‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · DIAMÈTRE · texte numérisé non relu

DIAMÈTRE

réel en fractions vulgaires.

DIAMÈTRü

réel en fractions décimales.

mm.

mm.

mm.

o,oo833.

Animaux

qui ont les globules

du sang circulaires.

o,oo583.

i co

o,oo5oo.

o,oo4.56.

o,oo586.

fcc fcp

P B É G ( S É LÉ M i : N T A l fl E

Animaux d globules allongés.

t)I\ MÈT»KS h I A MÈTRES

, appar. avec un réels en frac-

NOM DE L ANIMAL. gross. de 3oo tiens vulgai-

fois le dianièt- res.

UIAWKTRKS

réels en fraction»

décimales.

grand. petit. grand. petit, mm. mm. mm. mm.

Animaux qui ont ohulesdu allongés.

Orfraie, pigeon. . . .

Dinde , canard. . . .

id.

Poulet .

Paon .

Oie, Chardonneret, } corbeau, moineau. . )

Mésange .

3,oo

Tortue terrestre. . .

Vipère .

3,oo

Orvet .

Couleuvre de Razo- )

3,oo

mousky . j

Lézard gris .

Salamandre ceintu-\

ree * |

ld. à crête . /

Crapaud commun,' Grenouille commune, ld. à tempes rousses. .

Lotte , véron , dor- \

mille . > 4, » 2,44

Anguille . '

Jl 1

a 6 III

grand.

petit.

ram.

mm.

o,oi5i

o,oi33

Il est à remarquer que MM. Prévost et Dumas sont parvenus à déterminer avec assez de précision la nature de la courbe dans ces derniers, et qu’ils ont pu s’assurer quelle devait être rapportée à l’ellipse.

Leurs observations comprennent aussi quelques mollusques et quelques insectes. Ils se proposent de les publier, et ils ont toujours rencontré dans ces classes des globules circulaires, mais quelquefois très-irréguliers.

D’ailleurs les résultats que nous venons de par-

courir parlent d eux-mêmes, et montrent que les globules du sang sont très-nettement dessines et circulaires dans les mammifères, elliptiques au contraire dans les oiseaux et les animaux à sang froid. On voit aussi qu’ils sont aplatis dans tous les animaux, et composés d’un noyau central renfermé dans un sac membraneux.

Appareil du cours du sang artériel.

Il se compose, i° des veines pulmonaires, 20 des cavités gauclies du cœur, 5° des artères.

Veines pulmonaires.

Elles naissent à la manière des veines proprement dites, dans le tissu du poumon, c’est-à-dire qu elles forment d’aborcl un nombre infini de radicules qui sont la continuation immédiate de l’artère pulmonaire. Ces radicules se réunissent pour former des racines plus grosses, puis plus grosses encore ; enfin , elles se terminent toutes en quatre vaisseaux, lesquels viennent, après un trajet très-court, s’ouvrir dans l’oreillette gauche. Les veines pulmonaires diffèrent des autres veines en ce qu’elles ne s’anastomosent plus entre elles dès qu’elles ont acquis une certaine grosseur.: on a vu une disposition analogue dans les divisions de l’artère qui se distribue au poumon Les veines pulmonaires n’ont point de valvules, et leur structure est semblable à celle des autres veines;

Veines

pulmonaires.

PRÉCIS ÉLÉMENT Al RK

leur membrane moyenne est cependant un peu plus épaisse, et paraît jouir d’une élasticité plus marquée.

Cavités gauches du cœur.

Oreillette et ventricule gauches.

La forme,- la grandeur de l’oreillette gauche diffère peu de la droite ; seulement sa surface est lisse et ne présente aucune colonne charnue, si ce n’est dans l’appendice nommé oricule. Elle communique par une ouverture ovalaire avec le ventricule gauche que l’épaisseur plus grande de ses parois, le nombre, le volume et la disposition de ses colonnes charnues, distinguent du droit : l’ouverture par laquelle l’oreillette et le ventricule communiquent est garnie d’une valvule nommée mitrale, très-analogue à la tricuspide. Le ventricule donne naissance à l’artère aorte , dont l’orifice présente trois valvules semblables aux sygmoïdes de l’artère pulmonaire.

Des artères.

Do l'aorte et de ses divisions.

L’aorte est au ventricule gauche ce que l’artère pulmonaire est au ventricule droit, mais elle en diffère sous plusieurs rapports importants : sa capacité et son étendue sont de beaucoup plus considérables, presque toutes ses divisions sont considérées comme. des artères, et ont reçu des noms particuliers ; ses branches s’anastomosent entre elles de diverses manières, plusieurs présentent des

flexuosités nombreuses et très-prononcées; elle se distribue à toutes les parties du corps, et affecte dans chacune une disposition particulière; enfin, elle se termine en communiquant avec les veines et les vaisseaux lymphatiques. Du reste, la structure de l’aorte est fort analogue à celle de l’artère pulmonaire, seulement sa membrane moyenne est beaucoup plus épaisse et élastique. Dans presque toute son étendue, l’aorte est accompagnée par des filaments provenant des ganglions du grand sympathique : ces filaments paraissent se répandre dans ses parois.

Cours du sang artériel dans les veines pulmonaires .

Nous avons fait voir, en traitant du cours du sangdans l’artère pulmonaire, comment ce liquide arrive jusqu’aux dernières divisions de ce vaisseau ; le sang ne s’arrête pas là , il passe dans les radicules des veines pulmonaires, et bientôt parvient jusqu’au tronc de ces veines elles-mêmes; dans ce trajet, il présente un mouvement graduellement accéléré, à mesure qu’il passe des petites veines dans les plus grosses; du reste son cours n’est point saccadé , et paraît à peu près également rapide dans les quatre veines pulmonaires.

