II
Remarque!.
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la nutrition.
Expérience#
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mairies que de ia gomme pour toute nourriture. Si ces faits prouvaient en effet que des hommes peuvent vivre sans aliments azotés, il faudrait bien reconnaître que l’azote des organes a une autre origine que celui des aliments; mais il s’en faut de beaucoup que les faits cités conduisent à cette conséquence. En effet, presque tous les végétaux dont se nourrissent l’homme et les animaux contiennent plus ou moins d’azote ; par exemple, le sucre impur que mangent les nègres en présente une assez grande proportion ; et quant aux peuples qui se nourrissent, dit-on, avec du riz, ou du maïs, des pommes de terre, il est connu qu’ils y ajoutent du lait ou du fromage : or le caséum est, de tous les principes immédiats animaux, le plus azoté.
J’ai pensé qu’on pourrait acquérir quelques notions exactes sur ce sujet en soumettant des animaux, pendant le temps nécessaire, à une nourriture dont la composition chimique serait rigoureusement déterminée.
Les chiens étaient propres à ce genre d’expériences ; ils se nourrissent, comme l’homme, également bien de substances végétales et animales.
Chacun sait qu’un chien peut vivre long-temps en ne mangeant que du pain ; mais, en le nourrissant ainsi, on n’en peut rien conclure relativement à 1a production de l’azote dans l’économie animale, car le gluten que contient le pain est une substance très-abondante en azote. Pour ob-
tenir un résultat satisfaisant, il fallait nourrir un
de ces animaux avec une substance réputée nutritive, mais qui ne contînt pas d azote.
A cet effet, j'ai mis un petit chien âgé de trois ans, gras et bien portant, à l'usage du sucre blanc
et pur pour tout aliment, et de beau distillée pour boisson : il avait de l’un et de l'autre à discrétion.
Les sept ou huit premiers jours il parut se bien trouver de ce genre de vie; il était gai, dispos, mangeait avec avidité et buvait comme de cou¬
tume. Il commença à maigrir dans la seconde semaine, quoique son appétit fût toujours fort bon, et qu il mangeât jusqu a six ou huit onces de sucre en vingt-quatre heures. Ses excrétions alvines n'étaient ni fréquentes ni copieuses ; en revanche, celle de l’urine était assez abondante.
La maigreur augmenta dans la troisième semaine ; les forces diminuèrent, l’animal perdit la gaîté, l'appétit ne fut pas aussi vif. A cette même époque il se développa, d'abord sur un œil, et ensuite sur l’autre, une petite ulcération au centre de la cornée transparente; elle augmenta assez rapidement, et au bout de quelques jours elle avait plus d une ligne de diamètre ; sa profondeur s'accrut dans la même proportion ; bientôt la cornée fut entièrement perforée, et les humeurs de l’œil s’écoulèrent au dehors. Ce singulier phénomène fut accompagné d’une sécrétion abondante des glandes propres aux paupières.
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Cependant Tarn aigrissement allait toujours croissant, les forces se perdirent; et, quoique l’animal mangeât , par jour, de trois à quatre onces de sucre, la faiblesse devint telle, qu’il ne pouvait ni mâcher ni avaler; à plus forte raison tout autre mouvement était-il impossible. Il expira le trentedeuxième jour de l’expérience. Je l’ouvris avec toutes les précautions convenables* j’y reconnus une absence totale de graisse ; les muscles étaient réduits de plus des cinq sixièmes de leur volume ordinaire; l’estomac et les intestins étaient aussi très-diminués de volume et fortement contractés.
La vésicule du fiel et la vessie urinaire étaient distendues parles fluides qui leur sont propres. Je priai M. Chevreul de vouloir bien les examiner ; il leur trouva presque tous les caractères qui appartiennent à l’urine et à la bile des animaux herbivores , c’est-à-dire que l’urine, au lieu d’être acide comme elle l’est chez les carnivores , était sensiblement alcaline . n’offrait aucune trace d’acide urique ni de phosphates. La bile contenait une proportion considérable de picromel , caractère particulier de la bile de bœuf, et en général de celle des herbivores. Les excréments, qui furent aussi examinés par M. Chevreul, contenaient trèspeu d’azote, tandis qu’ils en présentent ordinairement beaucoup.
Un semblable résultat méritait bien d’être vérifié par de nouvelles expériences : je soumis donc
un second chien au même régime que le précédent , c’est-à-dire au sucre et à l’eau distillée. Les phénomènes que j’observai furent entièrement .analogues à ceux que je viens de décrire ; seulement les yeux ne commencèrent à s’ulcérer que vers le vingt- cinquième jour, et l’animal mourut avant qu’ils eussent eu le temps de se vider, comme cela était arriyé chez le chien sujet de la première expérience : du reste, même amaigrissement, même faiblesse, suivis de la mort le trente -quatrième jour de l’expérience; et, à l’ouverture du cadavre, même état des muscles et des viscères abdominaux, et surtout même caractère des excréments , de la bile et de l’urine.
Une troisième expérience me donna des résultats tout- à-fait semblables, et je considérai dès lors le sucre comme incapable, seul, de nourrir les chiens.
Ce défaut de qualité nutritive pouvait être particulier au sucre; il était important de s’assurer si d’autres substances non azotées , mais considérées généralement comme nourrissantes, produiraient des effets pareils.
Je pris deux chiens jeunes et vigoureux, quoique de petite taille ; je leur donnai pour toute nourriture de très-bonne huile d’olive et de l’eau distillée; ils parurent s’en bien trouver pendant environ quinze jours ; mais ensuite iis éprouvèrent la série d’accidents dont j’ai fait mention en parlant
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des animaux qui mangeaient du sucre. Ils n éprouvèrent point cependant d’ulcération de la cornée; iis moururent tous deux vers le trente -sixième jour de l’expérience ; ils présentèrent , sous le rapport de l’état des organes et sous celui de la composition de 1 urine et de la bile , les mêmes phénomènes que les précédents.
La gomme est une autre substance qui ne contient pas d’azote, mais qui passe pour être aussi nourrissante. On pouvait présumer qu’elle agirait comme le sucre et l’huile , mais il fallait s’en assurer directement.
Dans cette vue, j’ai nourri plusieurs chiens avec de la gomme , et les phénomènes que j’ai observés n’ont pas différé sensiblement de ceux dont je viens de rendre compte.
J’ai répété l’expérience en nourrissant un chien