‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 33 sur 43 · IL · texte numérisé non relu

IL

avec du beurre, substance animale privée d’azote ; il a d’abord, comme les animaux précédents, très-bien supporté cette nourriture ; mais, au bout d’environ quinze jours, il a commencé à maigrir, et a perdu ses forces; il est mort le trente-sixième jour, quoique, le trente - deuxième , je lui aie fait donner de la viande à discrétion , et quoiqu’il en ait mangé pendant deux jours une certaine quantité. L’œil droit de cet animal m’a offert l’ulcération de la cornée dont j’ai parlé à l’occasion de ceux qui ont été nourris avec du sucre. L’ouver-

ture du cadavre m’a présenté les mêmes modifications de la bile et de burine.

Quoique la nature des excréments rendus parles différents animaux dont je viens de parler annonçât bien qu’ils digéraient les substances dont ils faisaient usage, j’ai voulu m’en assurer plus positivement; c’est pourquoi, après avoir fait manger séparément à plusieurs chiens de l’huile , de la gomme ou du sucre, je les ai ouverts, et j’ai reconnu que ces substances étaient réduites chacune en un chyme particulier dans l’estomac, et qu’ensuite elles fournissaient un chyle abondant: celui qui provient de l’huile est d’un blanc laiteux prononcé; le chyle qui provient de la gomme ou du sucre est transparent, opalin et plus aqueux que celui de l’huile. Il est donc évident que si ces diverses substances ne nourrissent point , on 11e doit point l’attribuer à ce qu elles ne sont pas digérées.

Ces résultats paraissent importants sous plus d’un rapport; d’abord ils rendent très -probable que l’azote des organes a primitivement sa source dans les aliments; ils sont en outre propres à éclairer les causes et le traitement de la goutte, de la gravelle , etc. (1 ).

(1) Les personnes atteintes de ces maladies sont ordinairement de grands mangeurs de viande, de poisson, de fromage et autres substances abondantes en azote, La plupart

Expériences

.sur

la nutrition.

Expériences

sur

la nutrition.

5o4 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Depuis la publication de ces faits dans la première édition de cet ouvrage, j’ai pu en constater quelques autres non moins importants , et qui montrent combien nos connaissances sont encore restreintes touchant le phénomène de la nutrition.

1. Un chien mangeant à discrétion du pain blanc de froment pur, et buvant à volonté de l’eau commune, ne vit pas au-delà de cinquante jours; il meurt à cette époque avec tous les signes de dépérissement notés plus haut.

2. Un chien mangeant exclusivement du pain bis militaire ou de munition vit très-bien , et sa santé ne s’altère en aucune façon.

3. Un lapin ou un cochon d’Inde nourris avec une seule substance, telle que froment, avoine, orge, choux, carottes, etc. , meurent avec toutes les apparences de l’inanition, ordinairement dès la première quinzaine , et quelquefois beaucoup plus tôt. Nourris avec les mêmes substances données concurremment ou successivement, à de petits intervalles, ces animaux vivent et se portent bien.

des graviers, une partie des calculs urinaires, les tophus arthritiques sont formés par V acide urique , principe qui contient beaucoup d’azote. En diminuant dans le régime la proportion des aliments azotés, on parvient à prévenir et même à guérir la goutte et la gravclle. Voyez mon Traite de La G rave lie, Paris, 2 e édit.

4- Un âne auquel j’ai fait donner du riz sec et ensuite cuit à l’eau, parce qu’il refusait le premier, n’a survécu que quinze jours : les derniers jours il a refusé constamment de manger le riz. Un coq s’est nourri de riz cuit pendant plusieurs mois en conservant sa santé.

5. Des chiens nourris exclusivement avec du fromage , et d’autres avec des œufs durs, ont vécu long-temps , mais ils étaient faibles , maigres ; ils perdaient leurs poils, et leur aspect annonçait une nutrition incomplète.