Mais quelle cause détermine la progression du sang dans ces veines? Celle qui se présente naturellement à l’esprit est la contraction du ventricule droit et le resserrement des parois de l’artère

Passage du sang à travers les capillaires du poumon.

3 *y 4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

pulmonaire; en effet, après avoir poussé le sang jusqu’aux dernières divisions de l’artère du poumon, on ne voit pas pourquoi ces deux causes ne continueraient pas à le faire mouvoir jusque dans les veines pulmonaires.

Telle était l’opinion d’Harvey, qui, le premier, démontra le véritable cours du sang ; mais les physiologistes plus modernes Font, à ce qu’il paraît trouvée trop simple ; et il est généralement admis aujourd’hui qu’une fois arrivé dans les dernières divisions de l’artère pulmonaire et dans les premières radicules des veines, ou, selon le langage adopté, dans les capillaires du poumon, le sang ne se meut plus sous l’influence du cœur, mais bien par l’action propre aux petits vaisseaux qu’il traverse.

Cette idée de l’action des vaisseaux capillaires sur le sang est capitale dans la physiologie actuelle ; elle fascine assez l’esprit pour qu a son aide les phénomènes les plus obscurs et les plus inexplicables paraissent s’expliquer facilement.

Examinons-la donc avec attention ; et d’abord, cette action des capillaires a-t-elle été vue par quelques observateurs ? tombe-t-elle sous les sens? Non, personne ne l’a jamais vue ; onia suppose (i).

(1) Cette action des vaisseaux est même directement contraire à l’observation. Dans le poumon des reptiles, à l’aide d’une simple loupe, on voit le sang passer des artères dans

M ais admettons pour un instant cette action des capillaires : en quoi la fait-on consister? Est-ce une contraction plus ou moins forte, par laquelle ils chassent le sang qui les remplit? En se resserrant, ils chasseront, je veux le croire, le sang; mais il n’y a aucune raison pour qu’ils le dirigent plutôt du côté des artères que du côté des veines. Ensuite, une fois le petit vaisseau vidé, comment se remplira-t-il de nouveau? Ce ne peut être qu 'autant que le cœur y poussera de nouveau sang, ou bien qu’en se dilatant il attirera le liquide placé dans les vaisseaux voisins : dans cette supposition, il attirera tout aussi bien celui des veines que celui des artères. Ainsi, en admettant, ce qui assurément est une supposition bien gratuite , que les vaisseaux capillaires se contractent et se resserrent alternativement, on n’aurait pas encore une explication de la fonction qu’on leur attribue. Pour qu’ils pussent avoir cet usage, il faudrait que chaque capillaire fût disposé d’une manière analogue au cœur; qu’il fût composé de deux parties, dont l’une se dilaterait tandis que l’autre se contracterait, et qu’entre elles il y eût une valvule pareille ou analogue à la mitrale; encore, avec

les veines sans jamais apercevoir aucun mouvement des vaisseaux. Cependant le moindre changement de dimension serait très-apparent; il en est de même dans quelques animaux à sang chaud, où l’on peut voirie sang traverser les capillaires.

Passage du sang à travers les capillaires du poumon.

Passage du sang à travers les capillaires du poumon.

cette disposition, ne pourrait-on pas se rendre raison du cours uniforme qu’a le sang dans ces vaisseaux et dans les veines pulmonaires. 11 en est de même d’un prétendu mouvement péristaltique que Ion s’est plu à supposer.

De quelque côté qu’on envisage cette action des capillaires, on n’y voit que vague et contradiction; d’ailleurs, dans les reptiles, où, à l’aide du microscope, il est facile de voir le sang de l’artère pulmonaire passer dans les veines, on n’aperçoit aucun mouvement dans le lieu où l’artère se transforme en veine; et cependant le cours du sang y est très-manifeste et même assez rapide.

Concluons donc que l’action des capillaires pulmonaires sur le mouvement du sang dans les veines pulmonaires est une supposition gratuite . un jeu d’esprit insoutenable, et que la véritable cause du passage du sang de l’artère dans les veines pulmonaires est la contraction du ventricule droit.

Je suis loin de penser que les petits vaisseaux se prêtent toujours également bien au passage du sang ; nous avons la preuve du contraire à chaque inspiration ou expiration. Quand le poumon est distendu par l’air, le passage est facile; la poitrine est-elle resserrée, le poumon contient-il peu d’air, il devient plus difficile. 11 est en outre extrêmement probable qu’ils sont dilatés ou resserrés suivant la quantité de sang qui traverse le poumon, et probablement par plusieurs autres

circonstances, j’admets très-volontiers que, suivant qu’ils sont distendus ou contractés, ils doivent influencer la marche du liquide qui les traverse ; mais il y a loin de les croire susceptibles de modifier le cours du sang, à les considérer comme les seuls agents de son mouvement.

Toutefois la huitième paire paraît avoir une grande influence sur le passage du sang à travers les poumons. Il est très-probable qu’elle modifie la disposition des capillaires de ces organes.

Sur les cadavres, lorsqu’on pousse une injection d’eau dans l’artère pulmonaire , elle passe aussitôt dans les veines ; il s’en échappe cependant une partie qui passe dans les cellules bronchiques, où, elle se mêle à l’air, et forme avec ce fluide une mousse peu considérable ; et si l’injection est répétée un certain nombre de fois, une autre portion s’épanche et s’infiltre dans le tissu cellulaire du poumon.

