II
Influence de la section des nerfs de la huitième paire sur le larynx.
La section des nerfs de la huitième paire au cou, à la hauteur de la glande thyroïde ou même plus bas, influe, i° sur le larynx, 2° sur les poumons. Ces deux genres d’effets doivent être distingués.
En traitant de la voix, nous avons dit que la section des nerfs récurrents produit subitement l’aphonie : le même phénomène a lieu par la section de la huitième paire , ce qui est aisé à concevoir , puisque les récurrents ne sont que des divisions de ces nerfs. Mais , outre l’abolition de la voix, il n’est pas rare que la section des nerfs de la huitième* paire détermine un rapprochement tel des bords de la glotte , que l’air ne puisse plus pénétrer dans le larynx, et que la mort arrive aussitôt, comme cela a lieu toutes les fois qu’un animal ne peut renouveler l’air de son poumon.
Dans les cas ordinaires, le rapprochement est assez inexact pour que l’air s’introduise dans le
larynx pour entretenir la respiration ; mais comme la glotte a perdu ses mouvements propres, l’entrée et la sortie de l’air de la poitrine sont toujours plus ou moins gênées.
À l’époque ‘où ces observations ont été faites , il n’était guère possible de se rendre rigoureusement raison de ces divers phénomènes ; mais, depuis que j’ai fait connaître la manière dont les nerfs récurrents et laryngés se distribuent aux
muscles du larynx , cela ne présente plus de difficulté. Par la section de la huitième paire à la partie inférieure du cou, les muscles dilatateurs de la glotte sont paralysés ; cette ouverture ne s’élargit plus dans l’instant de l’inspiration, tandis que les constricteurs, qui reçoivent leurs nerfs des laryngés supérieurs , conservent toute leur action, et ferment plus ou moins complètement la glotte.
Quand la section de la huitième paire ne détermine point un resserrement tel de la glotte que la mort arrive immédiatement, d’autres phénomènes se développent, etda mort ne vient le plus souvent qu’au bout de trois ou quatre jours.
La respiration est d’abord gênée, les mouvements d’inspiration sont plus étendus, plus rapprochés, et l’animal paraît y donner une attention particulière; les mouvements de locomotion sont peu fréquents, ils fatiguent évidemment; souvent même les animaux gardent un repos parfait : toutefois la formation du sang artériel n’est point empêchée dans les premiers moments; mais bientôt, le second jour par exemple, la gêne de la respiration augmente, les efforts d’inspiration deviennent de plus enplusconsidérables. Alors le sang artériel n’a plus tout-à-fait la teinte vermeille qui lui est propre ; il est un peu plus foncé, sa température baisse ; enlin , tous les symptômes s’accroissent, la respiration ne se fait qu’avec le secours de
Influence de la section des nerfs de la huitième paire sur les poumons.
Phénomènes qui suivent la section des nerfs de la huitième paire.
In fluence fle la section des nerfs de la huitième paire sur la respiration.
toutes les puissances inspiratoires; le sang artériel est d’un rouge sombre, et presque semblable au sang veineux, les artères en contiennent peu; le refroidissement est manifeste, et ranimai ne tarde pas à périr. A l’ouverture de la poitrine, on trouve les cellules bronchiques, les bronches, et souvent la trachée elle -même, remplies par un liquide écumeux, quelquefois sanguinolent; le tissu du poumon est engorgé, volumineux ; les divisions et même le tronc de l'artère pulmonaire sont fortement distendus j>ar un sang très-foncé et presque noir : il s’est fait des épanchements considérables de sérosité ou même ’de sang dans le parenchyme du poumon. D’un autre côté, les expériences ont appris qu’à mesure que cette série d’accidents se montre, les animaux consomment de moins en moins d’oxigène, et qu’ils forment de moins en moins d’acide carbonique.
On a conclu avec raison que, dans ce cas, les animaux périssent parce que la respiration ne peut plus s’effectuer, le poumon étant tellement altéré que l’air inspiré ne peut arriver jusqu’aux lobules bronchiques. Je crois que l’on doit ajouter à cette cause, la difficulté du passage du sang de l’artère dans les veines pulmonaires, difficulté qui me paraît être la cause de la distension du système veineux après la mort, et de la petite quantité de sang que contient le système artériel quelque temps avant qu’elle ait lieu.
