‹ Précis élémentaire de physiologie (volume 2)Chapitre 39 sur 43 · P RÉGIS É LÉ ME N TA I R E · texte numérisé non relu

P RÉGIS É LÉ ME N TA I R E

L’amnios ne touche pas immédiatement à la surface concave ou interne du chorion ; il en est séparé par un liquide dont je parlerai dans un instant. Cette enveloppe fœtale croît avec le produit principal de la conception, et au moment de la l’accouchement elle le recouvre immédiatement; dès que le liquide amniotique est écoulé elle en forme la coiffe. Beaucoup d’anatomistes ont pensé, qu’arrivé à l’ombilic, l’amnios se continue avec l’épiderme ; mais rien n’est prouvé à cet égard , ou plutôt, le fait de cette continuation, qui semblerait supposer une similitude de structure , n’est rien moins que probable.

Jamais l’amnios ne présente de villosités à l’une ou l’autre de ses faces ; l’intervalle qui le sépare du chorion , et ses adhérences avec cette membrane , sont ordinairement effacés vers le quatrième mois; les deux sacs membraneux ne sont plus alors séparés que par une couche visqueuse qui persiste jusqu’au terme de la grossesse.

Formé constamment d’un seul feuillet, l’amnios ne présente aucun vaisseau sanguin dans sa composition ; son mode d’apparition et d’accroissement est inconnu.

Le fluide amniotique a été analysé par les plus habiles chimistes, mais à une époque avancée de la gestation. Vauquelin l’a trouvé formé par l’eau, l’albumine, la .soude et des sels de soude et de

chaux, et par un acide particulier. M, Berzélius assure y avoir reconnu l’acide fluorique.

Mais sa composition doit varier aux diverses époques de la grossesse ; il serait curieux de s’en assurer par des analyses comparatives.

Ve ta vésicule ombilicale.

Jusque vers la fin du deuxième mois de la gestation, ou trouve dans la cavité du chorion une vésicule distincte de l’amnios; elle est en général pyriforme; sa petite extrémité est tournée vers l’embryon, et y tient au moyen d’un pédicule qui semble se confondre avec les organes encore informes du bas -ventre. Ce pédicule est creux ; dans les oiseaux , il permet le passage de la matière du jaune jusque dans l’intestin grêle. Dans l’homme il se passe quelque chose de semblable dans les premiers temps de la vie embryonaire, car la vésicule ombilicale contient alors un fluide visqueux jaunâtre, qui peut-être a quelque analogie de propriété avec le vitellus des oiseaux, des reptiles et des poissons.

Des vaisseaux sanguins qui partent de l’artère et de la veine mésentérique se portent jusqu’à la vésicule dans l’écartement des lames de l’amnios, au voisinage des vaisseaux ^ombilicaux, sous le nom de vaisseaux omplialo-mêsenlériques ; il n’est pas rare d’en voir encore des traces à la naissance.

Vésicule

ombilicale.

Liquide de la vésicule ombilicale.

Vaisseaux

omphalo-mé-

sentériques.

ffj

La vésicule ombilicale, d’abord presque aussi grosse que l’amnios, diminue de volume dans le cours du deuxième mois, et finit par disparaître dans le troisième ; mais elle laisse des traces de son existence beaucoup plus tard. Elle représente dans l’œuf des mammifères le jaune de l’œuf des autres vertébrés, etcontribue probablement, par la matière qu’elle renferme et qu’elle verse par son pédicule creux jusqu’à l’abdomen, à la nutrition de l’embryon dans le premier temps de son existence»

De l’ allantoïde.

Allantoïde, Dans l’œuf des oiseaux et dans celui des reptiles,

il existe autour de l’amnios et du vitellus une membrane à double feuillet qui contient un fluide particulier, et qui se continue, au moyen d’un pédicule, avec le cloaque où se terminent les canaux urinaires. Dans l’œuf des mammifères la même membrane existe ; elle contient des fluides variables selon les espèces; elle communique avec lavessie urinai- Ouraque. re au moyen d’un pédicule nommé ouraque. Cette membrane existe aussi dans l’œuf humain, mais sa communication avec l’ouraque est fort douteuse : MM. Breschet et Velpeau l’ont vainement cherchée.

M. Velpeau ayant disséqué un œuf de trois semaines, parfaitement intact , trouva immédiatement en dessous du chorion une lame extrêmement fine, d’un blanc mat; elle se déchira par l’ef—

DK PHYSIOLOGIE. 56 y

fet d’une légère pression exercée sur un autre point de l’œuf. Cette membrane était, par sa face externe, appliquée au cliorion, auquel elle tenait par de nombreux filaments. Au-dessous de cette première lame, on en voyait une seconde qui enveloppait l’amnios, la vésicule ombilicale et son pédicule. Entre les deux lames, se trouvait un tissu lamelleux, dans lequel était épanchée une matière cmulsi forme qui s’échappait du tissu par flocons lanugineux . Cette matière n est pas miscible à l’eau. Dans d’autres œufs, elle était transparente comme l’humeur vitrée.

Les deux feuillets de cette membrane, écartés l’un de l’autre de trois lignes dans un point, se rapprochaient en se portant vers la racine du cordon ombilical; en se rapprochant du rachis ils semblaient se confondre.

C’est cette double membrane, ce tissu réticulé et le liquide que contient ses mailles, qui paraissent former l’allantoïde de l’œuf humain.

Il est probable que la matière qu’il renferme concourt à la nutrition du germe dans le premier temps de la vie utérine, mais on ne sait rien de positif à cet égard ; en tous cas , ce sac n’ayant aucune communication connue avec l’ouraque, et par son intermédiaire avec la vessie, ne peut être comme chez les mammifères le réservoir de l’urine excrétée.