Au bout d’un certain temps, quand cette infiltration est devenue un peu considérable, il devient impossible de faire passer l'injection dans les veines pulmonaires; des effets analogues arrivent quand, au lieu d’eau, c’est du sang qui est injecté dans l’artère pulmonaire. Ces phénomènes, comme on voit, ont beaucoup d’analogie avec ceux que produit ia section de la huitième paire sur les animaux vivants (1).

(i) Dans les maladies où il y a altération du tissu pulmo-

In Huence de la h witième paire sur le cours du sang dans les poumons.

État des capillaires pulmonaires dans

le cadavre.

VltÉClS ÉLÉMENTAIRE

La ténuité exti êrae <1< s particules de sang est indispensable pour

son passage à travers les capillaires du poumon.

Expériences

le passage du

sang

à travers le poumon.

C’est en ayant égard à l’extrême étroitesse du calibre des capillaires des poumons qu’il est possible de comprendre l’utilité des globules du sang et la ténuité de leur volume. Si la partie solide et non soluble du sang n’avait pas été partagée en masses aussi petites, elle n’aurait pas pu traverser les vaisseaux qui joignent les artères et les veines. L’expérience le prouve : j’ai injecté dans les veines d’un animal de la poudre impalpable de soufre et de charbon, suspendue dans un peu d’eau gommée; les animaux sont morts très-promptement, et à l’ouverture de leur corps j’ai trouvé les capillaires pulmonaires bouchés par la poudre injectée, et qui s’était trouvée trop grossière pour les traverser.

Si même le sang est trop visqueux, et que ses particules se séparent avec une certaine difficulté, la circulation s’arrête, parce que le sang ne traverse plus le poumon; il s’y engorge et s’y épan-

naire, les pneumonies, les hépatisations grises, etc., je me suis assuré que le passage d’une injection aqueuse est impossible ou très-difficile de l’artère pulmonaire aux veines; dans certains cas où il existait, avant la mort, une expectoration abondante, l’injection passait dans les bronches. Enfin j’ai de fortes raisons pour soupçonner que la plupart des lésions organiques du poumon consistent dans un empêchement plus ou moins grand du passage du sang à travers les capillaires pulmonaires , et par suite dans un épanchement des divers éléments du sang dans le parenchyme des poumons.

che. Plusieurs maladies graves doivent peut-être leur origine à cette cause ; on fait du moins périr presque immédiatement des animaux en introduisant des liquides plus visqueux que le sang dans la circulation; tels sont l’huile, le mucilage, et même le mercure métallique, comme l’a observé M. Gaspard. (Voyez mon Journal de Physiologie , tome 1.)

Absorption des veines pulmonaires.

De même que les autres veines, les pulmonaires absorbent, et transportent au cœur les subslam ces qui se sont trouvées en contact avec le tissu spongieux des lobules du poumon.

Il suffit d’inspirer une seule fois de l’air chargé de particules odorantes, pour que les effets s’en manifestent dans l’économie animale.

Les gaz délétères, les substances médicamenteuses répandues dans Pair* les miasmes putrides, certains poisons ou médicaments appliqués sur la langue, produisent de cette manière des effets qui nous étonnent par leur promptitude.

La manière dont s’exécute cette absorption, long-temps inconnue, et objet d’une multitude de suppositions et d’hypothèses , est extrêmement simple ; tout dépend des propriétés physiques des parois vasculaires : si un gaz ou une vapeur pénètre dans le poumon , ces corps tra-

Absorption des veines pulmonaires.

versent les membranes qui forment les parois des petits vaisseaux, et se mêlent au sang; si c’est un liquide, il s’imbibe dans les mêmes parois, arrive jusque dans la cavité des vaisseaux, il y est bientôt entraîné par le sang qui s’y meut, et comme ces parois sont très-minces, le passage ou, ce qui est la même chose, l’absorption se fait très-rapidement.

Dans les cas d’épidémies, de fièvres dites contagieuses, il est d’une haute importance de rechercher les matières qui, sous forme de vapeur, gaz, miasme, etc., peuvent se répandre dans l’air et arriver dans le poumon. Le médecin qui visite des malades atteints de maladies graves où il y a des émanations fétides, fait toujours bien d’éviter de les respirer.

Passage du sang artériel à travers les cavités

gauches du cœur.

Action

de Poreillelte et du ven (ricule gauches.

Le mécanisme par lequel le sang traverse l’oreillette et le ventricule gauches est le même que celui par lequel le sang veineux traverse les cavités droites. Quand l’oreillette gauche se dilate, le sang des quatre veines pulmonaires s’v précipite et la remplit ; quand elle vient ensuite à se contracter, une partie du sang passe dans le ventricule, une autre partie reflue dans les veilles pulmonaires; quand le ventricule se dilate, il

reçoit le sang qui vient de l'oreillette, et une petite quantité de celui de l’aorte; quand il se contracte, la valvule mitrale est soulevée, elle ferme l’ouverture oriculo-ventriculaire , et le sang ne peut retourner dans l’oreillette; il s’engage dans l’aorte en soulevant les trois valvules sygmoïdes, qui avaient été abaissées pendant la dilatation du ventricule.

11 faut remarquer cependant que les colonnes charnues, n’existant pas dans l’oreillette gauche, ne peuvent avoir sur le sang l’influence dont nous avons parlé pour la droite, et que le ventricule artériel étant beaucoup plus épais que le veineux, comprime le sang avec une force bien plus grande que le droit ; ce qui était indispensable, à raison du trajet qu’il doit faire parcourir à ce liquide.

