises à ce sujet, et sert à les concilier.

Lorsque le sang circule dans les vaisseaux, les particules qu’il renferme n’ont d’autre mouvement que celui qui leur est imprimé par le liquide; mais dès qu’on vient à en ouvrir un , elles s’agitent vivement, et la gouttelette présente alors un frémissement particulier qui cesse au bout de quelques secondes. M. E. Home a émis sur ce point une opinion particulière : il suppose que le sang contient des globules qui sont renfermés à l’état sain dans une couche de matière colorante dont ils seraient comme le noyau; au bout de trente secondes à dater de sa sortie du vaisseau , cette matière

État des globules dans la circulation du sang.

Apparence des globules d ans l’étal de mouvement et de repos du sang.

extérieure se rassemble, et forme une espèce de collerette autour du globe central. MM. Prévost et Dumas diffèrent essentiellement de lui sur ce point, en ce qu’ils considèrent comme l’état habituel ce qu’il a envisagé comme un effet de la mort. Leurs preuves semblent irréfragables, puisqu’elles reposent sur l’observation de la circulation dans l’aile de la chauve-souris, la patte de la grenouille, le mésentère de quelques poissons, la queue du têtard, et le poumon de la salamandre.

Ils ont pu s’assurer par de nombreuses observations que l’apparence et le diamètre des globules étaient les mêmes au dedans et au dehors des vaisseaux. Ils ont vu qu’ils n’étaient pas doués d’un mouvement de rotation sur leur centre , comme l’avaient pensé quelques auteurs , mais qu’ils suivaient tout simplement la direction du sang. On aperçoit, avec une grande facilité, dans la patte de la grenouille et la queue du têtard, les dit 'erses phases des globules, et il est facile de s'assurer ainsi de leur aplatissement. Tantôt on les voit de champ , tantôt d’une manière plus ou moins oblique, tantôt enfin c’est leur tranchant qui se présente à l’observateur; ils sê balancent dans le liquide qui les charrie, et quelquefois on peut les voir tourner lentement sur eux-mêmes, ce qui permet d’apprécier leur forme avec exactitude.

Bien plus, on peut voir le passage des artères

aux veines s’effectuer sans aucun intermédiaire quelconque; et le sang; arrive d’un côté et retourne de l’autre, après avoir parcouru quelques anses vasculaires. C’est ce que MM. Prévost et Dumas ont exprimé dans la figure ( Planche I ) qui représente la circulation dans la queue du têtard. On voit dans cette figure en même temps toutes ces variétés de positions qui rendent si claire la véritable forme des globules du sang. Cette disposition des vaisseaux permet de concevoir cette alternative qu’on remarque quelquefois dans le cours du sang, et ce mouvement rétrograde de la circulation mourante sur lequel Spallanzani et Haller ont tant insisté.

Ces diverses observations suffisent pour démontrer que les globules du sang sont les mêmes pendant la vie et quelques instants après la sortie du vaisseau, elles établissent aussi qu’ils sont aplatis dans l’un et l’autre cas; mais elles laissent encore en doute s’ils sont doués d élasticité, s’ils consistent, comme le croyait Hewson, et comme l’avaient établi MM. Prévost et Dumas, en un globule renfermé dans un sac membraneux.

Depuis la publication de leur mémoire, ces derniers ont examiné le poumon de la salamandre avec un grossissement de trois cents diamètres, et le spectacle qui s’est offert à leurs yeux peut difficilement être compris du lecteur, même avec le secours du dessin dans lequel ils ont essayé d’en

Passage du sang des artères dans les veines.

Mouvement du sang dans le poumon de la

salamandre vu au

microscope.

Mouvement du sang dans le poumon de la

salamandre vu au

jEnicroscope.

donner une idée ( Planche I). Les globules sanguins se meuvent avec une vélocité telle, lorsqu’on commence l’expérience, que l’observateur en éprouve d’abord une espèce de vertige : mais bientôt la circulation se ralentit, les vaisseaux capillaires n’offrent plus qu’un cours tranquille, et l’on voit les globules se traîner avec effort dans le liquide qui les charrie; ils rampent dans les petites ramifications vasculaires, s’allongent si l’espace est trop étroit pour eux, et restent souvent engagés dans ces couloirs, jusqu’au moment où les efforts successifs de ceux qui les suivent soient parvenus à leur faire franchir l’obstacle. Quelquefois il leur arrive de rencontrer une arête vive de l’espace compacte qui sépare deux vaisseaux; on croirait voir alors une outre flottante très -flexible , qui vient heurter par son centre de gravité un obstacle quelconque qui s’oppose à son cours. Comme elle, le globule s’arrête et se moule sur le corps qui lui ferme le passage ; le courant du liquide continue à le pousser dans le même sens, mais il oscille pendant long-temps, incertain s’il se dirigera dans le vaisseau qui est à sa droite ou dans celui qui se trouve à sa gauche. On le voit souvent rester dans cette situation pendant plusieurs minutes; et il est probable que son séjour se prolongerait davantage encore si de nouveaux globules, qui suivent le même chemin , ne faisaient pencher la balance en faveur de l’une ou l’autre des issues. Ces mouve-

merits variés ne peuvent laisser aucun doute sur • la vraie conformation des globules du sang : ce sont des sacs, comme ils l’avaient avancé; et, quoique à l’époque où ils avaient écrit leur mémoire sur ce sujet, il£ fussent bien éloignés d’avoir à cet égard des preuves aussi décisives que celles-ci, nous voyons avec plaisir qu’il n’y a rien à changer dans les conclusions auxquelles ils avaient été conduits.

Nous sommes donc persuadé maintenant qu’en prenant du sang extrait fraîchement d’un animal quelconque, et l’étendant par couches minces, on peut procéder à des déterminations applicables à l’état de ce même sang pendant la vie. C’est précisément la méthode employée par MM. Prévost et Dumas ; ils ont décrit dans leur mémoire la manière dont ils ont procédé à la mesure des globules : elle offre quelques difficultés, sans doute; cependant il est permis d’espérer qu’un long usage du microscope les a mis en mesure de l’exécuter avec une certaine précision. On peut voir dans Haller ses propres tentatives et celles des auteurs qui l’avaient précédé (i). Yoici quelques-unes de celles que nous connaissons relativement au sang humain.

(1) Elém. de Physiolog t. II, p. 55.

Diamètre des globules du

sang humain.

Diamètre des globules du sang humain dans l’état

de maladie.

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