6. La substance qui , donnée seule , laisse vivre le plus long-temps les animaux rongeurs, est la chair musculaire.

7. L’un des faits les plus remarquables que j’aie constatés est celui-ci : Si un animal a vécu pendant un certain temps avec une substance qui , prise seule , ne peut le nourrir, de pain blanc , par exemple, pendant quarante jours, en vain à cette époque changera-t-on sa nourriture , et le rendrat-on à un régime ordinaire : l’animal mangera avec avidité les nouveaux aliments qu’on lui présente ; mail il continuera à dépérir, et sa mort n’en arrivera pas moins à l’époque où elle serait arrivée s’il avait soutenu son régime exclusif.

S. La conséquence' la plus générale et la plus importante à déduire de ces faits, qui mériteraient d’être suivis et examinés de nouveau, c’est que la diversité et la multiplicité des aliments est une

Expériences

lu nutrition.

Expériences

sur

la nutrition.

5g6 précis élémentaire

règle d'hygiène très - importante , qui nous est d’ailleurs indiquée par notre instinct et par les variations que les saisons apportent dans la nature et l’espèce des substances alimentaires.

MM. Edwards et Balzac, par des recherches intéressantes entreprises pour décider la question difficile de savoir si la gélatine extraite des os doit être employée comme aliment des classes pauvres, sont arrivés à des résultats qui confirment ceux qui précèdent.

Le pain seul ne nourrit pas les chiens , nous Lavions déjà remarqué ; mais est-ce parce qu’il ne contient pas suffisamment de principes azotés? Pour lever cette difficulté , les auteurs ont ajouté la gélatine pure de bonne qualité au pain. Ce régime ne s’est pas trouvé assez nutritif pour entretenir la vie ; il a fallu ajouter au mélange une faible proportion de la substance sapide de la viande (l’osmazôme) pour que la nutrition s'effectuât convenablement.

E. Les expériences que j’ai faites sur la cinquième paire de nerfs m’ont conduit à des résultats singuliers relativement à la nutrition de l’œil.

Quand le tronc de ce nerf est coupé dans le crâne , un peu après son passage sur le rocher, vingt -quatre heures après la section, la cornée devient trouble à sa surface ; il s’y forme une large laie. Après quarante-huit ou soixante heures , cette partie est complètement opaque ? la conjonctive

s’enflamme ainsi que l’iris. II se dépose dans la chambre intérieure un liquide trouble et des fausses membranes provenant de la face intérieure de l’iris ; le ' cristallin lui -même et l’humeur vitrée commencent à perdre leur transparence et finissent, au bout de quelques jours, par la perdre entièrement.

Huit jours apres la section du nerf, la cornée se détache de la sclérotique , et les humeurs de l’œil qui sont restées liquides s’échappent par l’ouverture. L’organe diminue de volume et tend à s’atrophier, et finit en effet par devenir une sorte de tubercule rempli d’une matière analogue à du fromage pour l’aspect, etc.

La nutrition de l’œil est donc évidemment sous i’intluence nerveuse.

Il en est de même de la glande lacrymale , qui

reçoit une branche spéciale de la cinquième paire, sous le nom de nerf lacrymal. Cette glande s’atrophie et se détériore comme l’œil ; ses fonctions, c’est-à-dire la sécrétion des larmes, sont abolies aussitôt après la section du nerf qui s y distribue.

L’action des organes entretient et développe leur nutrition : cette remarque est connue; le repos la ralentit , l’inaction complète l’arrête pour quelques-uns. On en verra sans doute la preuve dans l’expérience suivante :

Remarques

sur

la nutrition.

5o8 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

Mettez l’œil d’un pigeon hors d’état ci agir, au bout de quinze jours tout l’appareil nerveux de l’œil inactif sera dans un état d’atrophie complet. Nous voyons des résultats analogues chez l’homme ; mais en général il faut très-long-temps avant que l’atrophie du nerf optique soit apparente , et le plus souvent elle se borne à la partie antérieure à la décussation des nerfs.

F. Un assez grand nombre de tissus dans l’économie paraissent ne point éprouver de nutrition proprement dite : tels sont l’épiderme, les ongles , les poils, les dents, la matière colorante de la peau, et peut-être les cartilages. Ces diverses parties sont réellement sécrétées , soit par des organes particuliers , comme les dents et les poils, soit par des parties qui ont en même temps d’autres fonctions, comme les ongles et l’épiderme. La plupart des parties formées de cette matière s’usent par le frottement des corps extérieurs, et se renouvellent à mesure qu elles se détruisent; enlevées complètement, elles peuvent se reproduire en entier. Un fait assez singulier, c’est qu’elles continuent à croître plusieurs jours après la mort; nous avons un phénomène semblable à l’occasion du mucus.