M. Pokels de Brunswick croit avoir découvert

Liquide

de

l’alla ntoïd<

Vésicule

érytliroïde.

Du germe.

dans l’ovule humain une autre vésicule qu’il nomme érytliroïde , mais rien n’est encore suffisamment démontré sur ce point, M. Velpeau, qui aurait disséqué plus de deux cents œufs, ne l’a jamais rencontrée ( 1 ).

Du germe ,

Nous avons déjà dit qu’à l’époque où Fœuf arrive dans la cavité de la matrice, on n’y observe aucune trace du nouvel individu, et qu’il diffère sur ce point essentiel de l’œuf des autres vertébrés, où ces traces sont manifestes aussitôt que l’œuf est séparé de la femelle. Nous n’avons donc point, pour Fovule humain, d’observations suivies heure par heure, jour par jour, comme pour le développement de Fœuf des oiseaux. Il faut ici non se contenter de rapprochements ni de suppositions plus ou moins probables, mais partir des faits observés avec le soin et les instruments convenables.

Or, les observations précises sur les premiers temps de l’existence de l’homme n’ont jamais été faites jusqu’ici avant le douzième ou quinzième jour de la fécondation : encore l’instant déterminé de cette dernière est-il presque toujours impossible à obtenir d’une manière rigoureuse.

( i ) Y oyez Embryologie humaine. 1 835.

DE PHYSIOLOGIE. 56f)

A cette époque le germe a la forme d’une petite masse allongée recourbée sur elle -même, et plus grosse par un bout que par l’autre. Sous cette apparence un germe de douze à quinze jours a environ deux ou trois lignes de longueur; il en aurait cinq , si la tige arrondie qui le forme était redressée. De ses deux extrémités, l’une est renflée et irrégulièrement sphérique ; l’autre se termine en pointe, et a été prise pour la queue dont l’homme , selon certains physiologistes philosophes, serait pourvu à ce début de la vie.

La tige tout entière demi -transparente paraît creuse et remplie par un liquide limpide, premier indice du liquide céphalo-rachidien, et au milieu duquel on voit, même à l’œil nu, un fdet opaque blanc ou jaunâtre, qui représente le système nerveux cérébro-spinal, ou en d’autres termes le cerveau et son prolongement rachidien (1).

Des observations nombreuses ont prouvé i° que le rachis paraît avant tous les autres organes, et existe seul pendant quelque temps; 2° que sa forme ne diffère pas essentiellement de celle qu’il présentera pendant toute la durée de la vie utérine ; 3° que la tête et le cou forment au moins la moitié de sa longueur; 4° que sa courbure est d’autant plus voisine du cercle, qu’il est moins développé; 5° que sa surface convexe correspondant

Du germe.

Premier développement du fœtus.

(î) Velpeau, Embryologie , etc.

Premières apparences des organes de nutrition.

Premières apparences des organes des sens.

à la partie postérieure du tronc, diffère peu de ce quelle sera par la suite, tandis que sa concavité, qui correspond au ventre et au thorax, éprouve des changements très-remarquables (1).

C’est sur cette face qu'apparaissent successivement tous les organes de la vie nutritive, thoraciques et abdominaux, en même temps que les mâchoires et les premiers indices des membres. Les supérieurs sortent de la partie antérieure de la tige rachidienne , à peu près à une égale distance du sommet de la tête et de la pointe du eoccix ; les inférieurs sont placés au niveau du bassin, par conséquent presque à l’extrémité caudale de l’embryon.

La tête forme d’abord la partie la plus volumineuse du germe ; mais dès que le ventre et l’abdomen sont formés, elle perd relativement sa prépondance de volume. A cinq semaines, la face est distincte du crâne.

Les yeux sont visibles sous l’aspect de points noirâtres, mais ils ne semblent avoir encore ni paupières ni appareil lacrymal ; ils sont dirigés latéralement. Les oreilles se manifestent d’abord par une dépression , puis par la végétation des rudiments du pavillon.

La bouche forme au début une ouverture très-

(i) Velpeau, loc. rit.

l)E PHYSIOLOGIE. 5 y 1

large; la mâchoire supérieure est saillante, l’inférieure au contraire est très-courte.

Les premiers rudiments du nez sont deux petites taches noirâtres arrondies et placées au-dessus de la bouche; mais il n’y a encore ni saillie nasale ni voûte palatine.

Quelque minimes que soient les dimensions de l’embryon , il est toujours attaché par un prolongement funiculaire à la surface intérieure du eliorion , vis-à-vis la partie de cette membrane qui adhère à l’utérus. Ce prolongement devient bientôt le canal par lequel le nouvel être recevra sa nourriture; il se termine dans le tissu vasculaire, dit placenta , organe de la vie embryonaire et fœtale , destiné à établir les relations indispensables de la mère et du nouvel être.

Il n’entre pas dans l’objet de cet ouvrage de suivre pas à pas les progrès du développement, organe par organe , tissu par tissu du produit de la conception. Nous devons nous borner à quelques considérations sur les principales fonctions du fœtus, et particulièrement sur la circulation du sang, qui, à cette phase de la vie, diffère beaucoup de ce qu’elle sera après sa naissance.

Vers le milieu du quatrième mois, se complète le développement de tous les principaux organes ; alors cesse l’état d 'embryon et commence celui de fœtus , qui se prolonge jusqu’au terme de la grossesse. Pendant ce temps, toutes les parties crois-

Cordoii

ombilical.

Du fœtus.