Cours du sang dans l* aorte et ses divisions.

Malgré les différences qui existent entre cette artère et la pulmonaire, les phénomènes du cours du sang y sont à peu près les mêmes : ainsi une ligature étant appliquée sur ce vaisseau près du cœur, sur un animal vivant , il se resserre dans toute son étendue, et le sang, à l’exception d’une certaine quantité qui reste dans les principales artères, passe dans les veines en peu d’instants.

Cours du sang dans l’aorte.

sur le

resserrement des artères.

Cours du sang dans l’aorte.

Quelques auteurs mettent en doute le fait du resserrement des artères; pour les convaincre, faites l’expérience suivante : Mettez à découvert l’artère carotide d’un animal vivant, dans une étendue de plusieurs pouces ; prenez avec un compas la dimension transversale du vaisseau, liez-le en même temps à deux points différents, vous aurez ainsi une longueur quelconque d’artère pleine de sang; faites aux parois de cette portion d’artère une petite ouverture, aussitôt vous verrez le sang sortir presque en totalité, et même être lancé à une certaine distance. Mesurez ensuite la largeur avec le compas, et vous ne douterez pas que l’artère ne se soit de beaucoup resserrée, si l’expulsion prompte du sang ne vous avait déjà convaincu. Cette expérience prouve aussi, contre l’opinion de Bichat, que la force avec laquelle les artères reviennent sur elles-mêmes est suffisante pour expulser le sang qu’elles contiennent; j’en donnerai tout-à-fheure d’autres preuves.

Pendant la vie, cette expulsion presque totale ne peut arriver, parce que le ventricule gauche envoie à chaque instant de nouveau sang dans l’aorte, et que ce sang remplace celui qui passe continuellement dans les veines.

Chaque fois que le ventricule pousse du sang dans l’aorte, elle est distendue, ainsi que ses divisions d’un certain calibre; mais la dilatation va

en s’affaiblissant à mesure que les artères deviennent plus petites; elle cesse tout-à-fait dans celles qui sont très-peu volumineuses. Ces phénomènes sont, comme on voit, les mêmes que nous avons décrits en parlant de l’artère pulmonaire; l’explication que nous en avons donnée doit être repro-^ duite ici.

Le poli de la surface intérieure des artères doit être très- favorable au mouvement du sang : on sait du moins que s’il diminue, comme cela arrive dans certaines maladies, le cours du liquide est plus ou moins gêné, et peut même cesser entièrement. C’est probablement aussi la raison pour laquelle le sang ne coule pas long-temps à travers un tube où l’on a introduit l’extrémité d’une artère ouverte. Il est très-probable que le frottement du sang contre les parois des artères, son adhésion à ces parois, sa viscosité, etc., doivent avoir aussi une grande influence sur son mouvement ; mais il est impossible d’apprécier ces diverses causes réunies ou séparées.

Indépendamment de ces phénomènes, communs aux deux artères, il en est quelques-uns de particuliers à l’aorte, et qui dépendent des anastomoses existantes entre ses branches, et des courbures multipliées qu’offrent la plupart d’entre elles.

Partout où une artère présente une courbure, il y a, chaque fois que le ventricule se contracte, une tendance au redressement ou même un re-

Effets des courbures des arlères.

Effets des anastomoses.

dressement véritable du vaisseau , tendance qui se manifeste par un mouvement apparent , nommé par quelques auteurs locomotion de L’ artère, et qui a été regardé comme la cause principale du pouls. Ce mouvement est d’autant plus marqué, qu’on l’observe plus près du cœur et dans une plus grosse artère. La crosse de l’aorte est le lieu où il est le plus apparent : il est facile de s’en rendre raison.

Une conséquence à déduire de ce fait, c’est qu’il est mécaniquement impossible que les courbures des artères, particulièrement quand elles sont anguleuses, ne ralentissent pas le cours du sang. Biciiat s’est entièrement trompé à cet égard, quand il assure que les courbures artérielles ne peuvent en rien l’influencer. Cela ne pourrait arriver, ditil, qu’autant que les artères seraient vides quand le cœur y envoie du sang; et comme elles sont constamment pleines, cet effet ne peut avoir lieu. Mais, puisque chaque courbure entraîne une dépense de force employée à redresser le vaisseau, ou seulement à tendre à le redresser, il y a nécessairement moins de force pour le mouvement du liquide, et par conséquent ralentissement de son mouvement.

Il eât beaucoup plus difficile d’expliquer l’influence des diverses anastomoses; on voit bien qu’elles sont utiles, et que, par leur secours, les artères se suppléent mutuellement dans la dis-

tribution du sang aux organes ; mais on ne saurait dire avec exactitude quelles modifications elles impriment à la marche du sang.

Si les dimensions, les courbures, et probablement les anastomoses des artères, ont une aussi grande influence sur le cours du sang, il est impossible que tous les organes, où chacune de ces choses présente une disposition différente, reçoivent du sang avec la même vitesse, et par conséquent avec la même force. Le cerveau, par exemple, a quatre artères volumineuses pour lui seul ; mais ces artères font de nombreux circuits, présentent même plusieurs courbures anguleuses avant de pénétrer dans le crâne , et quand elles y sont parvenues, elles s’anastomosent très-fréquemment; et enfin, elles n’entrent dans le tissu de l’organe que lorsqu’elles sont devenues d’une petitesse extrême : le sang ne doit donc s’y répandre que très - lentement. L’expérience le prouve : enlevez une tranche de substance cérébrale , il n’y a presque point d’écoulement de sang.