G . Certaines substances, mais particulièrement l’iode, paraissent avoir une influence marquée sur la nutrition. Leur usage l’accélère ou la diminue. Ces effets opposés sont manifestes pour l’iode, et mériteraient une attention spéciale.

5og

Après ce peu de mots sur les principaux phénomènes nutritifs, il faut examiner un phénomène très-important, qui paraît intimement lié avec la nutrition , mais qui a aussi des rapports étroits avec la respiration : je veux parler de la production de la chaleur dans le corps de l’homme.

De la chaleur animale.

Un corps inerte, qui ne change point d’état, placé au milieu d’autres corps, prend bientôt la même température que ceux-ci, à raison de la tendance qu’a le calorique à se mettre en équilibre. Le corps de l’homme se comporte tout autrement : environné de corps plus chauds que lui, il conserve, tant que la vie dure, sa température intérieure; entouré de corps dont la température est plus basse que la sienne, il maintient sa température plus élevée. Il y a donc dans l’économie animale deux propriétés distinctes et différentes, l’une de produire de la chaleur, et l’autre de produire du froid. Examinons ces deux propriétés; voyons d’abord comment se produit ia chaleur.

La principale , ou , si l’on veut, la plus évidente source de la chaleur animale , paraît être la respiration. L’expérience nous a démontré, en effet, que le sang s’échauffe d’environ un degré en traversant les poumons; et comme du poumon il est réparti dans tout le corps , il porte partout de la

Principale

source

de la chaleur animale.

P R PC LS É LÉM E N T A T R E

Chaleur

animale.

chaleur, et la dépose dans les organes; car nous avons vu aussi que ie sang des veines est un peu moins chaud que celui des artères.

Ce développement de la chaleur dans la respiration paraît être dû, comme nous l’avons déjà dit, à la formation de l’acide carbonique , soit qu'elle ait lieu directement dans le poumon , soit qu’elle n’arrive qu’ultérieurement dans les vaisseaux ou dans le parenchyme même des organes. De trèsbelles expériences de Lavoisier et de Lapiaee conduisent à cette conclusion ; ils placèrent dans un calorimètre des animaux, et comparèrent la quantité d’acide formé par la respiration, avec la quantité de chaleur produite dans un temps donné. A une petite proportion près, la chaleur produite était celle qu’avait nécessairement entraînée la quantité d’acide carbonique formée.

Des expériences de MM. Brodie , Thillaye et Legallois ont aussi prouvé que si l’on gêne la respiration d’un animal, soit en le mettant dans une position fatigante , soit en le faisant respirer artificiellement , sa température baisse , et la quantité d’acide carbonique qu’il forme diminue. Dans les maladies, quand la respiration est accélérée, la chaleur augmente, à moins de circonstances particulières. La respiration est donc un foyer où il se développe du calorique.

La science vient d’acquérir, sur la question de la chaleur animale , une précision qui n’avait point

encore été atteinte dans ce genre de recherche.

M. Despretz a fait une série nombreuse d’expériences sur îa comparaison de ia chaleur émise par ies animaux et de la chaleur dégagée par la combustion opérée au sein des poumons.

Il paraît bien démontré aujourd’hui que la respiration produit en général les quatre cinquièmes de la chaleur chez les animaux herbivores; les trois quarts chez les animaux carnivores; les oiseaux, présentent à peu près le même rapport.

C’est donc dans les poumons qu’est la principale source de la chaleur animale, ainsi que l’indiquaient les essais de Lavoisier et de Laplace ; mais, dans ces essais, la comparaison n’avait pas été établie sur le même animal : un cochond’Inde avait fourni l’acide carbonique, et un autre animal du même genre avait servi à la mesure de la chaleur; il restait donc à faire des expériences nombreuses et précises, pour ne plus laisser d’incertitude sur le rôle des poumons dans cet important phénomène : c’est ce qui a engagé l’Académie des Sciences à proposer en prix cette question. M. Despretz l’a remporté. L’Académie avait demandé en outre qu’on déterminât avec précision la chaleur dégagée dans la combustion du carbone ; M. Despretz a résolu ces deux questions avec succès : nous ne rapporterons ici que ia partie physiologique de son travail.