Organes du foetus.

Cœur.

Foie.

Vésicule

biliaire.

Intestins.

Testicules.

Ovaires,

Viabilité du fœtus.

Fonctions de Fembryon.

sent avec plus ou moins de rapidité, et se rapprochent de la disposition qu’elles doivent présenter après la naissance.

Avant le sixième mois les poumons sont trèspetits ; le cœur est volumineux , mais ses quatre cavités sont confondues , ou du moins difficiles à distinguer; le foie est considérable et occupe une grande partie de l’abdomen; la vésicule biliaire n’est point pleine de bile, mais d’un fluide incolore et non amer; dans sa partie inférieure, l’intestin grêle contient une matière jaunâtre, peu abondante, nommée méconium ; les testicules sont placés sur les côtés des vertèbres lombaires supérieures ; les ovaires occupent la même position. A la fin du septième mois, les poumons prennent une teinte rougeâtre qu’ils n’avaient pas auparavant ; les cavités du cœur deviennent distinctes ; le foie conserve ses dimensions considérables, mais il s’éloigne un peu de l’ombilic ; la bile se montre dans la vésicule ; le méconium est plus abondant, et descend plus bas dans le gros intestin ; les ovaires se rapprochent du bassin ; les testicules se dirigent vers les anneaux inguinaux. A cette époque le fœtus est viable , c’est-à-dire que , s’il vient à être expulsé de l’utérus, il pourra respirer et vivre. Tout va encore en se perfectionnant dans le huitième et le neuvième mois.

Nous savons peu de chose des fonctions de l’embryon, où les organes ne sont encore qu e-

bauchés ; cependant on y reconnaît une sorte de circulation. Le cœur envoie du sans: dans les çros vaisseaux et dans le placenta rudimentaire ; probablement que du sang retourne au cœur par des veines, etc. Mais quand le nouvel être est parvenu à l’état de fœtus, que la plupart des organes sont bien apparents, alors il est possible d/étudier quelques-unes des fonctions particulières à cet état.

Des fonctions du fœtus , la circulation est la Fonction®

• ii«! i*f 1 1 du foetus»

mieux connue ; elle est plus compliquée que celle de l’adulte, et se fait d’une manière tout-à-fait différente.

En premier lieu, il serait impossible de la partager en veineuse et en artérielle ; car le sang du fœtus a sensiblement partout la même apparence, c’est-à-dire une teinte rouge brunâtre : du reste, il se comporte à peu près comme le sang de l’adulte : il se coagule, se sépare en caillot et en sérum, etc. Je ne sais pourquoi de savants chimistes ont cru qu’il ne contient pas de fibrine.

L’organe le plus singulier et l’un des plus im- D» placenta, portants de la circulation du fœtus est le placenta; il succède à ces filaments qui, durant le premier mois de la grossesse, recouvrent l’œuf du côté de l’utérus. D’abord fort petit, il acquiert promptement une étendue considérable. Par sa face extérieure, il adhère à l’utérus, présente des sillons irréguliers, qui indiquent sa division en plusieurs lobes ou cotylédons , dont le nombre et la forme

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V li E C I S E LE ME N TA IRE

Cordon

ombilical.

"Veine

ombilicale.

Canal

veineux.

Cœur du fœlu s.

n’ont rien de fixe. Sa face fœtale est recouverte par le cliorion , excepté à son centre , qui donne insertion au cordon ombilical. Des vaisseaux sanguins , divisés et subdivisés , forment son parenchyme. Ils appartiennent aux divisions des artères ombilicales et aux radicules de la veine du même nom. Les vaisseaux d’un lobe ne communiquent point avec ceux des lobes voisins; mais ceux du même cotylédon ont des anastomoses fréquentes, car rien n’est si facile que de faire passer des injections des uns dans les autres.

Le cordon ombilical s’étend depuis le centre du placenta jusqu’à l’ombilic de l’enfant; sa longueur est souvent de près de deux pieds; il est formé par les deux artères et la veine ombilicale réunies par un tissu cellulaire très-serré; il est recouvert par les deux principales membranes de l’œuf.

Née du placenta , et parvenue à l’ombilic , la veine ombilicale s’engage dans l’abdomen, et parvient jusqu a la face inférieure du foie ; là, elle se divi se en deux grosses branches , dont l’une se distribue dans le foie de concert avec la veine porte, tandis que l’autre se termine brusquement à la veine cave, sous le nom de canal veineux. Cette veine a deux valvules, l’une à l’endroit de sa bifurcation, et l’autre à sa jonction avec la veine cave.

Le cœur et les gros vaisseaux du fœtus viable sont bien différents de ce qu’ils seront après la naissance ; la valvule de la veine cave est très-dé-

DE PHYSIOLOGIE, 5y5

veloppée ; la cloison des oreillettes présente une ouverture très-large , garnie d'une valvule en croissant, et nommée trou BotaL L’artère pulmonaire , après avoir envoyé deux petites branches aux poumons , se termine presque aussitôt dans l’aorte , à la partie concave de sa crosse : elle est nommée, dans cet endroit, tonal artériel.

Un dernier caractère propre aux organes circulatoires du fœtus , c’est J existence des artères ombilicales qui naissent des iliaques internes, se portent sur les côtés de la vessie , s’accollent à l’ouraque , sortent de l’abdomen par l'ombilic , et vont gagner le placenta , où elles se distribuent comme il a été dit plus haut.