Le rein, au contraire, a une seule artère courte et volumineuse , qui s’enfonce dans son parenchyme alors que ses divisions sont encore très-grosses : le sang doit donc le traverser avec rapidité , aussi ce liquide coule-t-il en abondance de la plus lé-^ gère blessure faite au rein.

Ainsi, par le concours des circonstances qui modifient le cours du sang artériel , se "trouve résolu

Les organes reçoivent le sang avec une vitesse différente.

Expériences sur le

cours du sang dans l’aorte.

un problème d’hydraulique très-compliqué , savoir , la distribution continue , et très-variée pour la quantité et la vitesse , d’un même fluide contenu dans un seul système de tuyaux dont les parties sont très-inégales pour la longueur et pour la capacité, et au moyen d’un seul agent alternatif d’ impulsion.

Au nombre des phénomènes du cours du sang artériel , nous avons placé la dilatation et le resserrement des artères.

Bichat n’admet pas l’existence de ces phénomènes. Cet auteur ne veut pas que les artères se dilatent dans l’instant où le ventricule se contracte, et il nie formellement quelles se resserrent pour pousser le sang dans toutes les parties; je crois cependant qu’avec un -peu d’attention il est possible de voir distinctement sur une artère mise à nu ces deux phénomènes. Ils sont, par exemple , évidents dans les grosses artères , telles que l’aorte pectorale ou abdominale, surtout dans les grands animaux ; mais , pour les rendre apparents sur des artères plus petites, il faut faire l’expérience suivante.

Mettez à découvert sur un chien l’artère et la veine crurale dans une certaine étendue, passez ensuite derrière ces deux vaisseaux une ligature dont vous nouerez fortement les extrémités à la partie postérieure de la cuisse; de cette manière le sang n’arrivera au membre que par l’artère crurale , et ne retournera au cœur que par la

\eine ; mesurez avec un compas le diamètre de l’artère, puis pressez-la entre les doigts, pour y intercepter le cours du sang , et vous la verrez peu a peu diminuer de volume au-dessous de l’endroit comprimé, et se vider du sang quelle contenait. Laissez ensuite le sang y pénétrer de nouveau en cessant de la comprimer, vous la verrez bientôt se distendre à chaque contraction du ventricule, et reprendre les dimensions quelle avait précédemment ( 1 ).

Mais , tout en considérant comme certaines la contraction et la dilatation des artères, je suis loin de penser, avec quelques auteurs du siècle dernier, quelles se dilatent d elles-mêmes, et quelles se contractent a la maniéré des fibres musculaires ; je suis certain, au contraire, quelles sont passives dans les deux cas, c’est-à-dire que leur dilatation et leur resserrement ne sont qu’un simple effet de l’élasticité de leurs parois, mise en jeu par le sang que le cœur pousse continuellement dans leur cavité.

Il n y a, sous ce rapport, aucune différence entre les grosses et les petites artères. J’ai constaté, par des expériences directes, que dans aucun point

) ÜNous devons a M. Poiseuille un instrument fort simple au moyen duquel il est facile de rendre évidente la dilatation et la contraction des artères. Voyez Journal de Physiologie expérimentale, année i83o.

Dilatation et resserrement des artères.

sur

les artères.

Opinion de Biehat sur le

cours du sang arléi ici.

les artères ne présentent d’indices d’irritabilité , c’est-à-dire qu’elles restent immobiles sous l’action des instruments piquants, des caustiques et du courant galvanique (i).

Ne reconnaissant point la contractilité des parois artérielles, Biehat a dû nécessairement rejeter le phénomène important qui en est l’effet. Il ne croyait donc pas que le sang coulât ou se mût d’une manière continue dans ces vaisseaux ; il pensait que la masse entière du liquide était déplacée dans l’instant où le ventricule se contracte, et immobile dans l’instant de son relâchement , comme il arriverait si les parois des artères étaient

inflexibles.

Cette opinion a été soutenue par un médecin anglais , M. le docteur Johnson, qui a même fait construire une machine pour rendre le phénomène évident : mais il suffit d’ouvrir une artère sur un animal vivant pour voir que le sang sort par un jet continu- saccadé si l’artère est grosse, et continu -uniforme si l’artère est petite. Or, l’action du cœur étant intermittente, elle ne peut

(i) Le docteur Hastings, d’Edimbourg, ne trouve pas moins de quatre espèces de contractions dans les grosses artères, i° f annulaire, 2° la rampante, 3° la crispation, et une quatrième, caractérisée par une contraction et une dilatation alternative. Enfin, selon le même auteur, le cœur n’aurait point ou peu d’influence sur la circulation. Tl est difficile de s’abuser plus complètement.

produire un écoulement continu. 11 est donc impossible que les artères n’agissent pas sur le sang.

L’élasticité des parois artérielles représente celle du réservoir d’air dans certaines pompes à jeu alternatif, et qui pourtant fournissent le liquide d’une

manière continue; et en général on sait, en méca-

nique, que tout mouvement intermittent peut être transformé en mouvement continu , en employant la force qui le produit à comprimer un ressort qui réagit ensuite avec continuité.

Passage du sang des artères dans les veines.

Quand une injection est poussée, sur le cadavre, dans une artère, elle revient promptement par la veine correspondante : la même chose a lieu, et encore plus facilement, si l’injection se fait dans l’artère d’un animal vivant. Sur les animaux à sang froid, et même sur des animaux à sang chaud, on voit, à l’aide du microscope, le sang passer des artères dans les veines, la communication entre ces vaisseaux est donc directe et extrêmement facile; il est naturel de penser que le cœur, après avoir poussé le sang aux dernières artérioles, continue de le faire mouvoir dans les radicules veineuses, et jusque dans les veines. Harvey et un grand nombre d’anatomistes célèbres le pensaient ainsi. Bicliat, dans ces derniers temps,

Passage du sang des artères dans les veines.