La section d'un seul nerf de la huitième paire, ne produisant ces divers effets que sur un poumon, et la vie pouvant continuer par l’action d’un seul de ces organes, ne fait point périr les animaux.
Plusieurs auteurs dignes de confiance ont avau ce, sur la section de ces nerfs, des faits que je n’ai jamais pu vérifier. Laisse-t-on, disent-ils, un mois ou deux d’intervalle entre la section d’un nerf et la section du second, les animaux survivent; il s’est formé une réunion entre les bouts divisés, et cette cicatrice transmet, comme le nerf lui-même l’influence nerveuse. Coupez cette cicatrice, divisez une seconde fois le nerf, et au même , instant les effets de la section simultanée des deux nerfs se manifesteront. Je ne prétends pas nier ces résultats, mais j’ai cherché à les voir par moi-même, sans pouvoir y réussir. J’ai coupé à des chiens la huitième paire d’un côté, trois mois après j’ai coupé celle du côté opposé; les animaux sont morts trois ou quatre jours après cette dernière section. A l’ouverture j’ai trouvé le poumon auquel appartenait le premier nerf coupé, dans un état d’altération tel qu’il ne pouvait servir à la respiration. Comment la section du second nerf n’aurait-elle pas produit la mort?
Selon quelques physiologistes, la simple section de la huitième paire diffère beaucoup, quant à ses résultats, d’une section où une certaine longueur
Effet de la section
d’un seul nerf de la huitième paire.
Respiration
artificielle.
du nerf est retranchée, et un intervalle plus ou moins considérable laissé entre tous les bouts divisés. En général, disent-ils, les effets sont beaucoup plus prononcés, et les animaux meurent plus vite. Il en est de même si, sans retrancher une portion du bout inférieur du nerf, on se contente de la renverser, afin de Téloigner du bout supérieur. Enfin, ici comme pour la digestion, on assure qu’un courant galvanique remplace l’influence nerveuse. Mes expériences ne s’accordent point avec ces divers résultats.
Je n’ai jamais vu aucune différence, pour les résultats, entre couper simplement un nerf ou en retrancher une certaine étendue. Je n’ai jamais rien obtenu dans ces circonstances de l’action galvanique.
De la respiration artificielle.
Les mouvements du thorax ont pour principal objet d’attirer l’air dans les poumons, et de l’expulser ensuite de ces organes. Toutes les fois que ces mouvements s’arrêtent, l’air du poumon n’étant pas renouvelé, la respiration ne se fait plus, et la mort ne tarde point à arriver. Mais on peut suppléer pour un certain temps à l’action du thorax, en introduisant artificiellement de l’air dans les poumons. Plusieurs fois les anatomistes anciens et modernes ont mis ce moyen en pratique. L’air a été tour à tour introduit avec un soufflet, une
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vessie, etc. Maintenant on se sert d’une seringue percée d’un petit trou sur les côtés de son canon. L’extrémité de celui-ci est d’abord introduite dans la trachée artère, et fixée par une ligature; ensuite on tire le piston , afin de remplir d’air la seringue, puis on applique un doigt sur le petit trou, pour empêcher l’air de sortir ; le piston est alors poussé, et l’air de la seringue passe dans le poumon; on retire bientôt le piston, et l’air du poumon vient remplir la seringue. On lève le doigt placé sur le trou, et on pousse le piston pour chasser en dehors l’air qui a servi à la respiration ; on le retire immédiatement afin de remplir l’instrument d’air pur, et on bouche le trou, etc.
En répétant convenablement ces mouvements , on parvient à entretenir vivant un animal dont le thorax est devenu immobile, soit parce qu’on a coupé la moelle épinière derrière l’occipital, soit parce qu’on a tout-à-fait retranché la tête; mais il ne remplace cependant qu’imparfaitement la respiration naturelle , et ne peut être prolongé au-delà de quelques heures. Le plus souvent les poumons s’engorgent par 'le sang, ou bien ils sont déchirés par l’air; ce fluide s’introduit dans les veines pulmonaires, et s’épanche dans le tissu cellulaire de manière à empêcher la dilatation des lobules.
Il faut avoir grand soin, dans ces insufflations d’air, de ne pas pousser ce fluide avec trop de force,
car le tissu pulmonaire se déchire, l’air passe dans la cavité des plèvres et l’animal périt subitement, ainsi qu’il résulte d’expériences curieuses de M. Le-
roy d’Etiole (1).