D’après cette disposition de l’appareil circulatoire du fœtus, il est évident que le mouvement du sang doit y être tout autre que dans l’adulte. Si nous supposons que le sang part du placenta, il est clair qu’il parcourt la veine ombilicale jusqu’au foie; là, une partie passe dans le foie, et l’autre dans la veine cave ; ces deux routes le conduisent au cœur par la veine cave inférieure ; ar-

rivé à cet organe , il pénètre dans l’oreillette droite et dans la gauche, en traversant le trou Botal au moment où elles se dilatent. A cet instant, le sang de la veine cave inférieure se mêle inévitablement avec celui de la supérieure. En effet, comment deux liquides de même nature, ou à peu près, pourraient - ils rester isolés dans une cavité où ils

Trou Botal.

Canal

artériel.

Artères

ombilicales.

Circulation du fœtus.

arrivent en même temps , et qui se contracte pour les expulser? Je n’ignore pas que Sabatier, dans son beau Mémoire sur la circulation du fœtus , a soutenu l’opinion contraire; mais j’avoue que ses raisons ne changent pas mon sentiment à cet égard.

Quoi qu’il en soit, la contraction des oreillettes succède à leur dilatation; le sang est poussé dans les deux ventricules au moment où ils se dilatent ; ceux-ci, à leur tour, se resserrent et chassent le sang; le gauche dans l’aorte, et le droit dans la pulmonaire ; mais comme cette artère se termine à l’aorte , tout le sang des deux ventricules passe dans l’aorte, à l’exception d’une très-petite partie qui va aux poumons. Sous l’influence de ces deux agents d’impulsion , le sang parcourt toutes les divisions de l’aorte et revient au cœur par les veines caves; mais en outre il est porté au placenta par les artères ombilicales, et il revient au fœtus par la veine du cordon.

Usage <iu II est facile de concevoir l’utilité du trou Botal et i,ou °ta * du canal artériel : l’oreillette gauche , ne recevant point ou ne recevant que très-peu de sang du poumon , ne pourrait point en fournir au ventricule gauche , si elle n’en recevait par l’ouverture de la cloison des oreillettes. D’un autre côté, le poumon n’ayant aucune fonction , si tout le sang de l’artère pulmonaire s’y était distribué, la force d’impulsion du ventricule droit aurait été inutilement cousu-

niée, tandis que par le moyen du canal artériel la force des deux ventricules est employée à faire mouvoir le sang dans l’aorte ; sans cette réunion de l’action des deux ventricules , il est probable que le sang n’aurait pu parvenir jusqu’au placenta et revenir ensuite au cœur.

Les mouvements du cœur sont très-rapides chez le fœtus; ordinairement ils dépassent cent vingt par minute : la circulation a nécessairement une vitesse proportionnée.

Maintenant se présente à examiner une question délicate. Quels sont les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus ? Pour arriver à quelque notion précise sur ce point , ii faut examiner d’abord le mode de jonction du placenta et de l’utérus.

Les anatomistes ont varié à cet égard. On a cru long -temps que les artères utérines s’anastomosaient directement avec les radicules de la veine ombilicale , et que les dernières divisions des artères du placenta s’abouchaient avec les veines de la matrice ; mais l’impossibilité reconnue de faire passer dans la veine ombilicale des injections poussées dans les artères utérines, et réciproquement à faire parvenir des matières liquides , injectées dans les artères ombilicales jusque dans les veines de l’utérus, a fait renoncer à cette idée. Il est assez généralement admis aujourd’hui qu’il n’existe point d’anastomose entre les vaisseaux du placenta et

Rapportsde la circulation de la mère avec celle foetus.

Expériences

sur

Pli E C [ S E LE M E N T A i K E

ceux de l’utérus. J’ai fait quelques recherches sur cette question ; en voici les principaux résultats :

J’ai d’abord répété les tentatives d’injections du a circulation placenta par les vaisseaux de l’utérus, mais sans

du fœtus. 1 A r .

aucun succès ; je les ai même faites sur des animaux vivants sans mieux réussir ; je me suis servi de matières vénéneuses dont les effets m’étaient connus, de matières odorantes, et rien ne m’a fait soupçonner une communication directe.

Dans les chiennes, vers le milieu de leur gestation, il existe un grand nombre d’artérioles qui, sortant du tissu de l’utérus, s’enfoncent dans le placenta, et s’y ramifient. A cette époque, il est impossible de séparer ces deux organes sans déchirer ces artérioles et produire une hémorrhagie considérable ; mais à la fin de la gestation, en tirant tant soit peu sur l’utérus, ees petits vaisseaux se séparent du placenta avec leurs ramifications, et il n’y a aucun écoulement de sang.

Quand on injecte dans les veines d’un chien une certaine quantité de camphre, le sang prend aussitôt une odeur camphrée très-forte. Après avoir fait cette injection sur une chienne pleine , j’ai extrait un fœtus de l’utérus , au bout de trois ou quatre minutes; son sang n’avait aucune odeur de camphre ; mais celui d’un second fœtus, extrait après un quart d’heure , avait une odeur de camphre prononcée. Il en fut de même des autres fœtus.

Ainsi, malgré le défaut d’anastomose directe entre les vaisseaux de l’utérus et ceux du placenta , il est impossible de douter que le sang de la mère, ou quelques-uns de ses éléments, ne passe au fœtus avec une certaine promptitude; il est probablement déposé par les vaisseaux utérins à la surface ou dans le tissu du placenta , et absorbé par les radicules de la veine ombilicale.

Expériences

sur

la circulation du foetus.