L’animal est placé dans une boîte en cuivre as-

Expériences

de

M. Despretz sur la chaleur animale.

Expériences

de

M. Despretz sur la chaleur animale.

sez grande pour qu’il n’y soit pas gêné; cette boîte a un rebord dans lequel plonge le couvercle ; l’intervalle entre la boîte et le couvercle est rempli de mercure; la petite boîte renfermant l’animal est fixée dans une caisse en cuivre ; on connaît exactement le poids de tout le cuivre employé, et de l’eau pure qui enveloppe la boîte dans laquelle est l’animal ; tout cet appareil est placé sur des supports en bois très-sec ; l’animal est d’ailleurs séparé du cuivre par des baguettes d’osier, afin qu’il ne lui cède pas de sa chaleur propre ; l’air est fourni par un gazomètre exactement gradué ; cet air passe d’abord dans la boîte assez de temps pour qu’il s’y trouve au moment, où l’on prend la température de l’eau, dans le même état qu’à la fin de l’expérience ; la température de l’eau est connue avec une grande précision. Pendant toute la durée de l’expérience , qui est ordinaire lisent de deux heures, Pair arrive sur ranimai avec une vitesse constante. Le gaz qui a été respiré contient ordinairement six pour cent d’acide carbonique ; on en détermine la quantité en traitant l’air par la potasse ; l’air, dépouillé de son acide carbonique , est ensuite analysé par l’hydrogène. Le volume d’air fourni à l’animal pendant deux heures est de quarante - cinq à cinquante litres.

I re EXPÉRIENCE .

Trois cochons-d’Inde, femelles adultes, Durée de ^expérience, î h. 45 ni.

Volume d’air fourni à . 9°t>44 — 481!t-026 i (j°j°85 oxigène.

Après l’expérience, ramené à la même température ( g ^i^ène

par le calcul . . j « % 5 ox,gene*

1 \ 09,616 azote.

lilres.

Acide formé . 2,587

Oxigène disparu . » . 0,709

Azote dégagé . J ,6-5

Ces trois animaux ont élevé la température de 253io&,5 d’eau, dle o°,63‘, d’où l’on réduit :

Chaleur a nimale . . . 100

Chaleur due à la formation de l’acide \

carbonique . 69^6 >89,0

Chaleur due à la formation de l’eau. 19,4 '

L’oxigène disparu =~~ de l’acide formé.

L’azote dégagé — -y- de l’oxigène disparu. = -y~ de l’acide formé.

Les frugivores présentent souvent une exhalation d’azote supérieure à l’absorption de l’oxigène.

IIe EXPÉRIENCE.

Chienne de cinq ans environ.

Durée de l’expérience , 1 h. 5i m.

Volume d’air fourni à . . 8°, 60 — ^y^-65j

Volume d’air, après l’expérience, ra 1? ené à la même température . 47 » 2 1 4

litres.

10,008 oxigène.

37,649 azote.

3,768 acide.

4,424 oxigène.

59,022 azote.

Acide formé . . . 3,768

Oxigène disparu . 1,806

Azote dégagé . 1,374

L’oxigène disparu ~-fr de l’acide formé.

L’azote dégagé = ~ de Poxigène disparu = de l’acide formé. Élévation de la température de 25387g ,5 d’eau, i°,io.

Chaleur animale . 100

Chaleur due à la formation de l’acide \

carbonique . 54,9/80,8

Chaleur dre à la formation de l’eau. 2.5,9 ^

IIIe EXPÉaJENCK.

Chat mâle, âgé de deux ans.

Durée de l’expérience, 1 h. 3om.

Volume d’air fourni à .

9° >44 — 4 7]it- ,883

1 o,o55 oxigène.

37,828 azotei

Expériences

de

M. Desprelz sur la chaleur animale.

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