Action

des

capillaires sur le sang.

s’est élevé contre cette théorie ; il a donné des limites à l’influence du cœur; i! veut qu’elle cesse tout-à-lait à l’endroit où le sang artériel se trans¬

forme en sang veineux, c’est-à-dire dans les innombrables petits vaisseaux qui terminent les artères et commencent les veines. Selon lui , à cet endroit , l’action seule des petits vaisseaux est la cause du mouvement du sang.

Nous avons déjà combattu cette erreur en parlant du cours du sang dans le poumon : les mêmes raisonnements s’appliquent parfaitement ici. Bicliat dit que cette action des capillaires consiste dans une espece d’ oscillation, de vibration insensible des parois vasculaires. Or, je demande comment une oscillation, ou une vibration insensible des parois peut déterminer le mouvement d’un liquide contenu dans un canal. Ensuite, si cette vibration est insensible, qui en a révélé l’existence? Ne compliquons donc pas une question simple, par des suppositions vagues et dénuées de preuves, et admettons l’explication qui se présente naturellement à l’esprit; savoir, que la cause principale qui fait passer le sang des artères dans les veines est la contraction du cœur (1).

(i) Voici comment s’exprime sur ce sujet l’auteur de l’article le plus récent sur la circulation :

«Nous croyons donc que les artères agissent dans la ciri.'culation, non par une action d’irritabilité du genre de celle

Yoici d’ailleurs quelques expériences qui me paraissent rendre le phénomène évident.

Après avoir passé une ligature autour de la cuisse d’un chien, comme je l’ai indiqué tout-à-l’heure, c’est-à-dire sans comprendre ni l’artère ni la veine crurales, appliquez une ligature séparément sur la veine près de l’aine, et faites ensuite une légère

ouverture à ce vaisseau : aussitôt le sang s ’éehap-

pera en formant un jet assez élevé. Pressez ensuite l’artère entre les doigts pour empêcher le sang artériel d’arriver au membre, le jet de sang veineux ne s’arrêtera pas pour cela , il continuera quelques instants: mais il ira en diminuant, et l’écoulement finira par s’arrêter, quoique la veine soit pleine dans toute sa longueur. Si pendant la

Expérience»

sur lo

passage du sang des artères dans les veines.

» qu’on observe dans le cœur, non par une simple élasticité, mais par une action de contraction qui est en quelque » chose organique et vitale. Cette action de contraction est »plus grande dans les petites artères que dans les grosses, » qui semblent davantage ne développer qu’une pure élasticité, »et elle fonde une seconde cause de la circulation artérielle. » Sans contredit le cœur est la principale, puisque c’est lui » qui imprime la première impulsion au liquide, et que de » plus , en dilatant l’artère, il met en jeu sa force d’élasticité net de contractilité ; mais enfin cette dernière doit aussi entrer » en ligne de compte. » (JSouveau Dictionn. de Médecine , tom. V, page 5ao. )

Ce langage peut-il être celui de la vérité ?

Communication entre les artères et les vaisseaux ly mphatiques.

production de ces phénomènes on examine l’artère, on verra quelle se resserre peu à peu, et qu’elle finit par se vider complètement; c’est alors que le sang de la veine s’arrête : à cette époque de l’expérience, cessez de comprimer l’artère, le sang poussé par le cœur s’y précipitera, et aussitôt qu’il sera arrivé dans les dernières divisions, le sang recommencera à couler par l’ouverture de la veine, et petit à petit le jet se rétablira comme auparavant. Maintenant comprimez de nouveau l’artère jusqu’à ce quelle se soit vidée, ensuite n’y laissez pénétrer que lentement le sang artériel : dans ce cas, l’écoulement du sang par la veine se fera, mais il n’y aura pas de jet, tandis qu’il se développera dès que l’artère sera entièrement libre. On obtiendra des résultats analogues en poussant une injection d’eau tiède dans l’artère, au lieu d’y laisser le sang pénétrer; plus l’injection sera poussée avec force, plus le liquide sortira avec promptitude par la veine.

J’ai dit, en parlant des vaisseaux lymphatiques, qu’ils communiquent avec les artères, et que les injections passent aisément des unes dans les autres ; cette communication devient encore plus évidente quand on injecte quelques substances salines ou colorantes dans les veines d’un animal vivant. Je me suis assuré plusieurs fois que ces substances passent dans les lymphatiques en moins de deux ou trois minutes, car leur présence

DK PHYSIOLOGIE. 090

est facile à démontrer dans la lymphe extraite de ces vaisseaux.

Tant que les veines qui sortent des organes sont libres, le sang qui y arrive par les artères traverse leur parenchyme, et ne s’y accumule point; mais si les veines sont comprimées, ou ne peuvent se vider du sang qu’elles contiennent, le sang arrivant toujours par les artères, et ne trouvant plus à s’échapper dans les veines, s’accumule dans le tissu de l’organe, en distend les vaisseaux sanguins, et augmente plus ou moins son volume, surtout si ses propriétés physiques peuvent se prêter à ces changements. Ce phénomène peut être observé sur beaucoup d’organes; mais comme il est plus apparent au cerveau , il y a été plus souvent remarqué.