Il est beaucoup plus difficile de savoir si le sang du fœtus revient à la mère. Sur les animaux , parmi les petits vaisseaux qui vont de l’utérus au placenta , on n en voit aucun qui ait l’apparence de veine. Chez la femme , de larges ouvertures qui communiquent avec les veines utérines se voient sur la partie de l’utérus où est adhérent le placenta; mais on ignore si ces orifices veineux sont destinés à absorber le sang du fœtus ou à laisser échapper le sang de la mère à la surface du placenta : j’admettrais plus volontiers cette seconde idée, mais il n en existe cependant aucune preuve.

J ai souvent poussé dans les vaisseaux du cordon ombilical, en les dirigeant vers le placenta, des poisons très- actifs ; je n’ai jamais vu la mère en éprouver les effets, et si celle-ci meurt d’hémorrhagie, les vaisseaux du fœtus restent pleins de sang.

Puisque l’anastomose des vaisseaux de l’utérus n existe point, il n’est guère présumable que la circulation de la mère influe sur celle du fœtus

Expériences

sur

la circulation du fœtus.

Digestion du fœtus.

autrement qu'en versant du sang dans les aréoles du placenta : le cœur du fœtus serait alors le principal mobile du sang chez celui-ci. On cite cependant des fœtus bien développés venus au monde sans cœur; mais ces observations sont -elles bien exactes? 11 existe des cas authentiquess de placentas entièrement séparés de fœtus morts, et qui ont continué seuls à se développer. M. Ribes a observé un cas de ce genre où le cordon ombilical était rompu et parfaitement cicatrisé. Comment s’était faite alors la circulation dans cet organe?

Concluons que les rapports de la circulation de la mère avec celle du fœtus demandent de nouvelles expériences.

Quelques auteurs ont avancé que le placenta était au fœtus ce qu’est le poumon à l’enfant qui respire; d’autres ont cherché à expliquer le volume considérable du foie en lui attribuant la formation du sang. Ces assertions n ont aucun fondement. Une épaisse obscurité environne ce qui regarde les fonctions des capsules surrénales, du thymus, de la thyroïde, dont les dimensions sont considérables dans le fœtus; ce sujet a souvent exercé l’imagination des physiologistes sans aucun profit réel pour la science.

Malgré l’autorité imposante de Boerhaave , il est impossible d’admettre que le fœtus avale con-

tinuellcment l’eau de l’amnios, qu'il la digère et s’en nourrit.

Son estomac contient, il est vrai, une matière visqueuse en quantité assez considérable ; mais elle ne ressemble en rien au liquide amniotique; elle est très-acide, gélatiniforme ; du côté du pylore elle est grisâtre et opaque; il paraît qu'elle est chymifiée dans l'estomac, qu'elle passe dans l’intestin grêle, où, après avoir subi l’action de la bile et peut-être du suc pancréatique, elle fournit un chyle particulier. Le résidu descend ensuite vers le gros intestin, où il forme le méconium, qui est évidemment le résultat de la digestion qui s’est opérée pendant la grossesse. D'où vient la matière digérée ? Il paraît probable quelle est sécrétée par l’estomac lui -même, ou qu’elle descend de l'oesophage ; rien ne s’oppose cependant à ce que dans certains cas le fœtus n’avale quelques gorgées d’eau de l’amnios : les poils analogues à ceux de la peau, qui se trouvent dans le méconium,, sembleraient l’indiquer. Il est important de remarquer que le méconium est une substance très -peu azotée.

Rien n’est encore connu touchant l'usage de cette digestion dans le fœtus; il n’est pas probable qu’elle soit essentielle à son développement, puisqu’il est né des enfants qui ne présentaient point d’estomac ni rien qui le remplaçât.

Quelques personnes disent avoir vu du chyle

Digestion du fœtus.

Cli y me et chyle du fœtus.

Méconium.

Poils du m éconium.

Lymphe du ie foetus.

Absorption veineuse du fœtus.

Exhale, lions du fœtus.

Sécrétions

folliculaires chez le fœtus.

58a PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

blanc dans le canal thoracique du fœtus; je n'ai jamais rien aperçu de semblable : sur les animaux vivants, ce canal et les lymphatiques contiennent un fluide qui paraît être analogue à la lymphe, et qui se coagule spontanément comme elle.

J'ai fait quelques tentatives pour m'assurer directement si l'absorption veineuse existe chez le fœtus encore contenu dans buteras. J'ai injecté dans la plèvre, dans le péritoine, et dans le tissu cellulaire, des substances vénéneuses très-actives ; mais je n’ai obtenu aucun résultat satisfaisant; car le système nerveux des fœtus qui n’ont pas respiré ne paraît pas sensible à l’action des poisons.

Il paraît certain que les exhalations ont lieu chez le fœtus, car toutes les surfaces sont lubriliées à peu près comme elles le seront par la suite ; la graisse est abondante, les humeurs de l’œil existent. Il est aussi très-probable que la transpiration cutanée s’effectue, et qu’elle se mêle continuellement à la liqueur de l’amnios. Quant à cette dernière liqueur, il est difficile de dire d’où elle tire son origine ; aucuns vaisseaux sanguins apparents ne se portent à l’amnios, et cependant il est probable que c’est cette membrane qui en est l’organe sécréteur.

Les follicules cutanés et muqueux sont développés, et paraissent avoir une action très-énergique, surtout à dater du septième mois ; alors la peau

est recouvert^ d’une couche assez épaisse de matière grasse sécrétée par les follicules : plusieurs auteurs l’ont considérée, mais à tort, comme un dépôt de la liqueur de l’amnios. Le mucus est aussi très-abondant dans les deux derniers mois de la gestation.

