‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 40 sur 43 · DU SOMMEIL · texte numérisé non relu

DU SOMMEIL

En terminant l’histoire des fonctions de rela- Du sommeil, tion, nous avons dit que ces fonctions étaient périodiquement suspendues ; nous avons ajouté que, durant cette suspension, les fonctions nutritives et génératrices étaient modifiées : le moment est venu d’examiner ces phénomènes.

Lorsque l’état de veille s’est prolongé seize ou dix-huit heures nous éprouvons un sentiment général de fatigue et de faiblesse ; nos mouvements deviennent plus difficiles, nos sens perdent leur activité, l’intelligence elle-même se trouble, reçoit avec inexactitude les sensations, et commande avec difficulté à la contraction musculaire. A ces signes nous reconnaissons la nécessité de nous livrer au sommeil ; nous choisissons une position telle, qu’il faille peu ou point d’efforts pour la

(1) Je n’ai pas cru convenable d’introduire dans cet ouvrage, simple abrégé de la science, une description spéciale des âges, des sexes, des tempéraments, des caractères zoologiques de l’homme, des variétés de l’espèce humaine, etc.; ces considérations sont du ressort de l’hygiène et de l’histoire naturelle. —Voyez les articles higiène de V Encyclopédie méthodique, et l’ouvrage de Cuvier sur le Règne animal ,

Assoupisse

ment.

conserver ; nous recherchons l’obscurité et le silence, et nous nous abandonnons à Yassoupissement.

L’homme qui s’assoupit perd successivement l’usage de ses sens ; c’est d’abord la vue qui cesse d’agir par le rapprochement des paupières, l’odorat ne s’endort qu’après le goût, l’ouïe qu’après l’odorat, et le tact qu’après l’ouïe; les museies des membres se relâchent, et cessent d’agir avant ceux qui soutiennent la tête, et ceux-ci avant ceux de l’épine. A mesure que ces phénomènes se passent, la respiration devient plus lente et plus profonde, la circulation se ralentit, plus de sang se porte à la tête, la chaleur animale baisse, les diverses sécrétions deviennent moins abondantes. Cependant l’homme plongé dans cet état n’a point encore perdu le sentiment de son existence ; . il a la conscience de la plupart des changements qui se passent en lui, et qui ne sont pas sans charmes; des idées plus ou moins incohérentes se succèdent dans son esprit; enfin il cesse entièrement de sentir qu’il existe : il est endormi.

Pendant le sommeil la circulation et la respiration restent ralenties, ainsi que les diverses sécrétions ; par suite, la digestion se fait avec moins de promptitude. J’ignore sur quel fondement plausible la plupart des auteurs disent que l’absorption seule acquiert plus d’énergie. Puisque les fonctions nutritives continuent dans le sommeil,

1)E PHYSIOLOGIE. 5q\

il est évident que le cerveau n’a cessé d’agir que comme organe de l’intelligence et de la contraction musculaire, et qu’il continue d’influencer les muscles de la respiration, le cœur, les artères les sécrétions et la nutrition.

Le sommeil est profond quand il faut emplo}rer des excitants un peu forts pour le faire cesser ; il est léger quand il cesse facilement.

Tel qu’il vient d’être décrit, le sommeil est complet, c’est-à-dire qu’il résulte de la suspension d’action des organes de la vie de relation, et de la diminution d’action des fonctions nutritives ; mais il n’est pas rare que plusieurs organes de la vie de relation conservent leur activité pendant le sommeil, comme il arrive quand on dort debout ; il est fréquent aussi qu’un ou plusieurs sens restent éveillés, et transmettent au cerveau des impressions que celui-ci perçoit ; il est encore plus fréquent que le cerveau prenne connaissance des diverses sensations internes qui se développent pendant le sommeil, tels que besoins, désirs, douleur, gêne, etc. L’intelligence elle-même peut s’exercer chez l’homme endormi, soit d’une manière irrégulière et incohérente, comme dans la plupart des rêves; soit d’une manière conséquente et régulière, comme cela se rencontre chez quelques individus heureusement organisés.

La direction que prennent les idées dans le sommeil, ou la nature des rêves, dépend bcau-

Soinmeil

complet.

Som meil incomplet

llêves.

Somnam¬

bules.

5g8 PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

coup de l’état des organes : l'estomac est-il suih chargé d’aliments indigestes, la respiration est-elle difficile par la position ou d’autres causes, les rêves sont pénibles, fatigants ; la faim se fait-elle sentir, on rêve qu’on se repaît d’aliments agréables ; est- ce l'appétit vénérien , les rêves sont érotiques, etc. Les occupations habituelles de l'esprit n’ont pas moins d’influence sur le caractère des songes; l’ambitieux rêve ses succès ou ses disgrâces, le poète fait des vers, l’amant voit sa maîtresse, etc, C’estparce que le jugement s’exerce quelquefois dans toute sa rectitude durant les rêves relativement aux événements futurs, que dans des temps d’ignorance on a accordé à ceux-ci le don de la divination.

Rien de plus curieux dans l’étude du sommeil que l’histoire des somnambules. Ces individus, d’abord profondément endormis, se lèvent tout-àcoup, s’habillent, entendent, voient, parlent, se servent de leurs mains avec adresse, se livrent à différents exercices, écrivent, composent, puis se remettent au lit, et ne conservent à leur réveil aucun souvenir de ce qui leur est arrivé. Quelle différence y a-t-il donc entre un somnambule de cette espèce et un homme éveillé ? Une seule bien évidente : l’un a la conscience de son existence, l’autre en est privé.

Nous n’irons point, à l’exemple de certains auteurs, rechercher la cause prochaine du sommeil,

et la trouver dans l’affaissement des lames du cer- Cause pro-

. T chaîne du

veiet, 1 afflux du sang au cerveau, etc. Le som- g0mmeiL meil, effet immédiat des lois de l’organisation, ne peut dépendre d’aucune cause physique de ce genre. Son retour régulier est une des circonstances qui contribuent le plus souvent à la conservation de la santé ; sa suppression, pour peu qu’elle se prolonge, a souvent des inconvénients graves, et dans tous les cas ne peut être portée au-delà de certaines limites.

La durée ordinaire du sommeil est variable; en , Dnrée

du sommeil.

général elle est de six à huit heures : les fatigues du système musculaire , les fortes contentions d’esprit, les sensations vives et multipliées le prolongent, ainsi que l’habitude de la paresse, l’usage immodéré du vin et des aliments trop substantiels. L’enfance et la jeunesse, dont la vie de relation est très-active, ont besoin d’un repos plus long; l’âge mûr, plus avare du temps et plus tourmenté de soucis, s’y abandonne moins; les vieillards présentent deux modifications opposées : ou bien ils sont dans une somnolence presque continuelle, ou bien ils dorment peu et d’un sommeil très-léger, sans qu’il faille en trouver la raison dans la prévoyance qu’ils ont de leur fin prochaine.

Par un sommeil paisible, non interrompu, et restreint dans les limites convenables , les forces se réparent et les organes récupèrent l’aptitude à

De la mort.

agir avec facilité; mais si des songes pénibles, des impressions douloureuses troublent le sommeil , ou simplement s’il est prolongé outre mesure, bien loin detre réparateur, il épuise les forces, fatigue les organes, et devient quelquefois l’occasion de maladies graves, telles que l’idiotisme et la folie.

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