Ce gonflement du cerveau par la gène de la circulation arrive chaque fois que le cours du sang est plus difficile dans le poumon , et , comme cela a lieu en général dans l’expiration, le cerveau se gonfle dans cet instant, d’autant plus que l’expiration est plus complète et plus prolongée. Dans les jeunes animaux , où le cerveau reçoit proportionnellement plus de sang artériel , le gonflement est plus marqué. (Voyez De l’influence des muscles inspirateurs et des expirateurs sur le mouvement du sang,)

Gonflement de quelques organes par l’accumulation dusitng.

Mouvement du cœur.

3g/f PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Remarques sur les mouvements du cœur.

A . L’oreillette et le ventricule droits, l’oreillette et le ventricule gauches, dont nous avons étudié séparément l’action , ne forment réellement qu’un même organe, qui est le cœur.

Les oreillettes se contractent et se dilatent ensemble; il en est de même des ventricules, dont les mouvements sont simultanés. Quand on parle de la contraction du cœur, c’est celle des ventricules que l’on désigne; leur resserrement est aussi nommé systole ; leur dilatation , diastole.

La contraction des oreillettes est généralement rapide et brusque, souvent elle a lieu deux fois pour une seule contraction des ventricules. Leur dilatation est plus lente, parce qu’elle dépend de l’abord du sang des veines caves ou pulmonaires ; mais si ces veines sont pleines, le sang s’y précipite et les distend avec promptitude. L’effort des colonnes sanguines qui cherchent à s’introduire dans les oreillettes est quelquefois si considérable, que toute contraction cesse dans les parois oriculàires, et qu’il n’y a plus que leur élasticité de mise en jeu. J’ai vu souvent ce phénomène chez des animaux, et je me suis plusieurs fois assuré qu’il arrive aussi chez l’homme. Ici, comme dans maintes autres circonstances, l’élasticité remplace avec avantage la contractilité.

DE PHYSIOLOGIE. 5q5

B. Chaque fois que les ventricules se contractent, la totalité du cœur est brusquement portée en avant, et la pointe de cet organe vient frapper la paroi latérale gauche de la poitrine, vis-à-vis l’intervalle des sixième et septième vraies côtes.

Ce choc est accompagné d’un bruit particulier, sur lequel nos reviendrons dans un moment.

Le déplacement en avant du cœur dans la systole des ventricules a donné lieu à une longue et vive controverse : les uns prétendaient que le cœur se raccourcissait en se contractant ; les autres soutenaient qu’il s’allongeait, et qu’il devait nécessairement le faire ; car sans cela il n’aurait pas pu frapper la paroi du thorax, puisqu’il en est éloigné de plus d’un pouce dans la diastole. Ungrand nombre d’animaux furent inutilement sacrifiés pour étudier le mouvement du cœur; dans le même instant ceux-ci voyaient le cœur se raccourcir, et ceux-là le voyaient s’allonger. Ce que les expériences ne purent faire, un raisonnement très-simple le fit. Bassuel intervint dans la dispute , et montra que, si le cœur s’allongeait dans la systole, les valvules mitrales et tricuspides, retenues abaissées par les colonnes charnues, ne pourraient fermer les ouvertures oriculo-ventriculaires. Les partisans de l’allongement fie persistèrent plus ; mais il restait à démontrer comment, les ventricules se 'raccourcissant, le cœur se porte en avant.

Senac fit voir que cela dépendait de trois causes,

Bruils du cœur.

Son sourd.

i° la dilatation des oreillettes, qui se fait pendant la contraction du ventricule ; 20 la dilatation de l’aorte et de l’artère pulmonaire, par suite de l’introduction du sang que les ventricules y ont poussé; 5° le redressement de la crosse de l’aorte par l’effet de la contraction du ventricule gauche.

La contraction des ventricules et le mouvement de transport du cœur vers la paroi gauche du thorax sont accompagnés d’un bruit sourd, mais distinct pour une oreille appliquée sur la région cardiaque. Ce son précède d’un moment très-court un autre bruit plus clair, dont nous avons parlé à l’occasion du ventricule droit, et qui accompagne non la contraction, mais la dilatation de cette cavité. Ces deux sons, qui se succèdent rapidement, forment ce qu’on nomme aujourd’hui en physiologie pathologique les bruits du cœur , et sont d’un grand secours dans le diagnostic des» affections organiques ou autres de cet organe. Tous deux résultent du choc du cœur sur les parois du thorax. Le premier, ou le bruit sourd, dépend, je l’ai déjà dit, du choc de la pointe du cœur sur l’intervalle qui sépare la sixième et la septième côte ; mais il peut se produire partout ailleurs, si par une cause quelconque le cœur est déplacé ou la paroi thoracique déformée. Le caractère sourd de ce son paraît dépendre de la masse considérable du corps choquant et du peu d’élasticité du corps choqué.

Son clair.

Le second bruit correspond à la dilatation des ventricules, et par conséquent à l’entrée rapide du sang dans ces cavités. La formation du bruit a été d’abord attribuée à la contraction des oreillettes, puis au sang qui arrivait brusquement dans les ventricules en frappant leurs parois de manière à y exciter des vibrations sonores; mais ni l’une ni l’autre de ces explications ne sont fondées; je l’ai dit déjà, un cœur mis à nu dans le moment de sa plus grande énergie ne produit aucun bruit, à moins qu’il ne frappe çà et là sur les parties environnantes, et si, comme je l’ai fait, on place à travers les parois thoraciques d’un chien une petite tige mobile sur le ventricule droit et une autre sur la pointe du cœur, il est facile de vérifier que chacun des bruits est accompagné d’un choc qui se manifeste clairement au dehors par un mouvement étendu des petites tiges. Si le second bruit est plus clair , cela tient sans doute à ce que la masse du corps choquant est peu considérable et que le corps choqué est le sternum , qui est beaucoup plus sonore que la paroi latérale du thorax, en grande partie musculaire.