Toutes les glandes qui servent à la digestion ont un volume considérable, et paraissent avoir une certaine activité; on sait peu de chose de l’action des autres. On ignore, par exemple, si les reins forment de l’urine, et si ce lluide est rejeté par l’urètre dans la cavité de l’amnios. Les testicules et les mamelles paraissent former un lluide qui ne ressemble ni au lait, ni au sperme, et qui se trouve dans les vésicules séminales et dans les canaux lactifères.

Que dire sur la nutrition du fœtus? Les ouvrages de physiologie ne contiennent que des conjectures plus ou moins vagues sur ce point; il paraît certain que le placenta puise chez la mère les matériaux nécessaires au développement des organes , mais nous ignorons quels sont ces matériaux, et

comment ils se comportent.

fai respiration n’ayant pas lieu avant la naissance , la chaleur animale du fœtus ne peut en dépendre. L’expérience a démontré qu’elle ne s’élève pas au-dessus de 27 ou 28 degrés; elle est plus élevée , dit-on, quand le fœtus est mort dans l’utérus. Si ce fait est exact , le fœtus aurait un moyen

Sécrétions glandulaires du fœtus.

Chaleur animale chez le fœtus.

Rapport des fonctions de la mère avec celles du fœtus.

58 j PRÉCIS ÉLÉMENTAIRE

de refroidissement qui n’existe plus après la naisse nce.

Voilà le peu qu’on sait touchant les fonctions nutritives du fœtus; ce qui a rapport aux fonctions de relation a déjà été exposé.

Puisque la mère transmet au fœtus les matériaux nécessaires à sa nutrition , celle-ci est nécessairement liée avec la nature et la quantité des matériaux transmis : s’ils sont de bonne nature , et si la quantité en est suffisante, l’accroissement se fera d’une manière satisfaisante ; mais si la proportion en est trop faible, ou si les qualités n’en sont pas convenables , le fœtus se nourrira mal , cessera de se développer, ou même périra. Or, l’état du moral de la mère pouvant modifier la proportion et la nature des éléments qui passent au placenta, il est vrai de dire que son imagination influe sur le fœtus. C’est ainsi qu’une terreur subite, un chagrin violent, une joie immodérée, peuvent causer la mort du fœtus ou ralentir son accroissement. Des causes physiques, telles que des coups , des chutes , l’action de certains médicaments, la mauvaise qualité des aliments, peuvent avoir le même résultat, parce qu’ils nuisent de même à la transmission des matériaux nutritifs du fœtus. Si la mère est affectée d’une maladie contagieuse , le fœtus en présente bientôt les symptômes ; ainsi la vie du fœtus est dans une dépendance évidente de celle de la mère.

Indépendamment des lésions qui lui viennent de cette source , le fœtus est quelquefois atteint de maladies spontanées, telles que des hydropisies, des fractures, des ulcères, des gangrènes, des éruptions cutanées, la séparation d’un ou plusieurs membres, et beaucoup d’autres lésions graves, locales ou générales. Souvent ces maladies le font mourir avant de naître, ou, si elles permettent qu’il arrive vivant jusqu’à la naissance, elles le mettent dans l’impossibilité de pouvoir vivre audelà. Les membranes de l’œuf, le placenta , la liqueur de l’amnios, ne sont pas toujours étrangers à ces désordres.

Par l’effet de causes inconnues , les diverses parties du fœtus se développent quelquefois d’une manière vicieuse ; une ou plusieurs des ouvertures naturelles de son corps peuvent ne point exister, ou être closes par des membranes; les poumons, l’estomac , la vessie, les reins , le foie, le cerveau, manquent quelquefois entièrement ou présentent des dispositions inaccoutumées; en général, selon la remarque de Béclard, quand un nerf manque, la partie où il se distribue principalement n’existe point. 11 en est de même pour l’artère , d’après M. Serres; mais nous n’avons pas là l’explication du phénomène, car il reste encore à savoir si l’organe manque par défaut du nerf ou du vaisseau artériel, ou si l’absence de i’artère et du nerf n’est pas une conséquence naturelle du défaut d’organe.

Maladies du fœtus.

Vices

de conforma* tion.

PRECIS E LE M E N TA i R E

Monslruu-

«iîés.

Grossesses

multiples.

D’autres malformations , déviations ou monstruosités > qui arrivent aussi sans causes connues , paraissent dépendre de la réunion de deux germes : d’où résultent des enfants à deux têtes avec un seul tronc, ou à deux troncs avec une seule tète; quelquesuns ont quatre bras et quatre jambes bien ou mai conformés. On a trouvé plusieurs fois un fœtus non développé dans l’abdomen d’individus déjà avancés en âge , etc. Il n’y a aucune raison de croire que l’imagination de la mère puisse influer sur la formation de ces monstres; d’ailleurs des productions de ce genre s’observent journellement dans les animaux et jusque dans les plantes ( 1 ) .

11 n’est pas rare qu’au lieu d’un seul fœtus l'utérus en contienne deux. En France ce cas arrive une fois sur quatre-vingts; il paraît encore plus fréquent en Angleterre. La gestation de trois fœ-

(1) Ce qu’cn appelle aujourd’hui ta philosophie anatomique s’est emparée des monstruosités; elle s’y est trouvée d’autant plus à l’aise que le sujet est plus obscur et plus vague : aussi ne prétend-elle à rien moins qu’à la création d’une science nouvelle dont la théorie reposerait sur des lois particulières, telles que la loi de V arrêt, celle du retord , celle de position similaire ou excentrique, enfin la loi par excellence, la grande loi de soi pour soi. (Voyez le Traité de Tératologie de M. J. G eoffroy- Saint-Hilaire. A part les idées théoriques, que je n’approuve point, cet ouvrage contient une collection considérable de faits, et à ce titre mérite d’être lu. )

tus est beaucoup plus rare : sur trente -six mille accouchements qui ont eu lieu à l’hospice de la Maternité de Paris, il n’a été observé que quatre fois. On a quelques exemples bien authentiques de femmes qui ont porté à la fois quatre et même cinq fœtus ; mais au-delà de ce nombre les récits des auteurs paraissent fabuleux. Dans ces grossesses multiples, le volume et le poids des fœtus sont en rapport avec leur nombre : les jumeaux sont plus petits que les fœtus ordinaires ; les trijumeaux et les quadrijumeaux le sont bien davantage ; mais , quelle que soit leur dimension, ils sont chacun entourés par un amnios et un cliorion particulier, et ont un placenta distinct. Aussi leur existence est* elle indépendante, au point que l’un peut mourir à une époque peu avancée de la grossesse , tandis que les autres continuent à se développer.

Rien ne porte à croire que dans les grossesses multiples la fécondation ait eu lieu en deux ou trois fois différentes , et qu’il existe réellement des superfétations . Les histoires que bon raconte à cette occasion sont loin de présenter le degré de certitude nécessaire dans une science de faits.

De C accouchement.

Après sept mois révolus de grossesse le fœtus a toutes les conditions pour respirer et pour exercer

Accouche¬

ment.

sa digestion , il peut donc se séparer de sa mère et changer de mode d’existence ( i ) ; il est rare cependant que l’accouchement arrive à cette époque : le plus souvent le fœtus reste encore deux mois entiers dans l’utérus, et ce n’est qu’après neuf mois révolus qu’il sort de cet organe.

On cite des exemples d’enfants qui sont nés après dix mois entiers de gestation ; mais ces cas sont fort douteux, car il est très-difficile de savoir au juste l’époque de la conception. Notre législation actuelle consacre cependant le principe qu’un accouchement peut avoir lieu le deux cent quatrevingt-dix-neuvième jour de la grossesse.

Rien de plus curieux que le mécanisme par lequel le fœtus est expulsé ; tout s’y passe avec une précision admirable, tout semble y avoir été calculé, prévu , pour favoriser son passage à travers le bas* sin et les parties génitales.

Les causes physiques qui déterminent la sortie du fœtus sont la contraction de l’utérus et celle des muscles abdominaux; sous leur puissance, le liquide de l’amnios s’écoule, la tête du fœtus s’engage dans le bassin , le parcourt de bas en haut , et sort bientôt par la vulve , dont les replis se sont effacés ; ces divers phénomènes ne se passent que

(i) II existe plusieurs exemples de foetus qui, nés à cinq mois, ont cependant vécu et parcouru même une longue carrière.

successivement et durent un certain temps : ils sont accompagnés de douleurs plus ou moins vives , du gonflement et du ramollissement des parties molles du bassin et des parties génitales externes, et d une sécrétion muqueuse abondante dans la cavité du vagin. Toutes ces circonstances, chacune à sa manière, favorisent le passage du fœtus.

Pour faciliter l’étude de cet acte compliqué , il faut le partager en plusieurs temps ou périodes.

Première période de C accouchement. Elle se com- Première pé-

1 • , . . riode de Pac-

pOSe de signes précurseurs. Deux ou trois jours couchement. avant l’accouchement il se fait un écoulement muqueux par le vagin ; les parties génitales externes se gonflent et deviennent plus molles ; il en est de même des ligaments qui réunissent les os du bassin ; le col de l’utérus s’aplatit, son ouverture s’agrandit , scs bords deviennent plus minces ; de légères douleurs , connues sous le nom de mouches > se font sentir dans les lombes et dans l’abdomen.

Deuxième période. Des douleurs d’un genre par- Deuxième péticulier se développent : elles commencent dans la couchement. région lombaire , et semblent se propager vers le col de l’utérus ou vers le fondement; elles ne se renouvellent qu’à des intervalles assez longs, tels qu’un qyart d’heure ou une demi-heure. Chacune d’elles est accompagnée d’une contraction évidente du corps de l’utérus, et d’une tension manifeste de son col, avec dilatation de l’ouverture; le doigt.

Troisième période de l'accouchement.

Quatrième période de l’accouchement.

porté clans le vagin , fait reconnaître cpie les enveloppes du fœtus font une saillie qui devient de plus en plus considérable , et se nomme poche des eaux: bientôt les douleurs deviennent plus fortes et les contractions de l’utérus plus énergiques ; cette poche se rompt et une partie du liquide s’écoule ; l’utérus revient sur lui-même et s’applique à la surface du fœtus.

Troisième période. Les douleurs et les contractions de l’utérus prennent un accroissement considérable : elles sont instinctivement accompagnées de la contraction des muscles abdominaux. D’ailleurs la femme , qui reconnaît leur efficacité , est portée à les favoriser en faisant tous les efforts musculaires dont elle est capable : son pouls devient alors plus élevé, plus fréquent; sa figure s’anime ; ses yeux brillent; son corps tout entier est dans une agitation extrême ; la sueur coule en abondance. La tête s’engage alors dans le bassin ; l’occiput, placé d’abord au-dessus de la cavité cotyloïde gauche, est porté en dedans et en bas, et vient se placer au-dessous et derrière l’arcade du pubis.

Quatrième période . Après quelques instants de repos , les douleurs et les contractions expulsîves reprennent toute leur activité; la tête se présente à la vulve, fait effort pour passer, et y parvient quand il arrive une contraction assez forte pour amener cet effet. Une fois la tête dégagée, le reste

du corps suit facilement, à raison de son volume moindre. On pratique alors la section du cordon ombilical, et on en fait la ligature à peu de distance de l’ombilic.