C. Le nombre des battements du cœur est considérable; il est en général d’autant pins grand qu’on est plus jeune.

Nombre des mouvements du cœur en une minute.

A la naissance, il est de.

i îZjO par minute.

A 1 an .

À •! ans .

A 7) ans .

A 7 ans .

A i4 ans .

A l’âge adulte .

A la première vieillesse.

A la vieillesse confirmée. .

Mais ces nombres varient suivant une infinité de circonstances, le sexe, le tempérament, la disposition individuelle; il arrive même fréquemment que les vieillards présentent un nombre considérable de pulsations, supérieur même à celui de l’adulte, mais alors le cœur n’est plus dans ses conditions ordinaires, les parois sont hypertrophiées, et son activité accrue, etc.

Force avec laquelle les ventricules se contractent.

Les affections de l’âme ont une grande influence sur la rapidité des contractions du cœur; chacun sait qu’une émotion, même légère, modifie aussitôt les contractions, et le plus souvent les accélère. Les maladies apportent aussi de grands changements à cet égard.

D. Beaucoup de recherches ont été faites pour savoir quelle est la force avec laquelle les ventricules se contractent. Pour apprécier celle du ventricule gauche, on a fait une expérience qui consiste à croiser les jambes, en posant sur un genou

îe jarret de l'autre jambe, et à suspendre au bout du pied de cette dernière un poids de 26 kilogr. Ce poids considérable, quoique placé à l'extrémité d’un si long levier, est soulevé à chaque contraction du ventricule, à raison du resserrement qui tend à s’opérer dans la courbure accidentelle qu’éprouve l’artère poplitée quand les jambes sont croisées de cette manière.

Cette expérience montre que la force de contraction du cœur est assez grande; mais elle ne peut donner cependant aucune évaluation exacte. Des physiologistes mécaniciens ont fait de grands efforts pour l’exprimer en nombre : Borelli compare la force qui entretient la circulation à celle qui serait nécessaire pour soulever un poids de 180,000 liv. ; Haies le croit de 5i liv. 5 onces; et Keil le réduit de 5 à 8 onces. Où trouver la vérité dans ces contradictions?

M. Poiseuille , l’un de nos collaborateurs, a imaginé un instrument ingénieux avec lequel il s’est proposé de mesurer la force du cœur en évitant les obstacles qui se rencontrent dans les moyens d’appréciation employés par ses devanciers. Cet instrument consiste en un tube recourbé, dont la partie verticale, graduée sur une échelle métrique, est remplie par du mercure, et dont une branche horizontale destinée à s’adapter aux artères et aux veines, est remplie par une solution de sous-carbonate de soude qui empêche

4oO PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

le sang de se coaguler. Il nomme cet instrument

HÉMO-DYNAMOMÈTRE.

Avec cet instrument M. Poiseuille est arrivé à des résultats qui, s’ils ne sont pas tels que l’on pourrait les désirer sous le rapport de la mesure de la force du cœur, sont du moins très-remarquables comme phénomènes mécaniques de la circulation. Je citerai d’abord le fait suivant, qu’il aurait été difficile de prévoir dans l’état actuel de la science.

L’instrument, adapté à une grosse comme à une petite artère, voisine ou éloignée du cœur, donne la même hauteur de la colonne de mercure. Par exemple, appliquée à la carotide d’un cheval, le point d’élévation du mercure est égal à celui qui se montre si l'expérience est faite sur un petit chien (1).

De l’identité de ces résultats l’auteur conclut qu’une molécule de sang se meut avec la même force dans tout le trajet du système artériel , conclusion qui va, selon nous, au-delà de ce que prouvent les expériences ; car, pour généraliser comme l’auteurle fait, il aurait fallu avoir quelques données expérimentales prises, non dans les vaisseaux encore assez gros pour que l’instrument puisse s’y adapter, mais dans les vaisseaux bcau-

fi) Voyez Journal de Physiologie, t. VIII, 1828..-

/fOl

coup plus petits, capillaires même, si la chose était e xpériences

de M.

pOSSihle. Puiscuille.

M. Poiseuille établit ensuite ce théorème général : la force totale statique qui meut le sang dans une artère , est exactement en raison directe de l'aire que présente le cercle de cette artère , ou en raison directe du carré de son diamètre , quel que soit le lieu quelle occupe.

Maintenant, pour obtenir la force d’impulsion du sang qui correspond à une artère d’un calibre donné , il suffit de prendre son diamètre et le poids d’un cylindre de mercure dont la base serait le cercle fourni par ce diamètre, et la hauteur de la colonne de mercure obtenue par l’hémodynamètre sera la force statique avec laquelle le sang se meut dans cette artère.

En appliquant ces principes à la force du cœur aortique de l’homme, M. Poiseuille a trouvé :

Diamètre de l’aorte à sa base om,o34? sous la pression de 160 millimètres de mercure.

L’aire du cercle de l’aorte 908,28 millimètres, qui, multipliés par 160 millimètres de hauteur, donnent : 145525,72 millimètres cubes de mercure, dont le poids égale 1 kilogramme 97 1 779, ou 4 livres 5 gros 45 grains, évaluation de la force totale statique du sang au moment de la contraction du ventricule gauche. >

Ce chiffre exprimerait donc aussi la force de ce ventricule , et si l’on avait une évaluation

Page 1