Cinquième période . Si l’accoucheur n’a pas procédé à l’extraction du placenta immédiatement après la sortie du fœtus , au bout de quelque temps de petites douleurs se font sentir, l’utérus se contracte faiblement, mais avec assez de force pour se débarrasser du placenta et des membranes de l’œuf : cette expulsion porte le nom de délivrance. Pendant les douze ou quinze jours qui suivent l’accouchement, l’utérus revient peu à peu sur luimême; la femme éprouve des sueurs abondantes, ses mamelles sont distendues par le lait qu’elles sécrètent; un écoulement d’abord sanguinolent, puis blanchâtre, nommé lochies , qui se fait par le vagin, est l’indioe que les organes de la femme reprennent peu à peu la disposition qu’ils avaient avant la conception.

Aussitôt qu’il est séparé de sa mère, et quelquefois même auparavant, l’enfant dilate sa poitrine, attire l’air dans ses poumons, qui se laissent graduellement distendre à mesure que les mouvements d’inspiration se répètent : dès ce moment la respi¬

ration est établie et durera toute la vie. La distension du poumon par l’air permet au sang de l’artère pulmonaire de s’y diriger, et il en passe d’autant moins par le canal artériel , qu’il se rétrécit

Cinquième période de l’accouchement.

Des

mamelles.

peu à peu, ainsi que le trou Botal , et finit par s’oblitérer. Le même phénomène a lieu à la partie abdominale de la veine et des artères ombilicales, qui se transforment en une espèce de ligament fibreux.

L’enfant naissant a de dix -huit à vingt pouces de longueur, et pèse de cinq à six livres. En général , le nombre des naissances des garçons est supérieur à celui des filles , surtout dans les naissances légitimes. La quantité d’enfants qui peuvent naître de la même mère n’excède point le nombre des vésicules contenues dans l’ovaire, c’est-à-dire environ quarante.

De r allaitement.

L’acte douloureux que nous venons d’étudier ne termine point le rôle que la nature a confié à la femme dans la génération; d’autres soins doivent être donnés par elle au nouveau-né : il faut qu elle le garantisse contre les intempéries de l’air et des saisons; quelle veille à sa conservation et à son éducation physique et morale; enfin , elle doit lui fournir son premier aliment, le seul qui soit en rapport avec la faiblesse de ses organes.

Cet aliment est le lait ; il est sécrété par les mamelles, dont îe nombre, la forme et la situation sont des caractères distinctifs de l’espèce humaine. Leur parenchyme est tout-à-fait distinct de celui

DE PHYSIOLOGIE. 5g3

des autres organes sécréteurs. Chaque mamelle a douze ou quinze canaux excréteurs qui s’ouvrent au sommet et sur les côtés du mamelon . Les artères qui se rendent aux mamelles sont peu volumineuses , mais très - multipliées ; les vaisseaux h mphatiques y abondent, ainsi que les nerfs: aussi jouissent-elles d une vive sensibilité ; le mamelon en particulier est très - sensible et susceptible d’un état analogue à l'érection.

Jusqu a l’époque de la fécondation, les mamelles sont inactives, ou du moins n exercent aucune sécrétion apparente ; mais dès les premiers temps de la grossesse la femme y ressent des picotements, des élancements particuliers, ces organes se gonflent. Au bout d’un certain temps , surtout quand la fin de la gestation approche, le mamelon laisse écouler un fluide séreux, quelquefois très-abondant, et qui est appelé colostrum . La sécrétion a souvent les mêmes caractères pendant les deux ou trois jours qui suivent l’accouchement, mais le lait proprement dit ne tarde pas à paraître, et c’est le liquide que fournissent les mamelles jusqua la fin de l’allaitement.

Le lait est une des liqueurs glanduleuses les plus azotées ; sa couleur, son odeur et sa saveur sont connues de tout le monde : d’après M. Berzélius, il est composé de crème et de lait proprement dit. Ce dernier contient : eau, 928,75 ; fromage avec une trace de sucre, 28,00; sucre de n.

Sécrétions du lait.

lait, 55,oo; muriate dépotasse, 1,70; phosphate, 0,^5 ; acide lactique, acétate de potasse et lactate de fer, 6,00 ; phosphate de chaux, o,3o. La crème contient : beurre 4?5 ; fromage, 3,5; petit-lait, 92,0, où Ton trouve 4?4 de sucre de lait et de sels»

Depuis long-temps on a observé que la quantité et la nature du lait changent avec la quantité et la nature des aliments, et c'est ce qui a donné lieu à l'opinion bizarre que les lymphatiques étaient les vaisseaux destinés à apporter aux mamelles les matériaux de leur sécrétion ; mais il en est du lait comme de burine, qui varie de propriété suivant les substances solides ou liquides introduites dans l'estomac. Par exemple, le lait est plus abondant, plus épais, moins acide, si la femme est nourrie avec des matières animales; il est moins abondant, moins épais et plus acide, si elle a fait usage de végétaux. Le lait prend aussi des qualités particulières si la femme a pris des substances médicamenteuses ; il devient purgatif, par exemple, si elle a fait usage de rhubarbe ou de jalap, etc.

La sécrétion du lait se prolonge jusqu'à l'époque où les organes de la mastication de l’enfant auront acquis le développement nécessaire à la digestion des aliments ordinaires ; elle ne cesse que dans le courant de la seconde année.

Quoique la sécrétion du lait semble propre à la

femme accouchée, elle a été vue quelquefois sur de jeunes vierges, et même chez l’homme (1).

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